REPERES POUR COMPRENDRE L'ECONOMIE CONTEMPORAINE

Vous vous posez des questions sur l'économie, sur ses relations à la politique, sur le discours des candidats aux présidentielles, ou à d'autres élections, dans le domaine de l'économie, vous souhaiteriez comprendre l'actualité, de façon simple, les textes qui vous sont proposés peuvent vous aider.

Vous y trouverez des références, des définitions, et si vous posez des questions, des réponses.Alors, n'hésitez pas, posez vos questions. nous répondrons par l'intermédiaire de réponses flash et, surtout, de courtes synthèses périodiques.

A bientôt !

Bernard Liger

Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 11:16

 

                                                                      RPC 52


A PROPOS DE LA GUERRE DE LIBYE,

En attendant la diffusion de RPC 53 qui traitera de l'OTAN et plus particulièrement  de la "recherche d'un nouveau concept stratégique pour l'OTAN", avalisé à la réunion des chefs d'Etats et de gouvernements des pays membres, à la fin du mois de novembre dernier, à Lisbonne, nous diffusons un texte provenant de "Mondialisatin.ca" qui est un site de l'Université  d'Ottawa, lequel diffuse régulièrement des textes relatifs,  à la Libye,en particulier, à la Mondialisation en général. Deux parties s'opposent au nom de l'intérêt du peuple  libyen. Khadafi, d'un coté, un personnage sans doute difficile à défendre pour un européen, de l'autre, un parti regroupant sous la houlette d'anciens ministres de Khadafi, eux aussi peu recommandables que leur ancien patron,une fraction du peuple,certes,dans le cadre d'une  guerre tribale, mais avec une une bonne représentation des combattants d'Al Qaïda, formé,dit-



on, en Afghanistan sous le regard d'une CIA complaisante. Les services spéciaux occidentaux assistent les libyens,au sol,au mépris de la décision du Conseil de Sécurité de l'ONU. Le chef du pseudo-gouvernement de Benghazi était ministre de la justice de Khadafi,encotre très récemment.Il a sur la conscience l'affaire des infirmières bulgares qu'il menaçait d'exécuter.
C'est cet homme-là que le chef de l'Etat français recevait  en grande pompe à l'Elysée, il y a peu de temps. Alors que veut-on ?

On veut certainement récupérer les richesses libyennes pour mettre en place un gouvernement fabriqué de toutes pièces en occident. Au delà, difficile de le dire. Le mandat du Conseil de Sécurité  ne prévoyait que la protection des populations  civiles.On s'est engagé dans le soutien d'insurgés, au demeurant  sympathiques, disposés à chasser Khadafi par tous les moyens,jusqu'a le tuer,sans doute.Réédition de la fin de Caucescu ! Pour le reste les occidentaux n'ont rien à faire,selon nous, dans une affaire africaine où nous présentons comme les nouveaux envahisseurs.
Au delà, on sait que le rêve actuel de la Maison Blanche est de battre  militairement l'Iran,  et cela apparait clairement dans la préparation de la Conférence de Lisbonne. Nous reviendrons sur cette question. En se tenant plutôt en retrait,du moins apparemment,dans l'affaire libyenne, Obama ménage ses  moyens  et fait de notre empereur l'animateur d'un parti européen qui le soutiendrait fortement lorsqu'il décidera d'attaquer l'Iran. 
C'est le problème principal,sans doute, de ce début de vingt-et -unième siécle. Une perspective dans laquelle l'occident,et la France, pourraient perdre,définitivement, son âme.
Il y a  danger.Qu'en pensez-vous?

Bernard Liger
----- Original Message -----
From: Mondialisation.ca To: newsletter@globalresearch.ca
Sent: Saturday, April 23, 2011 7:26 PM
Subject: Mondialisation.ca - La rapine du siècle : l’assaut des « volontaires » sur les fonds souverains libye

URL de cet article: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=244

 

 

par Manlio Dinucci



 

Le 23 avril 2011

ilmanifesto.it


> L’objectif de la guerre en Libye n’est pas seulement le pétrole, dont les réserves (estimées à 60 milliards de barils) sont les plus grosses d’Afrique et les coûts d’extraction parmi les plus bas du monde, ni le gaz naturel dont les réserves sont estimées à environ 1.500 milliards de m3. Dans le viseur des « volontaires » de l’opération « Protecteur unifié » il y a aussi les fonds souverains, les capitaux que l’Etat libyen a investi à l’étranger.
>
Les fonds souverains gérés par la Libyan Investment Authority (Lia) sont estimés à environ 70 milliards de dollars, qui grimpent à plus de 150 si l’on inclut les investissements étrangers de la Banque centrale et d’autres organismes. Et ils pourraient être plus importants encore. Même s’ils sont inférieurs à ceux de l’Arabie saoudite ou du Koweït, les fonds souverains libyens se sont caractérisés par leur croissance rapide. Quand la Lia a été constituée en 2006, elle disposait de 40 milliards de dollars. En cinq années à peine, elle a effectué des investissements dans plus de cent sociétés nord-africaines, asiatiques, européennes, nord-américaines et sud-américaines : holding, banques, immobilier, industrie, compagnies pétrolières et autres.En Italie les principaux investissements libyens sont ceux effectués dans UniCredit Banca (dont Lia et la Banque centrale libyenne possèdent 7,5%), dans Finmeccanica (2%) et Eni (1%) : ces investissements et d’autres (dont 7,5% au Juventus Football Club) ont une  signification plus politique qu’économique (ils se montent à environ 4 milliards de dollars). La Libye, après que Washington l’ait effacée de sa liste de proscription des « Etats voyous », a essayé de se refaire une place à un niveau international en misant sur la « diplomatie des fonds souverains ». Quand les Etats-Unis et l’Union européenne ont révoqué leur embargo de 2004 et les grandes compagnies pétrolières sont revenues dans le pays, Tripoli a pu disposer d’un surplus commercial d’environ 30 milliards de dollars annuels qu’il a destiné en grande partie aux investissements étrangers. La gestion des fonds souverains a cependant créé un nouveau mécanisme de pouvoir et corruption, aux mains de ministres et hauts fonctionnaires, qui a probablement échappé au contrôle de Kadhafi lui-même : confirmé par le fait qu’en 2009, ce dernier a proposé que les 30 milliards de dividendes pétroliers allassent « directement au peuple libyen ». Ceci a accentué les fractures à l’intérieur du gouvernement libyen.C’est sur ces fractures que se sont appuyés les cercles dominants étasuniens et européens qui, avant d’attaquer militairement la Libye pour mettre la main sur sa richesse énergétique, se sont appropriés les fonds souverains libyens. Cette opération a été favorisée par le représentant même de la Libyan Investment Authority, Mohamed Layas : comme le révèle un câblogramme exfiltré à travers Wikileaks, le 20 janvier Layas a informé l’ambassadeur étasunien à Tripoli que la Lia avait déposé 32 milliards de dollars dans des banques étasuniennes. Cinq semaines plus tard, le 28 février, le Trésor étasunien les a « gelés ». Selon les déclarations officielles, c’est « la plus grosse somme d’argent jamais bloquée aux Etats-Unis », que Washington garde « en dépôt pour l’avenir de la Libye ». Elle servira en réalité pour une injection de capitaux dans l’économie étasunienne toujours plus endettée. Quelques jours plus tard, l’Union européenne a « gelé » environ 45 milliards d’euros de fonds libyens. L’assaut sur les fonds libyens aura un impact particulièrement fort en Afrique. Ici, la Libyan Arab African Investment Company a effectué des investissements dans plus de 25 pays, dont 22 en Afrique sub-saharienne, en programmant de les augmenter dans les cinq prochaines années, surtout dans les secteurs minier, manufacturier, touristique et dans celui des télécommunications. Les investissements libyens ont été décisifs dans la réalisation du premier satellite de télécommunications de la Rascom (Regional African Satellite Communications Organization) qui, mis en orbite en août 2010, permet aux pays africains de commencer à se rendre indépendants des réseaux satellitaires étasuniens et européens, en réalisant ainsi une économie annuelle de centaines de millions de dollars.Plus importants encore ont été les investissements libyens dans la réalisation des trois organismes financiers lancés par l’Union africaine : la Banque africaine d’investissement, dont le siège est à Tripoli ; le Fond monétaire africain, siége à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, siège à Abuja (Nigeria). Le développement de ces organismes permettrait aux pays africains d’échapper au contrôle de la Banque mondiale et du Fond monétaire international, tous deux instruments de domination néo-coloniale, et marquerait la fin du franc Cfa, la monnaie que sont obligés d’utiliser 14 pays, ex-colonies françaises. Le gel des fonds libyens assène un coup très dur à tout le projet. Les armes utilisées par les « volontaires » ne sont pas seulement celles de l’opération « Protecteur unifié ». Edition de vendredi 22 avril 2011 de il manifesto


> http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110422/manip2pg/09/manip2pz/301857/  Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio 


 

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CherBernard,

On ne peut que déplorer les victimes civiles! C'est ce qui sort de la bouche de beaucoup de citoyens; et puis on entend, de part et d'autre, une grande vague moralisatrice se scandalisant des relations d'hier entre l' Etat Français et La Lybie!

Nous sommes sincères en disant cela mais l'Homme est par essence paradoxal ! Il se plaint des dictateurs  de l'accueil, sur son territoire,  de ces hommes humainement incorrects mais quand on va chasser ces tyrans,  il crie au scandale pour les victimes! Il a surtout peur de voir son quotidien modifié: le prix à la pompe augmente...alors l'homme occidental qui hier ne voulait que d'un monde démocratique et qui ne voulait surtout pas recevoir le dictateur, s'indigne d'une intervention.

Je ne dis pas que les dernières décisions prises vont dans la bonne direction. Je n'ai pas la prétention de le savoir. Ce que Je sais c'est qu' il faut cesser de faire croire aux électeurs occidentaux que nous vivons dans le monde de "oui-oui". Les relations internationales sont par essence paradoxales mais indispensables. Ce qui était vrai hier ne l'est pas forcément aujourd'hui et nous ne connaissons pas le quart de la réalité. Seules les éminences grises du pouvoir ont des éléments précis et toute légitimité pour agir. Sarkosy a été élu par une majorité  au s.u.d.
Les critiques venant de l'opposition fusent surtout en période électorale. Peut-être que l'intervention de la France est faite pour faire croire aux français que nous sommes valeureux et forts ( cf idéologie d'une bonne guerre pour enrayer les crises économiques) afin de redonner aux citoyens la fierté d'être et un faux sentiment de sécurité.

Dans tous les cas, le monde n'est qu'un échéquier politique sur lequel chaque état avance ses pions ( souvent militaires ou financiers) en s'alliant avec le Diable.

L'effondrement des politiques orientales nous fait peur. Cette instabilité remet en cause nos accords passés et raréfie l'approvisionnement de ressources majeures sans savoir si le pire est derrière ou devant!

Ce n'est pas le Procès de Sarkosy ou d'Obama mais de l'Homme!

Affecteusement,

Ta nièce.



 

Par liger - Publié dans : libye - Communauté : GEOPOLITIQUES MONDIALES
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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /Juin /2010 10:55

Suite à RPC 51-a......

 

Production, consommation et  réserves  de pétrole et de gaz en 2008[1]

 

 

                              Pétrole,  en barils/jour….

                             Gaz, en pieds cube…..

 

 

                     Milliers 

       Billions          

                        Billions 

Trillions  

 

 

 

 

Production

Consommation

  Réserves

Production

Consommation

Réserves

 

OCS, Membres fondateurs

 

 

Chine

    3,973

      7,831

           16

     2,685

       2,726

           80

 

Russie

    9,789

      2,916

           60

   23,386

    16,799

     1,680

 

Ouzbekistan.

         83

         143

            0

     2,387

      1,858

           65

 

Kazakhstan.

   1,429

        244

           30

        398

         409

           85

 

Tadjikistan.

         0

         36

             

            0

           18

             0

 

 

 

Total 1

15,274

  11,185

        106

 28,856

   20,836

      1910   

 

OCS, Membres Observateurs

 

 

Iran

  4,174

   4,741

        136

   4,107

     4,201

       991

 

Inde

     883

  2,962

             5

  1,137

    1,518

         38

 

Mongolie

        0

        15

             0

          0

            0

          0

 

Pakistan

      61

      396

             0

  1,438

    1,324

        31

 

Total 2

    944

   3,373

         146

   6,682

    7,043

    1,060

 

Total OCS

20,392

 16,299

          252

  35,538

  27,879

   3 ,020

 

Total Monde

85,384

85,751

       1,342

 

109,799

110,162

    6,254

 

 

 

 

 

A propos du charbon, les données sont exprimées en unités anglo-saxonnes, la « short ton » valant à peu près 906 kilos. Il reste une source d’énergie très utilisée, même si les européens ne l’utilisent plus guère, à l’exception de l’Allemagne (269,892 st) qui en consomme autant que la Russie(269,685) et quelques pays d’Europe Orientale. Il est sensé polluer de façon excessive et l’on impute volontiers à la Chine l’essentiel de cette pollution.  Les chiffres donnent une image un peu différente. La Chine consomme  2,829,515 st, L’Inde 637,522, la Russie 269,685, le Kazakhstan 90,910 alors que les USA en consomment 1,121,714.  Si l’on considère la consommation  par habitant, la Chine consomme 0,002 st/habitant, l’inde, 0,0005, la Russie 0,002 alors que les USA en consomment 0,004. La consommation des USA, par habitant, est donc quatre fois celle de l’Inde et deux fois la consommation   russe ou chinoise.

Si l’on s’intéresse à la production de dioxyde de carbone (CO2) produite par habitant et par an, les statistiques de l’ONU, pour 2008, en millions de tonnes métriques, (1 million métrique tonne =1 000 000 000 Kg), indiquent que le USA produisent, par habitant, 19,1 MMT, la Russie, 11,2, l’Iran 6,5 et la Chine 4,5. A titre de repère, l’Australie, grosse productrice de charbon, génère 18 MMT par h/an, le Canada 17 et la France 4,9, c'est-à-dire à peu près la même quantité que la Chine. Ces quelques notes situent les problèmes sans les traiter au fond. L’OCS n’est pas actuellement globalement déficitaire en hydrocarbures mais les quantités disponibles sont nettement insuffisantes pour permettre un développement continu de l’Inde et de la Chine, même si on tient compte des réserves « prouvées ». En 2003, 79% de l’électricité chinoise étaient encore produits à partir du charbon et l’on prévoyait  de construire 70 nouvelles centrales par an !   Les occidentaux conservent une image plutôt négative de l’industrie charbonnière chinoise. Elle est finalement moins productrice de CO2 par habitant que celle des USA eux-mêmes qui restent le plus gros pollueur. On comprend mieux, dès lors, que  si la Chine, la Russie et l’Inde aient ratifié les accords de Kyoto, les USA, non. Le maintien de leur leadership ne leur permet pas de réduire sensiblement leurs émissions de gaz à effet de serre. Le Président Butch considérait que la réduction de ces émissions relevait des chercheurs et des industriels. L’Etat ne devait pas à s’en occuper. Le « marché » règlerait les problèmes environnementaux comme les autres. La ligne du Président Obama ne parait pas encore très claire.    

 

Pour que la consommation de charbon diminue, la Russie devrait exploiter au plus tôt ses ressources  de Sibérie Orientale et de l’Ile de Sakhaline pour en diriger une part  significative vers la Chine, tout en approvisionnant l’UE en gaz et en répondant aux  demandes du  Japon, voisin proche très impliqué dans les deux consortiums  exploitant les ressources de Sakhaline. Pour améliorer la couverture des besoins des Etats membres de l’OCS, notamment au profit de l’Inde, l’accord passé par la Russie et l’Iran prévoit une répartition des tâches qui ferait de l’Iran un fournisseur  privilégié de l’Inde.

 

Du coté de l’UE, Il n’y a pas réellement de partenariat énergétique avec la Russie. Il ne s’agit  que de relations bilatérales, d’Etat à Etat. Ainsi l’Allemagne a-t-elle négocié, en solitaire, avec la Russie, la construction des oléoducs de la Baltique. La Commission de Bruxelles est restée muette. Les pays scandinaves ont donné, un par un, leur accord. Personne n’a consulté les gouvernements baltes et polonais, pourtant membres de l’UE, sur un accord qui accroît leur dépendants vis-à-vis de la Russie et les prive des royalties qu’ils pouvaient envisager si les nouveaux oléoducs avaient traversé leurs territoires.  L’UE peut-elle se développer sans mettre en place un nouveau type de relations avec la Russie, autres que bilatérales, et qui tiennent compte des Etats européens de l’Est ? Si l’UE n’y parvient pas, sa dépendance énergétique,  vis-à vis de la Russie, pourrait devenir une réelle dépendance politique.

 

Le partage des ressources en hydrocarbures entre l’OCS et les occidentaux rencontre enfin un obstacle majeur :   Dans les pays de l’OCS, le cadre de la politique énergétique et les objectifs qui en découlent sont, pour l’essentiel, du ressort des Etats. Pour les occidentaux,  l’activité pétrolière est du ressort des sociétés privées. Il est peu probable que l’Organisation Mondiale du Commerce puisse modifier cette situation. De nombreux conflits peuvent avoir ou ont déjà pour cause cette contradiction, notamment en ce qui concerne l’Iran et l’Afghanistan. Les libéraux   considèrent qu’il n’y a qu’une façon de bien gérer l’économie, la leur. La Chine comme la Russie ont leur conception propre. Les économistes qui se réclament de la « régulation » ne s’en étonneront pas. Ils professent, en effet, qu’aucun système économico-politique n’est valable pour tout le monde, au même moment.  De fortes tensions apparaîtront sans doute. Les européens devront prendre partie, si ce n’est déjà fait. Mais les USA ne dépendent pas du gaz russe.

 

2         – La question de l’eau : En Chine, le Tibet, un château d’eau pour trois milliards de personnes. 

 

  A court terme, la question des ressources  énergétiques constituent,  pour l’OCS, une question primordiale. A plus long terme, la question des ressources en eau pourrait devenir la question centrale. La Chine contrôle les sources de huit fleuves dont le Gange et le Brahmapoutre. Certains experts estiment qu’en 2030, l’Inde ne disposerait que  de 50% de l’eau qui lui serait nécessaire alors que la Chine dont les besoins d’irrigation sont très importants  envisagerait, dit-on, de détourner une partie de l’eau du Brahmapoutre.  La guerre de l’eau aura lieu si les Etats d’Asie ne s’entendent pas pour la répartir et pour améliorer les ressources.   Le gouvernement indien traite déjà des conflits de ce type entre Etats indiens. Comment a-t-on pu soutenir l’éventualité d’un Tibet indépendant, c'est-à-dire d’un petit Etat, deux à trois millions de tibétains, contrôlant une grande partie des ressources en eau du continent ?  L’OCS pourrait servir de cadre au règlement   du problème. Les sources de conflit entre la Chine et les pays limitrophes sont nombreuses.

 

Les quelques informations qui suivent faciliteront la compréhension de ce qui précède : Huit fleuves prennent leur source au Tibet,

           - Le Gange, qui a sa source en Chine (Tibet) puis pénètre en Inde du Nord en traversant l’Etat de l’Arunchal Pradesh, revendiqué par la Chine,depuis la fixation unilatérale de la frontière par le gouverneur britannique, Mac Mahon, en 1913-1914. Cette question fut à l’origine d’une première guerre sino-indienne en 1962.

          - Le Salween, 2400 km  qui a sa source en Chine (plateau Tibétain) puis pénètre en Birmanie. Les chinois ont construit deux barrages et projeté une douzaine d’autres avant que le fleuve ne pénètre en Birmanie (Mianmar).

          - Le Fleuve Jaune (Huang He), 5464 km, qui a sa source en Chine (Tibet, province du Qinghai). Il ne passe qu’en Chine.

          - Le Mékong, La vraie longueur encore inconnue, entre 4500 et 4900 km, Il prend sa source en Chine (Province du Qinghai au Tibet), qui dispose du fleuve sur 50% de sa longueur, puis traverse la Thaïlande, le Cambodge, le Laos et le  Viet-Nam.  Les chinois ont construit deux barrages et en projettent au moins une douzaine supplémentaire. Cette exploitation intensive a modifié considérablement l’état du Mékong en aval de sorte que les autres pays traversés se sont groupés (Mékong River Commission) pour essayer de limiter l’impact économique et  environnemental de cette exploitation.

         - Le Brahmapoutre, 2900 km, qui a sa source en Chine (Tibet, près de Lhassa) puis traverse l’Inde et le Bengale. Les indiens auraient l’intention de détourner, sur leur territoire, une partie de l’eau du fleuve pour les besoins de l’irrigation. Les chinois projetteraient de détourner l’eau de plusieurs affluents pour irriguer les plaines du Xinjiang et du Gansu. Cohabitation difficile des deux projets, l’un et l’autre gros consommateurs d’eau (sur le blog du Monde Diplomatique,« l’eau en Inde, un enjeu social et géopolitique », par Bénédicte Manier).

            - Le Yang Tsé, 6300 km,  qui prend sa source en Chine (Plateau Tibétain.  On a sur son cours construit le Barrage des Trois Gorges.

          - Le Sutlej, un affluent de l’Indus, qui prend sa source en Chine(Tibet) et dont une partie  est détournée vers l’Inde à fin d’irrigation,

          - L’Indus, 1370 km, qui prend sa source en Chine (Tibet) puis traverse le Pakistan  et l’Inde ?

 

Si l’on admet que les solidarités internes au sein de l’OCS sont solides, on ne peut que souhaiter que l’Inde, la Chine et le Pakistan trouvent des solutions pacifiques aux problèmes de leurs ressources en eau. Les occidentaux ne pourront pas traiter cette question à leur place mais on peut prévoir que cette question n’avancera pas sans   très fortes tensions que des tiers pourraient être tentés d’exacerber. 

 

      3 - Substituer au dollar une autre monnaie de réserve

                      

Dès 1941, les américains et les britanniques, représentés par Edward Keynes, se préoccupaient déjà d’esquisser un nouveau système monétaire mondial qui permette de prévenir le retour de crises, type 1929,  mais qui traduise aussi les nouveaux rapports de force résultant de la seconde guerre mondiale, à savoir la suprématie des USA. Le représentant des USA voulait que le dollar demeure la monnaie de réserve mondiale alors que Keynes préconisait   la création d’une monnaie de réserve mondiale, indépendante des monnaies nationales, le « Bancor ».  A la conférence de Bretton Woods, en 1945, qui réunit 44 Etats, la thèse américaine prévalut sur celle de Keynesi. Le dollar, convertible en or, fut imposé comme monnaie de réserve unique. On créa le FMI, où les USA sont largement majoritaires (ce qui est toujours vrai),   chargé  d’assurer la stabilité monétaire et de gérer les crises monétaires et financières. Il disposait, à cet effet de la possibilité de prêter des dollars aux banques centrales de pays en difficultés. La demande mondiale de dollars augmentant et la convertibilité -or étant de règle, vint un moment où la quantité de dollars disponibles devint insuffisante pour satisfaire aux besoins de l’augmentation des échanges internationaux. Dans un premier temps, le FMI créa une monnaie  nouvelle, reposant non plus sur le seul dollar mais sur un panier de monnaies (Des droits de Tirage Spéciaux-DRS) dont il recalculait  périodiquement la valeur en fonction des variations de taux les  affectant. Le système n’eut pas un grand succès. Les banques centrales furent tentées de  changer en or leurs réserves de dollars. Les USA refusèrent. En août 1971, ils supprimèrent la convertibilité du dollar, ce qui entraîna la disparition des taux de change fixes. En 1976, les accords de la Jamaïque autorisèrent  le flottement des taux de change dans la limite de 10% de la valeur des monnaies concernées. Au delà, le FMI devait intervenir.La création des DTS fut cependant la seconde tentative, après la proposition du « bancor », pour  s’affranchir au moins partiellement, du seul dollar. En 2010, le dollar reste la seule monnaie de réserve. Les américains ont continué de dépenser beaucoup plus qu’ils ne produisaient en finançant leurs dépenses  par la vente de Bons du Trésor aux pays disposant d’excédents commerciaux, la Chine d’abord.

   La dette américaine ainsi vendue est évaluée, en 2010, à environ 4000 milliards de dollars, dont les trois quarts aux chinois. C’est, pour une grande part, le coût  des 750 bases militaires dont ils disposent à travers le monde  et celui des  guerres en cours, dont celles d’Irak et d’Afghanistan. Les pays de l’OCS ont compris qu’ils finançaient ainsi un effort militaire sans précédent, au risque de voir, un jour, leurs créances en dollars largement dépréciées, au détriment de la Chine mais aussi de l’Allemagne et du Japon. L’OCS a donc entrepris de rechercher   des solutions alternatives tout en sachant que l’importance des créances chinoises ne peut que les inciter à la prudence. L’objectif à long terme est de  substituer au dollar une nouvelle monnaie de réserve qui pourrait être construite sur le modèle des Droits de Tirage Spéciaux (DTS), solution que préconisait, en 2002, le financier américain Georges Soros. Ce fut l’un des objets  du sommet annuel de l’OCS, le 13 juin 2009, à Iekatérinbourg, dans l’Oural[2].        L’OCS avait invité le Brésil mais refusé la participation d’observateurs américains.  La dé-dollarisation de l’économie fut au centre des débats sans que pour autant des décisions ne soient prises.  Mais les intentions pour l’avenir y furent clairement affichées mais dans des termes qui ne soient pas de nature à perturber les marchés financiers. Un mois plus tard, à la réunion du G8 qui se tenait à Aquila, en Italie, le président russe Medvedev renouvelait sa suggestion de créer, avec le FMI éventuellement, une nouvelle monnaie supranationale. La proposition de l’OCS pourrait être considérée comme une sorte de généralisation des Droits de Tirage Spéciaux qui reposerait sur un « panier de monnaies » plus large que le précédent, incluant le Yuan (autre nom : reminbi). Cela supposerait que le Yuan soit convertible et réévalué. Ce  n‘est pas encore le cas . La Chine sait que sa monnaie est sous-évaluée mais ne veut la réévaluer que dans les conditions qu’elle déterminera elle-même, progressivement et à son heure. Le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, dans un article récent[3], explique pourquoi ce serait une erreur que de forcer la main des chinois. 

  Dans l’immédiat, la Chine a pris un certain nombre d’initiatives pour protéger ses réserves en dollars tout en continuant de développer son commerce extérieur. Sur le premier point, elle a procédé à d’importants achats d’or dont elle est devenue la cinquième puissance détentrice. Sur le second point, elle a entrepris de développer des échanges fondés sur le Yuan. Depuis 2003, elle a autorisé l’usage de sa monnaie pour des activités transfrontalières avec le Laos, le Vietnam, la Mongolie et la Russie. En 2009, elle a signé des accords en ce sens avec Hong-Kong, la Corée du Sud, la Malaisie, la Biélorussie, l’Indonésie et l’Argentine. En juillet 2009, elle a étendu cette possibilité en autorisant cinq villes, Shanghaï et  quatre villes du Guandong, à commercer en Yuan avec  Macao, les pays de l’ASEAN, le Brésil et la Russie. L’ASEAN ou Association des Nations du Sud Est Asiatique regroupe les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande, soit plus de 550 millions d’habitants, avec lesquels la Chine pense pouvoir rapidement effectuer, en Yuan, 30% de ses échanges. Le premier janvier 2010, l’ASEAN s’est transformée en zone de libre-échange où le Yuan deviendra une véritable monnaie de réserve. Cette politique crée un zone où le commerce  s’affranchira, au moins partiellement, du dollar, mais, par les nouveaux excédents qu’elle permettra de réaliser, contribuera,  à rendre encore plus nécessaire une réévaluation du Yuan.

 

Nous voulions évoquer simplement   l’émergence de l’Organisation de Coopération de Shanghaï, puissance nouvelle incontournable ou tigre de papier ? Nous l’avons fait de façon partielle, voire partiale, bien qu’il ne s’agisse en aucun cas de faire l’apologie de tel ou tel système, mais parce qu’à nos yeux  cette émergence constitue peut-être l’un des évènements les plus importants de ces dernières années. La fin de la prééminence de nos civilisations occidentales, même si l’expression passe mal…Tout  se passe comme si l’OCS mettait en place une organisation qui permettrait à l’Eurasie de se mieux développer, et par nos besoins énergétiques nous y sommes plus ou moins attachés, dans un cadre qui ne sera pas tout à fait celui de la mondialisation libérale telle que la conçoivent  les responsables politiques actuels et telle que l’incarne le Directeur du FMI ou celui de l’OMC. Les questions évoquées inclinent à donner des évènements relatifs à l’Irak, l’Afghanistan et l’Iran, une interprétation qui n’a pas grand-chose à voir avec des menaces d’Al Quaïda ou celles d’une problématique bombe atomique iranienne (aussi dangereuse que les armes secrètes de Saddam Hussein ?).

                                                                                                                                                                                                   

 

                                                                                                                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1]  Sources   http://www.eia.doe.gov/emeu/international/reserves.html  puis « International energy Statistics »

[2] Site de Marianne 2, le 24 mai 2009, « Le yuan, nouvel monnaie de référence » par Nouriel Roubini, professeur d’économie à l’université de New York, School of Business.

[3] « La mauvaise querelle du Yuan », Joseph Stidglitz, revue de presse de l’actualité chinoise du 19, avril 2009-les Echos, n°20659.

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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /Juin /2010 10:50

L’ORGANISATION DE COOPERATION DE SHANGHAÏ

Nouvelle puissance ou tigre de papier ?

Seconde Partie : Quelques préoccupations communes.

RPC 51 (mai 2010)

Nous présentons, ci-dessous, des éléments de réflexion concernant des problèmes dont la résolution dépend de la coopération qui s’instaurera entre les grandes puissances asiatiques. Le temps n’est plus où les puissances occidentales pouvaient imposer leur volonté à une Asie qui ne disposait ni de l’organisation, ni des armements qui lui auraient permis de rester indépendante, les européens s’ouvrant des comptoirs à coups de canon, les britanniques entraînant les européens dans une guerre destinée à laisser l’opium entrer librement en Chine, ou, à la veille de la première guerre mondiale, plaçant le Tibet sous leur contrôle, sans parler de la colonisation de l’Inde, du Viet-Nam, du Laos, du Cambodge, de l’Indonésie… Nous avons choisi de ne parler que de trois problèmes, celui de l’énergie en nous limitant aux hydrocarbures et au charbon, celui de l’eau en n’envisageant que la répartition des ressources issues du Tibet, celui de la recherche d’un développement qui s’affranchirait au maximum du dollar. 

  1 – Le poids des politiques énergétiques. Comme indiqué au début de ce texte, nous n’entrerons pas dans le détail. Nous renvoyons le lecteur à d’autres textes. Par exemple, cet article cité ci-dessous en note[1]. Il y évoque, dans sa conclusion, le rôle de l’OCS. On se limitera dans ce qui suit à quelques faits illustrant l’importance, la complexité et les risques des enjeux énergétiques. Les enjeux, alimenter en gaz  l’UE, tout an participant au développement des partenaires asiatiques, le Chine d’abord mais aussi l’Inde,  y associer l’Iran.

Le contrôle plus ou moins total des Etats de l’OCS sur ses moyens de production et de transport des hydrocarbures  est une question  primordiale. Le développement des pays de l’OCS, Iran,  Chine,  l’Inde et Pakistan (tous membres de l’OCS), est très insuffisant. Leur développement exigera beaucoup d’énergie.  Or la Russie, le Kazakhstan et l’Iran sont  gros producteurs et  disposent de réserves considérables.  L’Union Européenne ne peut plus se passer du gaz  Russe. Les occidentaux voudraient que leurs sociétés  pétrolières  puissent investir dans la recherche et l’exploitation des hydrocarbures russes, iraniens, pour ensuite les transporter et les commercialiser comme n’importe quel produit en économie de marché. Mais les économies russe et chinoise sont loin d’être des économies de marché. 

 La Russie a privatisé ses sociétés pétrolières sous la direction d’oligarques  tout en conservant la maîtrise de sa politique énergétique qui s’impose à ses sociétés privées ou non. Elle a  longtemps empêché   les opérateurs étrangers de s’installer sur son territoire. Depuis quelques années, les compagnies nationales rachètent des sociétés privées. Néanmoins la recherche d’investisseurs pour développer les découverte récentes, en Sibérie, dans et autour de l’Ile de Sakhaline, l’ont conduit à assouplir sa position. Trois consortium ont été créés à cet effet, le premier mené par Exxon Mobil avec des sociétés japonaises, russes et indiennes (opération Sakhaline 1), le second, mené par Royal Dutch, à 65%, avec des sociétés japonaises, (opération Sakhaline 2). Le troisième est une « joint venture » de droit russe composée de British Pétroleum à 50%, avec deux sociétés russes. Le consortium apparait déjà comme le troisième groupe pétrolier russe. Le Kazakhstan  avait accepté des investisseurs étrangers, accordant, en particulier, d’importantes concessions à Chevron, la deuxième compagnie pétrolière américaine.

En ce qui concerne le transport des hydrocarbures, c’est un peu la guerre.  La Russie  développe un réseau de gazoducs vers l’Ouest. Les occidentaux recherchent des oléoducs non contrôlés par la Russie pour importer le brut du Kazakhstan, de l’Azerbaïdjan et du Turkménistan. Ils vont construire un oléoduc vers la Turquie. Les Chinois recherchent des voies d’approvisionnement terrestres pour importer des hydrocarbures du Kazakhstan et  de  Russie. Ils trouveront des arrangements pour construire, avec les russes et les kazakhs,  des pipes en direction de leur territoire et de l’Extrême-Orient russe.

 Compte-tenu de leurs besoins les plus urgents, les chinois ont signé avec l’Iran trois  contrats : Le premier, en mars 2004, pour 25 ans prévoit la fourniture de 110 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié, pour 20 milliards de dollars. Le second, en novembre 2004,   prévoit la fourniture de 5 millions de tonnes du même produit, dès 2013. Le troisième, en novembre 2004, accorde à la société nationale chinoise SINOPEC un droit d’exploitation du champ pétrolifère  de Yadavara.  Les transports s’effectueraient par mer. L’Iran resterait, de ce fait, le premier fournisseur de gaz pour la Chine.

La Russie, par sa société Gazprom (10% de capital étranger), conserve la propriété de tous ses gazoducs. Elle est entrée de façon significative dans les sociétés approvisionnant  les pays d’Europe de l’Est, pour 37% en Lituanie, 34% en Lettonie, 37% en Estonie … Elle a,  pour approvisionner l’UE, construit quatre gazoducs. Le premier passe par le Belarus,  la Pologne et l’Allemagne. Le second  passe par l’Ukraine, la Tchékie, l’Autriche pour aboutir en Italie. Le troisième passe par l’Ukraine, la Roumanie et la Bulgarie pour aboutir en Turquie. Le quatrième  passe en Azerbaïdjan pour aboutir  en Turquie en passant par la Mer Noire.

 Enfin, le huit septembre 2005, le Président Poutine et le Chancelier  Schroëder signent un accord pour construire un oléoduc à deux tubes, entre la Russie et  l’Allemagne, en passant  dans la Baltique (projet Nord Stream). Il a été question de le connecter à celui qui relie l’Angleterre à la Norvège.  Schröder, après son départ de la Chancellerie, a été désigné, avec l’accord d’Angela Merkel, pour diriger le consortium germano-russe qui le construit. Il devrait être opérationnel en 2012. Cette initiative germano-russe, dont l’Union Européenne s’est désintéressée, a vivement mécontenté la Pologne et les pays baltes qui restent à la merci du fournisseur russe et  sont privés de droits de passage importants. Les russes ont montré à cette occasion qu’ils pouvaient, grâce aux hydrocarbures, intervenir dans l’UE pour y gérer leurs projets sans provoquer de réactions significatives.

Les russes se sont préoccupés de l’exportation du brut   Kazakh en construisant un oléoduc qui, partant de Tengis, sur la Caspienne, et passant en territoire russe, aboutit au port russe de Novorossiyk sur la Mer Noire (1500 kilomètres). Le premier tanker a été chargé le 13 octobre 2001. Russes et Iraniens s’étaient opposés à la construction d’oléoducs traversant la Caspienne prétextant du flou juridique concernant sa nature, lac ou mer ?

Les occidentaux ont, à leur tour, voulu ouvrir une porte de sortie aux hydrocarbures Kazakh, Turkmène et AzerbaÏdjanais, et même Ouzbek, vers le port turc de Ceyhan sur la côte sud de la Turquie (projet BTC), sans passer par la  Russie.  Un second oléoduc provenant des mêmes  régions mais aussi, par une autre branche, plus tard, d’Irak et d’Iran, (projet Nabucco)  fit l’objet d’un accord signé le 13 juillet 2009 par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. L’opération pourrait aboutir fin 2014. L’ancien ministre des affaires étrangères de Gerard Shroëder, Joscka Fisher, a été désigné comme « consultant senior » du projet. Les russes  lui opposent le projet South Stream qui associait Gazprom et la société italienne ENI auxquelles, très tardivement, Gaz de France avait envisagé de se joindre. Le projet intéressait aussi la Turquie.  Aboutissement  prévu en 2015, avec une décision définitive à prendre en 2010. Il ne parait pas certain que le projet aboutisse.

L’exploitation des réserves importantes découvertes récemment en Sibérie orientale a conduit la Russie à projeter un oléoduc transsibérien qui acheminerait une partie de la production vers l’ouest et l’autre partie vers un nouveau port pétrolier, Nakhodka, sur le Pacifique. Les japonais financent l’opération à 50%. Le premier tronçon a été inauguré le 28 décembre 2009. Le premier tanker à quitter Nakhodka était destiné à Hong Kong. Les ports chinois pourront être approvisionnés facilement. En octobre 2008, la Russie et la Chine ont signé un accord pour construire une dérivation de l’oléoduc  transsibérien vers la Chine (67 kilomètres) financée par un prêt chinois.

Les chinois, en dépit d’une certaine rivalité « géopolitique » avec la Russie, trouvent progressivement les moyens d’assurer une partie de leurs approvisionnements : Prolongation du gazoduc transsibérien, gazoduc en provenance du Kazakhstan, projet  formé par Gazprom d’un oléoduc  de la Russie à la Chine... D’ici là, la consommation chinoise de charbon a peu de chance de  diminuer. La production massive d’électricité nucléaire leur permettra peut-être, dans un avenir encore lointain, d’en limiter l’emploi.

Les américains avaient envisagé l’exportation des hydrocarbures du Turkmenistan, réputé disposer d’importantes réserves, en construisant avec leur société Unocal, un oléoduc qui aurait traversé le territoire afghan. L’opération,  peut-être l’une des causes cachée de la guerre afghane, est au point mort. La réalisation du projet nécessiterait que la guerre  se termine, de façon durable, dans de bonnes conditions. Doit-on considérer que les américains misent sur une réconciliation nationale sous l’égide d’Hamid Karzaï  pour rétablir le minimum d’ordre nécessaire à la réalisation du projet ?  Hamid Karzaï fut  ministre du premier gouvernement taliban. Le Mollah Omar voulait en faire le représentant de l’Afghanistan à l’ONU. Les américains ne l’ont pas choisi au hasard. Encore faudrait-il qu’il se maintienne.

En 2006, la Russie et l’Iran ont signé un accord énergétique (3) partageant le marché du gaz. La Russie fournirait l’UE, l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Cet accord a servi de base à un projet de gazoduc de l’Iran à l’Inde. Le projet bénéficierait du soutien technique et financier de Gazprom. Le 2 avril 2010, le Pakistan a garantit la sécurité du tracé sur son territoire mais le projet stagne du fait des pressions exercées par les USA sur l’Inde : Pas de coopération Inde-Iran qui diminuerait l’efficacité de l’embargo US.



L’Iran de Mossadegh avait nationalisé ses puits et exproprié l’Anglo-Iranian Oil Company, le premier mai 1951. Ce fut le point de départ de la mise en place du régime des mollahs, du soutien  des occidentaux à l’Irak dans sa guerre de 10 ans contre l’Iran, puis de la politique hostile des mêmes occidentaux, au  prétexte d’une politique nucléaire qui menacerait le monde entier. Que l’Iran, sans aucun autre changement par ailleurs, ouvre ses portes aux grandes sociétés pétrolières et les tensions actuelles disparaitront probablement.  

Ces quelques évocations, bien que succinctes, et sans doute embrouillées,  montrent comment la  question du gaz et du pétrole structure les relations internationales, entre les pays de l’OCS et les occidentaux. Tout le monde a besoin des ressources russes et iraniennes, mais plus spécialement la Chine, l’Inde,  le Pakistan, et l’Europe.   Des risques de divergences d’intérêts entre la Chine et la Russie existent  en ce qui concerne l’attribution des ressources mais leur volonté partagée de s’affranchir de l’hégémonie américaine et de conserver la maîtrise de leurs ressources parait garantir la solidité, au moins pour quelques années, de la nouvelle organisation.’  On constate aussi que la dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie s’affirme chaque jour davantage, même si l’UE a d’autres fournisseurs. Enfin, ces quelques développements éclairent certains aspects des difficultés rencontrées par l’Iran. L’embargo américain limite le développement de son industrie pétrolière mais en fait un partenaire essentiel de la Chine et de la Russie, voire un jour le partenaire exclusif.

Quelques données statistiques d’origine américaine

 On a conservé les unités US.  On aura   besoin de comparaisons, donc de pourcentages : Ce  sont les mêmes, quelles que soient les unités. Ces informations  portent  sur le pétrole, le gaz et le charbon, encore très utilisé en Chine, aux Indes et aux US. On a laissé de coté l’hydrauliques, le nucléaire et l’éolien …qui ne sont pas négligeables, certes. Mais, dans l’immédiat  le pétrole, le gaz et le charbon resteront les principales sources d’énergie.   On soulignera  des situations remarquables dont l’interprétation  ne doit pas être trop simpliste. En effet, l’OCS ne vit pas en  autarcie. Si les chiffres indiquent que les pays de l’OCS consomment moins qu’ils ne produisent, cela ne signifie pas que ces pays n’échangent qu’entr‘eux. Ils vendent et achètent hors de l’OCS. L’Arabie Saoudite, le Soudan et le Venezuela exportent du pétrole vers la Chine tandis que la Russie vend du gaz à l’Europe. La Chine achète un partie de son  charbon en Australie...La Russie et la Chine ont aussi acquis des actifs hors territoire de l’OCS.  La Russie a gagné un appel d’offres pour l’exploitation d’un gisement irakien. La Chine a obtenu de l’Iran un permis d’exploitation du champ pétrolifère de Yadavara  et des facilités en Afrique, au Soudan notamment[2].

En ce qui concerne le pétrole, les deux grands pays producteurs sont la Russie, chez les membres fondateurs et l’Iran chez les membres observateurs. L’ensemble de l’OCS consomme l’équivalent de 73% de sa production,  19% de la production mondiale, pour une population qui représente, sans les membres observateurs, 23% de la population mondiale, et 44% avec les membres observateurs. Le défi,  19% de la production mondiale  pour 44% de la population mondiale.  Une petite moitié de la population mondiale, dont les deux pays les plus peuplés, consomme le quart du  total,  la seconde comprenant les pays occidentaux   consomme les trois quarts restants. Commentaire, la  faible consommation de l’Inde, à peu près égale à celle de la Russie pour une population  huit fois supérieure, et celle du Pakistan qui, avec 176 millions d’habitats contre 140 pour la Russie, consomme  sept fois moins de pétrole. La comparaison de la Chine et de l’Inde est  aussi très significative. Le rapport des populations est de 1,17 alors que le rapport des consommations de pétrole est de 2,6. L’Inde devrait   plus que doubler sa consommation  pour que, toutes choses égales par ailleurs, son niveau de  consommation rattrape celui de la Chine.  Les différences de consommation de charbon ne compensent pas la moindre consommation de pétrole.

 

 En ce qui concerne le gaz, la Russie est première productrice mondiale avec 21% de la production mondiale. L’Iran est la seconde productrice mondiale avec près de 4%. Si l’on considère les réserves, la Russie occupe encore la première place avec 27%, l’Iran la seconde avec 16%, soit 43% pour les deux. Le Qatar occupe la troisième place avec 14%. L’Arabie Saoudite occuperait la quatrième avec 4%, suivie de peu par les USA. Ces quelques chiffres expliquent le retour en force de la Russie dans le jeu politique international et la peur  des USA de voir le gaz iranien leur échapper, surtout si l’on se souvient qu’iraniens et russes ont, d’ores et déjà, passé un accord pour le partage de la clientèle eurasiatique. Si l’Inde dispose d’un peu de gaz, sa consommation est légèrement inférieure à sa production et deux fois inférieure à la consommation de la Chine, alors que ses réserves seraient au mieux deux fois inférieures à celles de la Chine et 44 fois inférieures à celles de la Russie. L’Inde et le Pakistan ont réellement besoin du gaz iranien, le plus proche de leurs territoires, le seul qui puisse arriver par voie terrestre.

                                 

Suite dans RPC 51-b....... 



[1]  « Du Caucase à l’Asie Centrale, grand jeu autour du pétrole et du gaz », Régis Genté, Monde Diplomatique, août 2007

(2 « Observatoire géopolitique sur la Chine , du Centre d’études Asie, note de Michel Meidan, du premier octobre 2006.

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Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 15:03

 

L’ORGANISATION DE COOPERATION DE SHANGHAÏ (OCS) :

Nouvelle Puissance ou Tigre de Papier ?

Première Partie : L’émergence.

RPC 50    (avril 2010)

 Qui connait l’Organisation de Coopération de Shanghaï ? Ni la Télévision, ni la Presse, ni nos hommes politiques, n’en parlent jamais.  Ce n’est pas une organisation secrète mais elle reste affaire de spécialistes. Chercher sur internet. La documentation existe, par morceau, souvent sur des sites russes ou chinois. Pourtant cette affaire nous concerne tous. De quoi s’agit-il ? D’une organisation structurée, mais pas à la façon de l’Union Européenne ou de l’OTAN, née progressivement entre 1996 et 2001. Elle regroupe d’abord le cercle des membres fondateurs, Russie, Chine et trois républiques d’Asie Centrale, puis un second cercle, dit des membres observateurs, comprenant l’Inde, le Pakistan, la Mongolie et l’Iran, elle-même candidate au premier cercle. Au total, près de trois milliards de personnes, qui ont, on le verra, de solides raisons de coopérer.

Avec RPC 50 et 51, j’ai voulu apporter un éclairage succinct sur cette organisation, incomplet sans doute, partial diront certains, à compléter, voire amender, certainement. Elles  présentent l’émergence d’une force nouvelle dont on ne peut encore dire s’il ne sera que « tigre de papier », ou, au contraire, puissance incontournable. Avec RPC 50 on examinera les conditions d’émergence de cette organisation, ses buts annoncés et certains aspects du contexte géopolitique. Avec RPC 51, on examinera, pour provoquer la réflexion, trois des grands problèmes que l’OCS aborde déjà ou devrait aborder : la nécessité d’une politique énergétique globale, celle d’une politique coordonnée de l’eau, celle d’une adaptation du système monétaire. Les incidences éventuelles du changement de pouvoir, brutal, au Kirghizstan et  des dernières tentatives des Présidents Obama et Sarkozy pour obtenir des sanctions contre l’Iran ne peuvent être encore évaluées. Il est possible que la Russie ait soutenu le soulèvement  populaire au Kirghizstan pour sanctionner son président d’avoir renouvelé la location de la base de Manas aux USA. La question des sanctions contre l’Iran continue de se heurter à l’inertie, voire au refus de la Russie et de la Chine (voire «Le Monde » du 19 novembre 2009), qui disposent l’une et l’autre, d’un droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU..

 . 1 – Naissance le l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS)

          11 – La création. Le Forum de Shanghaï a été créé en 1996 par la Chine et la Russie auxquels s’étaient associés le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Il s’agissait d’abord de stabiliser les frontières  issues de la période antérieure, et plus spécialement la frontière sino-chinoise, six mille kilomètre le long du fleuve Amour. En 1997, un second accord portait sur la réduction des forces armées aux frontières et sur des mesures de confiance entre forces armées des pays membres. Elle  permet à la Russie de mieux affirmer ses ambitions et, le cas échéant, de mieux suivre la politique de la Chine, en Asie centrale particulièrement.

Les 14 et 15 juin 2001, à l’occasion de l’adhésion à ce Forum de l’Ouzbekistan, les cinq chefs d’Etats concernés, auxquels s’associe le président ouzbek, signent, à Shanghaï, le traité fondant  l’OCS.

En 2002, les six Etats signataires du traité fondateur adoptent une charte, choisissent Pékin comme siège de l’organisation et créent le RATS, structure anti –terroriste régionale dont le siège sera à Tackhent. L’un des problèmes à traiter en priorité est en effet le terrorisme islamiste sunnite qui concerne la Russie (Tchétchènie), la Chine (minorité ouighour du Xinjian) et les républiques d’Asie Centrale. L’intervention occidentale en Afghanistan a permis aux ouzbeks de détruire les bases du mouvement islamique sur leurs frontières.  Cet islamisme sunnite est aussi considéré par l'Iran chiite comme une  menace permanente. A ce stade, l’histoire de l’Iran chiite est étroitement liée à celle de l’OCS. Avant l’ère des mollahs, l’Iran avait adhéré au Pacte de Bagdad prenant  position dans la guerre froide contre l’URSS. Elle acceptait sur son territoire les sociétés pétrolières occidentales. Elle était donc l’alliée des  USA qui lui accordaient un appui militaire important. Ils lui avaient, en particulier, livré des centaines d’avions de combat. Cet appui cessa lorsque l’Iran nationalisa les activités pétrolières, par son premier ministre Mossadegh, en 1951. Le Shah le démet et règne en dictateur, ce qui provoque finalement le coup d’Etat de janvier 1979 et l’arrivée de Khomeini,  le mois suivant. Les occidentaux n’acceptent pas le nouveau régime. Le 22 septembre 1980, l’Irak, avec leur soutien, attaque l’Iran. La guerre, gagnée par l’Irak, très meurtrière, dura dix années. Un an plus tard, les occidentaux attaquent l’Irak ! L’Iran acceptera que les avions irakiens aillent se poser en Iran. En suggérant, en 2010, au président Karzaï de négocier  avec une partie des talibans (Karzaï a été ministre dans le premier gouvernement taliban,  très proche du mollah Omar qui voulait en faire le représentant de l'Afghanistan à l'ONU), les Etats-Unis  signifient donc à l'Iran leur  alliance possible avec ses adversaires sunnites traditionnels.

En 2002, le siège de l’OCS est fixé à Pékin et celui du RATS (organisation anti-terroriste de l’OCS) à Tachkent. L’OCS se présente alors  comme une organisation intergouvernementale de coopération dans les domaines qui ont fait l’objet d’accords. Les Etats conservent leur autonomie pour toutes les questions non explicitement prises en compte par les traités, et, d’abord, en matière diplomatique.  L’OCS respecte les conventions passées entre la Russie et ses ex-républiques, et entre les républiques  d’Asie Centrale. Ceci peut éclairer  l’évolution des rapports entre la Russie, membre de l’OCS, et l’Ukraine ou le Belarus, non (encore) membres de l’OCS mais liés à la Russie, et maintenant à la Chine pour ce qui concerne le Belarus, par un certain nombre d’accords, dans le cadre de la CEI ou non.

Le 7 juillet 2002, signature à Saint-Pétersbourg de la Charte de l'OCS. En novembre de la même année, le président Tadjick, Imomali Rakhmonov, accueille 25000 soldats russes tout en affirmant qu'il est prêt à participer à la guerre contre l'Irak, ce qu'il ne fera  pas.

Le 29 mai 2003, nouvelle réunion des chefs d'Etats. En septembre de la même année, Belarus, Ukraine, Kazakhstan et Russie signent un accord pour la création d'un espace économique commun, ce qui resserre, de fait, les liens entre Belarus, Ukraine et OCS.

Le 15 janvier 2004, l'OCS ouvre à Pékin son secrétariat permanent en présence de représentants d'organisations internationales, dont  l'ONU. Le 17 juin de la même année, les Etats membres réunis à Tachkent acceptent  la Mongolie à titre d'observateur.     

Le 5 juillet 2005, à Astana, capitale du Kazakhstan, ces mêmes Etats acceptent comme nouveaux observateurs , l'Inde, l'Iran et le Pakistan, l'Iran étant, d'ores et déjà, candidate au statut  de membre fondateur.  Le Tadjikistan soutenait cette candidature. Le Kazakhstan s'y opposait. Les nouvelles adhésions au cercle des fondateurs sont aujourd’hui, différées, du fait du conflit latent entre les USA et l’Iran, sans doute. Mais l’OCS étudie la mise en place d’un représentant permanent des « observateurs » qui participerait aux travaux de l’Organisation. A cette même réunion, l’OCS demande à ses membres d’organiser le retrait des bases militaires américaines d’Asie Centrale, notamment des bases de Khanabad et de Manas, au Kirghizistan. Au mois de septembre  de la même année,  le Secrétaire  Général de l'OCS présente la nouvelle  organisation à l'Assemblée Générale de l'ONU.  

Le 15 juin 2006, à Shanghaî,  sixième sommet des chefs d'Etats de l'OCS.

Le 16 août 2007,  à Bichkek, capitale du Kirghizistan,  septième sommet des chefs d'Etats.  A Cette  occasion, l'OCS organise des manœuvres  sur le thème  de l'anti-terrorisme dans les régions de Tcheliabinsk, en Russie, et d'Urumqi dans le Xinjiang. La règle de l'OCS étant que le chef d'Etat qui  reçoit  invite qui il veut, le président kirghiz avait invité  le président afghan, Hamid Karzaï,  le président iranien et son ministre de l’énergie et le ministre indien de l’énergie, certainement  intéressé par l’exportation éventuelle de pétrole et surtout de gaz iranien   vers les Indes.

 

15 et 16 juin 2009, à Iekaterinbourg, A l’occasion de leur sommet annuel, les Etats de l’OCS, dont l’Inde, évoquent la  recherche commune d’une alternative au dollar. Le Brésil avait été invité mais l’OCS avait refusé la participation d’observateurs américains.

 

        12 – Les buts de l’OCS selon ses propres annonces.

- Renforcement de la confiance mutuelle et de la coopération dans presque tous les domaines, notamment, énergie,  transports,  tourisme et environnement. Les pays de l’OCS disposent de 20% des réserves  de pétrole et 38% des réserves de gaz connues. Ces chiffres ne tiennent pas compte des ressources dont dispose l’Iran ! L’un de leur but   est évidemment d’assurer, au plan quantitatif, la fourniture de la demande   chinoise, voire indienne, mais aussi d’assurer la sécurité de leurs approvisionnements. Aujourd’hui, en effet, les pétroliers se rendant en Chine, au départ du Soudan, du Venezuela, du détroit d’Ormuz ou d’Arabie Saoudite, sont sous la surveillance permanente des navires US. Il  semble enfin que la coopération proposée porte aussi sur le domaine nucléaire.

- Sauvegarde de la paix, de la sécurité et  de la stabilité régionale, notamment face aux menées terroristes. La coopération militaire sera largement dirigée vers les mouvements terroristes et séparatistes. Les Etats «observateurs» sont  informés sans participer officiellement (car on ignore  le contenu précis des  échanges). La sécurité et la stabilité sont justement les avantages que l’Iran attendait des USA, assurés du temps du Shah, puis mis à mal par la guerre Iran-Irak.  On comprend que l’Iran soit maintenant candidate à l’entrée dans l’OCS, les USA n'ayant probablement pas renoncé à reprivatiser les sociétés pétrolières iraniennes, sous couvert de démocratisation et de mondialisation.  

- Construction  d’un nouvel ordre politique et économique, international, démocratique et juste : Certes les pays de l’OCS ont une conception de la démocratie qui n’est pas celle  de la notre. Mais aucun Etat occidental n’a jamais eu à gérer plus d’un milliard de personnes. Mais il est très difficile pour les occidentaux d’admettre que leurs modèles ne soient pas nécessairement généralisables, partout et en même temps. La mondialisation libérale n’est certainement pas, aujourd’hui, l’outil qui permettrait aux Etats asiatiques de se  développer harmonieusement, dans l’intérêt de leurs peuples, pas seulement dans celui de leurs banquiers. Ce point qui provoquera probablement des commentaires mériterait d’être approfondi dans une fiche ultérieure.

 

 -  13 – Eléments de contexte 

         -131 - La garantie des frontières. Ce fut le premier des problèmes communs lorsque fut créée, autour de la Russie, la Communauté des Etats Indépendants (la CEI) dont les frontières correspondaient à des constructions parfois artificielles, dans le Caucase, en Moldavie, au Kazakhstan d’ailleurs intégré à l’Union Soviétique dès sa création (1917). Il fallait aussi que Chine et Russie sécurisent leur frontière commune sur le fleuve Amour. Cette garantie   correspondait  aussi à leur désir de limiter   l’impact de  la politique dite de « containment » pratiquée  par les USA à leur égard.  Du temps de la guerre froide, cette politique, essentiellement défensive, consistait à les contenir dans les frontières des blocs  communistes. Depuis la fin de la  guerre froide, elle était devenue plus offensive, politique dite de « roll-back », qui  consistait à prendre pieds, sous différents prétextes, dans les provinces ou  Etats constituant le glacis de la Russie en Asie Centrale, du Kazakhstan à l’Arménie, (c’est la suite des révolutions « aux fleurs » ou  aux « couleurs » sur lesquelles on reviendra),  en pays ouighour, dans le Xinjiang ou au Tibet ,dans le cas de la Chine, voire à Taïwan que l’OCS a certainement placée à l’intérieur des frontières chinoises, réservant à ses hommes d’affaires le soin de procéder à la réunification considérée comme inévitable.

 - 132 - La reconquête par la Russie de ses confins menacés par la pénétration  américaine.

Après la dissolution de l’URSS, les USA ont essayé de détacher de la Russie les Etats de son glacis pour mieux la contrôler et, surtout, sans doute, pour avoir accès aux énormes richesses pétrolières de l’Asie Centrale. Ils ont, à cette fin, tenté d’exploiter le désir d’autonomie des républiques d’Europe de l’Est et d’Asie Centrale en y suscitant des mouvements d’opposition, voire de véritables révolutions.

Novembre 2003, c’est, en Géorgie, la « révolution aux roses ». L’opposition, dite démocrate, conteste le résultat  des élections présidentielles   et contraint le président  Chévardnadzé, ex-Ministre des affaires étrangères de l’URSS, à quitter le pouvoir au  profit du jeune Mikhaïl Saakashvili qui  rentrait des USA où il avait  fait ses études (Université de Columbia) et occupé un premier poste dans une banque new-yorkaise. Il était entré dans le gouvernement Chévardnadzé, en 2000, comme   ministre de la justice. Il s’oppose alors à son gouvernement qu’il doit quitter en 2002. Il crée un parti d’opposition. On n’entrera pas dans le détail de cette « révolution » mais il est très probable que  l’ONG américaine National Endowment for Democraty (NED) dirigée par Madeleine Allbright et le financier américain Georges Soros y jouèrent  un rôle important.  Très rapidement, les nouveaux dirigeants déclarèrent que l’’objectif de la Géorgie était « …d’être membre de la famille européenne, membre de l’alliance euro-atlantique… de garder un partenariat stratégique avec les US »… en   permettant sans  délai à la société BP de  construire un oléoduc de Bakou vers l’Europe.

Octobre 2004, c’est, en  Ukraine, la « révolution orange ». L’opposition conteste les résultats  du premier tour des élections présidentielles. Il s’agissait de remplacer le président Léonid Kouchma, ex- apparatchik du PC d’URSS, qui avait fait approuver par référendum, le premier décembre 1991, l’indépendance du pays. Victor  Louchtchenko, candidat pro-occidental, qui aurait fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement à la dioxine, avait obtenu 39,87% des suffrages contre 39,32 à son concurrent pro-russe Viktor Ianoukovytch. Des manifestations de protestations, plusieurs jours durant, éclatent prétextant de fraudes importantes. Les élections sont annulées. De nouvelles élections portent Louchtchenko   à la présidence. Il nomme premier ministre une femme d’affaires, Ioulia Tymochenko qui avait fait ses premières armes en politique avec le président Kouchma. Elle s’oppose rapidement à son président et doit quitter son poste le 8 septembre de la même année. De nouvelles élections législatives ont lieu le 26 mars 2006. Viktor Ianokovsky (pro-russe) l’emporte avec 32,12% des suffrages contre 22,27  au parti que venait de créer Ioula et 13,94% au Parti du président. Pour sortir d’une  situation complexe où cohabiteraient un président très pro-occidental avec un  premier ministre pro-russe, les deux hommes passent un accord qui prévoit notamment que l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN devrait faire l’objet d’un référendum. Ioula refuse cet accord et devient, de facto, leader de l’opposition. Mais l’accord entre le président et son premier ministre ne dure qu’une année. Le 3 août 2007, le président dissout le parlement. Survient « la crise »  qui affecte profondément le pays (PIB en baisse de 15%). Ioula Tymochenko se présente aux élections présidentielles du 7 février 2010. Avec 35% des voix au premier tour, Viktor Ianoukovitch les gagne, le précédent président ne rassemblant que 5% des suffrages. Ioula, redevenue Premier Ministre, introduit un recours contre ce résultat mais, le 3 mars 2010, le parlement censure son gouvernement. Elle  doit partir. C‘est l’aboutissement d’une « révolution orange » avortée d’où sort, vainqueur,  un ami des dirigeants russes.

Février /mars 2005, c’est, au Kirghizistan, la révolution dite « des tulipes ». L’opposition pro-occidentale conteste le résultat des élections présidentielles  des 27 février et 13 mars. Il s’agissait d’élire un président pour succéder à Askar Akaïef en place depuis quinze ans. Le président Akaïef avait été réélu. A Bischkek, la capitale, une opposition très organisée occupe la rue et fait même venir du sud ses partisans, dont des islamistes. Les manifestations sont violentes, pillages, incendies …L’ensemble de  la classe politique prend peur et fait front commun. Elle « désigne» pour la présidence un responsable pro-russe Kourmanbek  Bakiev. Le président Akaïef s’était enfui avec sa famille, par hélicoptère, vers le Kazakhstan, puis Moscou où il signe sa démission, le 4 avril. Au mois de juillet, nouvelle élection présidentielle gagnée par Bakiev. Par la suite, le Kirghizistan louera à  la coalition occidentale, en Afghanistan, au prix fort, l’aérodrome de Manas, et sous condition d’une aide financière au développement.

Le Tadjikistan connait aussi une tentative de révolution (non baptisée). Le 9 septembre 1991, le président  du parlement, Quadriddin Aslano avait fait proclamer l’indépendance après avoir   interdit le parti communiste. Dès le 29 septembre, il est renversé par un dirigeant pro-russe Rakmon Nabiev qui  est  élu à la présidence. Eclate alors une guerre civile qui fit 50 000 morts. Une coalition hétéroclite de libéraux et d’islamistes cherche à prendre le pouvoir. Elle capture même, en septembre 1992, le président Nabiev. Il est remplacé par un de ses amis, Emomali Akmon, président du parlement. En 1997, une paix  est négociée sous l’égide de l’ONU et de la Russie. En 2002, le président Imomali Rakhmonov qui venait d’accueillir 25 000 soldats russes déclare qu’il collaborerait avec les USA en cas de guerre contre l’Irak, ce qui inquiète la Russie. Aux élections présidentielles qui suivent, Rakmon Nabiev est élu puis réélu, en 2006. Le Tadjikistan dont la population est d’origine iranienne a une frontière commune avec l’Afghanistan. Le commandant Massoud était  Tadjick.

Le Tadjikistan souhaite évidemment écarter la menace islamiste que représentent les talibans sunnites. Il accorda donc à la « coalition occidentale » le droit d’utiliser des aérodromes et les routes frontalières  mais sans pouvoir y installer de détachements permanents. La  France fut cependant autorisée à installer, à Douchambé, la capitale, une force spéciale de 200 hommes. En France, on n’en parla pas.  L’Inde fut autorisée à installer une base aérienne qui n’est sans doute pas utilisée par la coalition (l’Inde est membre observateur de l’OCS et cherche, dit-on, à ménager ses relations avec les talibans). Mais,  dans le même temps, les russes furent autorisés à installer, près de Douchambé,  leur 201ième base où séjournent 5000 hommes d’infanterie motorisée susceptibles d’aider les Tadjiks à surveiller leurs frontières. Rappelons que le  Tadjikistan est membre fondateur de l’OCS et y soutient la candidature de l’Iran.

Au Kazakhstan, situation  différente. La république Kazakh fut créée après la révolution de 1916 par l’URSS elle-même. Le territoire était habité par des populations généralement musulmanes sunnites. Staline en fit une terre de déportation, pour des tatars et des allemands, notamment. Plus tard, il décréta la mise en valeur des « terres vierges » consacrées à la culture du coton qui provoqua l’arrivée de nombreux volontaires. Plus tard encore, on y créa la base de Baïkonour et le polygone de Semipalatinsk consacrés aux activités nucléaires et spatiales. Puis on y découvrit des gisements pétroliers capables de rivaliser, disait-on, avec les gisements iraniens, et des gisements d’uranium qui représenteraient 17% des réserves mondiales. On comprend l’intérêt que portèrent au Kazakhstan un certain nombre de grandes sociétés, notamment américaines, comme Exxon qui essayèrent, avec un certain succès, de s’y implanter.

En 1990, le président Noursoulam Nazarbaïev venait d’accéder au pouvoir. Il y resta. En 2005 ( !) il est réélu pour sept ans !  Dans les années qui suivirent immédiatement la fin de l’URSS,  le président Nazarbaëv hésita avant de choisir entre l’occident qui lui aurait permis de prendre des distances avec la Russie et le monde russe qui ne discutait pas son mode, très personnel, de gouvernement. Il choisit finalement de devenir membre fondateur de l’OCS. Avec 15 millions d’habitants, il en est la troisième puissance. Au contraire du Tadjikistan, il n’a pas soutenu la demande d’adhésion comme membre fondateur de l’Iran, chiite alors qu’il est sunnite, plus peuplé, concurrent, pouvait-il croire, sur le plan de la fourniture de pétrole et de gaz car ses réserves avaient été initialement très surestimées.  En tout état de cause, Il n’y a pas eu de révolution colorée au Kazakhstan.

Le cas de l’Ouzbekhistan est lui aussi assez simple. Créé en 1924 au sein de l’URSS, il était peuplé de  musulmans sunnites. Pendant la seconde guerre mondiale de nombreuses familles russes, de l’Ouest, y avaient été réimplantées. Après la guerre, la culture du coton y avait été largement développée, au point d’en faire l’un des premiers producteurs mondiaux. Aucune tentative de révolution « colorée » n’y a vu le jour : Le gouvernement ouzbek, conscient du risque, avait contraint Georges Soros à fermer sa Fondation. L’Ouzbekistan compte parme les pays fondateurs de l’OCS.  En 2005, il ferme son espace aérien et ses aérodromes aux occidentaux.

En définitive,  la Russie n’a pas réussi à conserver le contrôle des républiques situées entre Caspienne et Mer Noire. Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan se sont rapprochés de l’occident, même si celui-ci n’a pu limiter les initiatives russes en Géorgie et si l’Arménie conserve de bons rapports avec la Russie.  Mais, à l’Est de la Caspienne, seul le Turkménistan, un Etat peu peuplé, gouverné par un dictateur installé de longue date et, lui aussi, très riche en Hydrocarbures, a conservé son autonomie. En 2005, il déclarera ne vouloir accepter de bases militaires étrangères que si les intérêts des républiques voisines et de la Russie le permettaient.

Les révolutions « aux couleurs » ou « aux fleurs », bien que disposant d’un important soutien occidental,  n’ont pas eu tous les résultats escomptés. Les républiques  concernées, même l’Ukraine qui n’appartient pas à l’OCS, se sont finalement rapprochées du monde russe et asiatique. Le déroulement de ces révolutions a toujours été le même : Une opposition conteste l’élection d’un président et descend dans la rue. Dans un premier temps, des prétendants souvent proches des USA (études, mariages…), animent la contestation avec un certain succès. Certains sont élus (cas de l’Ukraine) puis la situation évolue et des responsables, souvent qualifiés de pro-russes, reviennent au premier plan.

A l’arrière-plan, une organisation souvent très efficace mise place par des mouvements contestataires pro-occidentaux. En Serbie, le mouvement étudiant OTPOR avait joué un rôle essentiel  dans le renversement de Milosevic. Ses militants auraient inspiré d’autres organisations, KMARA en Géorgie, Pora en Ukraine, Zubr en Biélorussie, Mjaft en Albanie…On dit aussi que l’Open Sociéty (OSI) financée par le milliardaire américain Georges Soros, avec  près de 30 fondations, la plupart dans les ex-pays communistes, serait intervenue à différentes reprises. L’Ouzbekhistan l’avait d’ailleurs, pour ce motif, contraint à quitter   son territoire. On doit enfin faire référence aux actions menées par la National Endowment for Democraty (NED), ONG américaine très proche des services officiels, qui inspirait et aidait à organiser ces révolutions « aux couleurs ou aux fleurs ». Au Kirghizistan, un reporter français, Manon Loizeau, a montré, dans un film documentaire, l’implication des USA   et celle de l’ONG Mike Stone de Freedom House dans l’organisation des manifestations lors de la « révolution aux tulipes »…Voir, à ce sujet,  les sites relatifs à la NED, à Manon Loizeau... Ils apportent des informations sur les financements de la NED et sur les 6000 organisations qui, de par le monde, la relaie. Pourquoi plusieurs de ces révolutions colorées ont-elles échoué ? Sans aller au fond du problème, on peut avancer trois types d’explications : Dans les républiques d’Asie Centrale, les islamistes se sont plusieurs fois joints aux contestataires, ce qui est apparu aux dirigeants en place comme un grave danger. Certaines de ces républiques n’ont d’ailleurs pas hésité, ensuite, à faciliter la tâche de la coalition occidentale en Afghanistan, sans, pour  autant, y participer directement. Les dirigeants de ces républiques, des autocrates sinon des dictateurs, ont rapidement compris que les occidentaux voulaient aussi les  pousser à mettre en place des systèmes démocratiques à l’américaine, l’un des grands objectifs  de la NED. Il y avait là, pour leurs propres systèmes, un nouveau risque qu’ils n’ont pas accepté. Enfin, ces républiques ont  rapidement compris qu’elles pouvaient  exploiter leurs richesses en hydrocarbures à leur profit, au  Kazakhstan et au Turkmenistan spécialement, sans laisser trop de place aux grandes sociétés occidentales.

 

L’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS) est maintenant connue du lecteur. RPC 51 examinera de façon schématique trois des grands problèmes qui se posent à l’organisation, à propos de l’énergie, en se limitant au pétrole, au gaz et au Charbon, à propos du partage des eaux issues du Tibet, à propos de la recherche d’une solution alternative au « tout dollar ». Nous n’avons pas intégré à ce qui précède le récit et l’interprétation des évènements qui viennent de se dérouler au Kirghizistan. Une nouvelle révolte populaire a chassé le président. L’une des interprétations possibles est qu’il n’aurait pas souscrit aux demandes de l’OCS de ne pas renouveler le contrat de location de la base aérienne de Manas aux USA. Si c’est exact, on peut considérer que cette affaire illustre le poids grandissant de l’OCS. Mais il est trop tôt pour conclure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par liger - Publié dans : chine
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 20:09

 

  

RPC 49 – LE DEFICIT DE L’ASSURANCE MALADIE

MAUVAIS PRETEXTE POUR UNE PRIVATISATION ANNONCEE 

Voir mon blog http://economie-liger.over-blog.com

 

La question des déficits,de l'Etat et de la Sécurité Sociale et particulièrement de celui de la Sécurité Sociale, est au cœur des débats. Celui de l’Etat est énorme. Les gouvernements européens ont trouvé normal et même nécessaire de dépasser, «pour sortir de la crise », le déficit public (y compris le déficit de la S.S.) toléré, 3% du PIB, par le pacte de stabilité (Maastricht) liant les Etats membres de l’Union Européenne. Dans le même temps, la résorption du déficit de la Sécurité Sociale, et plus particulièrement de celui de l’Assurance Maladie, serait devenue une horreur justifiant la mise en place rapide de dispositifs nouveaux fondés sur l’abandon du principe de Solidarité, pilier du système français. Pourquoi? J’ai voulu, dans RPC 49, apporter des éléments de compréhension et de discussion sur la question des déficits de l’Assurance Maladie et sur l’usage que les néo-libéraux en font, question que je traitai déjà, il y a plus de vingt ans, devant les étudiants du Centre National d’ Etudes de la Sécurité Sociale (CNESS) de Saint-Etienne. Le problème demeure même si le contexte a beaucoup évolué.


Reste qu'il convient de modérer le caractère dramatique du débat. Au début du mois d'octobre 2009, Jacques Sapir, économiste et Directeur d'Etudes à l'EHESS diffusait une étude intitulée « Benoit Hamon est-il idiot ?» de laquelle on peut tirer les informations suivantes: Tous les Etats ont actuellement des dettes très importantes. Au sein de la zone euro, le taux moyen de la dette par rapport au PIB , estimée à fin 2009, serait de 77,7%. La dette de la France serait de 75,2% de son PIB, classement plutôt honorable. Si on considère le taux d'endettement total qui additionne, à fin 2010, la dette de l'Etat, celle des entreprises et celle des ménages, on prévoit que le taux d'endettement de la France serait de l'ordre de 200% du PIB, à peu près comme l'Allemagne, de 27% pour l'Espagne, de 260% pour la Grande Bretagne...La situation de la France n'est donc pas spécialement mauvaise. Pourquoi, dès lors, autant de bruit à propos de la dette de la Sécurité Sociale ?


Je me suis appuyé dans ce qui suit sur le rapport de la Cour des Comptes, préparé à partir des informations fournies par la Comptabilité Nationale et la DARESS (organisme d’études appartenant au ministère chargé de la Sécurité Sociale) pour l’année 2007, et présenté à la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale le 29 septembre 2008. L’intérêt de ce rapport de 180 pages est considérable. Il montre notamment qu’il existe un écart entre une réalité tenace et les orientations nouvelles que les néo-libéraux voudraient imposer. Ce constat peut expliquer que Sarkozy emprunte simultanément deux voies, une voie légale,d'abord, médiatisant le déficit pour culpabiliser les assurés sociaux et leur faire accepter un accroissement des coûts mis à leur charge. Une voie parallèle ensuite. Il s’agit de préparer l’opinion, discours en discours, à des mesures beaucoup plus radicales. Voire ses déclarations d’intention affichées à l’occasion de sa participation, le 4 juin 2009, au 39ième anniversaire de la mutualité française. Elles sont moins médiatisées que les nouvelles franchises, par exemple. Mais elles annoncent clairement ce qui adviendra si les néo-libéraux conservent le pouvoir. Sarkozy devance toujours la loi.


Ce double jeu est d’autant plus efficace que le système est devenu très complexe Personne ne peut intuitivement mesurer l’impact de telle ou telle mesure nouvelle (augmentation du forfait hospitalier pour la partie payée par les assurés ou nouvelles franchises). Il s’agit de préparer l’opinion à de profonds changements face à une situation réputée insoutenable. Vous ne voulez tout de même pas laisser d’aussi considérables dettes à vos enfants! On peut parler d’intoxication. Par ailleurs, la question des objectifs de la Protection Sociale n’a jamais été reposée au pays depuis plus de soixante ans, depuis les ordonnances de 1946 et, plus tard, la politique de généralisation de la couverture sociale mise en œuvre par madame Veil. Depuis une bonne dizaine d’années, tout se passe comme si les objectifs étaient discrètement modifiés, notamment sous la pression des idéologues de la commission de Bruxelles, sans que cela ne fasse débat. Citoyens intoxiqués, la Sécurité Sociale dérive.


J’ai voulu, apporter quelques points de repères sur les déficits et leurs causes, sur les mécanismes de financement, ainsi qu’un éclairage sur les coûts restant à la charge des assurés dans quelques cas particuliers, simples. Puissent nos lecteurs y trouver des raisons de s’opposer, collectivement, à la destruction d’un système de Protection Sociale, nés des travaux d’un anglais, Lord Beveridge, dans les années 1930, et dont les principes ont été les fondements du projet élaboré par le Conseil National de la Résistance. La Solidarité entre salariés, groupes sociaux et tranches d’âge, était le premier de ces principes. Les libéraux considèrent aujourd’hui, à l’ère de la compétition généralisée et de l’individualisme exacerbé, que ce principe est un anachronisme. Jacques Généreux a longuement discuté de cette situation dans son livre intitulé « la Dissociété » aux éditions du Seuil, en 2006.


Le président Roosevelt voulait construire aux USA un système de ce type. Il a échoué. Le Président Obama a repris le projet et veut construire une assurance maladie qui serve, au moins, à la cinquantaine de millions d’américains qui n’ont, en 2009, aucune protection sociale. Souhaitons-lui bonne chance. Mais les conservateurs américains n’en veulent évidemment pas.

  1. Réflexions sur les déficits.

11 – Quelques chiffres :


Le
budget de l’Etat estimé à fin 2009. Les informations disponibles au ministère des finances indiquent que le budget de l’ Etat, du 31 juillet 2008 au 31 juillet 2009 a été de 215 Md€. On peut extrapoler une valeur au 31 décembre 2009, de l’ordre de 360 Md€. Dans le plan pluriannuel arrêté par le gouvernement pour la période 2009-2011, le montant des dépenses 2009 était de 347Md€. Voir le site


http://www.comptes-publics.gouv.fr/themes/finances_etat/budget/index.htm
.


Le
déficit du budget de l’Etat, Déficit de la Sécurité Sociale compris,estimé à fin 2009. Le déficit du budget de l’Etat, pour la période du 31 juillet 2007 au 31 juillet 2008, a été de 51 Md€. Un an plus tard, il était de 109 Md€. On peut extrapoler, au 31 décembre 2009, une valeur de 140 Md€, soit un peu plus de 8% du PIB, selon la déclaration à la presse de François Fillon le 26 septembre 2009. Monsieur Woerth, ministre du budget, avait annoncé 130 Md€ quelques jours plus tôt dans une déclaration reprise par « Le Monde » du 24 septembre 2009. Quel sera-t-il réellement ? Et le projet de loi de finances pour 2010 prévoit un déficit budgétaire de 110Md€ !


Le
cumul des déficits de l’Etat à la même date. Le déficit cumulé à fin 2008 était de l’ordre de 1300Md€. Il est estimé à au moins 1400Md à fin 2009, (« Le Monde » du 24 septembre 2009). Eléments de comparaison: Le déficit cumulé des USA au cours des dix dernières années a été de l’ordre de 9000Md€. Le déficit du commerce extérieur français du 31/07/2008 au 31/07/2009 a été de 50Md€.


Le budget de la Sécurité Sociale 
: Les chiffres concernant ce point et les deux suivants proviennent des deux documents, la loi de finances 2007-1786 du 19 décembre 2007 et la loi de financement de la Sécurité Sociale 2008 intégrant des prévisions pour 2009.Le total des dépenses, tous régimes, toutes branches était de 422Md€ pour 2008. prévu 437Md€ pour 2009,.

Le total des dépenses, régime général seulement
, était de 311Md€ pour 2008. Il était prévu 323Md€ pour 2009.


Le total des dépenses, branche maladie du régime général
, était de 152Md€ pour 2008. Il était prévu 162Md€ pour 2009.


Le déficit de la Sécurité Sociale,
toutes branches (maladie, retraite, allocations familiales), tous régimes (général, indépendants, paysans...), était de 9,1Md€ pour 2008. On prévoyait 9Md€ pour 2009. Le déficit annuel était avant la crise, sur la voie de la décroissance, 12,6Md€ en 2003 puis légèrement supérieur, 14 Md€ en 2004 et 2005.


Le déficit de la branche maladie du Régime Général
, était de 4,6 Md€ pour 2008. On avait prévu 4,2 Md€ pour 2009. Compte-tenu du surgissement de la crise et de la réduction des recettes qui en résulte, on estime maintenant que le déficit, toutes branches, tous régimes, pour 2009, serait plutôt de l’ordre de 20Md€ et celui du Régime Général de 10Md€. Pour 2010, il pourrait atteindre 30Md€.


Les déficits cumulés de la Sécurité Sociale:
Les déficits annuels de la Sécurité Sociale sont portés au Compte d'une caisse créée pour gérer la dette sociale (CADES). L'examen de ses comptes à fin décembre 2008 met en évidence une dette de 80070Md€. Cette caisse est alimentée par la CRDS qui a rapporté, en 2008, 6059Md€ dont 3403 ont servi à payer l'intérêt de la dette, c'est à dire l'intérêt des emprunts couverts pour amortir la dette. Si on ajoute,pour 2009, un supplément de dette de 20Md€ environ, on peut considérer que la dette cumulée, à fin 2009, serait de l'ordre de 100Md€.


Commentaires:

On se souviendra d'abord que les chiffres, à fin 2009, sont des extrapolations, dans une situation mouvante, comme le montre l'écart entre la prévision de déficit du budget de l'Etat annoncée par la ministre du budget, puis par le Premier ministre, quelques jours plus tard. Comme l'a expliqué à plusieurs reprises Bernard Maris, les économistes se trompent toujours dans leurs prévisions et passent une bonne partie de leur temps à se justifier de leurs erreurs. On doit donc prendre ces chiffres comme des ordres de grandeur et non comme des valeurs comptables.


On remarquera que, à fin 2009,

le rapport des budgets Sécurité Sociale/ Etat serait de l'ordre de 1,26. le budget de la Sécurité Sociale est supérieur à celui de l'Etat.

Le rapport des dettes Sécurité Sociale/Etat serait de l'ordre de 0,14. Les dettes de la Sécurité Sociale sont sept fois inférieures aux dettes de l'Etat.

Le rapport des dettes cumulées Sécurité Sociale/Etatserait de l'ordre de 0,07. Les dettes cumulées de l'Etat sont très supérieures à celles de la Sécurité Sociale.

  1. Les mécanismes de financement de la Sécurité Sociale, un modèle en évolution.

La Sécurité Sociale a été créée sur la base des idées de lord Beveridge reprises,à la Libération, par le Conseil National de la Résistance. Denis Kessler, ex numéro 2 du MEDEF déclarait en 2008: « Adieu 1945. Raccrochons notre pays au monde. Le modèle français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s'y emploie ».


A l'origine et jusqu'en 1980, les cotisations, salariés et employeurs, représentaient 97% des ressources. En 2000, Elles ne représentaient plus que 67% en 2000et 59% en 2006. A l'origine, la cotisation concrétisait un droit à protection sociale dans un système en équilibre, par définition. A tout droit nouveau devait correspondre une ressource nouvelle sous forme d'augmentation de cotisations, lesquelles alourdissaient les charges salariales au détriment des coûts de production. En 1991, la création de la CGS par le gouvernement Rocard palliait une partie de cet effet contre-productif en fiscalisant, de fait, une partie des cotisations. Par la suite, les divers gouvernements, de droite et de gauche, allaient utiliser les réductions et exonérations de charges sociales pour améliorer la compétitivité des entreprises et, donc, limiter l'extension du chômage. On allait progressivement constater que l'Etat privait d'une partie de ses ressources traditionnelles la Sécurité Sociales et s'efforçait de compenser cette perte de ressources par l'attribution de ressources fiscales. A fin 2007, les ressources apportées par l' Etat s'élevaient à 25110 Md€ mais 2692Md€ d'exonérations restaient non compensées. D'où un creusement systématique du déficit par un Etat qui détournait la Sécurité Sociale de ses objectifs traditionnels pour s'en servir comme outil d'animation de la vie économique. D'où la disparition de fait de la cloison étanche qui sépara pendant 35 ans les finances de l'Etat de celles de la Sécurité Sociale. D'où l'apparition de cet important déficit cumulé, néanmoins faible par rapport à celui de l'Etat, que l'on impute maintenant au système dit de répartition et aux assurés et dont on se sert pour justifier une privatisation réputée inéluctable.


Comment se répartissent les coûts de la santé ? Si l'on en croit la loi de financement de la SS pour 2008, les dépenses de santé étaient supportées, en 2006, pour 74%, par l'assurance maladie, pour 12,8% par les assurances complémentaires (dont les Mutuelles), pour 6,79 par les ménages. Mais ce pourcentage, apparemment peu élevé, ne tient pas compte des dépassements anormaux d'honoraires ni des médicaments non remboursés, ni des appareillages dentaires peu remboursés....Par ailleurs, si au lieu de s'exprimer en pourcentage à la charge des ménages, on s'exprimait en euros, alors l'augmentation des charges pesant sur les ménages est plus évidente car les coûts augmentent rapidement en volume, même si les pourcentages paraissent stables. Cette remarques illustre la façon dont les coûts de la santé sont discrètement et progressivement reportés sur les assurés lorsqu'ils ont recours aux médecins de ville ne relevant pas du secteur 1 ou aux cliniques privées.


Le rapport de la Cour des comptes montre que, si dans les hôpitaux publics, l 'assuré supporte 1,9% de la facture, il en supporte 5,54% dans les cliniques privées. Sans commentaire.


3- C
omprendre le mécanisme des paiements à partir de cas simples:


A partir de deux exemples simples, on montrera comment les responsables politiques peuvent faire face à une augmentation des coûts.


Exemple
1:

Un assuré social suivant un parcours de soins (avec médecin référent) consulte deux fois dans le mois un médecin du secteur 1 qui lui prescrit 56€ de médicaments, en 6 boites. Il dispose d'une mutuelle complémentaire qui rembourse sur la base 200%, c'est à dire sur la base de deux fois le tarif conventionnel. Il paie ses cotisations à la mutuelle mensuellement (80€/mois). Combien lui aura coûté sa couverture sociale au cours du mois ?

Consultations: 2 x 22€ ( tarif conventionnel), soit 44€. La sécurité sociale rembourse 70%, soit 30,80€ diminués de 1€ par consultation, soit, total remboursé, 28,80€. La mutuelle remboursera 30% soit 2 x 22€ x 30% = 13,20€


Médicaments: les taux de prise en charge sont les mêmes. La Sécurité Sociale rembourse 70% (pour les médicaments remboursables), soit 56 x 70% = 39,20€. mais elle retiendra la franchise sur les boites, soit 0,50€ x 6 = 3 euros et remboursera finalement 36,20€. La mutuelle remboursera 56€ x 30% = 16,80€


Total remboursement SS: 28,80 + 36,20 = 65€

                             Mutuelle: 13,20 + 16,80 = 30€

     A le charge de l'assuré 100 – 65 – 30 = 5€


Si la Mutuelle coûte 80€/mois, moyenne des coûts de trois complémentaires privées, le coût, pour l'assuré, et pour ce mois-là, de sa protection sociale sera de 85€.


Exemple 2
:

le même assuré consulte dans les mêmes conditions un médecin du secteur 2 qui lui demande 50€ par consultation. La prescription de médicaments ne change pas. Les deux consultations lui couteront 100€. la Sécurité Sociale le remboursera sur la base du tarif conventionnel, soit 70% x 2 x 22€/consultation = 30,80€, diminué de 1€ par consultation = 28,80€. La mutuelle le remboursera dans la limite de deux fois le tarif conventionnel (garantie 200%), soit (30% x 44) + 44) = 13,20 + 44 = 57,20€.

Le total de ses remboursements sera de 28,20€ + 57€, soit 85,20€. Resteront à la charge de l'assuré, 14,80€.


Exemple 3
:

Si pour les mêmes coûts que précédemment, l'assuré est en ALD (
affection de longue durée), s'il consulte des médecins travaillant aux tarifs conventionnels et s'il possède une bonne assurance complémentaire ou mutuelle, Il ne paiera rien. Il existe en France près de 8 millions de personnes en ALD. C'est bien de ces gens là que Sarkozy voudrait à terme débarrasser l'assurance maladie pour confier, aux mutuelles, dit-il, mais aussi aux sociétés d'assurances, le soin de couvrir les gros risques. Une mine d'or pour les mutuelles et sociétés d'assurances


PROBLEME,


Supposons que pour des raisons diverses, le coût des prestations augmentent, quelles décisions pourrait prendre le pouvoir politique pour assurer de nouveaux financement sans que le coût restant à la charge de l'assuré ne change? Dans l'exemple qui précède, on pose la question de savoir comment financer une augmentation de coûts portant la facture totale de 100 à 120€.


Solution 1: Augmenter les cotisations sur salaires payées par l'assuré et l'employeur. Solution classique dans le cadre des principes de base du système français. Il y a augmentation des coûts salariaux mais le problème est réglé dans le cadre de la solidarité nationale.
 

Solution 2: La Cour des Comptes a constaté que près de 40% des ressources de la Sécurité Sociale sont fournis par l'impôt. Augmenter la fiscalité peut répondre au problème posé sans que l'assuré ne constate de différence dans ses remboursements. Mais on sait que la position actuelle du gouvernement est la non augmentation de la pression fiscale.


Solution 3: Le gouvernement peut décider, comme il l'a fait dans le cas des franchises sur les produits pharmaceutiques, que la Sécurité Sociale ne remboursera plus aux taux actuels. Le taux de remboursement pourrait diminuer de 10% (de 70 à 65%), les mutuelles (assurances) augmentant leurs propres remboursements. Elles accepteront mais procèderont à des augmentations de cotisations. L'assuré aura l'impression qu'il est toujours aussi bien remboursé. En fait les mutuelles et assurances augmenteront les cotisations pour assurer des remboursements à des taux plus élevés auxquels s'ajouteront leurs frais de gestion. La Cour des Comptes a constaté que le coût de gestion des assurances complémentaires et mutuelles allaient de 24 à 28% du montant des prestations servies en 2007, alors qu'il n'est que de l'ordre de 5% dans le cas de l'assurance maladie.

Cet écart, de l'ordre de 20% est financé entièrement par les assurés au moment où ils paient leurs cotisations. Il correspondra au paiement de frais généraux beaucoup plus élevés que dans l'assurance maladie, à la constitution et au maintien de fonds propres que l'assurance maladie, fonctionnant par répartition, n'a pas à constituer puisqu'elle travaille chaque jour avec les cotisations reçues dans le même temps. Ces 20% servent enfin à servir des dividendes aux actionnaires. De ce point de vue, confier aux assurances et mutuelles le soin de prendre en charge les ALD, c'est permettre à des actionnaires et à des gestionnaires privés de prendre aux assurés 20% du montant des sommes nécessaires pour assurer le traitement, particulièrement lourd, de 8 millions de français. On comprend que Sarkozy ait été particulièrement bien reçu au 39ième congrès de la Mutualité Française. On se reportera à RPC47 pour retrouver les déclarations des participants à ce congrès.

Quelles conclusions ? Quand on veut tuer son chien, dit le proverbe, on l'accuse d'avoir la rage. C'est, d'après moi, la mécanique à l'oeuvre dans l'usage que font les libéraux du déficit de la Sécurité Sociale. On passe sans commentaires sur la faiblesse du déficit de l'assurance maladie. On oublie la façon dont les gouvernements successifs, au cours de ces dernières années, ont privé la Sécurité Sociale d'une partie de ses ressources, lesquelles ont subi, sur les cotisations sociales, l'impact de la crise. Sachant par ailleurs, qu'une grande partie des ressources proviennent de la fiscalité, on ne peut reprocher quoi que ce soit au Régime Général et en tout cas pas son déficit. On est ramené aux débats sur la limitation des impôts sur les hauts revenus, sur les réductions de cotisations liées à la loi TEPA, sur l'exonération de cotisations dont bénéficient les stocks-options dont il faut rappeler que la Cour des Comptes les évaluait à 3Md€ par an. Sur 10 ans, ce seul manque à gagner est supérieur au déficit total de la Sécurité Sociale.


On ne peut, pour comprendre les débats actuels sur le déficit de la Sécurité Sociale, que se référer aux propos de Monsieur Kessler. Il faut en finir avec ce système Gaullo-communiste, fondée sur la Solidarité. Nous sommes dans une société libérale où la compétition et l'individualisme sont les nouveaux maitres mots. Le marché, et donc la libre concurrence, doit prendre en charge l'évolution de la Sécurité Sociale. Voir à cet égard ce que deviennent les charges laissées à l'assuré dans les cliniques privées? Voir la tendance à la libéralisation progressive des tarifs tandis que les bases de remboursement évoluent peu. Voir le passage de l'assurance maladie au secteur assurantiel, chaque fois que le gouvernement limite les remboursements par l'assurance maladie.


Sur un plan plus général, il y a lieu de s'interroger sur le devenir d'un système de protection sociale, construit dans une période où notre pays figurait dans les toutes premières puissances économiques. On ne peut nier que nous disposions peut-être d'un système coûtant plus que ce que l'on peut maintenant payer, en tous les cas l'un des meilleurs. Des aménagements sont sans doute nécessaires. Plus, on devrait certainement redéfinir, de façon démocratique, les objectifs et les grandes modalités de fonctionnement de la protection sociale sans laisser aux puissances financières qui dominent le marché le soin de le réformer malgré nous. La Solidarité doit redevenir le fondement d'un système rénové. Qui le veut ? Le Parti Socialiste lui-même, on l'a déjà observé, s'est largement prêté à cette évolution « déviante ». La nomination toute récente d'un ancien ministre socialiste de la santé au poste de directeur de l'agence régionale de la santé d'Ile-de-France, que nous avions annoncée dans une précédente fiche, consacre de façon particulièrement ostensible l'accord de fait entre les libéraux de droite et de gauche.


Au delà, la réflexion devrait porter sur la signification de ces déficits énormes actuellement constatés. Les USA assoient, pour l'instant, leur leadership sur des déficits beaucoup plus importants que les nôtres. Et cela ne paraît gêner personne. Les banques ont largement profité du déficit. Elles ont l'air de se bien porter. En fait le déficit enrichit ceux qui disposent d'argent et peuvent acheter des bons du trésor par exemple. Il en ira de même du prochain grand emprunt. Et ces acheteurs sont précisément ceux qui voient leurs impôts limités ! Comment ne pas considérer de telles pratiques comme complètement immorales ?






Bernard Liger

 

 

 

Par liger - Publié dans : protection sociale
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