REPERES POUR COMPRENDRE L'ECONOMIE CONTEMPORAINE

Vous vous posez des questions sur l'économie, sur ses relations à la politique, sur le discours des candidats aux présidentielles, ou à d'autres élections, dans le domaine de l'économie, vous souhaiteriez comprendre l'actualité, de façon simple, les textes qui vous sont proposés peuvent vous aider.

Vous y trouverez des références, des définitions, et si vous posez des questions, des réponses.Alors, n'hésitez pas, posez vos questions. nous répondrons par l'intermédiaire de réponses flash et, surtout, de courtes synthèses périodiques.

A bientôt !

Bernard Liger

Mardi 19 décembre 2006

DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

( Envoi N°8 – juillet 2003 )


DEFLATION ET CROISSANCE, UNE VOIE A EXPLORER.


Comme je l’avais annoncé précédemment, vous trouverez à la suite un texte de Mindaugas DAPKUS, professeur d’économie à Kaunas, seconde ville de Lituanie, de l’ordre de 500 000 habitants, qui a bien voulu se joindre à notre débat. Il travaille sur la question de la Déflation qu’il croit possible, sous certaines conditions, d’associer à la poursuite d’une croissance, sans inflation évidemment. Nous attirons spécialement votre attention sur ce texte, que vous soyez d’accord ou non avec les idées qu’il développe, parce que c’est une première participation d’un économiste d’un pays d’Europe Orientale. La Lituanie vient de voter de façon très positive son entrée dans l’Union Européenne. Il est bon d’ écouter ce que nous disent nos nouveaux partenaires.

Ils ont passé soixante dix ans environ sous le régime soviétique, avec ses persécutions, avec le Goulag, avec tout ce que cela peut entraîner de rejet à l’égard des prétentions de l’Etat en matière économique. Ils ont pu se croire abandonnés de l’Occident, respectueux des accords de Yalta, pendant de longues années. Qui, chez nous, sait qu’ils ont mené pendant plusieurs années une guérilla armée contre l’Armée Rouge, après la seconde guerre mondiale, dans la plus grande indifférence de l’Occident tenu par ces accords de Yalta ? Qui peut peser le poids de l’influence des émigrés lituaniens aux Etats-Unis, près d’un million, de l’ordre de 20% de la population actuelle de la Lituanie, émigrés fortement influencés sans doute par le néo-libéralisme d’outre-atlantique ? Comprenons bien ce que représentait, dans ce contexte, l’accord des français, des allemands et des russes, que personnellement j’approuvais, contre l’intervention des Etats-Unis en Irak. Mais ne perdons pas de vue non plus qu’en matière d’économie, lorsque nous parlons d’intervention de l’Etat, il ne s’agire, bientôt, pour l’essentiel que de L’Union Européenne et plus des Etats membres.

Le texte qui suit sort plus ou moins du champ que nous avions circonscrit initialement. Mais pas complètement. L’une de mes conclusions étaient que le « Marché » n’a jamais conduit à l’équilibre attendu par ses promoteurs, Smith, Say, Ricardo et d’autres. J’insistais, m’appuyant sur les travaux de Debreu ou Stiglitz, sur le fait qu’il était inutile d’attendre que, de crise en crise, cet équilibre finisse néanmoins par se manifester. Les « crises » sont, pour nous, l’une des manifestations permanentes de cet incapacité du « Marché » à conduire vers une situation d’équilibre stable, condition du bien-être général. Ceux qui considèrent, comme moi-même, que l’économie ne trouve pas sa finalité en elle-même, mais, seulement, dans sa capacité à améliorer les conditions de vie de tous, y compris de ceux dont les moyens financiers sont très limités, dans le respect strict d’un environnement dont les ressources ne sont pas inépuisables..

Mindaugas Dapkus adopte une autre position. Il explique, dans ce qui suit, que le libéralisme ne parvient pas à cette situation d’équilibre tant attendue parce qu’il a toujours privilégié les situations de caractère inflationiste, qui toutes se terminent par des situations de crise et de décroissance dont les salariés font les frais. Entre la fin du Premier Empire, début du 19ième siècle, et le début des guerres balkaniques des années 1980, on compte 11 crises qui toutes ont duré environ 8 années, cinq avant la guerre de 1870 et six après. Seule la période 1945-1970, les « trente glorieuses », a été épargnée. Mindaugas DAPKUS n’en conclut pas que le néo-libéralisme est en situation d’échec. Il explique que les situations d’inflation auxquelles nous sommes très habitués et peut-être même culturellement attachés, sont justement les causes premières de ce déséquilibre permanent. Il reste une chance de permetre au libéralisme de jouer sa carte en préconisant des politiques économiques nouvelles cultivant la Déflation, une Déflation qui pourrait être associé à des formes nouvelles de croissance.

Il faut un courage certain pour promouvoir aujourd’hui la Déflation. On la considère souvent comme la source de tous les périls. Ce n’est pas un événement normal. On préfère souvent l’ignorer. Si l’on examine par exemple le « Dictionnaire des Théories et Mécanismes Economiques » de J.Brémond et A. Gélédan ( Hatier, 1984 ), on constate qu’il consacre 12 pages à l’inflation et 31 pages à croissance et crises. Le mot Déflation n’est l’objet d’aucune rubrique, plus, il n’est jamais cité. Que ceux qui auraient d’autres références, qu’elles aillent dans un sens ou dans l’autre, nous les fassent parvenir.

Pour terminer cette courte présentation, j’ajouterai que si je ne partage pas les conclusions de l’auteur, en l’état, mais la discussion reste ouverte, concernant, par exemple, la nécessité d’une flexibilité du travail encore plus grande ou le nécessaire retrait de l’Etat du champ économique, sauf lorsqu’il s’agirait de promouvoir la Déflation, force est de constater qu’il existe une convergence probable entre ce que l’on peut préssentir du Développement Durable et ce que pourrait être, en osant l’expression, un Développement Déflationniste. Ceci renvoie à ce que nous avons évoqué précédemment à propos du Développement Durable.


PROMOTION D’UNE CULTURE ECONOMIQUE DEFLATIONNISTE
Présentation par l’auteur, Mindaugas DAKPUS,
De l’Université de Technologie de Kaunas, Lituanie.


Une large partie de la théorie économique est destinée à l’analyse des processus économique dans un environnement inflationniste. La Déflation est traitée comme un phénomène négatif, qui limite les possibilités de croissance. Dans l‘article présenté, cette vision négative est contestée, les causes de la déflation et la relation entre la déflation et la récession économique sont analysées, ainsi que les conditions de croissance économique en ambiance déflationniste. La déflation est traitée comme un principe stabilisateur de l‘économie. L‘auteur présente les principes de ce mécanisme stabilisateur de l‘économie. Lla base en est la promotion d’une culture économique déflationniste.


Mots clés: déflation, inflation, politique économique, culture déflationniste, culture inflationniste.
Introduction
L’expérience et les données statistiques démontrent qu’une inflation importante et incontrôlée complique les conditions de gestion des entreprises, s’oppose à une planification précise de l‘activité, augmente les risques et, de ce fait, peut provoquer une réduction des investissements et maintenir l’emploi au dessous de son nieau potentiel. Les institutions lituaniennes ont fait beaucoup pour diminuer l’inflation. Actuellement, en Lituanie, on constate une certaine déflation. Sur le longue durée, la déflation, comme l’inflation, inquiète les professionnels et les théoriciens : ils commencent à évoquer l’éventualité d’une récession et d’une crise économique (The Economist, 2002; Engelbrecht, 2001; Goodfriend, 2001).
Les idées dominantes, dans le monde professionnel et dans la Société en général, peuvent être illustrées par une citation d’un théoricien de la croissance économique N.Kaldor sur la politique délationniste : « Chaque politique déflationniste est suicidaire, car par la pression sur le marché interne, elle ralentit la croissance de la production, augmente les coûts de productions, diminue la compétitivité. Ainsi l’économie est tirée dans le cercle vicieux de la désindustrialisation » (Baslé, 1988). D‘un autre coté, comme le démontre les données statistiques des pays développées (de même que ceux de la Lituanie), la croissance de l’économie dans des conditions de déflation est possible. Certains auteurs considèrent que la déflation (Lucas, 1994), (Friedman, 1969) ou l’inflation zéro (Wolman, 1997) peut être une bonne solution pour l’économie. Néanmoins, une attitude négative envers la déflation domine et ceci détermine le choix des moyens de politiques économiques utilisés par les pays développés.
Les contradictions entre théorie dominante et conditions concrètes de la croissance réelle impliquent que la croissance économique sous déflation soit possible et pose la question des moyens de régulation susceptibles de la renforcer.

L’objectif de cet article- Définir des moyens de stabilisation du développement économique adaptés aux conditions de la déflation.
Dans cet article, les processus économiques analysés s’appuient sur le concept de culture économique. Elle est définie comme la mentalité traditionnelle,dominante, chez les acteurs économiques. Elle se manifeste dans des conditions concrètes, notamment, face au changement. La notion de culture économique concrète repose sur ma conviction que les habitudes de la société, les stéréotypes économiques et sociaux, influencent l’évolution des processus macroéconomiques eux-mêmes. La culture déflationniste dans ce contexte est définie comme le comportement d’acteurs économiques bien formés, capables de réagir positivement à la manifestation de la déflation. La notion précédente est confrontée au concept de culture inflationniste, laquelle reflète la mentalité et le comportement des acteurs économiques, réagissant positivement à la manifestation de l’ inflation mais,en même temps, gardant une réaction négative vis-à-vis de la déflation. Les « préjugés » dominants, dans l’économie actuelle, du point de vue de l’auteur de cet article, devraient être corrigés.
L’article est composé de huit parties, dans lesquelles sont introduites les notions d’économie inflationniste et analysées les causes et conséquences de cette économie. On examineensuite les causes de la déflation et sa relation avec la reprise économique. En s’appuyant sur l’analyse logique, on fait l’hypothése que la croissance économique sous déflation est possible. On présente enfin le modèle expliquant une telle possibilité.
L’auteur de cet article reconnait l’effet de ralentissement de la déflation sur l’économie. C’est la conséquence la d’attachement de la société aux valeurs naturelles d’évolution de l’environnement. En même temps on démontre l’effet stabilisateur de ce phénomène sur le développement de l’économie.
Hypothèse de base de l’économie inflationniste
On peut définir l’économie moderne comme une économie inflationniste. Les acteurs économiques estiment qu’une inflation, faible et contrôlée (1–3%), a un effet stimulant pour l’économie (Crozet, 1998; Illarionov, 1997). En même temps, la déflation, sur le long terme (la chute des prix), est comprise comme un risque pour la croissance économique. C’est pour cela que les gouvernements préfèrent des politique carrément inflationnistes. Par des moyens fiscaux et monétaires, ils s’efforcent de maintenir l’inflation dans les limites acceptables, de « stimuler l’ économie » sans provoquer de déflation susceptible d’affaiblir la croissance. Dans cette économie inflationniste, les acteurs économiques créent les règles de réaction à l’inflation (ces règles sont l’expression de la culture inflationniste), qui leur permettent de minimiser les pertes ou de maximiser les profits.
On peut distinguer quelques causes principales, qui puissent expliquer l’influence stimulatrice de l’inflation contrôlée sur l’économie :

Ø Volonté de minimiser les dommages suscités par l’inflation. Les prix en hausse font diminuer les recettes réelles des ménages . C’est pourquoi il est dommageable de garder des liquidités– il est mieux de les placer en banque ou bien de les matérialiser : ainsi sont stimulées consommation et production (emploi).
Ø
· Aspirations à la maximisation des gains. Les prix des marchandises augmentent plus vite que les prix des facteurs de production (surtout les salaires) ce qui, à court terme, augmente les profits des firmes, qui peuvent avoir l’illusion d’une demande accrue.
· Ceux qui disposent de revenus élevés peuvent disposer de leur moyens plus librement et protéger leur patrimoine par différents moyens financièrs ( panier de devises, actions et autres). Pour les plus démunis, ces moyens sont inaccessibles à cause de leurs coûts relativement importants;
· Les entrepreneurs, comme ceci a été dit déjà, reçoivent des gains moyens plus grands à cause de l’indexation post factum des salaires;
· Le gouvernement bénéficie de la politique inflationniste ,impôts et taxes augmentent, ce qui dans les années 1992–1996, dans les pays de l’UE, a provoqué une augmentation de PIB de 0,1–3,3% (Lange, 1998).
Les groupes économiques comprennent les risques et les possibilités de l’inflation. Possèdant les moyens financiers et politiques, ils s’efforcent de maintenir les traditions existantes inchangées.
2. Les salariés souvent ne protestent pas aux manifestation de l’inflation, parce qu’ils ne les trouvent pas nuisibles. Bien que les recettes des salariés soient, en moyenne, plus petites sous l’inflation. L’augmentation des salaires nominaux, indexés post factum, dans une société inflationniste, est considérée à tort comme une augmentation réelle des salaires (lillusion monétaire). D’ un autre coté, une inflation modeste n’est pas perçue aussitôt (certains prix tombent quand d’autres montent) ou bien même est cachée par l’Etat (par élargissement des panier des produit et services à partir lesquels l’inflation est calculée). C’est pourquoi l’inflation est ignorée. La résistance aux moyens inflationnistes est affaiblie par le fait que les salariés y sont moins sensibles, en raison de leur grand nombre, ce qui rend plus difficile les actions collectives de défense ( du pouvoir d’achat)

3. La vitalité de la culture économique inflationniste est soutenue par la prègnance de la doctrine économique contemporaine qui exprime un sentiment positif à l’égard
d’une inflation stimulante, sentiment, a contrario, négatif, à l’égard de la déflation. C’est à partir de ces idées dominantes que la politique économique moderne s’est constituée. Les idées positives sur l’inflation sont transmises à la société en générale (consommateurs, entrepreneurs, gouvernement…) par l’intermédiaire du système scolaire et universitaire, ce qui, , renforce les traditions de la culture inflationniste existante. On se heurte à un cercle vicieux où le système existant, erroné, rend ce système plus fort encore par le moyen d’un apprentissage, lui-même erroné . De plus, on peut dire que l’éducation économique est insuffisante (surtout en Lituanie d’où je suis, et surtout dans les couches sociales aux moyens les plus faibles), ce qui empêche de comprendre et d’évaluer de façon juste un environnement économique de plus en plus dynamique.
En généralisant, on peut dire, que en économie inflationniste, toute la société se sacrifie pour supprimer les conséquences négatives de l’inflation. Seule, la minorité la plus riche et la plus organisée de la société peut profiter d’une telle situation. En s’appuyant sur la logique des consommateurs et des producteurs dans une culture inflationniste, on peut dire que l’effet stimulant de l’inflation pour l’économie est un phénomène admis, mais seulement dans les conditions actuelles d’un comportement stereotypé, caractéristiue des acteurs économiques dans une culture inflationniste. Cet effet , dans le long terme, sera dépassé par les conséquences négatives, sur le plan social et économique, ce que nécessitera de repenser les pratiques de la politique économique moderne.
La relation entre la déflation et la récession
L’analyse de la littérature économique que j’ai effectuée montre qu’il n’existe pas d’ évaluation statistiquement probante démontrant que la déflation puisse être la cause de la récession économique. Ceci est lié au fait que la déflation est relativement rare. On a essayé de démontrer les conséquences négatives de la déflation à partir de rares cas de récession, où la déflation n’a été qu’un des indices de la situation économique . L’exemple le plus connu de telle situation est la crise économique mondiale des années 1929–1933, à partir de laquelle J.M.Keynes a proposé sa fameuse théorie de suppression de la crise, qui est devenue dominante dans le monde économique.
L’opinion qu’on a généralement de la déflation montre qu’elle est mal connue et, pourtant, traitée négativement ; la manifestation de la désinflation (même pas de la déflation) commence à inquiéter les hommes politiques et les scientifiques- theoriticiens (Spiers, 1995). On va donc, maintenant, analyser les causes possibles de la déflation et sa relation avec la récession économique.

On peut distinguer quelques causes principales conditionnant une point de vue négatif envers la déflation :

1. La chute de la demande. En premier lieu, en économie inflationniste, la diminution des prix est associée à la diminution de la demande et la demandeest insuffisante par rapport à la production. Les firmes réagissent à une telle situation par la diminution de la production et donc de l’emploi.
Quand la déflation, causée par la chute de la demande se manifeste, les partisans du rôle actif de l’État dans la régulation économique proposent d’utiliser des moyens fiscaux et monétaires de stimulation de l’économie pour compenser la consommation et les investissements insuffisants.
Les moyens gouvernementaux de régulation économique sont vicieux, tout d’abord parce qu’ils privilégient une gestion quantitative de la demande. Mais, si on se réfère à l’expression ménageriale, sous l’influence de la Qualité Totale,- « le client a toujours raison » - le problème macroéconomique ne peut être dans « l’insuffisance de la demande », mais plutôt dans une offre inadéquate, qualitativement, par rapport aux besoins réels des consommateurs (au sens large de rapport qualité- prix, de la répartition de la valeur ajoutée entre capital et force de travail).
Dans l’économie de marché, les firmes (l’offre) doivent répondre à la demande par des propositions de produits nouveaux, par la modernisation des structures organisationnelles et de leur mode de fonctionnement, ce qui permet de diminuer les coûts et de rétablir la demande. On parle ici des différents types d’ innovations (changements qualitatifs), qui doivent être stimulés par les institutions gouvernementales, laissant de coté les interventions concernant la stimulation quantitative.
2. Si on dépasse le niveau de production potentielle et si les prix tombent, on peut parler de surproduction des moyens de production et donc, aussi, de surproduction des produits de consommation. A cause de la surproduction, une partie des entreprises tombent en faillite (l’offre diminue, ce qui se manifeste par une diminution de la production et une augmentation du chômage. Ici on voit la déflation comme un résultat de l’inertie de l’économie et la première cause de la crise - la réaction inadéquate de l’offre , qui à son tour est la conséquence d’un marché non transparent.
3. En analysant l’équation monétaire
M*v=P*Q,
on comprend qu’une cause de la déflation peut être une variation absolue ou relative de la base monétaire. Le niveau des prix chute (P¯), si la vitesse de circulation monétaire est constante (v- const),) et si la base monétairest, elle-meme, constante (M – const.), ainsi,
a) le niveau de la production augmente (Q­) ou bien b) la base monétaire augmente plus lentement que la production. Dans cette situation la récession économique ne peut être provoquée que si les producteurs comprennent incorrectement les causes de la déflation (par exemple, comprennent mal la diminution de la demande, en cas de concurrence accrue) et réagissent façon trop rigide (par réorganisation interne) aux changements de la demande et de l’offre constatée.
On peut constater, qu’en tout cas, la déflation est un indice de déséquilibre structurel de l’offre par rapport à la demande,sous certaines conditions de nature monétaire. La déflation elle-même ne peut être la cause de la récession : Un point de vue négatif envers la déflation n’est qu’un résultat de l’insuffisance de l’information. C’est un phénomène social, psychologique, qui peut être réformé consciemment par les moyens de la politique économique et sociale, au profit de toute la société.
Les possibilités de croissance économique sous déflation
Le développement économique des pays Européens dans les années 1987-90, et des Etats-Unis, 1995-2001 démontrent qu‘une possibilité de croissance économique sous désinflation ou même de déflation est réelle (Abraham–Frois, 1996). On peut noter quelques causes de désinflation constatées durant la dernière décennie, causes qui, quand même, n’ont pas provoqué de récession (Spiers, 1995):

§ On affirme, que la tendance à l’augmentation du nombre des ménages avec un seul travailleur dans la famille se manifeste. Les revenus de la famille diminuent en même temps que diminuent sa consommation et les prix des produits. Cependant cette hypothèse ne correspond pas avec le constat d’un produit national qui s’accroit durant la même période.

§ « La nouvelle économie » fondée sur le développement des produits et services de nouvelles technologies, télécommunications, internautiques, ont créé des conditions de réduction de tous les coûts. Si ce dernier facteur agit plus activement que les changements structurels des ménages constatés précédemment, ceci explique en même temps le phénomène de la diminution des prix et celui de la croissance du produit national .

§ Les experts disent, que la diminution de l’inflation n’a pas provoqué d’augmentation du chômage (ce qui s’oppose à la théorie de Philips) parce que dans un marché volumineux, les entreprises ont pu réagir vite à la diminution des prix par les allégements de masse salariale(Spiers, 1995).

§ On peut faire l’hypothèse que l’économie déflationniste peut être « productive » si elle est guidée par des changements novateurs et initiée dans un système macroéconomique flexible.
Les avantages de l’économie déflationniste

Pour stabiliser le développement économique, l’auteur propose de construire une politique économique déflationniste de façon consciente et systématique. Elle pourrait résoudre des problèmes qui sont, au fond, des causes de déséquilibre économique et social, en économie inflationniste :

1) La position des salariés dans les négociations sont meilleures en économie déflationniste, parce qu’il revient aux entrepreneurs de proposer et de motiver la nécessité de changements de salaires. Ceci conforte l’influence des salariés dans les relations « capital-force de travail ». Autrement dit, les conditions ( peut-être ?) de stabilité sociale sont meilleures
.
2) Comme les profits des entrepreneurs sont indexés post factum sur les conditions de la déflation, leurs décisions devront être mieux préparées et motivées. Elles tiendront le plus grand compte des perspective de diminution des profits. Cette réaction doit assurer la diminution de l’inertie économique et donc une plus grande stabilité .

3) A son tour la diminution de l’inertie de l’économie conditionne la diminution de la surproduction des moyens de production et des produits de consommation : Au niveau macroéconomique,on peut envisager de mieux utiliser les ressources disponibles.
Aux yeux des producteurs, la déflation peut être vue de façon négative, dans un premier temps, en raison des diminutions de profits qu’elle entraine, parce que le profit, dans notre société, est considéré comme le principal stimulus du progrès. A mon avis, dans le long terme, la diminution de la marge de profit en économie déflationniste ne doit pas devenir un facteur de démotivation pour les entrepreneurs : En économie déflationniste, on devrait transformer les critères d’évaluation des performances de l’activité économique en adoptant un ratio du genre profits /capital investi , ainsi qu’un autre ratio exprimant la profitabilité par rapport au temps. La concurrence accrue et la diminution du profits dans des activités anciennes doivent inciter les entreteneurs à innover .

La consommation, dans le court terme, peut évoluer ( comme la production) mais seulement jusqu’à ce que l’on prenne de nouvelles habitudes en matière de consommation et de production. A long terme, la diminution des prix ne doit pas conduire à diminuer la consommation – la volonté de l’individu de se différencier des autres est la force qui dominera dans la société déflationniste : la différenciation par l’ innovations.
La formation d’une culture économique déflationniste
En disant que l’économie déflationniste répond mieux au besoin de l’Etat pour garantir une croissance plus stable (continue), je propose de changer la politique économique de telle façon que se constituent, dans la société, des stéréotypes de comportement correspondant à une culture déflationniste. Les fondements de la politique économique déflationniste doivent comprendre la suppression des facteurs qui ont déterminé la création de la culture inflationniste, à travers la politique informationnelle, l’instruction-éducation publique, et par le changement des certaines règles de régulation économique. Je voudrais noter quelques aspects de la création d’une culture déflationniste :

1. Les fonction principales des Banques Centrales sont actuellement tournées vers le soutien d’un niveau stable des prix (Meyer, 2000). Mais qu’est-ce que signifie la notion de stabilité des prix ? Est-ce maintenir une inflation zéro ? ou, peut-être, maintenir une inflation contrôlée à 1-3% ? La déflation, à mon avis, est un phénomène naturel plus facile à prévoir que l’inflation, quand le niveau de la production augmente et que la masse monétaire reste constante. C’est pourquoi tous les moyens de la politique économique doivent être orientés de façon systématique vers la déflation.

2. Les méthodes des partisans de l’école monétariste doivent être corrigées. L’offre monétaire doit être liée à l’augmentation de la population. L’ancienne idée qui associe l’offre monétaire aux changements du produit intérieur brut peut expliquer des sauts de l’inflation (et donc de la croissance !), au moment où l’économie nécessiterait d’être ralentie. Par exemple, la comptabilité nationale intègre la croissance des stocks dans le PIB. A la veille des périodes de crise surtout, la quantité de monnaie en est augmentée d’autant, ce qui peut perturber les producteurs et renforcer la crise, en augmentant les pertes futures de l’économie. Ma proposition assure la masse monétaire nécessaire à l’exercice des opérations économiques, à l’équilibre, avec un niveau d’inflation zéro. Quand les innovations feront croître l’économie en augmentant les possibilités de profits, la déflation se manifestera.

3. Les gouvernements doivent abandonner toute politique de stimulation artificielle de l’économie par des moyens fiscaux et monétaires. Leurs fonctions doivent redevenir de simple administration passive, avec des garanties de sécurité, internes et externes. Pour la formation de nouveaux stéréotypes, un environnement institutionnel et des conditions économiques stables sont nécessaires. Il en résulte donc que toute intervention gouvernementale, tout changement de règle déstabilise l’environnement et empêche la formation de l’ordre social et économique, or la formation d’une nouvelle culture économique était la base des mécanismes autorégulateurs de l’économie.

4. Une des plus importantes parties de tout processus administratif est l’information- réunion de statistiques sur la situation économique et la distribution. L’information permet de mieux renseigner sur les règles de l’activité économique et de traiter de la même manière les phénomènes économiques pour tous les acteurs. Pour mieux assurer la transparence informationnelle, les gouvernements devraient obliger les entreprises (surtout les grandes) à donner de l’ information sur les changements survenus dans leur activité (Meyer, 2000). Plus souvent l’information se renouvellera, plus vite on recensera les manifestations de surproduction, ou de situations négatives autres pour économie. Les technologies électroniques et internautiques permettraient d’accélérer ce processus sans augmentation trop grande des coûts administratifs des entreprises. Bien sûr, ceci augmentera le niveau de contrôle, ce qui est tout aussi positif pour l’Etat. L’intégration d’une formation économique dans le système éducatif pré-universitaire (dans la formation secondaire) est aussi une fonction importante du système informationnel . Le développement des nouvelles règles concernant l’activité économique en situation de déflation et la transmission de ces règles par le système éducatif permettrait de mieux fonder une nouvelle culture déflationniste dans la société.

1. L’Etat doit abandonner sa vision paternaliste de la société et appliquer une large déréglementation du marché de travail, afin rendre égales les conditions de négociation entre les salariés et les entrepreneurs (acheteurs de la force de travail), ce qui permettrait finalement de garantir la flexibilité du marché du travail en environnement déflationniste. La déréglementation permettrait d’activer les réaction adéquates au niveau des firmes. Dans les conditions de la déflation, les salariés doivent être préparés à la diminution de leurs salaires, et les entrepreneurs doivent apprendre à motiver la nécessité de la diminution apparente des salaires, sachant que le salaire réel moyen augmentera dans les conditions de la déflation. Une partie de ces changements peut être pris en charge par le système éducatif, qui finalement devient responsable de la formation de nouvelles connaissances sur
l’économie déflationniste.

2. Quand les forces du marché peuvent déstabiliser l‘économie du fait de l‘inertie restante, l‘intervention de l’Etat dans le processus économique devient obligatoire pour éviter des développements catastrophiques. À cette occasion les moyens actuels de la politique monétaire et fiscale gardent leur importance, mais ils doivent être utilisé seulement pour la prévention des crises (pour limiter le développement économique dans les périodes de grande croissance afin d’éviter les manifestations de surproduction), et non pour stimuler l’économie. Dans ce cas, tout les situations d‘intervention doivent être prévues et réglées d‘avance en ce que concerne sa durée et son intensité (émettre d’avance des informations claires pour assurer des anticipations rationnelles). Dans cette situation, les acteurs économiques privés n’auront pas d’influence réelle sur les décisions prises. Pour garantir les conditions nécessaires à la formation de la nouvelle culture déflationniste, il est important de limiter la capacité des différentes partis politiques à utiliser des moyens économiques. On évaluera leur efficacité à administrer le pays à partir de leur capacité à administrer le pays dans les limites du budget disponible. La nécessité de limiter l’ingérence des hommes politiques dans les processus économiques est confirmée par des recherches qui permettent de constater une corrélation négative entre le niveau de l’inflation et celui de l’indépendance de la Banque Centrale (Meyer, 2000). Toutes ces conditions doivent susciter la formation de mécanismes autorégulateurs fondés sur les pricipes d’une culture économique déflationniste.
Le fonctionnement de mécanismes automatiques dans les conditions de l’économie déflationniste
Le mécanisme autorégulateur du marché est basé en générale sur une confrontation où s’équilibrent des forces opposées, dont l’action commune conduit les acteurs économiques à un optimum de Pareto. Dans le contexte d’une culture économique déflationniste, je précise ce que sont ces deux forces antagonistes :
1) Une croissance plus active de l’économie conditionnée par la possibilité de recevoir du profit,
2) Une force freinant la croissance, la diminution des prix, des profits et des salaires nominaux.
On va commenter l’influence de ces forces en tant que mécanismes autorégulateurs, dans les conditions de la déflation. Je commence par le modèle « culturel- psychologique », qui explique le freinage possible de l’activité économique en déflation.

Dans l’évaluation de l’environnement, on s’intéresse très souvent aux ratios physiques et on s’appuie sur eux. Ils caractérisent des phénomènes matériels ou immatériels (valeur des objets, des prix). La civilisation moderne associe la croissance des valeurs physiques avec l’amélioration qualitative de l’objet analysé. Par exemple, l’augmentation nominale des récoltes signifie la croissance du bien-être des individus, l’augmentation de l’âge d’une personne est associée à l’amélioration de son expérience etc. Donc, si les indices nominaux ont tendance à diminuer (ainsi que la diminution des prix), ceci est compris négativement : les entrepreneurs lient la diminution des prix à la perte possible des profits . Les salariés y voient une menace pour leurs salaires nominaux (bien que le salaire réel moyen croisse- l’illusion monétaire se manifeste) ; résultat, diminution de la consommation, des investissements et finalement de la production. S’il n’existe pas une autre force, permettant d’interpréter les choses de façon plus positive, ceci peut provoquer une récession économique.

L’idée motrice de cet article est que, la déflation stabilisante peut se manifester seulement s’il y a croissance suscitée par les innovations, qui sont, en même temps, des forces déstabilisantes de l’économie. Pour expliquer cette thèse et en décrire le fonctionnement en tant que mécanisme stabilisateur en situation de déflation, j’utiliserai l’équation monétaire classique M*v=P*Q, mais je changerai un peut son interprétation. Donc, si la production Q augmente, et la masse monétaire M reste stable, la concurrence vis-à-vis des consommateurs doit obligatoirement mener à la diminution des prix. Même si une première réaction à la diminution des prix est la décroissance de la production (dans les activités non-innovatrices), le choc innovateur doit compenser les pertes possibles en emplois, par la création de nouveaux postes de travail dans les nouveaux secteurs économiques. Donc, simultanément, avec les forces suscitant la déflation (et le freinage de l’économie), les innovations activent les forces qui stimulent l’économie. L’effet commun des forces stimulantes et freinantes sera une croissance équilibrée. Ces circonstances permettent aux novateurs et aux entrepreneurs les plus actifs de s’intégrer, peu à peu, au marché sans provoquer l’apparition d’une masse monétaire excessive.

En généralisant, le résultat de la politique déflationniste de longue durée permettrait de former une nouvelle culture économique dans laquelle les acteurs sont prêts à fonctionner en ambiance déflationniste sans, pour autant, prendre le risque de la récession. Dans une situation d’équilibre (sans des innovations) l’inflation zéro est sous l’influence des innovations- Une déflation active finira par se manifester. L’intensité de la diminution des prix dépend de l’importance des innovations sur les coûts de production des produits « anciens » ainsi que sur la valeur relative des produits « nouveaux », dans la structure du produit nationale. Donc, la définition du niveau de diminution des prix est une des problèmes dans le pronostic des effets de la déflation et du mécanisme d’adaptation de l’économie. Un autre problème important est la définition des tendances au changement de la structure de la demande afin créer des moyens d’intervention gouvernementale dans les branches d’activité touchées par la manifestation excessive de forces déséquilibrant l’offre et la demande.

Literatūra
1. Abraham-Frois, G. Économie politique. 6e édition. Ed. Economica. 1996.
2. Basle, M. Histoire des pensées économiques. Les contemporains. (M.Basle, C.Baulant et autres) Ed.Sirey. 1988.
3. Crozet, Y. Inflation ou deflation ? Ed.Nathan. 1998.
4. Engelbrecht, H.J. Inflation Crises, Deflation and Growth: Further Evidence (H.J. Engelbrecht, C. Langley)// Applied economics. Jul. 2001.
5. Finance and Economics: Dial D for Deflation; the World Economy// The Economist, London. Sept. 14, 2002.
6. Friedman, M. „The Optimum Quantity of Money”, in The Optimum Quantity Of Money and Other Essays. Chicago: Aldine Publishing company. 1969.
7. Goodfriend, M. Financial Stability, Deflation and Monetary Policy// Federal Reserve Bank of Richmond. Working paper No.01–01. January 2001
8. Illarionov, A. Infliacija i ekonomičeskij rost// Voprosy ekonomiki, 1997. No8, s.91–111.
9. Lange, C., Nolte F. Seigniorage Loss in the European Monetary Union – A Problem for Countries with Hight Inflation (C.Lange, F. Nolte)// Ekonomika ir vadyba’98. Tarptautinés konferencijos pranešimų medžiaga. Kaunas: KTU. 1998
10. Lucas, R. E. Jr. On the Welfare Cost of Inflation// Standford University: Centre for economic policy researches, Working paper 394. 1994.
11. Meyer, M. Inflation Targets and Inflation Targeting (http//:federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2001/20010717.htm). 17 July, 2001
12. Meyer, M. The Politics of Monetary Policy: Balancing Independence and Accountability, (http//:federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2000/20001024.htm). 10 Oct., 2000.
13. Sachs J.D. Macroeconomics in the Global Economy. (J.D.Sachs, F.Larrain). Maskva: Delo. 1996.
14. Spiers, J. Why Inflation Will Keep Falling // Fortune, 1995. Vol.132, No7, p.59.
15. Wolman, A.L. Zero Inflation and the Friedman Rule: A Welfare Comparison// Economic Quarterly. Federal Reserve Bank of Richmond. Fall 1997. Vol. 83/4.

En résumé, les avantages de l’Economie déflationniste :

· Garantissent une plus grande stabilité de l’économie, par suppression du principal (à l’avis de l’auteur) facteur de déséquilibre- la stimulation de l’économie par l’illusion inflationniste.
· Plus juste, socialement, parce que, dans la société déflationniste, les « forces d’action » se renversent : les entrepreneurs doivent aller au devant des salariés et proposer des négociations à propos de la diminution des salaires, non l’inverse.
· Parce que l’économie déflationnistes’efforce de supprimer les forces monopolistiques pour créer un système plus juste, socialement et économiquement.
· Parce que, globalement, cette économie peut jeter les bases d’une économie de la concurrence « pure », ce qui, au plan théorique, donnerait plus d’efficacité en matière de consommation et de production.
· Parce que les seuls moyens de concurrence, dans les conditions de la déflation, sont les innovations et non la concurrence par les prix (ce qui se rapproche les idées proposée en matière de Qualité Totale en sciences manageriales).
· Parce que l’Innovations, en situation de déflation, doit jouer le rôle principal, surtout dans le domaine de la minimisation de la consommatione de ressources non recyclables (surtout les combustibles), ce qui s’imposerait du point de vue du développement durable.












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Mardi 19 décembre 2006
DEBAT

REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE CONTEMPORAINE

Envoi 33 – décembre 2006

SUITE A RPC 32, QUESTIONS A MADAME ROYAL.


RPC 32 présentait une analyse, d’ailleurs incomplète, du contenu du Projet Socialiste en matière d’économie, domaine indissociable de la construction européenne et de la mondialisation, au point de rendre sans objet sans doute une réflexion limitée aux frontières nationales. Des propositions ponctuelles concernant les salaires par exemple, dans une telle perspective, sont extrêmement fragiles si l’on ne progresse pas en même temps sur la question de l’harmonisation des législations sociales et sur celle de la nécessaire régulation des flux financiers « à court terme » dont les caprices destructeurs ne sont pas aujourd’hui contrôlés. Mais ce n’est pas facile à expliquer, bien que les personnes concernées, les salariés menacés par des délocalisations par exemple, soient sans doute très capables de sentir la réalité des choses.

Depuis la diffusion de RPC 32, le Parti Socialiste a désigné sa candidate à l’élection présidentielle, Ségolène Royal. On peut avoir sur cette désignation des points de vue variables. Reste que la décision est prise et que la loi électorale ne laisse qu’une possibilités pour éviter que Le Pen ou Sarkozy ne parvienne à la Présidence de la République, la soutenir. Pour autant, le débat n’est pas clos. Le moment est venu de demander à la candidate comment elle envisage de mettre en œuvre le Projet Socialiste, projet, nous l’avons constaté, qui ne relève ni d’une approche libérale, tant la collectivité y est présente, ni d’une approche néo-marxiste comme c’était le cas du Programme commun de gouvernement en 1981.

Bien entendu, nous comprenons bien qu’une campagne électorale n’est pas construite comme un cours d’économie, fut-elle politique. Nous n’attendons évidemment pas une réponse en deux pages dans les plus brefs délais mais nous pensons néanmoins nécessaire de poser les questions qui suivent, sachant que la candidate sera bien conduite à y répondre, au moins partiellement, dans les semaines à venir.

La candidate paraît ne considérer pas que le Parti Socialiste soit « l’avant-garde éclairée de la classe ouvrière », ou des classes populaires, idée chère aux marxistes que l’on reconnaît encore dans les propos de tel responsable de l’extrême gauche, dans ou hors le PS ( se reporter à certaine déclaration faite à Montpellier, à l’occasion de la rencontre des « anti-libéraux »). La candidate souhaite porter la volonté d’une base, dont nous sommes, qu’elle invite à s’exprimer. C’est intéressant, certes, mais la dite base a aussi des questions à lui poser. Nous lui en posons quelques unes, en lui adressant la lettre qui suit, via internet (contact@desirsdavenir.com).

Cette lettre reprend les réactions enregistrées après la diffusion de RPC 32. Nous avons illustré nos questions par des citations tirées du livre de Joseph Stiglitz intitulé « UN AUTRE MONDE, contre le fanatisme du marché » édité chez Fayard en 2006. Joseph Stiglitz est un économiste américain, qui fut Président du Comité des Conseillers économiques de Bill CLINTON, puis Vice-Président de la Banque Mondiale de 1997 à 2000. Il obtint le Prix Nobel d’Economie en 2001. Il explique clairement ce que beaucoup d’entre nous pensent.


En préambule à notre lettre, cet extrait de l’ouvrage que l’on vient de citer, page 112, qui se passe de commentaires, et qui illustre ce que nous pensons de la mondialisation telle que la gère, aujourd’hui, l’OMC, sous la conduite de Pascal Lamy :

« Les politiques et les économistes qui promettent que la libéralisation du commerce va améliorer le sort de tous sont des imposteurs. La théorie économique( comme l’expérience historique) indique le contraire : même s’il est possible que la libéralisation des échanges améliore globalement la situation d’un pays, elle aggravera celle de certaines catégories de sa population. Et la théorie suggère que, du moins dans les pays industriels avancés, ce sont les travailleurs du bas de l’échelle - les non qualifiés- qui souffriront le plus ».

Qu’en pensez-vous ? Poursuivons,….


Madame la Candidate du Parti Socialiste à l’élection présidentielle de 2007,



Je suis de ceux qui considèrent que vous êtes sans doute la seule qui puissiez devancer Le Pen et Sarkozy. Mais rien n’est joué. Vous devez encore renforcer nos convictions sur des points peu abordés , à ce jour. Vous dites écouter les français, ce dont je ne doute pas, mais je ne crois pas que cette écoute, qui devra durer au delà d’un éventuel succès, suffise. Nous avons besoin de trouver dans vos prises de position des réponses à nos questions. Nous avons besoin de perspectives qui dépassent les préoccupations quotidiennes, pour essentiel que soit le quotidien. Que votre futur Premier Ministre traite du SMIC, de la négociation sociale et des délocalisations, c’est indispensable. Nous attendons des candidats à la Présidence de la République qu’ils nous ouvrent des perspectives à moyen et long terme, pour la France, l’Europe et la mondialisation.

Le Parti Socialiste, auquel je n’appartiens pas, vous a choisie pour être sa candidate. Vous vous êtes engagée à mettre en œuvre le « Projet Socialiste pour la France » diffusé au mois de juin 2006. Dans une précédente fiche, nous avons présenté à nos correspondants une analyse succincte des intentions énoncées par ce Projet dans le domaine de l’économie. On y trouve quelques principes fondamentaux et un assortiments de propositions concrètes de poids très variable qui traduit sans doute la diversité des points de vue exprimés au cours du travail de préparation. C’était inévitable mais cela ne suffit pas.

1 - L’analyse du projet conduisait à plusieurs conclusions : Il s’inscrit, dès les premiers paragraphes, dans le cadre de ce que les économistes appellent « la régulation », ni libérale, ni marxiste (Il n’est plus question de collectiviser les moyens de production comme en 19981), avec toutes les difficultés inhérentes à une approche ternaire, considérée comme inacceptable par l’extrême gauche. Le projet s’inscrit assez peu dans le cadre européen et n’aborde la mondialisation que pour rejeter la mondialisation financière et critiquer les paradis fiscaux. Le lien direct qui relie mondialisation, Europe et situation à l’intérieur de nos frontières nationales y tient peu de place. C’est particulièrement net lorsque sont évoqués les problèmes de l’énergie et du développement durable.

D’entrée de jeu, les rédacteurs du projet affirment vouloir s’appuyer sur « la puissance publique, l’Etat, les collectivités locales, mais aussi davantage sur les citoyens, les forces sociales, pour réguler le capitalisme, cantonner le marché à la sphère économique (formule ambiguë), redistribuer les richesses, préserver les équilibres écologiques, en un mot transformer la société ». A ce stade, tout est dit. Ce seul paragraphe eut suffi ou presque pour ce qui concerne l’économie et ses relations (de subordination) avec le politique. Josph Stiglitz qualifie une telle orientation de néo-keynésienne, en tout cas, ni marxiste ni libérale : Démarche de « Développement solidaire (P.5 du projet) et non la rupture libérale voulue par Sarkozy, conseillé par Michel Candessus (cf. son rapport à Sarkozy, le « Sursaut », qui fait écho aux propos du « déclinologue » français, Nicolas Baverez.

Bien entendu, Madame, nous comprenons qu’au début d’une campagne qui sera sans doute difficile, vous évitiez de mettre en avant des positions qui paraîtraient trop intellectuelles, trop idéologiques et provoqueraient peut-etre des sourires sceptiques. Vous dites vouloir vous mettre à l’écoute des français. Dont acte. Mais ce n’est pas suffisant. Nous pouvons pensez que du fait de votre formation, de votre expérience, de votre Parti, vous avez déjà, sur beaucoup de grands problèmes, des positions éprouvées. C’est en tout cas, ce que nous souhaiterions.

La régulation de l’économique par le politique est certainement la voie de l’avenir, mais c’est une voie très large où circulent les suédois comme les chinois, et, pour une grande part encore, nos propres pays d’Europe, avec nos système se Sécurité Sociale fonctionnant par répartition et notre Code du Travail. Nous ne savons pas comment vous vous situez exactement dans ce débat. Courrons-nous le risque d’une dérive néo-libérale, sous couvert de l’action publique, qui nous ramène à la situation que préconisait le projet de Constitution pour l’Europe ?

Pour essayer de comprendre, de façon concrète, comment l’Etat peut et doit intervenir en économie régulée, nous nous référons à nouveau à un texte de Josph Stiglitz, tiré du même ouvrage, page 69,…

« Tous ces pays (Japon, Chine, Singapour…)croyaient fermement en l’importance des marchés, mais ils avaient compris que ceux-ci devaient être créés et gouvernés, et que les entreprises privées ne faisaient peut-être pas toujours le nécessaire. Si les banques privées ne fondent pas de filiales dans les zones rurales pour collecter l’épargne, l’Etat doit intervenir. Si les banques privées n’accordent pas de prêts à long terme, l’Etat doit intervenir. Si aucune entreprise privée ne fournit certains produits intermédiaires indispensables à la production,- comme l’acier et le plastique-, l’Etat doit intervenir s’il peut le faire efficacement. La Corée du Sud et Taïwan ont montré qu’ils le pouvaient. Le gouvernement coréen a procédé avec prudence mais, quand il a conclu qu’il le pouvait investir de façon rentable, il est allé de l’avant et a créé en 1968 l’une des firmes sidérurgiques les plus efficaces du monde. Dès 1954, le gouvernement de Taïwan a contribué au lancement d’une entreprise qui allait avoir un énorme succès, la Formosa Plastics Corporation. »

Madame, dites-nous ce que vous pensez du « marché » qui reste l’un des moteurs de l’évolution, certes, de ses limites et des contraintes que vous penseriez devoir lui imposer. C’est un question centrale.


2 – Le projet Socialiste, dans sa première partie, exprime clairement deux exigences, « réussir le plein emploi dans un développement durable », additionnant ensuite des propositions que nous avons déjà commentées, et dont beaucoup seront aussi affichées par d ‘autres candidats, dont Sarkozy, en ce qui concerne le développement durable, par exemple. Qui peut être, au début d’une campagne présidentielle, opposé au plein emploi et au développement durable ?

Si, comme vous le laissez penser, et comme nous le souhaitons, vous voulez privilégier le développement durable, en feriez-vous le point de départ d’un nouveau type de développement, capable de créer des emplois, et comment ? C’est à partir de ce point que votre démarche se différencierait des autres. Ferez-vous d’une nouvelle politique énergétique l’un des principaux leviers d’une croissance nouvelle ? Il ne suffit pas de dire, et c’est le cas du Projet Socialiste, que les énergies nouvelles représenteront 20% de notre consommation en 2020, d’autant qu’une annonce de ce type, à 15 ans, n’est pas très motivante. Pouvez-vous nous dire par quoi vous commenceriez , économies d’énergie, extraction du carbone des émanations des centrales et établissements industriels, retour au charbon avec ou sans extraction du carbone de leur C02, et je fais ici directement allusion au projet d’ouvertures de mines de charbon dans la Nièvre, choix des réacteurs de troisième( EPR) ou quatrième génération…. ? Je renvoie ici nos lecteurs à l’interview de Christian Bataille et Alain Lipietz dans « Alternatives Internationales », n°33, de décembre 2006.

Nos grands voisins ont pris récemment dans le cas du nucléaire, de l’éolien et du solaire(Espagne) des décisions récentes qui pourraient avoir assez vite des répercussions dans les domaines de la recherche et de l’emploi. Envisageriez-vous de reprendre telle ou telle de ces décisions ? Par exemple, pas de permis de construire sans récupération d’énergie, solaire, géothermie…Par exemple, ré-utilisation des mines de charbon délaissées pour produire de l’énergie d’origine géothermique…Quelle sera votre position par rapport à ITER ?

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier fut la première étape de la construction européenne. Engagée avec l’Allemagne et quatre autres Etats, ne pensez-vous pas qu’il serait indispensable de récréer une Europe des énergies actuelles et futures, à l’image de la CECA ? Si on ne prend pas d’initiative en ce sens, nous risquons de nous situer à nouveau en situation de concurrence à l’intérieur de l’Union Européenne alors qu’il serait plus efficace de conjuguer nos efforts ? Ce n’est pas à la Commission de Bruxelles de prendre une telle initiative. Bien sûr les 25 Etats de l’UE ne seront pas d’accord pour aller dans cette voie. Il faudrait passer outre à d’éventuelles réticences et commencer avec ceux qui le souhaiteraient.

3 – Le Projet Socialiste évoque longuement, dans sa quatrième partie, la France en Europe et dans le monde. Il s’agirait de relancer l’Europe et de »maîtriser » la mondialisation. Les propositions relatives à l’Europe, augmentation du budget, priorité au plein emploi, traité social reposant sur l’harmonisation des droits sociaux, meilleure protection de l’UE contre la concurrence commerciale mondiale, avec réforme de l’OMC, élaboration d’un traité strictement institutionnel, paraissent évidemment judicieuses et adaptées à la situation mais posent, d’entrée de jeu un certain nombre de questions. Delors estimait que le budget de l’Union devait atteindre rapidement 1,30% de son PNB. On en est loin. Qu’en pensez-vous ? Priorité au plein emploi, certes, mais comment impliqueriez-vous la Banque Centrale Européenne ? Réforme de l’OMC, peut-être mais sur quelles bases (on sait que déjà les USA reviennent à la pratique des accords bi-latéraux qui leur permettent d’obtenir plus d’avantages au détriment des plus faibles ?

Comment prendriez-vous date au lendemain d’un éventuel succès électoral pour qu’apparaisse votre détermination à impulser une politique aussi ambitieuse, et qui doit le rester ? Vous vous heurterez sans doute à l’opposition de la Commission de Bruxelles, du Parlement de Strasbourg majoritairement conservateur (surtout quand Rocard vote avec la droite !). Il vous faudra du temps et sans doute deux mandats. Notre proposition: Commencer par refaire une Europe de l’énergie.

4 – Le Projet Socialiste affirme vouloir maîtriser la Mondialisation. Il propose une réforme des organismes qui la promeuvent, FMI, Banque Mondiale et OMC. On ne peut qu’être d’accord mais comment, sachant que la France n’est pas maître du jeu ? Certes, les conditions sont propices. Le Fonds Monétaire International qui, avec Candessus, a provoqué de nombreuses catastrophes dans le passé, (en Indonésie), perd de l’importance, faute de clients, alors même que sa doctrine, le Consensus de Washington, n’a plus bonne presse. Son Président est toujours un européen . Vous pourriez peut-être en profiter pour prendre une initiative. Laquelle ? L’OMC est, en perte de vitesse, délaissée par les USA qui ont compris qu’ils ne pourraient plus manipuler facilement les nations émergentes comme il peuvent le faire dans le cadre d’accords bi-latéraux. La voie d’une réforme, est peut-être, là aussi, possible, d’autant, dit-on, que vous auriez de bons rapports avec Pascal Lamy, ce qui n’est pas nécessairement rassurant. La Banque Mondiale, dont le Directeur Général est nommé par le Président des USA, paraît difficilement réformable, par une Présidente française. Comment aborderez-vous cet ensemble de réformes? Ne serait-il suffisant et plus commode de laisser ces organismes se marginaliser plutôt que de proposer une réforme hasardeuse ?

D’une façon plus générale, ne pensez-vous pas que la mondialisation, qui est un fait d’histoire, qu’on ne peut pas arrêter, doit et peut être réorientée ? Aujourd’hui, elle a pour moteur la promotion du libre-échange, la création d’un marché mondial ouvert à tous les vents, un souhait plus qu’une réalité car les grands pays voudraient en profiter sans avoir à en souffrir: Voir les politiques agricoles de l’Europe et des Etats-Unis. Ne pensez-vous pas qu’elle doit être réanimée sur la base de recherches de partenariats plutôt que d’une vaste zone de libre-échange ? Les sud-américains ne nous montrent-ils une autre voie ? Enfin, comment ne pas vous demander la façon dont vous envisagez nos relations avec les pays d’Asie, notamment la Chine et l‘Iran ? Comment concevez-vous la création de partenariats avec ces deux pays, dans une mondialisation qui ne nous autorisera pas, nous français, à leur dicter le volonté de l’Occident ? Bien entendu s’agissant de l’Iran, la question n’est pas de trop concéder au Président Ahmadinejad, surtout en matière nucléaire, mais de tenir compte, pour construire des relations dans le long terme que l’Iran a été longtemps filleule des USA, qui l’ont armée, lourdement ( près de 1000 avions de combat par exemple, et qui lui ont apporté, avec la France, les éléments nécessaires pour démarrer son programme nucléaire civil, programme auquel elle a strictement droit dans le respect du traité denon-prolifération qu’elle a signé.

Je sens bien, Madame, que notre démarche n’entre peut-être pas tout à fait dans le cadre que vous avez tracé en proposant les thèmes que vous souhaitiez voir aborder en priorité. D’aucuns penseront que certains des thèmes abordés ne relèvent pas vraiment des instances mises en place pour animer votre campagne, ou considèreront, à juste titre sans doute, que les français ont des préoccupations plus immédiates. Pourquoi, pour autant, ne pas posé les questions qui nous paraissent importantes ? Cette plate-forme avait une visée pédagogique. Une bonne pédagogie ménage le temps des questions, d’autant que tous les participants ne sont pas nécessairement convaincus de l’urgence de soutenir votre candidature. Nous aurions besoin de réponse. Si vous acceptiez de nous communiquer un texte répondant à certaines de nos questions, nous le diffuserions intégralement, en considérant qu’il ne peut s’agir, pour l’instant, de réponses très précises, ni de réponses à toutes nos questions. Nous vous en remercions dès maintenant


Bernard Liger

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Mardi 19 décembre 2006
DEBAT

REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE CONTEMPORAINE

Envoi 32 - Octobre 2006


ANALYSE CRITIQUE DU PROJET SOCIALISTE,
ECONOMIE : QUEL CONTENU ?



Le projet du Parti Socialiste, en matière d’économie, se situe, on le verra, dans la perspective d’une régulation forte de l’économique par le politique. Les grandes orientations du projet traduisent bien ce choix initial, évident dès l’introduction. Les mesures de détail sont souvent peu précises. Mais un projet n’est pas un programme. Il appartiendra au futur Président de la République, ou à la future Présidente, d’expliquer comment il ou elle entend passer du projet au programme. Il lui appartiendra aussi de lui donner le souffle et l’ouverture qui lui manquent encore. En tout état de cause, ce projet n’est pas, en l’état, un projet libéral tant le marché y apparaît comme soumis au contrôle du politique. Souhaitons qu’il en soit bien ainsi.

En caractères gras, les propositions reprises du projet, commentées ou non.



Le Parti Socialiste a publié son projet sous le titre « Le projet socialiste pour la France, Réussir Ensemble le Changement ». La partie I traite de l’économie, la partie IV traitant de la construction européenne, laquelle implique des choix économiques majeurs. On a repris toutes les propositions pour que le lecteur ait une vue d’ensemble mais n’en n’a commenté que quelques unes dans l’ordre où le lecteur les rencontre. Le résultat n’est pas un travail de synthèse mais simplement un recueil de points essentiels qui permet de resituer les propositions dans un contexte conceptuel que les rédacteurs n’ont pas défini, a priori.

Ce contexte n’est celui ni d’une démarche libérale, comme celle de Sarkozy, ni d’une démarche néo-marxiste. Le marché et la concurrence ne sont plus, comme il l’étaient dans le projet de constitution européenne, au centre du propos. Les thèmes traditionnels de l’économie marxiste, notamment la collectivisation des moyens de production ne fondent plus le projet , comme c’était le cas dans le programme de François Mitterrand, en 1981. Le choix, de fait, est celui de la « régulation » au sens où l’entendent les théoriciens de la dite « régulation ». Les propositions du projet du PS pourraient par ailleurs s’inscrire dans le cadre des propositions de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, ancien conseiller de Bill Clinton, telles qu’elles figurent dans son dernier ouvrage, « Un autre Monde, contre le fanatisme de marché », chez Fayard, 2006. Il est intéressant de pouvoir s’appuyer sur le discours d’une éminente personnalité américaine pour contester radicalement le libéralisme et montrer même que les USA l’utilisent essentiellement à des fins impérialistes mais sans rejeter, pour eux-mêmes, protectionnisme et intervention de l’Etat.

On pourrait nous demander pourquoi nous ne commentons que l’un des programmes, celui des socialistes. La réponse est évidente. Sarkozy est un libéral convaincu qui s’est d’ailleurs assuré les services de Michel Camdessus, ex-directeur général du Fonds Monétaire International, contraint d’abandonner ses fonctions avant terme, pour cause de catastrophes économiques en série. Il s’était efforcé, fidèle serviteur de la « Réserve Fédérale » des Etats-Unis, de mettre en œuvre le « Consensus de Washington », expression de l’impérialisme économique des USA. On se reportera, à ce sujet à nos fiches RPC 20 et 21. .

:

- Page 4 - « Nous voulons nous appuyer sur l’Etat…les collectivités locales…mais aussi sur les citoyens pour,
- « réguler le capitalisme,
- « cantonner le marché à la sphère économique,
- redistribuer les richesses. »
- ..nous refusons une société dominée par la marchandisation de la vie ».

Le projet dépasse le libéralisme et le marxisme traditionnel. La voie de la « régulation », ou, comme le dit Joseph Stiglitz, une « économie de marché gérée » par opposition à une « économie de marché libre », paraît être la seule voie retenue, une économie ni libérale, ni néo-marxiste (ni communiste). Restait à déterminer démocratiquement, une fois affirmé le choix central de la régulation, ses formes et ses limites. Le travail, pour l’essentiel, reste à faire mais le principe paraît acquis.

Ceci signifie que la collectivité, en économie régulée, n’accepte pas que le « marché » impose sa loi, voire sa dictature. Elle n’accepte pas qu’à travers le marché la loi du seul profit ne s’impose à tous. Elle décide démocratiquement des règles que doivent respecter les acteurs de l’économie pour assurer la satisfaction des besoins, réduire la pauvreté et les inégalités, participer aux progrès d‘une « autre mondialisation ». Le « marché », toujours régulé, géré pour reprendre le mot de Stiglitz, par le pouvoir politique, reste néanmoins l’un des moteurs de l’économie.

- P. 5, col.2 - « Les français se voient projetés dans la mondialisation alors qu’ils constatent que les régulations anciennes deviennent déficientes sans que les nouvelles règles ne soient apparues »

La mondialisation est, d’après les libéraux, une situation caractérisée par l’ouverture générale des marchés nationaux, y compris financiers, la fin de tous les protectionnismes. Elle donne aux nations les plus évoluées la possibilité d’imposer leurs produits et leurs comportements à tous les autres. Le monde devrait devenir une vaste zone de libre-échange dans laquelle les Etats devraient, s’abstenir d’intervenir, sous peine de sanctions, actuellement prononcées dans la plus grande discrétion par le tribunal de l’Organisation Mondiale du Commerce. C’est le principe de la « concurrence libre et non faussée » adopté sans réserve par les rédacteurs du projet de Constitution Européenne comme fondement d’une Union Européenne assimilée à un vaste marché. Du temps où Jacques Delors présidait la Commission de Bruxelles, l’harmonisation fiscale et sociale était l’une des clefs de la construction européenne. Elle traduisait la volonté de régulation de la collectivité. Le projet de constitution refusait cette obligation de régulation. Le projet socialiste la reprend à son compte (P.21-§ B-alinéa 3, « un traité social… ». Reste à imaginer la façon dont une Présidence Socialiste pourrait relancer une initiative constitutionnelle intégrant la volonté de régulation collective, alors que les points de vue, au sein de l’UE sont très différents, parfois opposés.

Le texte du projet aborde la question de la mise en place de règles nouvelles pour une mondialisation à ré-orienter. C’est le sujet développé par J.Stiglitz dans son dernier ouvrage, cité dans notre introduction. La domination actuelle de la finance mondiale, via la libre circulation des capitaux à court terme, « volatiles », est lourde de risques ( voir « Le Mode Diplomatique » d’octobre 2006, «Une économie d’apprentis sorciers » de Gabriel Kolko). Le projet socialiste aborde la question dans ses grandes lignes, P.22, § B). C’est, peut-être, pour le long terme, la question la plus importante. Elle soulèvera de oppositions violentes qu’il faut accepter.

Le « projet socialiste pour la France » ouvre donc la possibilité de concevoir un nouveau type de mondialisation. Les Etats, redevenus maîtres de leur développement, pourraient mettre en commun leurs besoins, notamment dans les domaines sanitaire, alimentaire, universitaire, dans une perspective fondée sur la coopération et le partenariat plutôt que sur la concurrence « libre et non faussée ». C’est la voie dans laquelle entre actuellement un certain nombre de pays d’Amérique du Sud et d’Afrique, en compagnie de la Chine d’ailleurs.

- P. 5, col 2 - « Avec la domination de la finance mondiale, le capitalisme change d’impact. Il remet en cause les équilibres établis dans les cadres nationaux et essaye d’imposer une dégradation générale de la condition salariale »
- « Notre projet doit répondre à l’urgence sociale et à l’exigence d’un nouveau modèle de développement. Il doit nous permettre d’agir pour le plein emploi,… »


Les capitalistes étaient autrefois, dans beaucoup de cas, des personnes physiques qui prêtaient aux entreprises leurs économies, en achetant des actions(SA) ou de parts sociales(SARL). Ils n’attendaient pas nécessairement de revenus à court terme et savaient que les entreprises ainsi soutenues passaient par des périodes fastes, certes, mais aussi pas des périodes difficiles. Les dividendes n’étaient pas systématiquement à la hausse, parfois même sacrifiés à l’investissement. Les responsables d’entreprises, qui souvent avaient investi beaucoup de leur propre fortune, dans leurs entreprises se battaient pour maintenir à celles-ci des parts de .marché aussi importantes que possible, avec des résultats qui, sur plusieurs années devaient satisfaire les actionnaires et permettre des investissements. Les salariés, parfois difficilement, s’efforçaient d’obtenir des salaires équitables, fut-ce au prix de conflits.

La situation est aujourd’hui différente : Le capital des entreprises cotées en bourse ne provient plus de personnes physiques. Hier, on achetait des actions, aujourd’hui, on achète des parts de sociétés financières, de fonds d’investissement, de fonds de placement,…ou l’on investit dans des « fonds de pension » au lieu de cotiser à des caisses de retraite fonctionnant par répartition. Les managers salariés, responsables de la gestion de ces fonds, se paient sur le produit des fonds qu’ils manipulent, dans des conditions souvent très obscures. Leurs exigences sont grandes, quels que soient les rendements de leurs placements.

Conséquences de cette financiarisation de l’économie, la recherche permanente de rendements boursiors élevés devient la règle à laquelle tout dot être sacrifié, les salaires, la protection sociale, l’emploi, au prix, si nécessaire, et c’est souvent le cas, de délocalisations. Les difficultés actuelles de l’aérospatiale (Airbus) privatisée illustrent le comportement des gestionnaires des fonds et des actionnaires. Des retards de production entraînent une chute du cours de l’action. Au lieu d’attendre la fin des difficultés, les actionnaires, pour maintenir leur dividende en dépit des difficultés, exigent que l’on fasse des économies en réduisant les effectifs ! Les acteurs de l’économie n’ont pas d’objectifs d’ordre social ou environnemental. Ils exigeraient plutôt la disparition de tels objectifs.

Les solutions que pourrait générer le Projet Socialiste ne sont pas évidentes. Elles passent sans doute par une nouvelle croissance qui ne se résumerait pas à une augmentation du PIB dans sa forme actuelle. La question de l’invention d’une forme nouvelle de croissance est au cœur d’un débat à peine amorcé. Il impliquerait, sans doute, que l’Etat redevienne un véritable acteur économique, et même, dans certain secteur, un véritable entrepreneur. Il s’agit là, notamment, de la question des services d’intérêt général.

La diminution permanente de la part de valeur ajoutée consacrée à la masse salariale, salaires et cotisations sociales est, à notre époque, un objectif permanent, contraignant, pour les managers financiers, objectifs dont ils ont fait admettre la nécessité par de nombreux responsables politiques. Le connivence affirmée entre Camdessus et Sarkozy illustre une menace bien présente.

Le projet du parti Socialiste prévoit, certes , de moduler l’impôt sur les sociétés en tenant compte de la répartition de la valeur ajoutée mais il est très silencieux sur la question de la régulation des flux financiers et notamment de la délocalisation des résultats d’exploitation des entreprises, filiales de sociétés dont les sièges sociaux sont dans des paradis fiscaux ou dans des pays à très faible fiscalité, l’Estonie ou le Luxembourg, au sein de l’Union Européenne, sans même évoquer Gersey et Monaco, mais il le faudrait.


- P.5,col2 - « L’épuisement prévisible des ressources énergétiques essentielles… et la montée Des risques environnementaux obligent à reconsidérer les conditions même de la croissance »

On reviendra plus loin sur la question de la croissance

- P.5,col3 - « Nous voulons lutter contre toutes les formes de précarité, donner à chacun la protection qu’il mérite et l’égalité de chance pour construire sa vie »

Ce paragraphe pose clairement la question des objectifs que la collectivité voudra démocratiquement fixer en matière de revenus, d’emplois, de protection sociale…reste que la condition « de mérite » est ambiguë car, au plan de l’éthique, toute personne a droit à une protection minimale, quels que soient ses mérites. Et d’ailleurs de quoi parle-t-on lorsque l’on évoque le mérite ? Qui doit décider des « mérites » du citoyen ? Le terme résonne étrangement dans un document émanant du Parti Socialiste et conduit à se poser des questions. Quels sont les citoyens qui ne mériteraient pas de protection ?

- P.5,col3 - « Nous voulons conjuguer la croissance économique et la redistribution des richesses avec la
responsabilité par rapport aux générations futures »

Cette affirmation traduit la volonté de promouvoir une croissance, non destructrice de l’environnement, on le suppose, … et celle de ne pas obérer l’avenir de nos enfants par l’accumulation de dettes qu’ils auraient à rembourser. La portée du texte est facile à saisir mais la référence permanente au poids de la dette mériterait plus ample commentaire. Les Etats savent depuis longtemps vivre avec des dettes importantes, à commencer par les USA qui battent à ce jour tous les records et s’en portent bien. La question ne peut être traitée sans une dose cynisme : Il existe un grand nombre de façon de ne pas rembourser ses dettes. Voire à ce sujet les procédures de liquidation d’entreprises, la question de la remise de dettes aux pays pauvres (qui n’en sont pas plus riches !), le recours aux dévaluations,…Remuer la question de la dette, c’est une façon de faire peur lorsque l’on veut réduire salaires ou budgets sociaux. On devra revenir sur cette question en constatant d’abord qu’il n’y a pas une dette mais plusieurs sortes de dettes au plan national, ensuite, que, souvent, lorsque l’une ou l’autre de ces dettes est importantes, d’autres sont faibles. Pour résumer : Si l’on réduit les impôts, on enrichit les personnes physiques et l’on endette l’Etat. Or nos gouvernants , depuis plusieurs années n’ont pas cessé de réduire les impôts. Là dessus, le projet socialiste n’est pas très explicite même si l’on comprend la difficulté d’être trop précis sur ces questions en périodes électorales.


Partie 1 :REUSSIR LE PLEIN EMPLOI DANS UN DEVELOPPEMENT DURABLE (p.7, 8, 9)

- P.7,col1- « Ramener le taux de chômage au dessous de 5% d’ici 2012, en diminuant de moitié
sa durée »

On ne peut qu’être d’accord sur l’intention et sur la priorité que mérite la réduction du taux de chômage. Mais chacun sait que la création d’emplois ne dépend pas que des pouvoirs publics. Il y va de notre capacité à relancer une véritable politique de recherche publique, la construction européenne et à promouvoir une nouvelle mondialisation.

- P.7,col 1 - « nouveau modèle de croissance qui conjugue création d’emplois, innovation…. Et
développement durable »
- P .9,col 1 - « Nous mettrons en place des indicateurs de croissance durable qui prendront en compte le coût de la pollution et de la destruction des ressources non renouvelables

La question d’un nouveau mode de croissance, et, corrélativement, d’un nouvel appareillage de mesure pour en évaluer l’importance, est évoquée en différents points du projet. Nous avons déjà consacré RCP8 et 11 à cette question complexe qui revient dans de nombreux débats, spécialement dans les milieux écologistes ou altermondialistes. Elle est fortement liée aux questions relatives à l’énergie. On a déjà expliqué que les économistes ont inventé depuis longtemps des outils de mesure de la croissance différents du Produit National Brut, ou du Produit Intérieur Brut, outils souvent critiqués.

Mais qui connaît et se sert, des critères de « Développement Humain » promus par certains organismes internationaux, à la suite des travaux du prix Nobel d’économie indien, Amartia Sen, par exemple ? La question de la « décroissance » reste à l’arrière plan du programme PS mais le mot est inemployable par les politiques tant il fait peur. La vraie question est de savoir comment gérer certaines formes de décroissance sans abandonner l’outil de mesure actuel, non représentatif d’une croissance acceptable. Peut-être faudrait-il y ajouter et non y substituer un indicateur nouveau, « le PIB utile » dans lequel on retrancherait du PIB « brut » les « valeurs ajoutées » correspondant à des opérations comptablement correctes mais incompatible avec un développement acceptable. Jérémy Rifkin, dans son livre intitulé « le rêve européen » montre le PIB des USA actuellement supérieur au notre, diminuerait jusqu’à le rejoindre, si l’on y intégrait de façon négative le coût des guerres moyen-orientales et celui de la surconsommation de pétrole.

Dans l’immédiat, ne vaudrait-il pas mieux envisager une démarche pragmatique consistant à laisser de coté le vocabulaire et les discussions relatives aux indicateurs. Le Parti Socialiste n’est sans doute pas en mesure, dans le temps d’une mandature, en tout cas, de traiter un tel problème. Une liste de mesures concrètes allant dans le sens désiré serait plus opérationnelle : Pourquoi, par exemple, ne pas rendre obligatoire, pour obtenir un permis de construire, l’inclusion de dispositifs de récupération de l’énergie solaire ou de dispositifs géothermiques ? Pourquoi ne pas pénaliser d’une façon quelconque la surconsommation de certains véhicules ? Pourquoi ne pas sortir du calcul de la valeur ajoutée, base du calcul du PIB, les coûts afférents aux accidents de la route ? Pourquoi ne pas intégrer dans les prix de revient industriels les coûts de recyclage et de traitement des déchets ?….

- P.7,col1 - « Au printemps 2007, nous engagerons avec les partenaires sociaux une conférence nationale pour débattre des orientations et des propositions en terme de plein emploi, de salaire , de conditions de travail et de protection sociale »

Proposition facile à mettre en œuvre s’il s’agit de discuter des mesures pour le court terme. C’est déjà une obligation légale. Proposition difficile à mettre en œuvre , néanmoins nécessaire, pour conduire une réflexion sur les objectifs du long terme et, en particulier, sur l’avenir des relations entre salariés et financeurs dans l’entreprise, problème dont nous avons déjà débattu mais qui ne paraît pas être aujourd’hui à l’ordre du jour des partis politiques. L’entreprise du troisième millénaire doit évoluer dans ses structures pour que les salariés de l’entreprise deviennent des acteurs reconnus de la gestion des entreprises ? Dans cette perspective, comment ne pas considérer que tous les projets d’actionnariat salariat et d’épargne d’entreprise ne sont que des moyens détournés pour asservir davantage les salariés aux financiers (dont les actionnaires), à travers les managers ?





- P.7,col 1« Nous mettrons oeuvre une politique industrielle »
- P.7,co 1 - « Nous développerons les participations publiques dans le capital des jeunes entreprises innovantes avec la création d’un fond public de participation …s’appuyant notamment sur la caisse des Dépôts »
- « Nous modifierons le crédit d’impôt recherche pour en diversifier les bénéficiaires »
- « Nous mettrons en place des mécanismes spécifiques pour accompagner la croissance des PME »

- P.7,col2 - « Nous modifierons le taux de l’impôt sur les sociétés selon l’équilibre choisi… entre investissements et redistribution des dividendes »
- P.7,col 2 - « Nous instaurerons une aide fiscale concernant les modalités d’amortissement pour stimuler les investissements »

La première proposition paraît simple. En réalité, la simplicité de l’expression masque une série de problèmes complexes bien commentés par Guillaume Duval dans le numéro 250, de septembre 2006, de la revue « Alternatives Economiques ». Il n’y a pas deux mais au moins quatre façons d’utiliser le profit de l’entreprise, investir pour augmenter l’activité, verser des dividendes aux actionnaires, racheter ses propres actions pour en faire monter le cours, augmenter son capital pour alimenter sa croissance. La proposition conduit à examiner, pour chaque exercice, les comptes de l’entreprise de façon à calculer le taux de l’impôt sur les sociétés. Compliqué, gênant pour la gestion prévisionnelle des entreprises.

Sur le plan comptable, tout est possible. Mais l’équilibre entre investissements et dividendes ne paraît significatif ni d’une gestion particulièrement sociale, ni même d’une gestion spécialement correcte. Il ne rend pas compte de l’utilisation effective des profits. L’équilibre ne donne pas d’informations sur la suffisance ou l’insuffisance des investissements, qui d’ailleurs peuvent énormément varier d’une branche à l’autre de l’économie. Mieux vaudrait s’en tenir par exemple à l’examen de la répartition de la valeur ajoutée entre la masse salariale et le reste, sous réserve de réintroduire dans la masse salariale les salaires concernant la sous-traitance, ce qui n’est pas simple.

La seconde proposition complète la première en aménageant, une fois de plus, les possibilités d’amortir les investissements. L’aide fiscale concernant les investissements consiste traditionnellement à donner la possibilité de réduire les durées d’amortissements, ou à les rendre non linéaires, ce qui revient toujours à réduire l’impôt sur les sociétés. En fait, les deux propositions additionneraient les possibilités de réduction de l’impôt sur les sociétés. Est-ce bien l’objectif ? Faire le lien avec la question de la dette évoquée plus haut.
.
- P.7,col 2 - « Face aux délocalisations, nous mettrons en place une Agence Nationale de la Ré-industrialisation…Elle organisera la ré-industrialisation des sites… »

Une Agence de plus ne changera pas le problème général. A législation constante, une telle Agence ne pourrait rien faire de plus que ce que font les Société Economie Mixte d’Aménagement. Remettre des sites en état, éventuellement dépolluer… puis promouvoir les sites abandonnés. Elle ne retrouverait de nouvelles possibilités que si l’Etat reprenait des initiatives en matière de création d’entreprises publiques, dans celui des services mais aussi dans celui de la recherche appliquée. Il n’est pas certain que les responsables socialistes aient encore formulé des suggestions précises à ce sujet bien que notre réglementation permette à la puissance publique de se substituer aux entrepreneurs défaillants.

- P.7,col 2 - « Nous porterons le niveau du SMIC à 1500 euros brut avant la fin de la législature »

- P.8,col 1 - « Nous ré- introduirons le contrôle public à 100% d’EDF et mettrons en place un pôle public de l’énergie entre EDF et GDF »

La proposition n’est-elle pas dépassée par les faits ? Au printemps 2007, la fusion SUEZ-GDF sera probablement effective. Certes, des obstacles devront être encore surmontés mais la question reste celle de savoir si le PS accepte l’idée d’une re-nationalisation de l’énergie, SUEZ comprise, si la fusion est effective. Il serait sans doute efficace de le dire clairement, sans retard, pour peser sur les choix futurs des actionnaires, de SUEZ en particulier. Accepteraient–ils une fusion dans une perspective de re-nationalisation, éventuellement peu profitable ? Il y va de la crédibilité du parti Socialiste dans les mois à venir.

- P.8, col 1 - « Nous créerons à partir de la Caisse des Dépôts un pôle financier public »
- P.8,col 1 - « nous instaurerons une tarification sociale de l’eau »
- P.8,col 1 - « Nous souhaitons renforcer le pilotage économique de la zone euro…mise en place d’un véritable gouvernement économique »

Il parait difficile de mettre en place un gouvernement économique de la zone euro sans avoir mis en place au préalable un gouvernement politique, dès lors que l’on subordonne l’économique au politique , sauf si l’on considère que la France est sous le régime de la « régulation et l’Europe du libéralisme. Il ne pourrait s’agir, en attendant, que d’opérations communes et non d’un gouvernement économique. Il y a là matière à débat. Le projet n’évoque pas la question du contrôle démocratique des banques centrales, questions essentielle mais complexe.

- P.8,col 2 - « Nous réactiverons les emplois-jeunes »

Dont acte, à condition de prévoir une réelle évolution vers des emplois durable, tant dans le public que le privé.

- P.8, col3-P.9,col 1- -« Nous soutiendrons le secteur de l’économie sociale et solidaire, avec démantèlement progressif de la taxe sur les salaires
- « Nous créerons des Chambres nationales et régionales de l’Economie Sociale »

L’Economie Sociale réunit, par définition, les Mutuelles, les Coopératives et les Associations, sachant que les associations sont, pour une part, considérées comme de véritables entreprises, y compris sur le plan fiscal. Mais Il n’y a pas de définition de l’économie solidaire. Une clarification devrait précéder la mise en œuvre du projet sur ce point. Reste que la création de Chambres Régionales et Nationales de l’Economie Sociale (on ne parle plus sur ce point d’économie solidaire). Cette proposition paraît difficile à justifier. Ne vaudrait-il pas mieux que ce secteur de l’économie, en particulier pour ce qui concerne les coopératives, soit valorisé pour être l’un des moteurs de l’économie dans son ensemble ? Ne peut-on envisager d’utiliser ce secteur pour éviter des délocalisations et des liquidations, en leur donnant une priorité et un appui, conseil et finances, chaque fois qu’il serait possible d’envisager une reprise par les salariés ( RES), sous forme coopérative, au lieu d’un départ ou d’une liquidation ?

- P.9,col 1 - « Nous anticiperons l’épuisement du pétrole en diversifiant nos sources d’énergie. Nous réduirons la part du nucléaire en la faisant passer à 20% d’ici 2020 et à 50% la part des énergies renouvelables.

Il est inutile de revenir sur la nécessaire de réduire la consommation d’énergie et d’en diversifier les sources. Comment fait-on pour réduire le nucléaire à 20% de notre consommation énergétique en moins de 15 ans ? A quelle échéance doit-on porter à 50% la part des énergies renouvelables ? Quelles sont-elles ? solaire, éolienne ? Comment se situe cette perspective par rapport aux recherches en cours, à propos de l’hydrogène, dans le cadre du projet ITER dont il n’est pas question dans le projet mais qui va bel et bien s’implanter du coté de Cadarache ? Quelle politique adopter en ce qui concerne les bio-carburants dont le gouvernement actuel va faire l’un de ses chevaux de bataille d’ici les élections présidentielles ? Quelles pourraient être les répercussions d’une politique privilégiant les bio-carburants sur la politique européenne commune ?

Autant de questions à peine esquissées , mais un Président de la République, ou une Présidente, il est vrai, est là pour proposer des orientations, non pour effectuer des choix techniques. Reste que le programme est assez peu disert sur ces questions, comme il l’est sur le court terme : Pourra-t-on réellement recréer un grand pôle énergétique national lorsque GDF et Suez auront fusionné ? Dans une phase intermédiaire, quelles seront les conséquences de notre politique énergétique sur notre politique étrangère ? …sur nos relations avec l’Iran et la Russie… ?

- P.9,col - « Nous soutiendrons la promotion d’une agriculture de qualité respectant l’environnement, en réorientant la PAC vers le développement rural ,en plafonnant et en modulant les primes. A l’échelle européenne , nous défendrons le maintien d’une politique agricole commune réorientée pour tenir compte des besoins du Sud »

- P.8,col2 - « Nous modifierons les prélèvements sociaux pour qu’ils cessent de pénaliser l’emploi ( transformer la base de calcul des cotisations patronales en les calculant sur l’ensemble de la richesse produite et non sur les seuls salaires »

La question de la base de calcul des cotisations sociales est une question récurrente. La création de la CGS dont le champ n’a pas été étendu alors qu’elle devait remplacer progressivement, à volume financier constant, une plus grande part des cotisations sur salaires, n’a pas été achevée. Certains, dont le syndicat FO, demandent depuis fort longtemps que la valeur ajoutée devienne la base des cotisations, pesant ainsi sur le résultat de l’entreprise, donc sur les dividendes. L’idée était séduisante mais de nombreuses études ont montré que, si l’on n’y fait très attention, on risque de pénaliser nos exportations qui portent souvent sur des produits et services à forte valeur ajoutée. Le projet socialiste est resté prudent. On y indique que « l’ensemble de la richesse produite » pourrait servir de base. En évitant une formulation trop technique, les rédacteurs laissent ouvertes plusieurs possibilités. Les choix seront pour plus tard.

- P.8,col 2 - « … Généralisation des 35 heures »

Ce pourrait être l’occasion d’une reformulation complète, qui ne laisserait personne de coté, moins technocratique, après un bilan objectif de la situation.


- P.8,col 3 - « Nous supprimerons le CNE et réaffirmerons la primauté des CDI »

D’accord mais profiter de l’occasion pour réduire le nombre des contrats de travail.

- P.8,col 3 - « Nous modulerons les cotisations sociales en fonction de la durée des contrats de travail et du nombre de contrats précaires dans l’entreprise »

Une proposition conduisant à un système très complexe qui, certainement, provoquera des réactions négatives.


- P.8,col 3 - Nous favoriserons le développement des services de proximité »

Question déjà commentée à propos de la création d’entreprises par la puissance publique.



Le projet évoque la régulation, l’économie sociale et solidaire. Il affirme surtout la primauté du politique sur un marché qui demeure mais qu’il faut contrôler. L’orientation générale est prometteuse. Les mesures de détail traduisent sans doute la prise en compte de différentes tendances internes au Parti Socialiste. La future présidente, ou le futur Président, si la Gauche l’emporte en 2007, devra compléter le projet, l’adapter, pour construire le programme de Gouvernement qui devra suivre.

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Mardi 19 décembre 2006
DEBAT

REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE CONTEMPORAINE

Envoi 31-Juillet 2006





SOMMAIRE DES DOCUMENTS DIFFUSES DEPUIS 2003

Par Bernard Liger


PREAMBULE

La période d’été qui débute ne se prête pas à la méditation de propos trop arides, d’autant que l’actualité, qu’il s’agisse de la Palestine où l’Etat d’Israël poursuit sa politique d’agression violente contre les palestiniens, sous prétexte de neutraliser le Hamas, qu’il s’agisse de la France où la comédie « Chirac-DeVillepin-Sarko » continue de tenir l’affiche, s’appuyant pour subsister sur une certaine diminution du chômage, qu’il s’agisse enfin du monde du sport avec la Coupe du Monde de Foot-Ball et le Tour de France Cycliste, qui mobilisent opportunément l’attention de nos concitoyens.

Nous nous limiterons donc à diffuser, en ce début juillet, le sommaire des trente premiers documents diffusés, tous susceptibles d’être envoyés à ceux qui le souhaiteraient, en résumant dans les quelques paragraphes de ce préambule nos orientations principales. Ces documents complétaient, dans une phase initiale, les cours d’économie, de volume limité, délivrés dans un DESS consacré à « l’aménagement et au Développement Local » par l’animateur de la plate-forme. Les étudiants, d’origine très diverse, souvent des géographes, n’avaient généralement pas de formation en économie alors qu’ils étaient souvent destinés à occuper des postes d’agents de développement économique dans des collectivités locales, communes, communautés de communes et d’agglomération, régions…Il fallait trouver le moyen, hors cours, de leur apporter des compléments commodes renvoyant de temps à autres à des auteurs facilement accessibles, sans développements mathématiques . Telle fut l’origine de RCP.

Certains de ces documents proviennent de sources extérieures, économistes étrangers, lituaniens par exemple, acteurs de la campagne référendaire, …Les documents produits à l’occasion du référendum de 2004 ou du CPE ne sont pas des documents de circonstances seulement, ce sont aussi des documents de référence qui s’efforcent de faire la synthèse d’une question donnée.

Tous nos échanges se sont organisés autour de la nécessité de dépasser le tête à tête, que nous jugeons maintenant sans intérêt, entre un libéralisme plus ou moins brutal et un socialisme d’inspiration plus ou moins marxiste-léniniste, tel que pratiqué par Staline ou Castro. Le rôle de l’Etat, dans le domaine de l’économie, est au centre du débat.

Les libéraux n’en veulent pas ou le moins possible. Les marxistes-léninistes lui confiaient au contraire tous les pouvoirs dès lors qu’il émanait de la classe ouvrière, voire du prolétariat. Dépassant ces deux positions antithétiques, nous pensons que l’Etat doit réguler le marché, dont celui des capitaux, en fonction d’objectifs politiques dès lors , comme le montre Joseph Stiglitz par exemple, que le marché ne sait ni réduire la pauvreté, ni réduire les inégalités, et nous ajoutons, ni suggérer les moyens de rendre le développement « soutenable ». Ainsi se trouve clairement posé notre choix pour un système de régulation de l’économie par le pouvoir politique, celui de l’Etat, certes, mais aussi de ses démembrements, collectivités diverses, de la Région à la communauté d’Agglomération ou la Commune.

Européens, nous rencontrons aujourd’hui une difficulté substantielle pour avancer dans la voie d’une telle régulation du fait de l’inconsistance de l’Europe politique dont pourtant le pouvoir régulateur devrait être pleinement assumé. On ne peut pas considérer que le travail de la Commission de Bruxelles, dans sa forme actuelle, soit un travail de régulation de l’économique par le politique, dès lors que ses responsables se réclament du libéralisme le plus strict.

Le rejet du projet de Constitution européenne, en mai 2004, est, certes, la cause du retard apporté à la construction de l’Europe politique. Si ce retard peut apparaître préjudiciable, il eut été, à notre avis, encore plus préjudiciable d’approuver ce texte en l’état car il omettait totalement de définir le ou les pouvoirs régulateurs de la collectivité, confiant au marché le soin de s’auto-réguler, dans la ligne proposée par les premiers théoriciens du libéralisme(Say, Smith, Ricardo…). Préparant le projet de Traité de Constitution, la « commission Giscard » avait, certes, introduit à la demande de sa minorité socialiste, dans le préambule, le concept d’Economie Sociale de marché, mais sans lui donner aucun contenu précis, alors que le marché apparaissait à toutes les pages ou presque comme le maître du jeu. Cette Economie Sociale de marché, clairement définie, serait peut-être apparue comme potentiellement porteuse des régulations indispensables, sous réserve d’accepter des harmonisations des législations fiscales et sociales. Cela n’a pas été le cas.

L’actuel projet du Parti Socialiste, renonçant à remettre en cause le « non » du 29 mai 2004, ( Partie IV-C- « Elaborer un nouveau traité constitutionnel ») propose de remettre en chantier un projet de Constitution qui ne concernerait que les questions institutionnelles et retiendrait le principe de l’harmonisation fiscale et sociale. Il réouvre une porte, demeurée jusqu’à maintenant fermée. Une lueur d’espoir apparaît à nouveau, espoir confirmé par les propos d’une candidate à l’investiture de son parti pour les présidentielles de 2007 qui, sur son blog, insiste sur le rôle de l’Etat régulateur. Mais la partie n’est pas encore gagnée.

Nous devons insister, pour clarifier les débats passés et futurs, sur le fait que, si nous rejetons le mythe du marché, voir la pseudo-déification dont il était l’objet dans le projet de traité constitutionnel, nous ne rejetons ni le concept de capitalisme, ni celui de marché. Il faut oser le dire, ni. Nous considérons même le concept de capitalisme, au risque de provoquer des réactions violentes, comme impérissable car il n’existe pas d’entreprise qui ne réclame de capitaux à ceux qui en disposent, qu’il s’agisse de porteurs de capitaux privés, les actionnaires traditionnels, qu’il s’agisse des salariés eux-mêmes, devenus apporteurs de capitaux de différentes façons, coopérateurs, mutualistes, adhérents à des fonds de pension (dangereux !), propriétaire d’une épargne salariale, dans l’entreprises…), qu’il s’agisse de la collectivité, lorsque l’Etat et les communes utilisent le produit de l’impôt pour créer ou soutenir des entreprises totalement ou partiellement publiques (les Sociétés d’économie mixte…). Il suffit, pour s’en convaincre de consulter n’importe quel manuel de droit des sociétés, (Voir Mémento Lefevre par exemple) même si ces sociétés sont parfois des associations pour lesquelles des apports en capitaux sont possibles et d’ailleurs soigneusement réglementés. Reste que, si nous croyons que le capitalisme est une réalité qui demeurera sous une ou plusieurs de ses formes, nous sommes aussi persuadés que les relations entre apporteurs d capitaux et salariés de l’entreprise doivent évoluer profondément. Nous y reviendrons.

Dans l’avenir, nous proposons de revenir sur des questions déjà abordées mais pour lesquelles des mises à jour s’imposent, croissance et décroissance, la nécessaire réforme de l’entreprise, le déclin du capitalisme américain, …. A moins que des questions urgentes ne s’imposent. Nous examinerons aussi la façon dont les candidats à l’élection présidentielle conçoivent le relation du politique et de l’économique, et, plus précisément, la façon dont le projet socialiste avance ou non sur ces questions. Le travail des parlementaires européens méritera aussi un peu d’attention, d’autant qu’il ne fait pas l’objet d’une publicité suffisante.





























SOMMAIRE


1 – Lettre d’ouverture,
2 – Repère pour comprendre l’économie, règle du jeu,
RPC3 De l’histoire à l’économie,
RPC4 Marché et capitalisme,…
RPC5 Le vocabulaire nous interroge : Capital,…
RPC6 Suite de RPC5
RPC7 A la recherche d’une cohérence,
RPC8 Déflation et croissance, une voie à explorer,
RPC9 Retour sur la question des retraites,
RPC10 Nouvelle présentation du débat,
RPC11 Croissance et développement,
RPC12 Six repères pour fonder une nouvelle approche de l’économie,
RPC13 A propos de « la France qui tombe », un essai de Nicolas Baverez
RPC14 Le développement Local, un des trois modes de développement,
RPC15 Privatisation des services, continuer jusqu’à la catastrophe,
RPC16 Election des députés européens,
RPC17 La centralisation des pouvoirs dans l’UE et le développement local, point de vue de Mindaugas Dakpus, professeur d’économie à l’Université de kaunas, Lituanie.
RPC18 La nécessaire réforme de l’entreprise, (en cours de refonte complète),
RPC19 Dutreil, ministre de la fonction publique, et les fonctionnaires !
RPC20 De Camdessus à Sarkozy,
RPC21 Camdessus, encore, cet homme est dangeureux ?
RCP22 Cette Constitution européenne : Oui ou non ?
RCP22 bis RCP22 mise à jour.
RCP23 Promenade dans le traité constitutionnel,
RCP24 Référendum :Se concentrer sur l’essentiel : Le « marché-roi », oui ou non ?
RCP25 Même titre (suite),
RPC26 Annonce de la reprise du débat à la rentrée de septembre 2006
RPC27 La libéralisation du marché des services : Bolkenstein intégral, modifié, rejeté ?
RPC28 La directive Bolkenstein ou « directive services », Au profit de qui ?
RCP29 La libéralisation du marché des services : La décision du Parlement européen du 26 février 2006,
RCP30 Le CPE, Historique, contenu, comparaison.
RCP31 Sommaire des documents diffusés avec un préambule





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Mardi 19 décembre 2006


DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

(Envoi N°30 – avril 2006)





Le CPE :

Historique, contenu, analyse et comparaisons

La question du CPE est juridiquement close. Le premier ministre n’avait pas voulu consulter les partenaires sociaux avant de prendre la décision de créer le CPE. Les manifestations l’ont contraint de s’en remettre aux élus du Parti majoritaire, l’UMP, pour ouvrir une porte de sortie. Le CPE l’a prise. De Villepin demeure à son poste. D’aucuns s’interrogent. Comment peut-on survivre à une telle épreuve ?

La réponse est assez simple. Une grande partie des leaders de la droite française savent qu’ils peuvent perdre les élections de 2007, encore que rien ne soit joué car Le Pen pourrait bien, à nouveau, créer la surprise si les grands partis continuent à se comporter comme ils se comportent aujourd’hui. Pour les conservateurs, libéraux de toutes obédiences, une seule chose compte donc, accumuler des dispositions nouvelles qui permettent au pays d’avancer davantage dans la voie d’un libéralisme qu’ils souhaiteraient définitif.

Le « marché » doit, coûte que coûte, continuer de prendre le pouvoir, réduisant chaque jour davantage la place de l’Etat régulateur, et les multiples protections que les citoyens auraient indûment conquises depuis deux siècles. Il faut à cet égard rappeler que le décret « Le Chapelier », ( décret du 14 juin 1791), avait exclu l’Etat et toutes les formes d’associations, de syndicats…de la vie économique. Il faudra près d’un siècle après la révolution de 1789 pour que les citoyens retrouvent le droit de s’associer et de se syndiquer. Il faudra un bon siècle aux socialistes de toutes catégories dont Proudhon et Marx pour que les méfaits du libéralisme soient mis en cause et que des systèmes alternatifs apparaissent avec le relatif succès/insuccès que l’on sait.

Ils existent encore et se développent, sous des formes diverses, en Chine, en Amérique du Sud, en Europe du nord. Il en reste quelque chose encore dans les pays d’Europe occidentale ….C’est la raison de la précipitation des libéraux de notre époque qui veulent consolider un libéralisme qui n’en peut plus, voire à cet égard les difficultés rencontrées par les USA, celles du FMI et de l’OMC, les échecs du libéralisme en France, avec le succès du non au référendum du 29 mai 2005 et les divers mouvements sociaux de l’automne 2005 et de 2006, suivis avec attention par beaucoup d’organisations européennes. La disparition du CPE doit donc être replacée dans la perspective de cette évolution qui voit notre pays refuser de façon constante un libéralisme sans contrôle, un libéralisme non régulé par l’Etat et, d’une façon générale, par la collectivité, de l’Europe à l’association de quartier. Nous vivons sans doute la fin du règne triomphant du libéralisme. Les réactions de défense de ceux qui en profitent peuvent être dangereuses et provoquer encore un certain nombre de catastrophes ( par exemple un conflit avec l’Iran). De Villepin et Sarkozy se sont faits héros de ce système libéral déclinant. On peut penser qu’ils n’abandonneront pas facilement le terrain.

Il n’est donc pas inintéressant que chacun puisse un jour se référer au dossier du CPE. D’où la présente diffusion. Si la méthode était mauvaise et le projet insupportable, les problèmes auxquels on voulait porter remède subsistent, qu’il s’agisse de l’entrée sur le marché du travail des jeunes sans qualification ou de la complexité du Code du Travail, complexité telle que le Premier Ministre lui-même n’avait pas vu que son Contrat Nouvel Embauche était incompatible avec les conventions signées par la France avec l’Organisation Internationale du Travail (OIT) !!!

Cliquer sur « tout savoir sur le CPE » ci dessous…



Ce texte décrit complètement le projet, les points sur lequel il présente un intérêt, les points faibles et les situations comparables dans d’autres pays.
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