REPERES POUR COMPRENDRE L'ECONOMIE CONTEMPORAINE

Vous vous posez des questions sur l'économie, sur ses relations à la politique, sur le discours des candidats aux présidentielles, ou à d'autres élections, dans le domaine de l'économie, vous souhaiteriez comprendre l'actualité, de façon simple, les textes qui vous sont proposés peuvent vous aider.

Vous y trouverez des références, des définitions, et si vous posez des questions, des réponses.Alors, n'hésitez pas, posez vos questions. nous répondrons par l'intermédiaire de réponses flash et, surtout, de courtes synthèses périodiques.

A bientôt !

Bernard Liger

Mardi 19 décembre 2006


DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

(Envoi N°29 – mars 2006)





LA LIBERALISATION DU MARCHE DES SERVICES :

LA DECISION DU PARLEMENT EUROPEEN DU 26 FEVRIER 2006.


A l’heure où nous diffusons un point de situation sur la question de la directive »services », plus connue sous le nom de directive « Bolkenstein », plusieurs évènements potentiellement lourds de conséquences, sont, d’après le laboratoire Européen d’Anticipation Politique, sur le point de se produire, la création, à Téhéran, d’une bourse du pétrole travaillant en euros et non plus en dollars, ce qui ouvre la perspective d’une fixation du prix de certains »bruts » en euros et non plus en dollars, et la désignation, déjà effective d’un nouveau directeur de la réserve Fédérale des USA qui souhaite user de la planche à billets pour payer les dettes des USA, avec les risques de catastrophes monétaires que cela peut induire. Les deux faits sont liés. On peut les considérer comme probables. Le numéro de mars d’ « Alternatives Economiques évoquait d’ailleurs dans un encarté l’intérêt de payer le pétrole en euros. Reste à en observer les conséquences. L’Europe dans ce contexte ne semble pas pouvoir intervenir de façon efficace, du moins avec ses responsables politiques actuels, à moins qu’elle ne se ressaisisse rapidement. Pourquoi pas ? Que ceux qui auraient trouvé des informations sur ces questions soient assez aimables pour nous le faire savoir. Merci.


Les documents Que nous avons diffusés sous les numéros 27 et 28 traitaient des débats provoqués par le projet de directive « Services », plus connue sous le nom de directive Bolkenstein, au sein du Parlement Européen. On pouvait craindre le pire, c'est-à-dire l’adoption du projet de la Commission de Bruxelles, à peine modifié. Nous avions alors pris contact avec les parlementaires français, à Strasbourg. Nous vous avions fait part de leurs réactions, de leurs inquiétudes et de leurs réponses. Vous aviez sans doute noté que, seul parmi les élus français de l’UMP et de l’UDF, Jean-Marie Cavada, UDF, avait fait part de son opposition globale à la directive alors qu’à notre étonnement, Michel Rocard avait soutenu le projet initial, se démarquant ainsi des positions adoptées par tous les autres députés de la gauche française.

Après de nombreux et difficiles débats, le Parlement Européen est passé au vote le 16 février 2006. il a adopté une version de la directive profondément remaniée, avec abandon du principe dit du pays d’origine. On a déjà expliqué que ce principe aurait permis au « plombier polonais » de travailler en France avec le salaire et la protection sociale dont il aurait bénéficié en Pologne, au plus grand dam des travailleurs français, en France, alors injustement concurrencés.

Ce même texte n’aurait pu qu’encourager de nouvelles délocalisations d’entreprises de services qui auraient pu trouver un intérêt à transférer leurs sièges sociaux, d’Europe de l’Ouest en Europe de l’Est. C’eût été l’occasion d’un dumping social généralisé et la fin de tout espoir d’harmonisation des politiques sociales dans l’UE. La menace que représentait cette directive avait, il faut l’admettre, donné le coup de grâce au projet de Constitution Européenne, le 29 mai 2005.

Depuis le printemps 2005, les députés européens ont profondément remanié le projet de directive, renonçant au principe du pays d’origine et sortant de nombreux services, spécialement dans le domaine social, du champ de la directive, avant de l’adopter, le 16 février 2006. La presque totalité des députés de la gauche européenne ont cependant refusé de voter le projet modifié en raison de ses insuffisances résiduelles. La rédaction est souvent floue. Le texte adopté permet encore aux travailleurs indépendants ce qu’il refuse aux salariés. Ils pourraient, inscrits dans des pays de l’Est, travailler en France, par exemple, aux conditions des pays de l’Est. Il ne définit pas, par ailleurs, avec suffisamment de précisions, ce que sont les services d’intérêt général placés hors champ de la directive, mais y inclut, a contrario, des services comme la fourniture d’eau, dont on connaît les enjeux stratégiques à long terme.

Au total, on peut considérer que le Parlement de Strasbourg, dans sa grande majorité, s’est assez largement écarté de la voie tracée par la Commission de Bruxelles. Les députés de la gauche européenne ne se sont pas ralliés, pour autant, au texte heureusement amendé. Ils ont sans doute eu raison tant il reste de chemin à parcourir pour être certain qu’on en restera au moins, en définitive au texte qui vient d’être voté.

Mais tout n’est pas joué. Les règles de fonctionnement des institutions européennes sont complexes. La décision du Parlement, en l’état, n’est pas exécutoire. Le texte du projet de directive, même amendé, va de nouveau voyager entre la Commission de Bruxelles, le Conseil des Ministres et le Parlement. Des mois, peut-être, seront encore nécessaires pour disposer d’une directive définitive. D’ici là, des surprises sont encore possibles. C’est pourquoi, nous semble-t-il, les députés de la gauche européenne, et tout particulièrement les socialistes français, ont été bien inspirés de dire non à un texte, certes amélioré, mais encore insuffisamment précis. Il leur faudra, en effet, disposer de marges de manœuvre pour les étapes suivantes, marges dont ils se seraient privés s’ils avaient, dès maintenant, adopté le projet de texte.

Les élus socialistes européens , spécialement Martine Roure (Lyon) et Béatrice Patrie, nous ont fait parvenir le papier qu’ils destinaient à la presse ainsi qu’une note plus personnalisée. Nous les diffusons, en l’état, et y joignons la note d’un participant aux plates-formes d’Attac qui explique assez clairement les détails du parcours futur du projet de directive.

On trouvera, pour approfondir, sur le site du Parlement de Strasbourg, les textes et commentaires relatifs à cette question.



COMMUNIQUE PAR MARTINE ROURE, DEPUTEE SOCIALISTE FRANÇAISE, DE LYON, AU PARLEMENT DE STRASBOURG,

Rapport Gebhardt / Services

Les socialistes français rejettent la directive Services!


Les socialistes français au Parlement européen ont voté jeudi article par article pour repousser les aspects néfastes du projet de directive service initiale.

Ils ont réussi à obtenir, avec l'ensemble de la gauche européenne, toute remise en cause du droit du travail et de la protection sociale des travailleurs du champ d'application de la directive. Par ailleurs, ils ont également réussi à faire adopter l'exclusion des services sociaux, tels le logement social et les services d'aide à la famille.

Ils regrettent toutefois que tous les services publics ne soient pas exclus. Entre autres, la gestion de l'eau, l'éducation, la culture, les services postaux, l'énergie et le stockage des produits dangereux qui se trouveraient ainsi soumis à la dérégulation.

Par ailleurs, la Délégation socialiste française a déposé un amendement demandant une directive-cadre sur les services d'intérêt général garantissant la pérennité de leur mission. Elle regrette que cet amendement ait été rejeté par l'assemblée dominée par la droite.

Enfin, les socialistes français ont voté le rejet du principe du pays d'origine (PPO). Ils ont défendu la distinction entre accès et exercice d'une activité et regrettent que malgré la suppression des mots "PPO" (Principe du Pays d’Origne) l'incertitude juridique persiste quant à la législation applicable en cas de litige.

La bataille continue dorénavant au Conseil en attente d'une seconde lecture du Parlement de Strasbourg.


Communiqué par Béatrice Patrie, membre (PS) de la Commission du Marché Intérieur et de la Protection des Consommateurs au parlement Européen à l’issue du vote, en première lecture de la directive « services », modifiée, le 16 février 2006 :

« Le gouvernement français excelle dans un double discours !

« Certes, le droit du travail et les conventions collectives sont retirés de la directive « services » remaniée et le principe du pays d’origine n’existe plus. Mais cette proposition ne va concerner que les travailleurs salariés puisque les droites européennes n’ont pas voulu exclure les travailleurs indépendants des règles juridiques s’appliquant à la prestation des services. Le plombier polonais ne sera pas salarié mais il sera indépendant ou « faux indépendant » car contraint par son employeur à prester des services de manière indépendante !

« Par ailleurs, monsieur Chirac et son gouvernement disent défendre les services publics. Pourtant, ils savent parfaitement qu’il n’existe pas encore de définition au niveau européen ! Pour protéger l’ensemble des services publics, il fallait soutenir, comme l’ont fait les socialistes français, l’exclusion des services d’intérêt économique général du champ de la directive !

« Pour ma part, je considère que le texte adopté aujourd’hui représente une amélioration réelle, grâce aux mobilisations politiques et citoyennes des forces de gauche en France et en europe. Mais ce texte abandonne pour l’heure la méthode d’harmonisation communautaire poursuivie pendant toute la période Delors. C’est d’ailleurs ce qui a motivé le rejet initial déposé par les socialistes français.

« par ailleurs l’adoption d’une directive cadre sur les services d’intérêt économique général reste plus que jamais prioritaire. En effet, les services sociaux et de santé, tout particulièrement ceux en faveur des personnes les plus vulnérables doivent être clairement exclus de la logique de marché. A ce titre , j’attends avec impatience la communication de la Commission européenne sur les services sociaux d’intérêt général annoncée pour le mois d’avril qui doit apportée la sécurité juridique réclamée par ce secteur. De même, contrairement à la droite française, je considère que le secteur de l’eau et des déchets n’est pas un secteur économique comme les autres et continue à relever pleinement d’une logique d’intérêt général et non d’une simple logique marchande .

« Jacques Chirac devra sortir de ses ambiguïtés sur les services publics et le respect de tous les travailleurs, y compris les artisans indépendants, lors du prochain sommet européen des 24-25 mars prochain.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Est-ce terminé ?
Réponse sur un forum ATTAC :

« Non : Le processus de co-décision Parlement/Conseil est complexe. A cette étape, la directive adoptée par le parlement va être examinée par le Conseil. Si le conseil accepte ce texte modifié par le parlement, la directive est adoptée. La commission peut cependant demander que le vote du Conseil se fasse à l’unanimité et non pas à la majorité qualifiée. Si le conseil refuse tout ou partie des amendements du parlement et modifie le texte, le Parlement a trois mois pour se prononcer en deuxième lecture et un nouvel aller et retour avec le Conseil se met en route s’il modifie le texte proposé. S’il y a blocage, un comité de conciliation se met en place. En bout de course, il faut l’accord du Parlement et du Conseil statuant à la majorité qualifiée pour que la directive soit adoptée. En résumé , la directive peut être adoptée assez vite après un vote en première lecture si le Conseil le décide. Sinon cela peut prendre plusieurs mois.

Quelles conclusions ?

1 – Des points positifs :

- Les députés européens, à une très large majorité, ont refusé la création d’un marché intérieur des services régi par la seule concurrence comme le prévoyait la troisième partie du projet de constitution européenne. Ils ont compris, à cet égard, le message émis par les électeurs français le 29 mai 2005, à l’occasion du référendum. Ce refus s’est traduit par une nouvelle rédaction du projet de directive « services », rédaction différant notablement du projet rédigé par Bolkenstein et rejetant le principe dit « du pays d’origine ».

- Les députés européens appartenant aux partis de la gauche française, allant encore plus loin, se sont opposés au projet Bolkenstein, même largement amendé, parce que le rejet du principe dit du « pays d’origine » ne concernait que les travailleurs salariés mais ne concernait pas les travailleurs indépendants, ce qui ouvrait des possibilités notables de contournement du rejet et parce que le nouveau texte ne donnait pas de définition précise des services publics exclus du champ d’application de la directive.

- Les députés socialistes français ont en outre clairement indiqué dans leur déclaration après vote, leur attachement à la l’harmonisation des législations sociales au sein de l’UE, harmonisation pourtant refusée par la troisième partie du projet de constitution européenne. Cette position n’était pas celle du PS en mai dernier. Cette prise de position permet donc de mesurer le chemin parcouru depuis le rejet de ce projet.

- Le projet maintient le « régime des travailleurs salariés détachés » qui au cours des années précédentes avait été repris et codifié au niveau de l’UE. Ce régime, en France, est géré par la caisse des expatriés de Melun qui relève du régime général de la Sécurité Sociale. Ce régime permet, il faut sans doute le rappeler, à un salarié envoyé par son entreprise à l’étranger de continuer à bénéficier des prestations de son pays d’origine pendant une durée limitée. Le projet de Bolkenstein consistait à généraliser ce régime, sans aucune restriction et sans tenir des compte des risques de dumping social que cette extension pouvait entraîner.

Points négatifs :

- le projet de directive oublie d’évoquer la question de l’harmonisation des régimes sociaux, dont les conservateurs, les libéraux, ne veulent pas entendre parler ( pour eux, toujours trop de cotisations).

- Le projet exclut certes, du champ d’application de la directive, un certain nombre de services mais ne donne pas des services d’intérêt général une définition précise. N’existe que le sigle. Ce n’est pas suffisant. La Commission de Bruxelles devrait proposer au mois d’avril une telle définition. On peut prévoir des discussions difficiles.

- Le texte voté, quels que soient les points positifs relevés, passe à côté de l’essentiel. Je renvoie ici à RCP27. La question fondamentale pour l’Europe est de savoir comment aider les derniers arrivés à accéder à des conditions de vie et de couverture sociale qui se rapprochent des nôtres. Dans le cas de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce, des progrès importants avaient été réalisés grâce aux apports du budget communautaire. Il eût fallu poursuivre pour les derniers arrivés. Jacques Delors, dans ses Mémoires, rappelle qu’il pensait indispensable que le budget de l’UE atteigne rapidement 1,30% du total des Produits nationaux des Etats concernés. Au mois de juillet 2005, nos chefs d’Etats se sont mis d’accord pour que le budget communautaire reste inférieur à 1,10%. Pas de problèmes pour eux à moyen terme ! Ils peuvent poursuivre « leurs carrières » en paix. On comprend que certains de nos partenaires au sein de l’Union soient très mécontents de la situation créée par le refus, et d’un budget à la hauteur de l’ambition européenne, et d’un marché des services sur lequel ils auraient pu évoluer sans aucune contraintes. Ce triste constat renvoie à l’encadré initial.


Recommandation de lecture : l’essai du canadien John Saul intitulé « La mondialisation ? Une idéologie » dont la revue « La vie », dans son numéro 3158, de mars 2006 vient de donner un aperçu.

Par liger - Publié dans : economie
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Mardi 19 décembre 2006
DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

(Envoi N°28 – novembre 2005)


La Directive Bolkenstein ou « directive services »,

Au profit de qui ?




RPC 27 traitait de la directive, dite Bolkenstein, du nom de son initiateur, dite aujourd’hui « directive services ». On en avait décrit la genèse, depuis la rencontre intergouvernementale de Lisbonne, en 2000, où la France était représentée par Mrs Chirac et Jospin. Sûrs de leur succès, les promoteurs avaient très tôt, trop tôt sans doute, dévoilé le contenu du projet de directive. Les protestations s’élevèrent nombreuses, les critiques se focalisant sur la question du principe, dit du pays d’origine, qui revenant sur le régime jusqu’alors, et toujours en vigueur, du détachement, aurait permis à des prestataires de services de vendre leur production en France par exemple sans respecter le droit fiscal et social français ! Ce fut un tollé qui conduisit le gouvernement et le président Chirac à affirmer qu’il n’était pas question d’accepter une telle directive, en France.

La divulgation prématurée du projet de directive explique sans doute, en partie, le succès du « non » au référendum du 29 mai 2005 sur le projet de constitution européenne. Il traduit en effet, dans tout le domaine des services (près de 70% de notre PIB), la sacralisation du « marché » auquel conduisait le projet de constitution, et, plus particulièrement, sa troisième partie.

Les instances européennes sont aujourd’hui invitées à prendre des décisions sur le projet de directive. Tout devrait être terminé à la fin du mois de janvier 2006. Le temps presse. Nous avons envoyé RCP27 à tous les parlementaires français au Parlement de Strasbourg. Certains nous ont répondu, nous permettant aujourd’hui d’effectuer une synthèse d’autant plus intéressante que les média sont silencieux sur cette question pourtant essentielle.

La question de la mise au point de la directive Bolkensteinn et de son approbation par le Parlement Européen est aussi importante pour l’avenir de l’Europe que celle du projet de Constitution maintenant refusé par les français et les néerlandais, pour des raisons différentes d’ailleurs. On ne peut que s’étonner du silence des partis et des média. Mais faut-il vraiment s’en étonner lorsqu’on regarde la genèse de la question, projet largement approuvé, depuis le début des années 2000, par Lionel Jospin et beaucoup de responsables socialistes français, puis projet rejeté, à la veille du référendum de mai 2005, par presque tous les responsables politiques français parce qu’il paraissait menacer le projet de Constitution.

Après un rapide retour sur le projet lui-même, nous diffusons une synthèse des réponses reçues, à la suite de notre envoi, de différents député(e)s français au parlement de Strasbourg. On verra que si les élus socialistes et verts se sont enfin retrouvés dans une opposition globale au projet, les élus de l’UMP ont oublié, tous oublié, les prises de position véhémentes du Président Chirac, au printemps dernier, condamnant sans réserve le projet de Directive. Le risque d’une adoption globale du projet par un Parlement Européen à majorité conservatrice, au mois de janvier 2006, existe. Il est plus que temps de faire de cette question le centre du débat politique. Mais ce sera très difficile. On peut penser que l’opinion publique se réveillera lorsque l’on pourra constater, sur le terrain, les conséquences des premières mises en œuvre des dispositions prévues. Les réactions pourraient être brutales. La directive Bolkenstein ne contribue-t-elle pas à recréer les conditions objectives de la « lutte des classes » ?

1 – Retour succinct sur le contenu du projet de Directive Bolkenstein.

On se réfèrera dans ce qui suit assez largement aux explications données par Raoul Marc Jennar(M.R.J.), chercheur à OXFAM SOLIDARITE( Belgique) et à l’URFIG(France) et à celles de Bruno Hamon (B.H.), député socialiste français au parlement de Strasbourg. Mais il y a évidemment beaucoup d’autre sources.

« L’objectif de la directive est d’imposer aux 25 Etats membres les règles de la concurrence commerciale dans toutes les activités de services qui ne sont pas déjà couvertes par des dispositions légales européennes(services financiers, télécommunications et transports) » (M.R.J.). « Ne seraient exclus que les services que les services d’intérêt général non économiques, c’est à dire des services délivrés sans contre-partie économique, par la puissance publique »(B.H.). La santé et l’éducation ne sont pas, a priori, exclus du champ d’application de la directive. Sont en fait directement concernés 140 domaines environ, couvrant des activités aussi diverses que le gardiennage, la comptabilité, les parcs de loisirs, certains domaines de la santé, les services culturels, la grande distribution, …On rappelle ici que les services d’intérêt général évoqués par le projet de constitution n’ont jamais été clairement définis, encore moins explicitement énumérés. La Commission se réserve, par ailleurs, la possibilité de modifier ou compléter la classification des domaines d’activités qui lui donne, en fait, le pouvoir de limiter autant que le souhaiteront les producteurs privés de services, le domaine des services d’intérêt général.

Le principe, dit « du pays d’origine » devient l’un des points centraux du nouveau dispositif » Un prestataire de services ne serait soumis qu’à la législation du pays où il est établi, à l’exclusion des normes du pays où s’effectue le service ou du pays destinataire de ces services. Cette directive constitue un formidable encouragement à toutes les formes de dumping(social, fiscal, environnemental..). Les entreprises, afin d’augmenter leurs marges, s’établiront, au moins fictivement, par le biais d’une simple boîte aux lettres, dans le pays à la législation la plus laxiste et donc la moins coûteuse » (B.H.). Il s’agit, théoriquement du moins, même si cela ne figure pas explicitement dans les textes, de permettre aux derniers arrivés dans l’UE, Pologne, Pays baltes,… plus tard, Roumanie, Bulgarie,…de développer leurs activités au détriment des pays d’Europe de l’Ouest, plutôt que de les aider, comme cela a été fait dans le cas de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande et de la Grèce, par le moyen des « fonds structurels », c’est à dire du budget de l’Europe. On ferait payer à nos salariés, sans leur expliquer, malgré eux, l’aide au développement des pays de l’est-européen, plutôt que de prendre, au plan politique les mesures budgétaires appropriées.

Mais cette explication n’est probablement pas déterminante. Beaucoup plus forte est la détermination des grands patrons des activités de services qui voient, dans ce texte, comme le fait observer Benoît Hamon, la possibilité de maximiser leurs marges en s’implantant là où les conditions sont les meilleures, tant en ce qui concerne les taux d’imposition, à base comparable, que les possibilités de rapatrier sur les holdings, les sociétés-mères, leurs bénéfices après impôts. Cette recherche est certainement déterminante en ce qui concerne le projet de directive Bolkenstein. Il avait d’ailleurs, au sein de la commission de Bruxelles, soutenu un projet d’harmonisation des bases fiscales pour les entreprises, harmonisation nécessaire pour que les responsables puissent choisir les lieux d’implantation de leurs sièges sociaux les plus rentables. On voit là que les salariés des entreprises des pays de l’UE seraient, de toute façon, les victimes d’une déréglementation massive visant à permettre aux financeurs des entreprises de récupérer un maximum des profits, en payant un minimum d’impôts. Relire les mémoires de Jacques Delors pour bien comprendre comment les organisations patronales américaines et européennes se sont organisées pour travailler en liaison étroite avec la Commission de Bruxelles.

Ces quelques remarques renvoient a l’organisation des échanges commerciaux, à l’intérieur de l’UE, entre sociétés d’un même groupe, avec la pratique courante des prix de transfert, « arrangés », entre firmes, de façon à pouvoir, en fonction des intérêts des groupes, rendre déficitaire telle ou telle filiale, quels que soit par ailleurs les résultats enregistrés au niveau des groupes. La mise en œuvre du principe dit « du pays d’origine», a pour but essentiel de permettre aux grands groupes de maximiser leurs profits, de façon totalement opaque pour les citoyens.

La directive va plus loin encore puisqu’elle demanderait aux Etats de supprimer toutes les dispositions législatives et réglementaires de nature à gêner la concurrence, de quelque façon que ce soit. Quelques exemples, liste non limitative :

- Le prestataire de services n’aurait plus l’obligation, comme c’est aujourd’hui le cas, d’avoir au moins une représentation commerciale dans le pays où il souhaiterait vendre ses services.
- Le prestataire n’aurait plus l’obligation d’être inscrit au registre français des sociétés pour les entreprises souhaitant fournir des services en France.
- Les quotas d’implantation devraient disparaître (cas des pharmacies…)
- Les réglementations concernant les autorisations d’implantations de grandes surfaces devraient disparaître.
- L’appartenance à l’ordre des experts-comptables ne serait plus requise pour qui voudrait pratiquer la comptabilité pour des entreprises clientes. Même chose pour toutes les professions dont l’exercice passe par l’inscription à un ordre, y compris les médecins.
- Les réglementations destinées à protéger les consommateurs, en particulier du point de vue sanitaire, seront , a priori, considérées comme autant d’obstacles à la liberté du commerce et devraient disparaître.
- Les obligations financières en matière de garantie par exemple pesant sur certaines entreprises devront disparaître, par exemple les cautions obligatoirement déposées par les agences de voyage et de tourisme.
- Etc…

On voit bien, à travers cette première liste, que les Etats et les collectivités locales seraient dépouillés de leurs prérogatives lorsqu’il s’agit de protéger les citoyens. Le « marché » se chargera de tout. Comment ne pas remarquer ici que, même si des tracasseries administratives existent, qu’il faut faire disparaître, une réglementation fournie répond aux besoins des citoyens dont les représentants élus se sont efforcés, au fil des années, d’assurer à la société un fonctionnement aussi satisfaisant que possible. C’est tout cela, et dans tous les domaines ou presque, qu’il s’agirait de faire disparaître en donnant les pleins pouvoirs aux responsables des entreprises et notamment de quelques centaines de multinationales. Nous voici revenus à l’aube du dix-neuvième siècle.


2 – Points de vue des élus français au Parlement de Strasbourg :

On notera d’abord qu’aucun député UMP n’a répondu à RCP27. Un député UDF, Jean-Marie Cavada, a bien voulu nous informer de sa position : « En tout état de cause, écrit-il, je vous confirme que je suis opposé au principe du pays d’origine contenu dans cette proposition. Une mise en œuvre de ce principe entraînerait en effet de graves dommages sociaux et mettrait en place une très mauvaise protection du consommateur ».

Monsieur Onesta, député Vert, après avoir retracé l’historique du projet de directive depuis 2000 (Conseil Européen de Lisbonne), critique vivement la directive en soulignant notamment que ce projet « octroie un pouvoir de contrôle de la commission sur les Etats membres et les pouvoirs locaux qui devront soumettre à la commission les dispositions législatives, réglementaires et administratives qu’ils souhaitent prendre et qui peuvent affecter la liberté d’établissement et de circulation des services » Les Verts estiment qu’en l’état la directive doit être retirée, ou du moins fortement modifiée. En l’absence d’harmonisation des règles de protection des consommateurs et des législations sociales et environnementales, le principe du pays d’origine ne doit pas être introduit.

Jean-Luc Benhamias, membre de la commission « emploi-affaires sociales » du parlement note que cette directive est plus que critiquable, elle constitue un encouragement à la délocalisation et à la concurrence dans les services sociaux restés jusqu’à présent à l’écart des directives sectorielles européennes de libéralisation…Notre groupe politique demande, afin de consolider l’Europe des citoyens, qu’un texte législatif sur les services d’intérêts généraux soit proposé, garantissant de vrais services publics, au bénéfice de tous les citoyens européens ».

Yvon Trégoat, animateur des verts de l’Aubertin et des Deux Morin, nous avait, fin septembre, fait part des manifestations qu’ils organisaient pour s’opposer à l’adoption de cette directive.

Benoît Hamon, député PS au parlement Européen, « membre de la commission des affaires monétaires et économiques où j’ai, écrit-il, été désigné responsable du suivi du dossier pour le groupe PSE (Parti Socialiste européen) » nous a fait parvenir une analyse de la directive à laquelle il a été fait référence dans la première partie de cette fiche. Il souligne comment les promoteurs de la directive font référence »à l’abandon par la commission de l’ambition de réguler, autrement que par la « main invisible du marché ». Retour aux sources du libéralisme. Il réclame, in fine, le soutien du plus grand nombre possible de citoyens, d’associations et de syndicats » car, « cette bataille s’annonce difficile considérant le puissant lobbying mis en œuvre par certains intérêts patronaux ». Depuis le congrès du Mans, Benoît Hamon, qui avait prôné le « non » pour le référendum de mai, est devenu responsable du dossier européen au sein du PS.

Harlem Désir(PS) écrit que « le projet présenté par la commission, dit Bolkenstein du nom de l’ancien commissaire qui l’a proposé, est fermement combattu par les socialistes et notamment par les députés socialistes au Parlement européen(il en est) ». Il est de ceux qui ont proposé de nombreux amendements, tout e observant que la droite française s’oppose à ces amendements au mépris des affirmations de Chirac et Raffarin, au printemps dernier.

Robert Navarro(PS) prend position dans le même sens.

Martine Roure(PS) nous informe de la position adoptée par la Commission du marché intérieur du Parlement Européen, le mardi 21 novembre dernier. En dépit des amendements présentés au nom des socialistes européens par Evelyne Gebhardt qui excluaient les services d’intérêt général du champ d’application de la directive et remplaçait le principe du pays d’origine par celui de pays de destination, la droite, y compris la droite française, souligne-t-elle, a voté contre ces amendements et a ainsi conduit la Commission à adopter un projet de directive à peine modifié. Le vote final sur le texte, en assemblée plénière du parlement devrait avoir lieu fin janvier 2006.

Elle nous communique enfin le texte d’un communiqué adressé à la délégation UMP à l’Assemblée de Strasbourg. Ce texte le rejet apporte un certain de précisions fort utiles : » En ce qui concerne le vote sur la directive en commission de l’emploi et des affaires sociales, l’UMP cherche à maquiller le résultat du vote qui était sans ambiguïté. Cette commission a largement rejeté (32 voix pour-le rejet-, 6 voix contre et 9 abstentions) la directive Bolkenstein dans sa version initiale. Le champ d’application est réduit pour exclure les services d’intérêt général, ainsi que le droit du travail et les conditions de travail. De même, le rapporteur Anne van Lancker a exclu les soins de santé et le secteur audiovisuel. Autant de restrictions qui ont été reprises au cours du vote de la Commission Marché Intérieur, et dont l’UMP s’attribue la paternité. Quant au principe du pays d’origine, il n’a pas été maintenu en commission emploi, mais au contraire soumis à une harmonisation préalable. Le texte voté ait complètement vidé le projet de sa substance.

Plus loin… « aujourd’hui il apparaît clairement que la droite fait de la gesticulation pour faire croire que les engagements de Villepin et Chirac devant les français se traduisent par un vrai changement de la directive Bolkenstein. Malheureusement la vérité est bien différente, le texte issu de la majorité PPE ALDE de la <commission du marché intérieur du parlement européen, avec l’appui des députés UMP, reprend l’essentiel des dispositions ultra libérale de la proposition Bolkenstein. Oui au principe du pays d’origine, oui à l’intégration de l’essentiel des services publics au champ d’application, oui aux articles 14 et 15 qui amputent largement la capacité des autorités publiques de réglementer les activités de services dans l’intérêt général.. »

Ce communiqué a été signé par les 31 députés socialistes français au parlement européen.

3 – Que conclure ?

31 – Silence des politiques mais approbation possible de la directive. L’’Assemblée de Strasbourg devrait repousser ou adopter la directive Bolkenstein au mois de janvier 2006. On peut craindre que la majorité conservatrice actuelle adopte la directive dans une forme voisine de la version initiale, avec l’appui d’une grande partie de élus UMP et UDF, quoique ce dernier point mérite encore d’être éclairci, en dépit des engagements pris par Chirac et le Gouvernement français au printemps 2005. Le gouvernement français se tait. Le Parti Socialiste n’a pas évoqué la question à son Congrès du Mans et l’appareil se tait, lui aussi. La prise en charge du dossier européen du PS par Benoît Hamon, partisan du « non »au référendum, pourrait peut-être nous rassurer si le PS entrait en campagne rapidement sur cette question. Cela se produira-t-il ? Ce n’est pas certain. Reste néanmoins des inconnues car on commence à murmurer que d’autres pays européens n’appréciraient guère, non plus, le principe du pays d’origine.

32 – Absence de cohérence entre directives économiques et budget de l’UE. La directive Bolkenstein est présentée comme l’outil qui permettrait aux pays d’Europe de l’Est de rattraper une partie de leur retard. Nous avons dans RCP 27 montré que leur développement passait par une aide de l’Union comparable à celle que nous avons apportée à l’Irlande, à l’Espagne, au Portugal, à la Grèce, par l’intermédiaire du budget européen. Ce budget, en l’état actuel, 1,06% du PNB européen, n’apportera pas les ressources nécessaires. Jacques Delors disait qu’un budget de 1,30% du PNB européen serait nécessaire. Les années se sont écoulées. On en est loin. Dominique Strauss-Kahn, au cours d’une émission de la seconde chaîne de télévision, le 8 décembre au soir, a indiqué que le budget européen devrait porté à 2% du PNB européen. Or Tony Blair vient de proposer, pour 2006, une nouvelle réduction de ce budget, au dessous du niveau actuel ! Nous sommes en pleine incohérence, sans recul, sans vision stratégique, sans leaders capables de présenter l’ensemble de la situation.

33 – Une directive « sur mesure » pour les multinationales des services. On a voulu nous faire croire que le projet de directive avait pour objet, à travers un marché des services complètement libéré, de permettre aux derniers adhérents, et à ceux qui doivent encore adhérer, Roumanie, Bulgarie,…de se développer en vendant des services dans de très bonnes conditions financières en Europe de l’Ouest. Anticipant la directive, de nombreux travailleurs étrangers, polonais, portugais … sont déjà au travail sur notre territoire. Les cas relevés par la presse montrent que loin d’améliorer la situation des citoyens de l’Est, la mise en œuvre anticipée de la directive Bolkenstein crée des conditions de travail qui renvoient à Zola. Une nouvelle forme d’esclavagisme ! Voir par exemple à ce propos, dans le « Monde » du 4 décembre, l’histoire de ces ouvriers polonais travaillant sur des chantiers marseillais pour 4 euros l’heure. Le projet de directive, dite Bolkenstein, objet d’un intense lobbying patronal, vise, d’abord, à améliorer la rentabilité des sociétés multinationales au profit des apporteurs de capitaux, dont les fonds de pension.

34 – Un premier pas vers la libération, au niveau mondial, du marché des services. Nous reviendrons sur cette question. La directive Bolkenstein est, à cet égard, une sorte de prototype du système que l’OMC, à travers l’ACGS(accord général sur les services), voudrait promouvoir dans le monde entier. Où l’on retrouve alors l’inquiétante figure de Pascal Lamy, l’un des proches parents du grand espace nord-atlantique de libre-échange, qui fut l’un des animateurs essentiels de la rencontre de DOHA, aujourd’hui directeur général de l’OMC ! lui qui fut, pourtant, si proche de Delors et de Jospin….











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Mardi 19 décembre 2006

Nous relançons, après quelques mois d’interruption, le débat qui dure depuis plus de deux années déjà. La discussions par les instances européennes du projet de directive Bolkenstein nous offre une opportunité que nous ne pouvions laisser passer tant cette affaire est importante pour l’avenir de l’Union.
Nous vous invitons à réagir et à nous envoyer éventuellement vos participations.

Bernard Liger




DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

(Envoi N°27 – octobre 2005)






LA LIBERALISATION DU MARCHE DES SERVICES :
BOLKENSTEIN, INTEGRAL, MODIFIE, REJETE ?


La présente note entre dans la série des envois sur de grandes questions politico-économiques qui se succèdent depuis plus de deux ans et qui concernent plus de deux cents participants, dont nos correspondants lituaniens. Le fait d’entretenir avec un économiste lituanien de l’Université de Kaunas un contact permanent sur ces questions est une façon d’avoir en permanence une fenêtre ouverte sur l’extérieur du territoire national. S’agissant du projet de directive Bolkenstein, cette ouverture est essentielle car les pays baltes figurent au rang de ceux que la directive concerne au premier chef: On ne peut refuser la directive et ignorer, pour autant, le problème qu’elle soulève en ce qui concerne les dix derniers arrivés dans l’Union Européenne.

Nous avons envoyé cette note à tous les parlementaires de l’Assemblée de Strasbourg en souhaitant qu’ils évitent le piège dans lequel les précipite le Président Barroso en ne posant pas les questions dans le bon ordre, persuadé qu’il est, très probablement, que le libéralisme, c'est-à-dire le marché, sans économie sociale, réglera tous les problèmes. Nous savons qu’il se trompe et reviendrons ultérieurement sur cette conviction fondée sur des données objectives.

Dans ce contexte, nous n’avons pas voulu reprendre le texte du projet de directive in extenso. On peut le trouve en consultant, http://www.europa.eu.int .




1 – De quoi s’agit-il ?

Les textes relatifs au grand marché intérieur, dont le traité de Rome, ne concernaient à l’origine que l’Europe des six, devenus quinze au fil des années, puis vingt-cinq. Du temps de Jacques Delors, l’Union Européenne, soucieuse de construire un espace dans lequel chacun puisse constater une amélioration de ses conditions de vie et de travail, s’était donnée les moyens financiers de permettre aux nouveaux venus de se développer sans passer par le recours au dumping social et fiscal. Nul n’envisageait alors que l’Union Européenne puisse envisager une politique de « moins-disant » social pour permettre la libération du marché des services.

Mais nul n’avait jamais non plus envisagé de faire de l’Union l’un des moteurs de la mondialisation libérale, dans un cadre défini à l’extérieur de l’Union. On pourra relire à ce sujet notre fiche n°22 où nous évoquons les conditions dans lesquelles le Conseil des Ministres Européen a approuvé le Plan d’Action du Partenariat Economique Transatlantique, à l’insu des citoyens et même de la plupart des élus, plan (valeur de traité) à l’intérieur de laquelle l’UE devait jouer un rôle d’avant-garde. Pascal Lamy en fut le grand artisan. La Commission de Bruxelles constituait les marchepieds qui lui permettraient de devenir Directeur Général de l’OMC. On était loin des orientations de Jacques Delors, telles que ce dernier les rappelle clairement dans ses « Mémoires », parfaire le marché intérieur sans détériorer la situation des européens.

Dans le cas de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce, de l’Irlande,… les contributions financières des Etats membres au budget de l’Union ont permis les progrès souhaités sans que leurs entreprises n’aient sensiblement détruit notre propre marché du travail. La pratique du « détachement », pratique que nous avions pour notre part mise au point depuis de longues années, fut reprise par l’Union Européenne, (Directive 96/71). Elle permettait à un entreprise quelconque d’envoyer des salariés, en France par exemple, en conservant leur régime de protection sociale, régime du pays d’origine, sous réserve de respecter quelques conditions précises (appartenir depuis un certain temps, fixé par les textes, à l’entreprise qui détachait, accepter les contrôles du pays d’accueil, à la charge, pour ce qui concerne la France, de la Caisse des Travailleurs Migrants du Régime général de Sécurité Sociale, installée à Melun), enfin respecter le code du travail du pays d’accueil en acceptant les contrôles des inspecteurs du travail.

Ce dispositif avait été conçu au profit de cadres que leurs entreprises envoyaient à l’étranger pour assurer leur développement ou pour effectuer la maintenance de matériels français vendus à l’étranger. Il reste d’actualité, en tout état de cause, lorsque des entreprises françaises envoient des salariés hors Union Européenne, sous réserve du contenu des accords bilatéraux signés d’Etat à Etat en matière de Sécurité Sociale. Des études de terrain nous ont montré que, dans l’attente des directives européennes, les instances françaises de contrôle étaient peu actives pour diverses raisons, du fait, notamment, du monopole de la Caisse de Melun pour le contrôle des salariés des sociétés étrangères ayant une activité en France. Il s’agit souvent de salariés saisonniers, personnels de hôtellerie par exemple, venus travailler trois mois dans des hôtels de propriétaires étrangers.

Au total, Jacques Delors souhaitait, comme il l’indique dans ses « mémoires », une harmonisation sociale par le haut tout en donnant, par la voie du budget de l’Union, aux nouveaux venus les moyens de se développer sans pratiques de dumping. On peut lire, P.327, un rappel de la Charte des droits sociaux adoptée en décembre 1982, au Conseil Européen de Strasbourg, « l’harmonisation ne se ferait pas par le bas ». Mais il reconnaissait se heurter, déjà, à l’égoïsme des Etats, dont la France, l’Allemagne et l’Angleterre, qui n’ont jamais encore accepté de porter leurs contributions au budget communautaire au niveau qu’il avait déterminé, 1,3% du PNB.

Nous sommes enfermés dans cette contradiction depuis des années. Nous refusons la concurrence sauvage préconisée par le projet de directive Bolkenstein dans le domaine des services, à juste titre. Dans le même temps, les gouvernements ne parviennent pas à convenir d’un budget suffisant, au niveau souhaité par J.Delors par exemple, pour aider à l’intégration des Etats nouveaux venus. Les exigences françaises en matière de financement de la Politique Agricole Commune constituent le motif le plus apparent de ce blocage, sans cesse repris, par les anglais en particulier qui en font un préalable, mais non sans raison peut-être. C’est une question sur laquelle il conviendra de revenir.

C’est dans ce contexte que la Commission de Bruxelles, sous la présidence de l’italien Romano Prodi puis du portugais José Manuel Barroso a pris l’initiative de ce projet de directive qui devait être connu sous le nom de son artisan, le projet de directive Bolkenstein. Elle vise à ouvrir le marché intérieur de presque tous les services sans que cela ait d’incidences sur le budget européen et avant même d’avoir défini les « services publics » évoqués par le projet de constitution..

2 – Le projet de Directive Bolkenstein.

L’objectif de la Commission Européenne est d’imposer aux 25 Etats membres de l’Union les règles de la concurrence commerciale, sans aucune limitation, dans toutes les activités de services qui ne sont pas déjà couvertes par des dispositions légales européennes (services financiers, télécommunications et transports). Le projet de directive établit un cadre général en vue d’éliminer les obstacles à la liberté d’établissement des prestataires de services et à la libre circulation des services au sein des Etats membres. (IP/04/37). Sont visés tous les services à l’exception de ceux qui sont fournis directement et gratuitement par les pouvoirs publics.

La commission propose de renoncer, pour parvenir à ses fins, à la recherche d’harmonisation, érigée, jusqu’à ce jour, en principe fondateur de l’Union. On lui substituerait le principe du pays d’origine (art.16).. « Selon ce principe, d’après Marc Jennar, chercheur à OXFAM Solidarité, en Belgique, et à l’Urfig en France, un prestataire de services serait soumis exclusivement au droit du pays où il établit son siège social, et non à la loi du ou des pays où il fournit des services » . On en mesure facilement les conséquences. Les entreprises dont les sièges seront en Pologne, dans les Pays Baltes, par exemple, pays où la couverture sociale et la fiscalité sont encore légères pourront vendre leurs services en Europe occidentale à des prix à des prix imbattables, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour les salariés de nos pays et inciterait, a contrario, nos entreprises à installer leurs sièges sociaux dans les pays de l’Est. Ce renoncement est, dans la situation présente, inacceptable.

Le calendrier de préparation de ce projet de directive a été jalonné par les dates et évènements qui suivent :

Tout commence à la Conférence Intergouvernementale de Lisbonne (2000), « où les chefs d’Etats et de gouvernements (Chirac-Jospin pour la France) adoptent une stratégie (l’agenda de Lisbonne) en vue de faire de l’Europe l’économie la plus compétitive du monde…une cible :les services à libéraliser en allant au-delà de ce que prévoit l’accord général sur les services ( AGCS)… ».

Le 13 février 2003, le parlement européen adopte une résolution qui « se félicite des propositions visant à créer un instrument horizontal pour garantir la libre circulation des services sous forme de reconnaissance mutuelle (art.35) et considère que « les principes du pays d’origine et de la reconnaissance mutuelle sont essentiels à l’achèvement du marché intérieur ». Des élus, PS, Verts et UMP ont signé cette déclaration.

Le 13 janvier 2004, la Commission européenne adopte sans opposition le projet de directive Bolkenstein, laquelle élargirait considérablement le champ de la concurrence dans l’Europe des vingt-cinq. C’est l’histoire du plombier polonais. Au terme de cette même directive, un médecin polonais pourrait s’installer en France sans qu’on puisse lui imposer le respect de nos règles, tarifs, conventionnement… Deux commissaires français, Michel Barnier (UMP) et Pascal Lamy ( qui se dit proche du PS et ami de Jospin), l’ont approuvée, avec le reste de la Commission.

Le 31 août 2004, la Commission du Parlement Européen sur le « marché et la protection des consommateurs » est saisie du projet. La Commission, à l’exception de la Gauche Unitaire Européenne s’y déclare favorable, dont une grande partie du groupe socialiste, a quelques exceptions notables, dont Mme Patrie, élue socialiste française.

Le 11 novembre 2004, une audition d’experts est organisée à la demande de Mme Patrie. Les points de vue exprimés soulignent les nombreux inconvénients de ce projet. Le rapporteur, Evelyne Gebhardt écrit qu’ « au vu des résultats de l’audition du 11 novembre 2004, elle estime nécessaire de retravailler en profondeur la proposition de directive ».

Les 24-25 novembre 2004, le Conseil des Ministres de l’Union déclare que « la proposition de directive fait l’objet d’un accueil globalement favorable des Etats membres »

Vînt l’approche de la campagne référendaire et le début d’une forte prise de conscience des enjeux, en France, tout particulièrement. Le débat public sur le projet de directive apporte des arguments au camp du « non »..

Le 2 février 2005, au cours du Conseil des Ministres, le Président Chirac déclare que la directive Bolkenstein est inacceptable et souhaite sa remise « à plat ».

Le même jour, le Premier Ministre Raffarin déclare aux députés « Cette directive est inacceptable. Nous prendrons tous les moyens pour nous opposer à cette directive ».

Dans son rapport à l’Assemblée Nationale sur cette même directive, Anne-Marie Comparini, députée UDF, écrit, « le principe du pays d’origine est jugé incompatible avec les disparités de l’Europe à 25 ».

Le 18 février 2005, Alain Donzeaud, vice-président de SYNTEC, syndicat patronal des grandes entreprises du services en informatique, écrit dans « 01 Informatique », « Nous ne sommes pas opposés à la libre circulation des personnes, mais à condition de proposer aux personnels détachés les protections minimales du pays d’accueil, comme le prévoit une autre directive, la directive 96/71 ».

Le 29 mai 2005, une grande majorité des français (55%), en rejetant le projet de constitution soumis à référendum, disent « non » à la dictature du marché.

Automne 2005 : Le Président de la Commission Européenne enterre une soixantaine de projets, de sa propre autorité, mais maintient le processus d’approbation de la Directive Bolkenstein, déjà venue devant le Parlement de Strasbourg.

3 – Les suites possibles.

Le Président Barroso n’a pas compris la signification de l’arrêt de la procédure d’approbation du projet de constitution. Comme beaucoup d’autres, il en fait une question d’humeur. Il attendrait, dit-on, la réélection d’un Président conservateur, en France, en 2007, pour proposer au gouvernement français un nouveau processus d’approbation, qui ne passerait pas forcément par un référendum. Il nous parait peu probable que Chirac revienne à une approbation par le Parlement. Sarkozy pourrait ne pas s’en priver.

En tout état de cause, la Commission Européenne qui s’appuie sur une majorité conservatrice au Parlement de Strasbourg va probablement s’efforcer d’obtenir rapidement la possibilité de mettre en œuvre sa directive, en acceptant éventuellement quelques aménagements.

Dès lors, les deux questions centrales nous paraissent être les suivantes :

- Quelle est la définition des services qui resteront de la responsabilité des Etats, quelles que soient les conditions de concurrence ou d’absence de concurrence ? La question aujourd’hui est sans réponse précise. Pascal Lamy, Directeur Général de l’OMC affirma plusieurs fois qu’il considérait que l’éducation et la santé devraient relever du marché. Avec lui, le marché absorberait, sans doute, à peu près tous les services. Pour ceux qui douteraient, rappelons seulement que les services de défense eux-mêmes sont déjà, ici ou là, partiellement privatisés. Il existe des sociétés militaires privées, en France. Aux Etats-Unis, elles sont d’utilisation courante, en Irak en particulier. Il est donc indispensable de définir avec précision le champ des services qui resteront hors marché avant de passer à l’adoption puis à la mise en œuvre d’une quelconque directive.

- Peut-on se contenter de dire « non » au projet de directive Bolkenstein sans donner dans le même temps aux derniers arrivés, et je pense par exemple à nos amis lituaniens qui participent à nos réflexions, les moyens de se développer, sans recourir à des processus de dumping social et fiscal ? On doit répondre à cette question de façon négative , ce qui implique un réexamen du montant du budget européen. Le Conseil Européen de juillet 2005, n’a pas voulu ou pas pu trouver un accord sur la question de son budget, évitant du même coup d‘établir la corrélation pourtant évidente entre ce budget et le contenu d’une future directive sur le marché intérieur des services.

- On ne peut pas approuver, en l’état, le projet de directive Bolkenstein. Mais la bataille sera dure car, d’une certaine façon, mettre en place cette directive, c’est terminer de mettre en place la troisième partie du projet de constitution européenne, celle qui fait du « marché » le moteur de l’Union, alors que l’on en constate chaque jour les insuffisances. C’est d’une certaine façon, passer par la Commission Européenne pour contourner la décision négative des electeurs , pourtant clairement exprimée, le 29 mai dernier. Mais il est vrai que la décision du 29 mai n’engage que les français.








Puisse nos parlementaires à l’Assemblée de Strasbourg éviter le pire, le vote, en l’état du projet de directive Bolkenstein, dans le respect du suffrage des français. Mais le refus ne suffit pas. Les dix nouveaux membres ont souvent besoin de se développer. Puissions-nous les aider comme nous l’avons fait pour l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande. Cela suppose de lier étroitement la question du marché des services, lorsqu’il est raisonnable de les ouvrir à la concurrence, à la question d’un budget communautaire suffisant. Ce n’est pas aujourd’hui le cas. Delors réclamait déjà 1,3% du PNB. On n’en n’est pas là.

A ce point, la question de la PAC surgit, de façon peut-être surprenante dans le débat ouvert par le projet de directive Bolkenstein. Traitée, elle permettrait, si nos partenaires et spécialement les anglais sont de bonne foi, d’abonder un budget européen plus lourd, qui deviendrait ainsi plus efficace, et, par conséquent, permettrait d’aider les anciens pays de l’Est européen comme cela s’est fait en Europe méditerranéenne et en Irlande. Les questions qui font débat autour du projet de directive sur les services perdraient alors de leur acuité.

La crise pétrolière, le prix du pétrole, en nous incitant à développer les carburants d’origine végétale, le colza par exemple, pourraient être l’occasion d’une nouvelle politique agricole. Elle pourrait avoir, par l’intermédiaire de la PAC et des budgets européens, des conséquences positives sur un marché européen des services qui garantirait, contrairement au projet de directive Bolkenstein, une harmonisation sociale et fiscale nécessaire. Une part d’utopie, peut-être. Le débat est ouvert.

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Mardi 19 décembre 2006



DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

(Envoi N°26 – juillet 2005)





REPRISE DU DEBAT A LA RENTREE DE SEPTEMBRE 2005




Quel contenu donner aujourd’hui à une « économie sociale de marché » ?

Propositions de réflexion
.



Les partisans du « non », à propos du référendum sur le projet de constitution européenne se sont élevés contre le fait d’ériger le libéralisme en religion d’Etat. Les socialistes partisans du « oui » mettaient an avant le fait d’avoir réussi à faire citer dans la première partie du texte du projet de constitution l’ « économie sociale de marché » comme l’une des bases de la construction européenne. Mais le texte résultant d’un compromis difficile entre les conventionnels, et l’on peut relire avec intérêt à ce sujet le livre d’Olivier Duhamel, « Pour l ‘Europe », Edition du Seuil, octobre 2003, n’en comportait pas de définition précise, alors même qu’il mettait la concurrence au cœur du projet.

Le choix des mots est essentiel. L’expression « économie sociale de marché » vaut ce qu’elle vaut. Mais elle existe et traduit bien la recherche, qui est la notre, d’une définition de l‘économie et de ses relations au politique qui ne soit ni libérale, voire ultra-libérale, ni marxiste. Je l’ai donc retenue comme une expression encore suffisamment imprécise pour qu’on puisse en faire l’enveloppe de notre réflexion, sans prendre le risque d’une inacceptable compromission. Ce qu’on appelle aujourd’hui « modèle social européen » n’est pas suffisant, semble-t-il, pour devenir le concept qui, juxtaposé au libéralisme, réponde à nos attentes. L’économie sociale de marché ne résulte pas de la juxtaposition ou de la combinaison du marché et de la protection sociale, même si cette dernière en constitue un élément fort. Définir ce que pourraient être l’économie sociale de marché et ses relations avec le politique, c’est aussi, proposer aux partisans et aux adversaires du projet de constitution européenne, à la façon Giscard, de se retrouver dans un domaine où la reconstruction s’impose, quelle soit la position adoptée pour le référendum du 29 mai dernier.

Entrer dans la démarche proposée suppose que l’on admette comme dépassées les conceptions marxistes traditionnelles et, en même temps, les conceptions libérales, voire ultra-libérales. Ni les unes, ni les autres ne répondent à nos attentes, revenus suffisants pour tous, disparition de la pauvreté, réduction des inégalités, développement humain des pays émergents, mondialisation respectueuse des peuples et de leurs cultures, développement durable …Chacun évaluera comme il l’entend l’apport de ces deux approches antithétiques. Elles ont l’une et l’autre rendu des services. Elles ne garantissent pas, pour autant, une mondialisation heureuse, dans un monde multipolaire structuré par de multiples partenariats. Si l’on ne parvenait pas à les dépasser, on continuerait de voir progresser, sous couvert de mondialisation, une américanisation, nouvelle forme de colonisation, avec, en toile de fond, les risques d’un conflit destructeur entre les USA et la ou les grandes puissances asiatiques, la Chine essentiellement.

La création d’une vaste zone de libre-échange, dont la construction européenne serait la première grande étape, pour ensuite devenir la règle du monde entier, et la libre concurrence le moteur, ne conduira pas à la satisfaction des besoins des hommes, de tous les hommes. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif des libéraux pour qui le succès des entrepreneurs se mesure à l’aune des profits qu’ils réalisent, attendu que le »marché », s’ils s’enrichissent suffisamment, finira par apporter, de lui-même, le bonheur à tous. Chacun sait que la maximisation de leurs profits est l’unique objectif sérieux de l’entreprise, ce qui ne signifie pas que l’entreprise soit mauvaise, mais plutôt qu’elle doit être contrainte de prendre en compte les objectifs et contraintes définis par le politique. C’était, après la seconde guerre mondiale, la raison d’être du Plan. C’était aussi la démarche des empereurs Han aux premiers siècles avant notre ère.

Nous assistons aujourd’hui à un début d’atténuation de la mondialisation à l’américaine au profit de l’apparition encore timide de nouvelles formes de coopération, à travers les ONG mais aussi à travers de nouveaux comportements dans le domaine commercial. La coopération systématique devrait se substituer à la « concurrence parfaite », telle que l’envisagent l’OMC et les auteurs de notre ex-projet de constitution européenne. On voit bien que l’OMC piétine face aux exigences nouvelles des pays émergents tandis que les européens refusent de faire de la seule concurrence le moteur de l’histoire.

La question de la « directive Bolkenstein » révèle le changement en cours. Nous y reviendrons en détail dans une prochaine note mais Il ne parait pas inutile de rappeler, à son propos, quelques faits, quelques dates, qui montrent combien les évolutions pourraient se précipiter. Tout commence à la conférence Intergouvernementale de Lisbonne, « où les chefs d’Etats et de gouvernements (chirac-Jospin pour la France) adoptent une stratégie en vue de faire e l’Europe l’économie la plus compétitive du monde…une cible :les services à libéraliser en allant au-delà de ce que prévoit l’accord général sur les services ( AGCS)… »

Le 31 janvier 2004, la Commission européenne adopte sans opposition le projet de directive Bolkenstein, laquelle élargirait considérablement le champ de la concurrence dans l’Europe des vingt-cinq. C’est l’histoire du « plombier polonais » qu’on enverrait travailler en France pour un patron polonais, ou français installé en Pologne, au prix pratiqués en Pologne. Alors malheur à l’entreprise française de plomberie ! Au terme de la même directive, un médecin polonais pourrait s’installer en France sans qu’on puisse lui imposer le respect de nos règles, tarifs, conventionnement… Deux commissaires français, Michel Barnier et Pascal Lamy, l’approuvent avec le reste de la Commission.

Le 31 août 2004, la Commission du Parlement Européen sur le « marché et la protection des consommateurs » est saisie du projet. La Commission, à l’exception de la Gauche Unitaire Européenne s’y déclare favorable, dont une grande partie du groupe socialiste, qui se rallie là à une thèse libérale, a quelques exceptions notables dont Mme Patrie, élue socialiste française..

Le 11 novembre 2004, une audition d’experts est organisée à la demande de Mme Patrie. Les points de vue exprimés soulignent les nombreux inconvénients de ce projet. Le rapporteur, Evelyne Gebhardt écrit qu’ « au vu des résultats de l’audition du 11 novembre 2004, elle estime nécessaire de retravailler en profondeur la proposition de directive ».

Les 24-25 novembre 2004, le Conseil des Ministres de l’Union déclare que « la proposition de directive fait l’objet d’un accueil globalement favorable des Etats membres »

Vînt l’approche de la campagne référendaire et le début de la prise de conscience des enjeux, en France, tout particulièrement. Le débat sur l’amendement fait rage.

Le 2 février 2005, au cours du conseil des ministres, le Président Chirac déclare que la directive Bolkenstein est inacceptable et souhaite sa remise « à plat ».

Le même jour, le Premier Ministre Raffarin déclare aux députés « Cette directive est inacceptable. Nous prendrons tous les moyens pour nous opposer à cette directive ».

Dans son rapport à l’Assemblée Nationale sur cette directive, Anne-Marie Comparini, députée UDF, écrit, « le Principe du pays d’origine est jugé incompatible avec les disparités de l’Europe à 25 ».

Le 18 février 2005, Alain Donzeaud, vice-président de SYNTEC, syndicat patronal des grandes entreprises du service en informatique, écrit dans « 01 Informatique », « Nous ne sommes pas opposés à la libre circulation des personnes, mais à condition de proposer aux personnels détachés les protections minimales du pays d’accueil, comme le prévoit une autre directive, la 96/71 ».

Ces quelques rappels illustrent l’évolution que nous évoquions et sa rapidité même, sous la pression d’une prochaine échéance électorale, celle du 29 mai 2005. On peut dire que l’importance de cette échéance a troublé le propos de certains responsables. Il n‘en reste pas moins qu’il y aura toujours, quelque part, des échéances de ce type qui contraindront à leur tour à de nouvelles évolutions. La directive revient devant les instances européennes en cette fin d’année.

Que feront les instances européennes d’ici la fin de l’année ? Il n’est pas certain qu’ils s’opposeront à cette directive. La mesure politique qu’imposerait son refus définitif serait sans doute le vote d’un budget européen qui permettrait d’aider les pays de l’Est européen à combler un certain nombre de handicaps sans être contraints de se livrer à une concurrence sauvage en Europe de l’Ouest. Il s’agirait de mettre en œuvre des politiques de type keynésien, où la puissance publique européenne interviendrait lourdement, comme ell
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Mardi 19 décembre 2006


DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

(Envoi N°24 – mai 2005)





REFERENDUM : SE CONCENTRER SUR L’ESSENTIEL,
LE « MARCHE-ROI », OUI OU NON ?




L’Europe réduite à n’être que le bras armé de l’OMC, voilà où conduit l’actuel projet de constitution : « Si la constitution européenne est adoptée, je n’aurai pas de problèmes à l’OMC avec les européens », vient de dire Pascal Lamy, nouveau directeur général de l’OMC, à Genève, il y a quelques jours.
.


Ne vous en déplaise, Monsieur Chirac, je suis européen et voterai non. Comment un Chef d’Etat peut-il organiser un référendum et traiter comme des pauvres d’esprit ceux qui ne voteraient pas comme il le souhaite ? C’est une façon assez stalinienne de comprendre la démocratie. Le PS officiel tolère ces pressions, qu’il fait aussi siennes. C’est étonnant ? Non, ce n’est pas étonnant. C’est l’aboutissement d’une longue évolution au cours de laquelle beaucoup de responsables de la gauche française, abandonnant leurs repères marxistes, ce qui se comprend, se sont ralliés, faute d’une réflexion alternative, au libéralisme ambiant.

On ne va pas leur reprocher d’avoir abandonné toutes perspectives de socialisme à la façon de Staline. Mais comment comprendre qu’ils n’aient pas été capables de concevoir autre chose, qu’ils se soient laissés entraînés, sous couvert d’une « économie sociale de marché » qui n’a pas de définition claire et qui n’est citée qu’une seule fois dans le projet de constitution, à promouvoir, d’abord un marché où l’harmonisation des législations devait tempérer la brutalité du capitalisme sauvage, puis, in fine, un marché où la « concurrence serait libre et non faussée », en particulier par des mesures d’harmonisation. Retour au libéralisme intégral.

Le projet soumis à référendum est un texte difficile pour beaucoup, qui aborde au moins trois grandes catégories de problèmes, les institutions, les droits sociaux et les politiques, spécialement économiques. Texte complexe, néanmoins soumis à référendum, il implique une seule réponse, « ou » ou « non », sans qu’il soit possible de dégager une position moyenne qui prenne en considération des plus et des moins. On doit répondre en fonction d’un nombre très limité de points, voire un seul, que l’on considère comme essentiels. Pour moi, c’est le rôle primordial d’un « marché-roi », non limité dans ses ambitions par une politique systématique et préalable d’harmonisation fiscale et sociale, par conséquent le marché des libéraux.

Le référendum constitutionnel n’est pas une fin en soi, une étape seulement. Il s’inscrit dans un long processus initialisé au lendemain de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, quelque soit le résultat du référendum, l’Europe existe. Elle a déjà, de traité en traité, des règles de fonctionnement précises que, quelles que soient les imperfections, nous appliquons. Après le référendum sur le Traité de Maestricht, gagné de justesse, qui mettait en place l’euro, après le médiocre traité de Nice signé par les chefs d’Etats, sans nous consulter, le référendum sur le projet de constitution préparé, théoriquement du moins, par la Convention Giscard, marque une autre étape, plus importante, mais une étape seulement.

Rappelons, par exemple, que l’euro, monnaie de l’UE (art 1-8) n’a encore été mise en place que par 12 Etats de l’UE sur 25 et que, de ce fait, les règles du pacte de stabilité ne s’appliquent qu’à une minorité des Etats de l’Union ! Le 6 mai au matin, sur France Inter, l’ambassadeur de Grande –Bretagne, au lendemain de la victoire de Tony Blair, rappelait fort opportunément que la Grande-Bretagne adopterait l’euro lorsqu’elle y trouverait un intérêt économique, ce qui justifie toutes les critiques à l’égard de la Banque centrale Européenne et la Commission de Bruxelles. Mais cela veut dire aussi qu’il faudra sans doute renégocier le passage à l’Euro de la Grande-Bretagne, pour ne parler que d’elle, et ce sera sans doute plus difficile que de faire accepter ce projet de constitution par les français. Disons tout net que la Grande-Bretagne profite aujourd’hui de l’Europe parce que la gestion de l’Euro est mauvaise !

Le projet de Constitution n’a pas été complètement préparé par la Convention Giscard : Jacques Delors, dans son interview du 30 juillet 2004, à LCI, déclarait que « Comme par hasard, les deux groupes de travail qui n’ont pas fonctionné à la Convention, c’est celui sur l’Union économique et monétaire et celui sur le social » contredisant ainsi les affirmations de Giscard sur l’importance des discussions préalables à la rédaction du projet. Il faudra bien que l’on nous dise, un jour, pourquoi ces groupes ne se sont pas réunis et qui a réellement fourni le contenu du projet de constitution sur ces questions, le Chapitre III. On aimerait savoir aussi pourquoi les socialistes français, et notamment Olivier Duhamel, participant aux travaux de la convention se sont tus, pendant l’actuelle campagne, sur cet aspect de la préparation du texte. Pascal Lamy saurait sans doute nous expliquer comment a été préparé la troisième partie du projet de constitution, en dehors de la Convention Giscard !

RCP24 a pour but de recentrer, le débat. Il ne s’agit pas en effet de disserter des avantages et inconvénients d’un texte difficile . Il s’agit de se préparer à fournir une seule réponse, « oui » ou « non », à de multiples questions. C’est autre chose. Il faut se concentrer sur ce qui paraît essentiel. Pour moi, c’est la sacralisation pour une longue période du marché où « la concurrence est libre et non faussée », c’est à dire la réduction de l’Europe au seul « marché commun », sous le contrôle de l’OMC, sans aucun antidote, puisque l’harmonisation des législations sociales et fiscales est interdite dans la plupart des cas. Au contraire, les nouveaux venus préparent dès maintenant la désharmonisation : On apprend, en ce 14 mai, que la Roumanie, pour préparer son entrée dans l’UE, vient de baisser le taux de l’impôt sur les sociétés, au lieu de la rapprocher du notre.

1 – Le refus du « tout-libéral » n’est pas une façon de revenir à Staline : Dire NON au libéralisme, religion d’Etat !

Notre refus du projet repose d’abord sur la façon dont il intègre le libéralisme comme moteur des évolutions futures, à l’exclusion des autres conceptions possibles. Un Etat qui déciderait d’intervenir directement dans la vie économique, ….se mettrait pratiquement « hors constitution ». On peut comprendre que dans certaines phases de l’histoire, des Etats aient mis en œuvre des politiques libérales. On peut même admettre que demain l’Europe passe pas de nouvelles phases de libéralisme. On ne peut pas accepter que ce même libéralisme, un marché où la concurrence règne sans contrainte, devienne aujourd’hui, religion d’Etat.

Adam Smith (1723-1790) tient une place centrale dans le courant de pensée libérale classique. Que dit-il ? Réponse (cf. J.Brémond et A. Gélédan, « Dictionnaire des théories et mécanismes économiques », HATIER ,1984, page 9) : « La recherche par chacun de son intérêt individuel permettra, en situation de concurrence, d’atteindre l’optimum général ; la « main invisible » du marché permet de concilier intérêt individuel et intérêt général ».

Les théoriciens ont cherché une formulation définitive de l’existence et de la stabilité de cet optimum qui aurait été le seul fondement durablement acceptable du libéralisme. Ce fut un échec. Ils ont au contraire montré (Bernard Debreu, prix Nobel d’économie 1985) qu’il y avait diverses situations d’équilibre possibles et que ces situations avaient un caractère aléatoire. Pas question, par conséquent, de compter sur le marché pour faire le bonheur des peuples. C’est tout le sens des thèses soutenues par Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie 2001 ) qui montrera en particulier comment le marché s’avère incapable de réduire les inégalités et la pauvreté.

Et pourtant, vous trouverez sur le site internet du parti socialiste un texte intitulé « Pourquoi le traité (de constitution) est un rempart contre les dérives libérales type Bolkenstein ». Le rédacteur, à propos des droits sociaux que garantirait le traité, cite l’article III-209 : « L’Union et ses Etats, conscients des droits sociaux fondamentaux…ont pour objectif la promotion de l’emploi et des conditions de vie et de travail, permettant leur égalisation dans le progrès, une protection sociale adéquate, le développement des ressources humaines permettant un niveau d’emploi élevé et durable…ils estiment qu’une telle évolution résultera autant du fonctionnement du marché intérieur qui favorisera l’harmonisation des systèmes sociaux que des procédures prévues … que du rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des Etats membres ».

Chacun peut rapprocher la position d’Adam Smith de l’extrait de Constitution sur laquelle s’appuie le rédacteur du Parti Socialiste et en tirer la conclusion qui s’impose. L’article III-209 laisse, au niveau de sa rédaction, une certaine place au rapprochement volontaire des législations et réglementations, bien que l’harmonisation des textes soit explicitement interdite dans beaucoup de domaines. Le rédacteur va plus loin dans son commentaire en écrivant : « Le fonctionnement du marché intérieur doit permettre l’égalisation dans le progrès des conditions de vie et de travail ». Commpentb peut-on encore admettre des choses de ce type ?

Le libéralisme, tel qu’il s’exprime dans le projet de constitution, théologie du marché et de la concurrence, ne doit pas devenir la règle de fonctionnement de l’UE, du fait de la Constitution. L’Europe ne peut pas n’être qu’une partie d’un marché mondialisé, partie intégrante d’un vaste espace transatlantique de libre-échange, ce à quoi se sont affairés, à la Commission de Bruxelles, Leon Brittan puis Pascal Lamy.

L’article III-207 indique que la loi européenne ne comporte pas d’harmonisation des législations concernant le domaine de l’emploi. L’article III-210 indique que la loi européenne ne comporte pas d’harmonisation dans les domaines suivants : amélioration du milieu de travail, conditions de travail, sécurité sociale et protection des travailleurs, protection des travailleurs en cas de résiliation des contrats de travail, information et consultation des travailleurs, représentation et défense collective des travailleurs et des employeurs, y compris co-gestion, conditions d’emploi des ressortissants des pays tiers, intégration des personnes exclues du marché du travail, égalité entre hommes et femmes, lutte contre l’exclusion sociale, modernisation des systèmes de protection sociale…

De ce fait, tout ce qui peut être dit, ici ou là, à propos des droits sociaux fondamentaux, à l’art.III-109 par exemple, risque fort de ne pas avoir de portée pratique, d’autant que d’éventuelles améliorations doivent tenir compte « de la nécessité de maintenir la compétitivité de l’économie de l’Union » et qu’ « une telle évolution résultera du fonctionnement du marché intérieur qui favorisera l’évolution des systèmes sociaux ». On peut toujours rêver !

Le projet de constitution n’est pas le projet des pères fondateurs de l’UE. Ce n’est pas non plus le projet de Jacques Delors, ancien président de la Commission de Bruxelles, même s’il dit, aujourd’hui, préférer le oui au non. Relire à ce sujet ses mémoires qui sont très explicites et qui ne permettaient pas de prévoir son ralliement au texte proposé.

On défend le projet des « pères fondateurs » de l’UE en refusant le projet aujourd’hui proposé. Le projet de texte constitutionnel trahit, de fait, les pères fondateurs de l’UE, démocrates chrétiens et socialistes. Olivier Duhamel, dans son ouvrage déjà cité, Page 43, le reconnaît explicitement : « Giscard développe sa vision, très éloignée de celle des pères fondateurs … » « Les Monnet, Schuman, Spaak et autres De Gasperi voulaient l’uniformité, les Etats-Unis d’Europe… » Ils avaient fait de l’harmonisation des législations la condition nécessaire à la réalisation du « Marché Commun ». O. Duhamel ajoute, parlant de Giscard,« De la convention, il ne sera pas le notaire. De la nouvelle Europe, il se veut le père… », lui, le grand libéral.

Concluons cette première partie en citant F.D. Roosevelt. S’il, avait dû respecter notre projet de constitution, il n’aurait pas permis aux USA de surmonter la crise des années trente. Pour les défenseurs du « oui », Roosevelt apparaîtrait comme un dangereux gauchiste !

Extrait de l’Adresse inaugurale de F.D.Roosevelt, en date du 4 mars 1933, en pleine crise économique, – nous passons aussi par une période de crise économique, –que les électeurs devraient méditer :


« En premier lieu, la faute ( de la crise) incombe à ceux qui dirigent l’échange des biens de l’humanité (on dirait aujourd’hui l’OMC par exemple…). Egarés par l’attrait du profit, par lequel ils ont conduit notre peuple dans une voie erronée, ils ont recours aux exhortations, implorant le retour à la confiance ( exhortations de Chirac à ne avoir peur). Ils ne connaissent que les règles d’une génération d’égoïstes »

« Notre plus grande tâche, la première, est de remettre notre peuple au travail ( le chômage était alors très important). Ce n’est pas un problème insoluble si nous l’affrontons avec sagesse et courage. Elle peut s’accomplir en partie par une embauche directe par le gouvernement, en agissant comme en cas de guerre, mais en même temps, en réalisant par cette embauche les travaux les plus nécessaires pour stimuler et réorganiser l’usage de nos ressources naturelles ( voir à ce propos, le plan de grands travaux européens que J.Delors voulait lancer pour résorber la crise, proposition sans suite, cf. Mémoires page ) »

Plus loin…

« On peut y travailler en établissant un plan national et une surveillance de toutes les formes de transports et de communications et d’autres activités qui présentent nettement un caractère de service public »

( cité par Alternatives Economiques », Hors série, 3ième trimestre 2005, page 15)




2 - L’UE ne prendra pas de sanctions ou mesures de rétorsion à l’égard de la France .

Que se passera-t-il au lendemain d’un refus français du projet de constitution ? L’échec était-il prévisible ?
Là encore comment ne pas citer O.Duhamel, même référence, page 56 et 57, pages prémonitoires datées du 25 juin 2002. Il se projette en septembre 2004, période initialement prévue pour le référendum français. On pensait alors que les procédures de ratification seraient plus rapides : « Dernier dimanche de septembre, jour du vote. Première surprise. Les électeurs , cette fois se déplacent. 72 % de votants. Seconde surpris, le « non »l’emporte par 52% des suffrages exprimés…P.S. Réveil. Nous ne sommes que le 25 juin 2002. Ce n’était donc qu’un cauchemar. Reste à éviter qu’il ne se réalise».

Un spécialiste du Droit Constitutionnel de sa taille pouvait-il écrire une telle histoire, il y a près de trois ans, s’il croyait vraiment que la Convention Giscard avait bien travaillé, alors même qu’il souligne dans son ouvrage les points sur lesquels les conventionnels socialistes n’ont pas eu satisfaction, points qui sont aujourd’hui ceux qui alimentent une grande partie des critiques ? Passons. Revenons au texte.

L’article IV-447, reprenant l ‘article IV-8 de la première version du texte dit ce qui suit : « Le texte entre en vigueur le 1ier novembre 2006, à condition que les instruments de ratification des 25 états aient été déposés, et, à défaut, le premier jour du deuxième mois suivant le dépôt de l’instrument de ratification de l’état signataire qui procède le denier à cette formalité ( le choix des mots en dit long sur l’état d’esprit des conventionnels) » . C’est le seul article traitant de la mise en place de la constitution. Il signifie clairement que si un Etat, n’importe lequel, refuse le projet, le processus s’arrête. C’est tout. Le conseil des Ministres, émanation des gouvernements, en discutera, évidemment. .

On a voulu nous faire croire ( déclaration de Beyrou et d’autres.. ;) que si 20 des 25 états seulement ratifiaient le texte, le Conseil de l’Union pouvaient se saisir du problème. C’est exact en ce qui concerne les modifications (art. IV-443). C’est inexact en ce qui concerne la mise en place initiale. Et d’ailleurs, que craindre d’une telle saisine ?

Les négociations reprendront, nécessairement. Le Président Chirac a voulu, le 14 avril 2005, dans son intervention télévisée, faire croire que les Etats européens pourraient arrêter de financer la Politique Agricole Commune, au détriment de nos agriculteurs. Faut-il rappeler que la France et l’Allemagne contribuent au budget de l’union plus qu’elles n’en profitent ? Arrêter le financement de la PAC, c’est, pour les autres pays européens, perdre des ressources, si nos gouvernants savent défendre notre position.

Alors, que se passera-t-il ? Que deviendra-t-il du « mouton noir » ? Laissons encore une fois la parole à Jacques Delors, à l’occasion de l’interview à LCI déjà cité : « Tenez, si la France disait, - l’union économique et monétaire, telle qu’elle est ne nous va pas, nous ne siégerons pas s’il n’est pas possible d’obtenir le renforcement du pallier économique de l’union économique et monétaire- nous l’obtiendrions ». Delors nous dit là de ne pas craindre les conséquences du non. Il vient de répéter ce qu’il avait dit sous une autre forme, »il existe un plan B », puis il s’est renié, sous la pression de ses amis. La honte !

La France et l’Angleterre ont déjà mis sur pieds un début d’organisation d’une défense européenne autonome. La France possède une force nucléaire indépendante, y compris de l’OTAN. Qui peut penser que les « 25 » pourraient nous exclure du jeu européen en cas du refus du projet de constitution, et d’ailleurs, encore une fois, quelles pourraient être les conséquences d’une telle saisine ?

Alors, n’ayons pas peur. Repartons de l’héritage du Conseil National de la Résistance. Revenons, aux « pères fondateurs ». Refaisons, comme Delors le voulait, de l’harmonisation des législations sociale et fiscale, la condition du marché. L’évolution de l’Europe reprendra son cours, n’en doutons pas, mais sur des bases plus saines. Il n’y a pas de sanction possible.

A contrario, si le « oui » l’emporte, de nouvelles difficultés vont surgir. La directive Bolkenstein va revenir. Quoiqu’ aient dit Chirac et son gouvernement, l’Assemblée de Strasbourg, en sa séance du 28 avril 2005 a voté un texte, par 445 voix contre 125, qui n’autorise pas la Commission à revenir sur l’essentiel de la directive et qui exclut l’harmonisation vers le haut des législations sociales concernées . Comment le gouvernement français persistera-t-il dans son refus du principe »du pays d’origine » ? La directive concernant les services portuaires, dont l’annonce a déjà provoqué des mouvements sociaux dans les ports français, va, elle aussi, devoir s’imposer. Il s’agit d’une directive qui ressemble fort à la précédente. Comment le gouvernement français va-t-il réagir ?

La France et plusieurs pays d’Europe dont l’Allemagne ont obtenu, en cette période pré-référendaire, de ne pas avoir à respecter les contraintes du pacte de stabilité. Ces contraintes font l’objet d’une annexe au projet de Constitution. Nous les approuverons si nous approuvions le projet. Nos partenaires accepteront-ils que perdure le non-respect du pacte de stabilité ? Là aussi, il faudra bien négocier. Le gouvernement français maintiendra-t-il son refus des clause actuelles du pacte de stabilité ?


En conclusion, il n’est pas question de nier le fait que le projet de texte de constitution comporte un certain nombre de progrès dans le domaine des institutions essentiellement. Il intègre la charte des droits sociaux mais il ne dit pas comment les Etats de l’Union doivent les mettre en œuvre. La question centrale du projet porte sur l’adoption, pour longtemps, d’une politique économique fondée sur la sacralisation du marché et de la concurrence sans aucune obligation d’harmonisation des législations sociales et fiscales. A cette question nous répondons « NON », sans aucune ambiguïté, car nous sommes persuadés que le libre jeu de la concurrence ne peut pas conduire au progrès social. Il ne peut que pousser au démembrement des dispositifs de protection sociale et de protection des salariés. Ce démembrement, préconisé à Sarkozy, leader des conservateurs français, par Michel Camdessus, est déjà commencé.

Nous devons dire « NON » au projet de constitution pour tenter de bloquer une telle régression, NON au « marché-roi ».




Par liger - Publié dans : economie
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