REPERES POUR COMPRENDRE L'ECONOMIE CONTEMPORAINE

Vous vous posez des questions sur l'économie, sur ses relations à la politique, sur le discours des candidats aux présidentielles, ou à d'autres élections, dans le domaine de l'économie, vous souhaiteriez comprendre l'actualité, de façon simple, les textes qui vous sont proposés peuvent vous aider.

Vous y trouverez des références, des définitions, et si vous posez des questions, des réponses.Alors, n'hésitez pas, posez vos questions. nous répondrons par l'intermédiaire de réponses flash et, surtout, de courtes synthèses périodiques.

A bientôt !

Bernard Liger

Mardi 19 décembre 2006
« REPERES POUR COMPRENDRE vocabulaire L’ECONOMIE »

( Envoi N°6 – mai 2003 )



Le vocabulaire nous interroge ( suite) :

Capital, Capitaliste, Capitalisme, Mondialisation ou Globalisation

L’envoi n°5 traitait essentiellement, après une introduction liée à une actualité internationale particulièrement chaude, l’agression de l’Irak par les Etats-Unis, de la définition de deux termes, Capital et Capitaliste. Une référence à Fernand Braudel soulignait combien le concept de Capitalisme dépend étroitement du sens donné aux deux termes précédents. Le lien avec l’actualité s’imposait pour montrer à quel point, chez les tenants inconditionnels du « marché », la mythologie commande tous les comportements, surtout lorsqu’il s’agit de politique internationale, volet militaire compris. Confusion totale entre Le bien et l’intérêt financier du capitaliste. Relire Max Weber démontrant que la recherche du succès en affaires est une obligation morale, pour un bon calviniste, et que le succès n’est que la reconnaissance par Dieu du bien-fondé de cette recherche.

Le Capitalisme :

Il serait très ambitieux d’envisager en quelques pages de traiter à fond du « Capitalisme ». De très nombreux ouvrages ont été rédigés sur le sujet. Nous nous réfèrerons à quelques uns d’entr’eux mais, conformément aux règles initialement posées, nous limiterons notre ambitions à quelques définitions simples, largement compréhensibles, du moins le souhaitons-nous. Ces définitions feront référence à quelques ouvrages notoires. Pour approfondir ces questions, nous conseillons de passer par internet en effectuant, par exemple, une recherche sur le mot « capitalisme ». Les références seront nombreuses. Il y a d’autres entrées possibles, monnaie, étalon-or, FMI,….

Comme dans le cas des termes « Capital » et « Capitaliste », nous repartirons du Dictionnaire Larousse, dans son édition de 1997. Le Capitalisme est « un système économique et social fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange.Selon la théorie marxiste, régime économique et social régi par la recherche de la plus value grace à l’exploitation des travailleurs par ceux qui possèdent les moyens de production et d’échange.Le mobile essentiel est le profit qui trouve sa contre-partie dans le risque. Le capitalisme moderne se caractérise par le fait que, outre la recherche du profit, l’entreprise recherche une certaine sécurité, et, lorsqu’elle atteint une importance suffisante, une certaine puissance… Les pouvoirs publics doivent quelques fois intervenir pour éviter les dérèglements des mécanismes économiques qui constituent les fondements du système. Cette intervention se caractérise par la prise en charge de grandes entreprises par des nationalisations. ».

La définition qui précède est trop ramassée pour être totalement satisfaisante. Le capitalisme est défini comme un système « économique et social ». Economique, certes. Social, on ne voit pas en quoi, sauf à considérer que l’économique gouverne le social. On notera d’ailleurs que ce même dictionnaire ne fait jamais référence au « social » dans ses définitions du capital et du capitaliste. Cette question demeure donc en suspens bien que chacun puisse avoir sa propre idée sur la question. Les patrons chrétiens par exemple ont essayé de promouvoir une approche sociale de l’entreprise. C’est vrai mais cela nous paraît aujourd’hui marginal.

Le texte de la définition lie le concept de capitalisme à la « propriété des moyens de production ». Nous avons eu l’occasion d’attirer l’attention du lecteur sur l’existence du capitaliste public, propriétaire, lui aussi, d’une partie au moins des moyens de production (ex : Air France). Suit, dans la définition, la référence à la théorie marxiste qui associe la recherche de la plus value à l’exploitation des salariés par les propriétaires des moyens de production. La thèse marxiste est très connue. Son application à tous les types de capitalistes, propriétaires des moyens de production, qu’ils soient privés ou publics, rendrait assez bien compte de la réalité. La propriété des moyens de production induit, c’est notre hypothèse, une forte tendance à l’ « exploitation des salariés ». Les marxistes le disait du « grand capital »,sous-entendu privé. L’Histoire montre qu’on peut faire le même constat lorsque le capital est public ( Le Stakhanovisme, comme moyen d’une recherche du rendement maximal, est une forme difficilement discutable d’exploitation du salarié ). L’Etat, fut-il socialiste, se comporte en patron, tyrannique , le cas échéant.

C’est, sans doute, l’une des erreurs de Marx que d’avoir associé l’exploitation des travailleurs salariés à la propriété privée des moyens de production, seulement. L’association de l’exploitation des salariés à la propriété des moyens de production résulte bien de l’observation des faits, mais elle ne se limite pas à la propriété privée des moyens de production. Elle est une tendance lourde de la propriété, quel que soit le type de propriétaire, même si le propriétaire est une émanation de la collectivité des salariés, et, en dernier ressort, de l’Etat. Si la tension permanente, inévitable, entre propriétaires des moyens de production , quels qu’ils soient, et salariés, avait été prise en compte un sciècle plus tôt, les régimes socialistes eussent, peut-être, été très différents. On eut peut-être évité la concentration de la propriété de tous les moyens de production en une seule main, celle de l’Etat, au profit d’autres modes de propriété collective, moins concentrés. Mais on ne refait pas l’histoire. Reste que la prise en compte, maintenant, de cette réalité, peut conduire à imaginer des modes de fonctionnement, dans l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée, assez différents de ce qu’ils sont à ce jour. C’est un point fondamental sur lequel nous reviendrons parce que c’est un point par lequel peut passer un réel progrès.

L’Encyclopédie Hachette, consultable sur internet, éclaire de façon beaucoup plus précise que ne le fait le Larousse la réalité du capitalisme. Elle aborde d’abord la question des fondements du capitalisme et de son histoire, en développant deux thêmes, l’émergence de la pensée capitaliste et l’histoire du capitalisme. L’intérêt du texte est d’associer, d’entrée de jeu, l’entreprise capitaliste, quelle qu’elle soit, au marché. Mais le rédacteur constate rapidement que le capitalisme idéal, où la liberté des échanges est naturellement régulée par la loi de la concurrence, n’existe nulle part au monde. « Les systèmes économiques des pays occidentaux contemporains résultent plutôt d’un compromis entre libéralisme et interventionnisme étatique ». On ne peut que partager le constat ainsi exprimé. Mais il faut se poser immédiatement la question clé : Qui anime l’interventionisme étatique ? S’il s’agit des salariés, à travers leurs organisations syndicales par exemple, on peut penser que cet interventionisme aura des effets positifs sur les conditions de vie et de travail, par exemple. S’il s’agit des capitalistes, on peut craindre que cet interventionisme ne vise à fausser le fonctionnement du marché pour maximiser les gains et les positions de pouvoir.

Pour le rédacteur de la rubrique, le capitalisme est d’abord « incontournable ». La liberté des échanges et la recherche du profit sont de puissants stimulants de l’activité économique. Le capitalisme doit trouver dans l’échange un bénéfice qui justifie son investissement.

Dans le même temps, le capitalisme ne peut être efficace que contrôlé. Laissé à lui-même, il produit, via le marché, de nombreuses inégalités et provoque de ce fait l’apparition de ghettos. Ceci renvoie au jeu du marché, au libéralisme intégral,dans lequel qui ne peut acquérir un produit au prix du marché en est irrémédiablement privé . Le capitaliste ignore la sous-consommation de celui qui ne peut payer le prix de marché. « En face de ces problèmes, l’Etat doit intervenir pour limiter les inégalités, secourir les chômeurs, financer le secteur public, afin de ne pas laisser péricliter les biens collectifs …». Où l’on voit que l’Encyclopédie Hachette apparaît comme très décalée par rapport aux thèses défendues, en 2002 par le MEDEF, le FMI, et la plupart des responsables politiques des partis de droite, voire des partis de gauche, car nombre de socialistes français ou anglais, et d’autres, ont adopté par rapport au secteur public des positions plus restrictives que par le passé. « oui à l’économie de marché », disait Jospin , il ajoutait « non à la société de marché »… mais qui saisit la nuance ?

Dans cette perspective, le capitalisme a évidemment des limites. La création d’une économie « globalisée », pour s’en tenir au terme employé par les anglo-saxons dans ce cas, va provoquer de façon pratiquement inévitable de grandes différences de développement entre nations, les plus riches s’enrichissant davantage et les plus pauvres le restant longtemps encore, avec tous les risques de conflits que cela provoque. Ces écarts seront d’autant plus irréductibles que les pays pauvres ne pourront jamais prélever sur les ressources de la planète ce que plélèvent les pays les plus riches. Ainsi comprendra-t-on mieux le rôle des ONG dont la vocation globale paraît être de réparer, voire de masquer, l’incapacité du capitalisme à satisfaire l’ensemble des besoins des pays en difficultés.

Nous renverrons ici aux travaux développés dans les années 1990 par le professeur William Rees, de l’université de Vancouver, et de son étudiant Mathis Wackernagel , à propos de « l’empreinte écologique ». Ils tentent de mesurer la superficie de sol et d‘espace maritime nécessaire pour subvenir aux besoins d’une population donnée. Ils démontrent que si toute l’humanité adoptait les modes de vie et de développement des Etats-Unis, il faudrait six planètes terre pour que le développement soit durable. On se reportera aussi, à ce sujet , aux travaux de l’association « 4d » (association4d@globenet.org) qui, depuis de nombreuses années, organise des échanges sur le thême du développement durable.

Fernand Braudel auquel nous avons déjà fait référence est historien. Il a beaucoup écrit sur l’économie en général et le capitalisme en particulier. Il justifie de fait les économistes qui considèrent que l’économie n’est pas une science en soi mais relève de la compétence des historiens. Nous avons évoqué cette question à propos du « marché », dont on ne peut pas démontrer mathématiquement qu’il conduit, en laissant jouer « sa main invisible », à un équilibre unique et stable, synonyme, pour l’Humanité d’un bien-être certain. Nous ne donnerons pas ici la liste exhaustive des œuvres de Fernand Braudel mais nous renverrons toutefois à « Civilisation matérielle, économie et capitalisme », trois volumes parus entre 1969 et 1979, et « La dynamique du capitalisme », paru en 1985.

Nous avons déjà noté que F.Braudel distinguait nettement le « capitalisme » du « marché », le capitaliste recherchant plutôt à maximiser ses profits en domestiquant le marché, quitte à s’abstraire des règles de la « concurrence parfaite ». Certains historiens ont mis en évidence le « marché privé » ou « private market » dans lequel la concurrence a peu de place. Il s’agit, pour eux, de marchés inégaux dans lesquels le capitaliste, disposant de fonds abondants, s’interpose entre producteurs et consommateurs, et manipule tant les prix que les approvisionnements. C’est très souvent le cas des marchés de matières premières . L’histoire montre qu’il ne parvient complètement à ses fins que dans des situations où il peut s’appuyer complètement sur l’Etat, ce qui est aujourd’hui, en 2003, le cas des Etats-Unis, mais pas encore celui des Etats d’Europe Occidentale.

L’histoire du cartel de l’aluminium mis en place, en 1994, par l’ALCOA, trust américain de l’aluminium, racontée par Joseph Stiglitz ( « la grande Désillusion »,P.229 et suivantes), illustre bien cette situation. A la demande d’ALCOA, société privée, le gouvernement américain a fini par autoriser la création d’un cartel international de l’aluminium pour s’opposer aux exportations d’aluminium russe qui s’effectuaient pourtant à des prix de marché, sans dumping. Mais les prix russes restaient inférieurs aux prix américains. « Et le cartel a fonctionné au moins pour un temps. Les prix d’ALCOA et autres producteurs se sont redressés. Les consommateurs américains y ont perdu… Alors que j’(Stiglitz) avais réussi à convaincre presque tout le monde des dangers de la solution du cartel, « deux voix » ont dominé ( on aurait aimé savoir lesquelles ). Le Département d’Etat, qui entretenait d’étroites relations avec les ministères, s’est prononcé pour la création … »…. « Nous n’avions pas l’intention de leur apprendre – Aux russes - le capitalisme du copinage en 100 leçons . Ils n’avaient probablement pas besoin de nous -les américains- pour l’apprendre, ils disposaient de toutes les connaissances requises. Mais, sans le vouloir, nous leur avons donné le mauvais exemple ». (« La Grande Désillusion », P. 232 ) .

Les Etats-Unis ont participé de façon déterminante, au lendemain de la seconde guerre mondiale, à la mise en place des institutions qui devaient, avec un peu de temps, permettre à leurs capitalistes, associés à ceux de nos propres Etats, d’agir à l’extérieur de leurs frontières comme ils agissent à l’intérieur. A contrario, la réussite de leur projet devrait, si nul ne s’y oppose, conduire un nombre sans cesse croissant d’Etats à accepter des règles dictées par les Etats-Unis, dans la mesure où des équipes conservatrices comme celle du Président G.W.Bush resteront à le tête de ce pays . Jusqu’à ce jour, les organismes internationaux tels que la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC leur servaient d’intermédiaires. Retrouveront-ils, après réorganisation, comme le suggére Joseph Stiglitz, une indépendance suffisante par rapport aux Etats-Unis pour assumer leur mission dans l’intérêt général, avec le souci de réduire les inégalités et la pauvreté ? Tel est l’un des enjeux majeurs de la prochaine décennie.

Alors, le « Capitalisme », de quoi s’agit-il ? Nous résumerons ce qui précède de la façon suivante : Le Capitalisme caractérise un mode de développement économique dont les acteurs quasi exclusifs sont les apporteurs de capitaux, les capitalistes. Motivés par la rentabilité de leurs investissements, qu’ils soient privés, ceux auxquels on pense toujours, ou publics, ils développent une tendance naturelle à valoriser leurs capitaux sans trop tenir compte des effets de leurs comportements sur les salariés et sur l’environnement. Ces comportements s’appuient sur l’existence d’un marché théorique mis en avant lorsque leur intérêt le commande, mais qui ne sert plus que d’alibi lorsque leur intérêt passe par d’autres voies.

Il est par conséquent nécessaire de bien distinguer le marché, dont la dynamique reste intéressante en tant que lieu de rencontre entre les consommateurs et les producteurs, du capitalisme qui commande les comportements des seuls porteurs de capitaux. La place de l’Etat comme régulateur du marché est d’autant plus importante que les insuffisances du marché sont aujourd’hui notoires, en particulier son incapacité à diminuer la pauvreté et à réduire les inégalités. Il n’y a jamais eu et il n’y aura pas de situation d’équilibre garantissant le bien-être optimal, contrairement à ce que l’on pouvait penser avant les travaux de Debreu en particulier.

L’exposé ne condamne , ni le capitalisme qui reste un fait d’histoire, de toute façon incontournable, ni le marché comme présidant à l’organisation des échanges. Mais ni l’un , ni l’autre n’ont de valeur absolue. Ils sont incapables de définir les objectifs à moyen et long terme de la société, ou des sociétés, définition qui relève du Politique. C’est bien l’idée maîtresse qui doit s’imposer et à laquelle on doit revenir sans honte,…. et sans arrêt.


La Mondialisation :

Dans le langage courant, plusieurs mots sont employés qui paraissent synonymes, mondialisation et globalisation en particulier. Les français parlent généralement de mondialisation, le reste du monde de globalisation. Comme précédemment, nous repartons du ou des dictionnaires.

Le dictionnaire larousse, dans son édition 1997, reste muet : « Mondialisation , action de mondialiser ». Bravo ! le mot « globalisation » n’est pas dans le dictionnaire. L’Encyclopédie Hachette, consultée ( par le web) sur les thêmes de la mondialisation de l’économie et de l’économie mondiale est plus explicite.

« Pour certains observateurs, la mondialisation n’est que l’expression moderne d’un processus d’expansion qui prend ses racines dans les conquêtes commerciales des nations européennes engagées dès les XVI ième et XVII ième sciècles et poursuivies par leur expansion coloniale. Elle ne serait ainsi qu’un développement et un approfondissement du mondialisme. Il semble cependant que la mondialisation observée dans les dernières années du XX ième sciècle constitue une mutation économique sans précédent et que ses acteurs échappent de plus en plus au contrôle d’Etats dont les marges de manœuvre se réduisent. »

« En effet la mondialisation de l’économie ne réduit pas le rôle du marché mondial à celui d’un simple jeu à somme nulle mais lui confère une dimension, des fonctions nouvelles et un pouvoir renforcé, en contournant et en démentelant des frontières physiques et des réglementations qui s’opposaient à l’accumulation du capital. »

« Le marché mondial donne aujourd’hui l’impression d’être devenu l’unique régulateur économique ».

« Le développement de l’économie mondiale est un des phénomènes qui a pris de l’envergure au lendemain de la seconde guerre mondiale. Tout d’abord caractérisée par l’hégémonie américaine et la puissance du dollar, l’économie mondiale est aujourd’hui marquée par la globalisation financière et la croissance du commerce mondiale ».

On voit que le rédacteur fait référence à l’Histoire d’abord. Il croit ensuite observer un changement de nature du phénomène de plus en plus sensible depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis deviennent depuis cette période les principaux instigateurs et les principaux bénéficiaires de cette nouvelle situation. On peut regretter cette hégémonie et en déplorer un certain nombre d’effets. Si les bourgeoisies européennes avaient su prévenir les deux guerres mondiales, il n’est pas certain que les américains, appelés par nous à deux reprises pour éviter le pire, auraient pris la place qu’ils ont aujourd’hui prise. Mais on ne refait pas l’Histoire.

L’Histoire montre effectivement que les grands « systèmes », politiques, économiques, culturels et religieux ont une tendance naturelle à dominer des territoires beaucoup plus vastes que leurs territoires d’origine. A cet égard, l’expansion du capitalisme occidental, utilisant habilement et depuis longtemps l’idéologie du marché illustre bien ce fait d’expérience. Mais il avait été précédé par d’autres systèmes obéissant à une identique dynamique interne.

- L’empire perse, six siècles Avant J.C., étendant sa domination jusqu’aux cataractes du Nil, d’un côté, jusqu’àux Indes et à l’Asie centrale, d’autre part,
- L’empire romain qui domina l’ensemble du bassin méditerranéen, jusqu’à l’Angleterre au nord, loin vers les frontières de Nubie au sud,
- Le monde musulman, prêchant le Djihad, jusqu’à Poitiers, jusqu’à l’Indonésie et auxPhilippines,
- L’occident chrétien médiéval étendant son emprise jusqu’à Jérusalem et massacrant au passage les chrétiens de Constantinople,
- L’occident, depuis le XVI ième siècle, fort de la supériorité de ses armes, entreprenant, mais aussi commerçant et déjà capitaliste, découvrant puis colonisant l’Amérique, les Indes, les iles du Pacifique, à la recherche d’or, de matières précieuses et d’esclaves,
- Les Etats-Unis, revendiquant l’exclusivité du « Nouveau Monde » (Doctrine Monroë), menant à leur tour, et souvent contre la vieille Europe ( le conflit n’est pas nouveau), leurs propres campagnes coloniales, avec annexion d’une grande partie du Mexique, installation à cuba, en Amérique centrale, aux Philippines…

Où l’on voit que l’Occident, depuis les Croisades au moins, n’a cessé de se projeter vers le reste du monde, fort d’une puissance appuyée sur la supériorité de ses armes , la conviction que sa culture, fortement imprégnée de christianisme, était supérieure à toute autre et que sa conception du marché était, seule, capable de l’enrichir durablement. De ce point de vue, mieux vaudrait parler d’occidentalisation plutôt que de mondialisation. Mais cette « occidentalisation » n’est pas le fait d’un occident rassemblé, dont toutes les composantes, toutes les classes, manifesteraient le même enthousiasme pour engager la conquête définitive et complète du monde entier. Certes, la conquête, les armes à la main,est toujours d’actualité ; la mise en œuvre de règles imposées dans le champ de l’économique par des organismes internationaux dont les politiques sont largement inspirées par les Etats-Unis reste néanmoins le moyen fondamental de la conquête. La référence idéologique, voire religieuse demeure le moyen de justifier l’usage de la force, même si l’église catholique ne s’avère plus partie prenante.

Ainsi , la mondialisation n’est pas un fait nouveau, sa brutalité non plus. Nous renvoyons ici, à titre d’illustration, au N°413 de « grain de sable », lettre hebdomadaire diffusée sur le mail par ATTAC, qui diffuse sur le sujet une participation d’un chercheur, Claude Serfati . son objet est de « préciser son point de vue sur quelques relations qui existent entre la mondialisation du capital et le développement du militarisme »… » les guerres sont également une composante de la mondialisation :L’extraction des ressources naturelles par les groupes multinationaux et le recyclage des flux de revenus de l’économie de la prédation sur les marchés internationanux continuent pendant les guerres, ils participent à l’économie mondiale dans sa face qui n’est pas même cachée ».

Face à la réalité de l’occidentalisation, le courant socialiste occidental lui-même, surtout depuis Karl Marx, a, depuis longtemps, réagi en proposant à son tour la mondialisation du combat anti-capitaliste. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » (Manifeste du Parti communiste). A son tour, depuis la révolution russe de 1917, le communisme a entrepris de projeter sa conception de l’économie dans le monde entier, nouvelle forme de mondialisation, « La route de Paris passe par pékin et Alger », avec les suites que chacun connaît. Un échec, certes, qui devrait conduire, à reprendre la réflexion de Marx, maintenant insuffisante, mais dont les points de départ restent largement d’actualité.

Passé les beaux jours du communisme, de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en question la mondialisation(occidentalisation), dite libérale. Voir à ce sujet les manifestations seattle, Porto Allegre, Gênes,…l’action d’ATTAC. Alternative à cette occidentalisation, ou mondialisation dite libérale, le concept d’ « altermondialisation » prend corps qui s’oppose à la fois à la mondialisation libérale et à la « globalisation », terme plus strictement économique et financière , que la plupart des auteurs étrangers préfèrent à celui de mondialisation . On se réfèrera avec profit à ce sujet au livre d’Edwy Plenel, « La découverte du monde », Chapitre 2, chez StOCK, 2002.

Nous terminerons ces quelques développements concernant la question de la mondialisation par un large extrait d’un texte paru dans le numéro 43 la revue de la Fondation AILES, « DEVENIRS » :

« la pensée dominante (libérale) essaie de faire croire à l’opinion que nous serions en présence d’un processus de mondialisation, qui serait de surcroît le seul envisageable d’un point de vue réaliste :cf. le débat français sur la pensée unique ou la prétention bruxelloise à affirmer qu’il n’y aurait qu’un seul processus d’élargissement(del’UE) possible. »
« Mondialisation ou globalisation : d’origine ancienne, l’interdépendance des phénomènes techniques, économiques, sociaux, culturels.. ne selimitent pas aux interdépendances entre etats-nations. Toutefois cette étape qualitativement nouvelle est moins une mondialisation, en ce que la majeure partie du monde n’en bénéficie pas, qu’une globalisation des échanges financiers et commerciaux. Celle-ci s’est accélérée dans les années 80, facilitée par les nouvelles technologies de communication, mais surtout voulue par la suppression de tous les mécanismes de contrôle des transferts de capitaux, y compris spéculatifs ».
« Libérale, financière ou capitaliste :Si la doctrine dominante se qualifie elle-même de libérale, l’expression est manifestement fallacieuse pour caractériser sa forme contemporaine. Elle n’est pas nécessairement libérale dans l’ordre politique alors que les solutions répressives lui paraissent souvent la meilleure façon d’imposer son ordre….En matière économique, il ne s’agit pas non plus de libéralisme à l’ancienne que l’on pouvait assimiler au libre-échange….si cette dimention delmeure, la grande novation des énnées 80 a été la brutale libération des mouvements de capitaux sous toutes leurs formes. Prétenduement libérale, il est préférable de la nommer pour très exactement ce qu’elle est, une globalisation capitaliste à laquelle nous entendons opposer une authentique mondialisation qui trouve sa légitimité dans les aspirations des citoyens. »…

les lecteurs intéréssés par cette approche de l’« ALTERMONDIALISATION CITOYENNE » peuvent s’adresser au Forum de la Gauche Citoyenne, forgc@club.internet.fr, ou à l’animateur du présent débat.


Le prochain envoi « pour comprendre l’économie contemporaine », RPC7 esquissera une série de conclusions découlant logiquequement de ce que nous avons dit du « marché », du capital, du capitaliste, du capitalisme et de la mondialisation/globalisation. On s’efforcera de souligner quelques points qui nous paraissent être de vrais points de rupture à partie desquels la réflexion peut à nouveau se développer. Peut-on envisager de produire une synthèse utile à partir des restes de la théorie libérale classique et de ceux d’un marxisme mal appliqué, mais aussi défaillant, sur quelques points essentiels ? De quoi lancer de nouveaux débats, sans prétendre posséder toutes les réponses. Nous diffuserons aussi, à cette occasion un premier document de nos participants lituaniens.








Par liger - Publié dans : capitalisme
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 19 décembre 2006

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

( Envoi N°5 – avril 2003 )



Le vocabulaire nous interroge :

Capital, Capitaliste, Capitalisme, Mondialisation.


Nous avons diffusé, le 29 janvier2003, une proposition de plan pour servir de guide à notre débat sur les questions économiques, débat que nous intitulions « repères pour comprendre l’économie contemporaine ». Depuis cette diffusion, le contexte général a changé. Les Etats-Unis se sont arrogés le droit d’engager un conflit contre l’Irak, prétextant la nécessité d’abattre un dictateur pour masquer la conquête de nouvelles ressources pétrolières. L’ambiance n’est plus tout à fait à la diffusion calme et tranquille de références et concepts assortis, le cas échéant, d’arguments critiques. La guerre déclenchée par les Etats-Unis contre l’Irak est en effet l’un des produits inévitables d’une hégémonie fondée sur l’idéologie « triomphante » du « Marché ». Lorsque l’économie libérale donne des signes de faiblesse, c’est le cas aux Etats-Unis depuis quelques années, il y a lieu de lui donner les moyens de se survivre en recourant, si nécessaire, à des arguments qui sortent du strict champ de l’économique, tant il est vrai qu’en économie libérale, tous les moyens sont bons pour que le « Marché » ait le dernier mot !

La stratégie globale conçue par l’équipe de G. W. Bush avant l’attaque des tours de New-York, le 11 septembre 2001, et mise en œuvre après cette date, est fondée, pour une large part, sur le constat d’un relatif échec dans le domaine économique, peut-être peut-on même évoquer le début d’une régression. Emmanuel TODD, dans un interview donné à « la Vie » dans la semaine du 20 mars 2003, explique que «pour l’historien et le démographe, l’hyperpuissance américaine cache une profonde fragilité » qui se traduit en particulier par un déficit budgétaire de plus de 500 Mrds de dollars avant le déclenchement de la guerre contre l’Irak. Quel sera son montant lorsque la guerre sera terminée ? Les alliés non-belligérants qui, pour la première guerre du Golf, avaient payé 90% de la facture, seront sans doute moins bien disposés après cette seconde guerre du Golf. On peut donc, à bon droit, se demander si cette agression n’avait pas pour objectif fondamental de consolider l’hégémonie américaine avant que les faiblesses de l’économie ne deviennent patentes. Il faudra que le pétrole Irakien paie la facture, au détriment du peuple Irakien.

Les B 52 ont cinquante ans ! Même bien entretenus, ils devront être bientôt remplacés. Trop coûteux sans doute pour une économie en crise. Les Etats-Unis devaient imposer leur suprématie militaire avant de mettre ces machines à la ferraille, sans être certains de pouvoir rapidement les remplacer. Imposer sa suprématie militaire loin de ses propres frontières, s’emparer de sources de matières premières essentielles, pétrolières en l’occurrence, s’abriter derrière la défense du « bien » contre le « mal »… ne s’agit-il pas de la manifestation du colonialisme le plus traditionnel ? du colonialisme le plus cynique ? lequel fut l’une des composantes du développement de l’économie capitaliste depuis les Croisades.

Mais revenons à notre plan. Les participants ont demandé qu’on précise le vocabulaire. Pas de débat possible, pas de compréhension correcte de la vie économique sans un vocabulaire précis. Nous développerons donc le point trois qui portait sur la définition et les caractéristiques du « Marché » pour traiter du « Capitalisme » et de la « Mondialisation ». Le concept de capitalisme, idéologiquement très chargée, peut poser de multiples questions. Il existe différentes formes de capitalisme, chacune de ces formes déterminant un type de développement particulier. Il existe aussi, sous couvert de chacune de ces formes − trois essentiellement − des variétés marquées. Des questions ont été posées sur l’une de ces variétés, le « capitalisme Rhénan ». En ce qui concerne la »Mondialisation », on constatera d’abord que le terme est typiquement français alors que les anglo-saxons parlent de « Globalisation ». A la suite d’Edwy Plenel («La Découverte du Monde »,édit.Stock, P 32),nous lui préfèrerèrions le terme d’« Occidentalisation » qui traduit mieux la réalité. Parlent de « Mondialisation » ceux qui croient en la supériorité de la civilisation occidentale, qui pensent qu’elle est mondialement diffusable et qu’elle doit, à travers les progrès du « Marché », conquérir tous les domaines de l’activité humaine y compris, bien entendu, ceux qui, chez nous, relèvent du service public. Le « Marché » refuse l’idée de domaine réservé où la collectivité pourrait, à travers les services publics, tenter de répondre à des demandes non solvables.

La lecture des « contributions » provenant des dirigeants et militants du Parti Socialiste, dans la perspective de leur congrès de Dijon, au printemps 2003, illustre la faiblesse des bases théoriques de la plupart des participants. Les concepts que nous venons d’évoquer sont utilisés dans le plus grand désordre, sans références possibles à un corps de doctrine élaboré par ailleurs. On a poussé Marx dans la coulisse. On a quelques fois retenu les cours de l’ENA, les mêmes pour tous les dirigeants actuels, de l’extrême gauche à l’extrême droite.
L’ensemble manifeste une absence de réflexion d’ensemble sur l’économie et ses rapports au politique. Aucune contribution n’est construite sur une analyse critique des thèses préexistantes de sorte qu’il n’y a généralement pas de hiérarchisation des problèmes. Du coup, ni l’économique, ni quelque vision que ce soit des rapports entre le politique et l’économique ne structure un projet de société. Même le choix formulé de façon lapidaire par Lionel Jospin « oui à l’économie de marché, non à la société de marché » disparaît. C’est pourquoi j’ai pensé utile d’introduire, en marge du débat, une analyse systématique des contributions en question.

Le point quatre de notre proposition de plan concernait les « crises ». Il s’agit bien entendu des crises du système capitaliste qui renvoient à un ensemble de réflexions largement développées par les économistes depuis cinquante ans sur les imperfections de l’économie de « Marché ». Nous développerons peu ce domaine dans le cadre de notre débat qui dépasse l’objectif que nous nous étions fixés ; donner, de façon simple, des repères pour comprendre l’économie contemporaine. Chaque crise mériterait un long travail d’historien. Certains ont conduit une telle démarche. A contrario, on évoquera les remèdes « passe-partout » administrés par les organismes internationaux tels que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International qui tendent à traiter toutes les crises de la même façon à travers des ordonnances simplistes dont le « Consensus de Washington » fixe, une fois pour toutes, les grandes lignes. En fait, on soigne les crises en proposant les remèdes qui renforceront la suprématie des économies occidentales, américaines d’abord, fut-ce au détriment des populations concernées.

Quatre termes à définir, Capital, Capitaliste, Capitalisme, Mondialisation :


Quatre termes, quatre concepts paraissent simples, d’usage courant, bien répertoriés. Que peut-on en dire de plus ? Des décennies de conflits, parfois sanglants, entre Capitalisme et Marxisme (ou réputé tel ! ) ont pourtant fortement connoté le vocabulaire, masquant un arrière-plan plus technique qu’il convient de redécouvrir. Fernand Braudel, historien d’abord, dans son livre » La Dynamique du Capitalisme », (paru en 1985), suggére d’utiliser avec précaution le mot « Capitalisme » car il peut recouvrir des activités ou des processus qui ne relèvent pas de l’économie de marché. Voir à ce sujet le protectionisme bien réel que mettent en œuvre, lorsque cela les arrange, des Etats pourtant militants de l’économie de marché, les Etats-Unis par exemple. Ainsi les deux mots, Capital et Capitaliste sont les deux mots qui, par le sens qu’on leur donne, donne un sens au mot Capitalisme.

Le capitalisme est une donnée fondamentale de l’économie, fort ancienne, qui ne peut être confondue avec le libéralisme ou l’économie de marché . Depuis qu’existent des sociétés humaines suffisamment organisées, et de façon beaucoup plus ostensible, depuis la Renaissance, le capitalisme est au cœur des processus de développement. Si les objectifs du développement échappent au contrôle du politique, le capitalisme n’est plus que le moteur du marché libéral. Il voudra définir lui-même les objectifs du Développement. Il peut alors devenir le pire des outils d’asservissement, les marxistes parleraient d’aliénation. La critique marxiste retrouve alors toute sa pertinence. La qualité du développement, et donc l’utilité du capitalisme, dépend fondamentalement du caractère démocratique de la prise de décision, et donc du fonctionnement de la société. Disons, pour simplifier, que le capitalisme est un outil efficace mais dangereux qui ne devrait être manipulé que par de vrais démocrates, ce qui n’est souvent pas le cas. Ce n’est pas le cas, notamment, lorsque des spécialistes, es technocrates, pensent pouvoir inspirer fortement la décision politique. On lira avec intérêt ce qu’écrit Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives Economiques, dans le n°413 des documents produits par ATTAC, le 31 mars 2003, à propos de ces technocrates qui se substituent aux politiques, produisant alors un système de type « libéral-stalinisme ». Les élections d'avril et mai 2002 ont été pour une large part la conséquence d’un tel état de fait.

Je m’attacherai, dans ce qui suit, à définir successivement quatre mots, capital, capitaliste , capitalisme et mondialisation en me référant d’abord, pour faciliter la compréhension, aux définitions données par le dictionnaire Larousse (1997).

LE CAPITAL:

Le mot peut être utilisé comme un substantif ou comme un adjectif. Adjectif, capital est synonyme d’essentiel, ce qui est très important et, du même coup, représente la vie, au point qu’on la perde en subissant la peine capitale. Substantif, le capital représente, d’après le Larousse, « l’ensemble des biens monétaires ou autres, possédés par une personne ou une entreprise, constituant un patrimoine et pouvant rapporter un revenu ». Pour rapporter « un revenu » le capital doit être investi dans une opération, commerciale par nature. Ipso facto, la première partie de la définition fait du capital le moteur du développement, ou mieux le carburant qui permet au moteur de fonctionner. Cette approche, politiquement neutre, concerne ce que peut produire le capital, c’est à dire des revenus. Les marxistes préfèreront parler de « plus-value » et les gestionnaires de « valeur ajoutée ».

La définition, dans sa première partie, ignore les conditions de formation de ce capital. Elle part du constat de l’existence d’un patrimoine. Dans sa quatrième partie, elle ajoute, « pour les marxistes, (le capital)est le produit d’un travail collectif qui n’appartient pas à ceux qui le réalisent mais aux propriétaires des moyens de production, et celui-ci augmente au moyen de la plus-value, extorquée aux travailleurs mêmes, c’est-à-dire aux salariés. » On n’entrera pas ici dans le débat considérable que provoque cette présentation des faits. Elle incrimine le propriétaire exploitant et fait du salarié une victime, de façon systématique. C’est toute la problématique marxiste, dont on peut regretter le systématisme, tout en constatant qu’elle est souvent fondée. Retour à une remarque précédente qui ferait du capitalisme un outil réservé à de vrais démocrates. La définition la plus accessible du capital, celle du dictionnaire, connote déjà fortement le concept en l’associant à la théorie marxiste. Le capital a permis, bien avant Marx, de déclencher des opérations de développement. Il est un élément constitutif de l’activité humaine depuis ses origines. La capitalisation s’est effectuée sous des formes diverses à travers les différentes modalités de l’activité commerciale, avant même l’apparition de la monnaie, au sens où nous la connaissons depuis l’Antiquité Grecque, voire même avant. Les opérations de capitalisation ont porté sur des denrées, des monnaies, des signes monétaires » qui n’étaient pas des monnaies, par exemple des coquillages tels que les « cauris, des métaux précieux, des écritures, etc... En fait, la gestion du capital est toujours passée par la recherche d’étalons monétaires, dont l’étalon–or est le plus connu. Certains auteurs considèrent que le capitalisme a commencé à ne plus produire les résultats attendus du jour où l’on abandonnât l’étalon-or, c’est à dire la convertibilité des billets, en 1931 à londres, en 1935 à Washington, en 1936 à Paris. En 1944, au lendemain de la seconde guerre mondiale, les nations se mettent d’accord, à la conférence de Bretton-woods, pour mettre en place le « Gold Exchange Standard » qui présente toutes les caractéristiques de l’étalon devise or. Les monnaies restent définies par un poids de métal fin mais la libre frappe de l’or et sa circulation interbe ont disparu. Mais le dollar reste indexé sur l’or sachant qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis détenaient 30% au moins des réserves d’or. En fait, à ce stade, le système monétaire international restait un système « dollar or ». Plus tard, la dette extérieure des Etats-Unis devint si importante que les demandes de conversion, de dollars en or, n’auraient plus été envisageables. On remplaça alors, en 1976 (conférence de la Jamaïque), l’étalon-or par les D.T.S., droits de tirages spéciaux, pseudo-étalon dont la valeur dépendait de la valeur pondérée d’un panier de devises parmi lesquelles le dollar tenait une place très importante.

Au-delà des considérations qui précèdent, le terme Capital est aussi le titre de l’œuvre maîtresse de K.Marx, qui, loin d’être démodée par l’usage qu’en ont fait des régimes de type stalinien, mériterait d’être reprise, approfondie et prolongée. Les Partis communistes ou ce qu’il en reste, ont abandonné le concept de « lutte des classes », par exemple. Reste à savoir si les conditions actuelles du fonctionnement du Marché ne conduiront pas à recréer les conditions dans lesquelles la lutte des classes avait une signification très concrète. On peut la considérer comme un élément de compréhension de la société sans en faire pour autant, à nouveau, le moteur de l’histoire.

Le Capitaliste :

Retour au Dictionnaire, « le capitaliste est la personne qui possède des capitaux et les investit dans des entreprises ». Comme investisseur, elle permet la formation de « valeur ajoutée » ou de « Plus-Value », si l’on utilise la phraséologie marxiste. A ce titre, elle est agent de développement et permet le paiement de salaires. Elle joue donc un rôle positif dans l’évolution de la société et de l’économie. Comme bénéficiaire de revenus, au moins potentiels, car il existe aussi de longues périodes, celle que nous vivons par exemple où la réalité dément la théorie, où les revenus sont faibles ou nuls, très négatifs même, elle participe à « l’extorsion » de «plus-value » qui auraient dû revenir aux salariés. Le capitaliste a deux visages ; conjoncture et rapports de forces feront que, selon les périodes, prévaudra le premier ou le second, aimable ou détestable. De ce point de vue, l’histoire justifie une analyse marxiste très généralisée qui ferait de la recherche d’un juste équilibre entre les deux termes de la définition l’un des ressorts essentiels de l’histoire.

Si le marxisme a dérivé, au vingtième siècle, vers des solutions radicales que ne justifiait pas la recherche d’un juste équilibre, d’autres approches ont vu le jour sous le couvert du christianisme social ou de la recherche d’une juste association « capital-travail », association recherchée par les gaullistes de la première heure, dans la ligne des réflexions du Comité National de la Résistance. La question d’une méthode acceptable pour réaliser le bon compromis entre justes intérêts du capitaliste, soucieux de conserver et valoriser son patrimoine, et du salarié, soucieux d’obtenir tout ce qu’il estime être de son droit sur les plus-value réalisées, reste d’actualité. On a expliqué au début de ce débat que l’on ne devait plus compter sur le « Marché » pour conduire à la situation d’équilibre assurant à chacun le bien-être qu’il peut revendiquer. On ne peut donc s’en remettre à une solution de compromis qui permettrait de corriger les incertitudes du « marché » par des mesures de circonstances. Le Politique doit reprendre la main et définir aux investisseurs les objectifs qu’il souhaite privilégier pour une période donnée. Ce qui nous ramène à la question de la Démocratie, dont on a dit qu’elle devait se méfier du « Libéral-Stalinisme » naturellement généré par la Technocratie, en France complètement manipulée par des générations d’énarques et de polytechniciens. Pour mémoire, la suppression de ces grandes écoles figurait au programme de la Gauche en 1981. On sait ce qu’il en est advenu.

La définition sur laquelle nous nous appuyons dit que le capitaliste est la « personne qui possède des capitaux….. ». Chacun verra, à première lecture, l’évocation de personnes physiques, dont on a évoqué le double visage, et qui sont, bien entendu, de gros capitalistes. Il fallait, dans une société dont une partie s’appuyait sur la lutte des classes tandis que l’autre en faisait l’erreur absolue, donner du capitaliste, une description redoutable. Or, pour un juriste, le terme « personne » ne désigne pas nécessairement une personne physique. Il peut s’agir d’une personne morale. La définition du dictionnaire inclut l’une et l’autre des acceptions possibles. Il existe donc une forme de capitalisme dans laquelle les personnes concernées sont des institutions, sociétés commerciales, associations certes, mais aussi l’Etat, les Collectivités Locales. Chacun sait que le capitalisme public, en France, a tenu et tient encore une très grande place. Il est l’un des outils dont dispose le Politique pour faire prévaloir l’intérêt général, au risque de contrarier la recherche d’intérêts privés. Dans les pays socialistes, le capitalisme d’Etat était devenu la règle. Dans ce cas-là, le socialisme, ou le communisme, en donnant à l’Etat la Propriété des moyens de production, n’a pas aboli le capitalisme. Il a seulement fait de l’Etat le principal capitaliste. Le capitalisme public est devenu, de ce fait, depuis la disparition de l’Union Soviétique, la cible principale du capitaliste privé. On reviendra sur cette question au point suivant qui traitera du « capitalisme » lui-même. L’un des objectifs de notre société ne devrait-il pas être précisément de rechercher la meilleure façon d’associer ces deux catégories de capitalistes pour assurer, en même temps, une rémunération correcte du capitaliste, surtout lorsqu’il s’agit de la grande masse des petits capitalistes, et la poursuite des intérêts globaux des salariés qui peut conduire à la réduction des taux de revenu, s’il s’agit, par exemple, de maintenir des emplois ?

Tous ces débats ont été maintes fois évoqués sans doute pour et par chacun des participants. Notre seule ambition est, ici, de les resituer dans un cadre global qui permette de comprendre comment les choses se tiennent, se soutiennent et se complètent. C’est aussi une façon de montrer aux tenants de la « langue de bois » que l’économie n’est pas un domaine mystérieux qui ne serait accessible qu’à une élite. Elle peut être accessible à tous pourvu qu’on en reste à une expression simple. En cela réside, pour les défenseurs du libéralisme mondialisé, la pire des menaces. Pascal Lamy, proche, en son temps, de Lionel Jospin, l’un des plus connus des commissaires français de l’Union Européenne le sait bien lorsqu’il s’efforce d’ouvrir sans limite le marché européen aux OGM venus des Etats-Unis, Monsanto et autres grands trusts. Nous le citons délibérément car il est très représentatif de ces grands fonctionnaires, proches des socialistes, quant aux amitiés personnelles, mais complétement acquis aux thèses les plus libérales. On pourrait attendre d’hommes de ce niveau qu’ils usent de leur pouvoir bien réel pour tempérer la démarche libérale. Ils n’en font rien. On lira avec intérêt, à ce sujet le livre de Susan George, intitulé « Pour ou contre la Mondialisation Libérale » chez Grasset, Paris 2002.

On notera enfin, pour apprécier complètement le comportement du capitaliste, qu’il peut adopter, face à la question du pouvoir auquel le capital investi peut lui permettre d’accéder, des attitudes assez diverses. Le « grand capitaliste » investira, en actions, dans une entreprise qu’il espère contrôler, voir diriger à travers un mandat social, Président, Président-Directeur Général. Il investira dans un domaine de l’économie qu’il veut conquérir parce que ce domaine l’intéresse, pour une raison quelconque (Michelin dans le domaine du pneumatique). Il peut au contraire investir en se désintéressant des questions de pouvoir. C’est le cas des millions de « petits porteurs » qui souhaitent seulement se constituer une rente en complément de leurs revenus, salariaux pour l’essentiel. C’est aussi le cas des grands capitalistes, gros porteurs de parts sociales et d’actions, qui veulent avant tout produire des revenus financiers importants sans se soucier des activités financées. On reviendra sur cette catégorie, dans laquelle se situent les « fonds de pension », car avec ce type de capitalistes, l’économie capitaliste change de visage.

Enfin le capitaliste, quel que soit sa taille peut investir, sans devenir, par l’intermédiaire d’actions, co-propriétaire du patrimoine d’une entreprise. Il se place alors en position de prêteur, à l’Etat (achat d’obligations d’Etat), aux entreprises par l’intermédiaire des banques (achat de bons de caisse, d’investissement...), à des associations (apports en nature avec ou sans conditions de reprise, obligations associatives…).

Si l’on examine les différents types de capitalistes du point de vue du Développement, chaque type de capitaliste génère un type de Développement : Le capitaliste public génère le développement d’Etat, planifié, étroitement contrôlé par le Politique qui lui assigne ses objectifs, ainsi, du temps de Colbert, les arsenaux et autres manufactures, à la suite de Marx, les industries socialistes, mais aussi, en France, dans nos actuelles collectivités locales, le dessin et l’équipement de nos multiples zones d’activités. Le capital public peut alors être ou non associé à du capital privé. C’est le cas dans les sociétés d’économie mixte où la recherche de bons revenus n’est jamais la règle. Le capitaliste privé, s’il veut investir dans l’activité des entreprises privées, génère ce que je nomme le développement « capitalistique », avec des objectifs qui peuvent être comme on l’a indiqué ci-avant très divers. Enfin, si le capitaliste, qu’il soit public ou privé, se limite à soutenir financièrement des entrepreneurs sans capitaux soucieux de répondre aux besoins d’un territoire, on entre dans le champ du Développement Local. Le but du capitaliste est alors de faciliter le développement d’un territoire, ou d’un groupe social, et l’on entre alors, à l’intérieur du champ du développement, dans celui du développement solidaire, avec intervention éventuelle de tout petits capitalistes.


Ici s’arrête l’envoi n°5. L’envoi n°6 traitera spécialement du Capitalisme et de ce que l’on appelle Mondialisation. La phase militaire de la guerre des Etats-Unis contre l’Irak sera complètement terminée. Les Etats occidentaux, divisés, à juste titre, sur la question de la guerre préventive, qui reste une agression délibérée, moralement injustifiable, chercheront à se retrouver pour assurer ensemble le bon fonctionnement du marché et l’hégémonie du système capitaliste.











Par liger - Publié dans : capitalisme
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 19 décembre 2006
« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

( Envoi N°4 – Mars 2003 )


« La possibilité de gagner de l’argent et de constituer
une fortune peut canaliser certains penchants dangereux
de la nature humaine dans une voie où
ils sont relativement inoffensifs.

B. de Mandeville




« MARCHE ET CAPITALISME ».

« Nous n’attendons pas notre dîner de la bienveillance du boucher,
du marchand de bière, ni du boulanger,
mais bien de la considération qu’ils ont de leur propre intérêt.
Nous ne nous adressons pas à leur humanité mais à leur égoïsme,
Nous ne leur parlons pas de nos besoins mais de leur intérêt. »

Adam Smith

La proposition de plan de débat n’a pas fait l’objet de propositions de modifications mais les réactions enregistrées vont sans doute me contraindre à le modifier, comme elles vont peut-être me conduire à m’engager dans un certain nombre de domaines connexes, sans pour autant revenir sur l’objectif principal, APPORTER DES REPERES ET NON DICTER DES CONCLUSIONS, ce qui ne m ‘empêchera pas d’exprimer les miennes. D’ores et déjà la seconde partie devient « Marché » et « Capitalisme » et non « Le Marché » seulement.

Je souhaite avant tout sortir du clair obscur dans lequel, pour des raisons différentes, spécialistes et politiques confinent le discours économique. Il s’agit bien de simplifier, avec les risques que cela comporte, d’éclairer, pour que les non-spécialistes s’y retrouvent. On peut faire une hypothèse pour expliquer ce clair-obscur entretenu: Première temps, les théoriciens, économistes universitaires ou non, prix Nobel éventuellement, se sont livrés, de façon souvent délibérée, à des jeux intellectuels, sur des bases mathématiques , - et je ne parle pas ici de l’économétrie qui n’a rien à voir avec ces jeux -. Ce faisant, partant de concepts simples, portés par l’histoire des idées et des pratiques, ils ont construit un système théorique . Seconde temps, les mêmes ou d’autres, d’autres plutôt, se sont ensuite efforcés d’enfermer la réalité dans ces systèmes, sans toujours se préoccuper des « conditions aux limites », autrement dit, de bien connaître les limites de validité des concepts dans lesquels ils eussent voulu que la réalité veuille bien s’inscrire.

Les entrepreneurs ont rapidement compris l’intérêt qu’ils pourraient tirer d’une réalité économique contrainte de s’inscrire sans réserve, dans un cadre conceptuel rigide. Ils ont rarement tenu compte des restrictions que les théoriciens eux-mêmes apportaient en précisant les conditions de validité des concepts ou en proposant, face à des situations concrètes, des solutions qui ne cadraient pas avec leurs propres théories. La théorie a, au fil du temps, servi de justification à des opérations de conquêtes (de marché mais pas seulement). Ce n’est pas sans raison que l’on a vu se rapprocher le vocabulaire de grandes Ecoles militaires de celui des grandes écoles commerciales.

Ceci étant, ces mêmes entrepreneurs, privés ou non, ont rapidement compris qu’ils pourraient toujours, disposant de l’argent et des emplois, et donc souvent d’un poids politique essentiel, appeler la collectivité à leur aide lorsqu’étant sortis du domaine de validité de leurs systèmes, ils se heurteraient à des obstacles imprévus, les crises. Ils n’hésitent plus alors, pour attendre « la sortie de crise », « le bout du tunnel », à prier les pouvoirs publics de prendre les mesures, mêmes très directives, mêmes révolutionnaires (voire le rôle de la CIA au Chili), quelquefois brutales, qui leur permettront de rétablir leurs situation, financière d’abord.

Pour comprendre comment les entrepreneurs américains ont utilisé l’idéologie du marché pour justifier leur prise de pouvoir, je renvoie à l’histoire de l’Amérique de Zinn. A titre anecdotique, elle montre que quelques uns des généraux les plus célèbres de l’Armée Américaine au cours de la seconde guerre mondiale ont gagné leurs galons, non sur des champs de bataille européens, mais en acceptant, en 1930, de libérer par la force des armes, Washington, des chômeurs réunis pour crier leur misère, en pleine crise…Voir aussi le dossier de la future privatisation d’E.D.F.(dossier Jean-Marcel MOULIN publié en partie par Attac) à propos de laquelle les banques ont demandé que la société soit libérée d’une grande partie de ses charges et engagements, par report sur un budget d’Etat,… que nous contribuables, après avoir payé nos factures d’éléctrécité, continueront de supporter… Mais ainsi va la vie, .. Privatisation, oui, …mais pas au juste prix. Quelle belle entorse aux lois du « marché » ! Nous y reviendrons. Au fait, une privatisation à des prix inférieurs à ceux que produirait une approche comptable normale, n’est-ce pas répréhensible ?

21 – Le « Marché », de la réalité de nos villages au mythe fondateur d’un éternel bonheur !

De la réalité de nos villages…Qu’on ne prenne pas le titre pour une boutade. On verra que chaque mot correspond à quelque chose de précis. Le marché est sans doute apparu avec le premier village. Sans remonter très loin, il est probable que la réalité du marché villageois remonte à plusieurs millénaires. Et je ne veux pas ici faire preuve de simplisme. On verra en effet qu’un marché global qui fonctionnerait dans les conditions du marché de village, fonctionnerait sans doute assez bien, dans des conditions peut-être pas très éloignées du modèle théorique dont on parlera un peu plus loin. La condition d’information totale par exemple y est sans doute assez bien satisfaite. Ce serait d’ailleurs un exercice intéressant, s’il n’a déjà été fait, que d’examiner de façon systématique, la façon dont les marchés de villages, de villes,…satisfont les conditions fondamentales d’un marché presque parfait,… avec les défauts du marché parfait (la réalisation du prix d’équilibre d’un produit ne permet jamais à celui qui n’a pas de moyens suffisants d’acquérir le produit désiré). Par conséquent, le bon fonctionnement du marché ne répond pas nécessairement aux besoins. On ne peut pas, assimiler « besoins » et « demandes ». Pour certains théoriciens, cette situation est assez incompréhensible.

Si l’on se place du point de vue du marché villageois, tel qu’il existe encore partout, la définition simple que le Larousse donne de l’Economie et que certains pouvaient considérer comme simpliste, ne l’est pas tellement. La définition simple qu’il nous donne correspond bien à la réalité du marché villageois, modèle simple mais valide, et non simpliste, ce qui le priverait de crédibilité. On verra qu’en retenant un modèle proche, celui du marché financier, Léon Walras faisait un choix, en fait assez peu différent. Mais, attention, pour ceux qui s’intéressent aujourd’hui aux produits financiers, on ne peut pas passer simplement du concept de « marché financier » à celui de « produits financiers », le produit financier relevant, à notre sens, de l’Econométrie et non de l’Economie. Chaque produit financier relève en effet d’un concept fondateur, mathématiquement formulé, assorti de conditions d’existence, dont les rendements sont prévisibles si les conditions de fonctionnement du marché restent inchangées, ce qui d’ailleurs se produit rarement. Le fonctionnement du marché financier présente sans doute des analogies avec le marché villageois mais le produit financier qu’on y vend n’a rien à voir avec le produit du cultivateur. Il est d’une autre nature.

Au mythe fondateur d’un éternel bonheur…Tout le monde en parle. C’est une sorte d’absolu qui rôde en permanence, dont on ne peut se séparer, que l’on devrait défendre avec constance, …C’est la règle obscure qui régirait notre civilisation, qui régirait, à coup sûr, toutes les civilisations, lesquelles d’ailleurs, sous sa pression, tendront à l’uniformisation des comportements et pratiques dans des domaines chaque jour plus étendus….Et Mac Do deviendra la norme de la gastronomie mondiale !!! Oublions l’histoire et les racines certaines mais lointaines du concept pour l’examiner tel qu’il se présente aujourd’hui dans le discours dominant, qui n’est pas nécessairement celui des chercheurs, des universitaires et des prix Nobel, plutôt celui des milieux d’affaires et des politiques.

Le « Marché » est un lieu abstrait où se rencontrent l’Offre et la Demande, hypothèse étant qu’il y a offre dès qu’il y a demande, chaque fois qu’il y a besoin. L’Offre anime le Marché en n’hésitant pas à franchir les limites des besoins réels. (Mais qu’est ce qu’un besoin réel ?). C’est tout le jeu du marketing qui consiste à provoquer sans cesse de nouvelles demandes. Dans ce contexte, les entrepreneurs sont les porteurs de l’offre. Ils animent le « marché ». Les demandeurs, c’est à dire les acheteurs, les consommateurs, devraient trouver, à travers l’offre, des réponses à tous leurs besoins. Leur unique souci serait alors de maximiser l’utilité de leur comportement, en s’efforçant d’acheter au meilleur prix. Mais qui décide du prix optimum d’un produit ?

Les économistes classique et néoclassiques font référence à « une main invisible » qui décide de l’évolution des prix, y compris sur les marchés financiers. Ce faisant, « la main invisible » guide le marché dans le meilleur sens possible, celui de l’intérêt général. Il ne faut surtout pas contrecarrer son action. L’ensemble des prix d’équilibre auquel conduit l’évolution du marché garantirait le bien-être, sinon le bonheur des consommateurs. C’est à ce stade que l’on peut parler de « mythe fondateur » car les concepts de « main invisible « et de « garantie de bien-être » échappent à toute démonstration scientifique.

Cette théorie, dite de l’Equilibre Economique Général, constitue le cœur d’une doctrine qui se présente souvent comme la seule possible, et donc, à ce titre, comme porteuse d’un absolu en fonction duquel, depuis la seconde guerre mondiale, les organismes internationaux responsables de l’Economique se déterminent. Règle de base : Nul ne doit s’opposer à l’action de cette « main invisible » qui, si on la laisse agir, conduira à l’Equilibre Economique Général, source de bien-être généralisé. En clair, laisser faire les entrepreneurs. Ils se chargent de l’offre. La « main invisible « fera le reste. Surtout, ne les gênez pas.

Chacun sent bien que ce concept global sort du champ de la rationalité. Il renvoie, soit à une idéologie, voire à une pseudo-théologie, soit plus simplement , mais cela revient au même, à l’idée que la somme des recherches individuelles de profit conduit nécessairement à la maximisation des profits collectifs. Le concept a quelque chose d’irréel, sauf pour qui refuse toute autre motivation que son profit, au plan individuel, à la limite, au plan de son entreprise. On pourrait d’emblée rejeter une telle approche, trop individualiste, trop contraire aussi au constat quotidien car on est entré dans le troisième millénaire et le marché n’a pas apporté le bien-être généralisé, annoncé pourtant depuis de nombreuses décennies.


Mais, nous semble-t-il, une attitude trop tranchée serait, à son tour, trop idéologique. Il est vrai que beaucoup d’entrepreneurs estiment, en toute bonne foi, que la somme de leur réussite construira une réussite beaucoup plus globale. Il est impossible de ne voir dans cette démarche, individualiste certes, qu’erreurs ou alibis. Pour choquant que cela puisse paraître à certains, il y a dans cette façon d’appréhender la réalité économique, quelque chose de vrai. Les réussites individuelles ne garantissent certainement pas le bien-être généralisé. Mais pourrait-on parler de bien-être, même limité, dans un village où artisans et commerçants ne s’assureraient pas un minimum de profits ? Certainement pas. On verra plus loin que la référence au profit individuel renvoie, loin dans notre histoire, à la pensée janséniste d’une façon dont on retrouvera l’origine en se référant au cours de Meunier déjà cité.

Le concept de « marché » a, chez les économistes classiques et néo-classiques des limites. Quelles sont-elles ? Il s ‘agit des conditions de la concurrence pure et des critères de la concurrence parfaite.


- Hypothèses de la concurrence pure (extraits du cours de Meunier déjà cité «),

« atomicité de l’offre et de la demande » : les agents économiques ont une taille tellement réduite et sont tellement nombreux qu’ils ne peuvent en aucun cas, de façon autonome, influer sur les prix et les quantités échangées. Il n’y a ni entreprise dominante, ni possibilité d’entente entre entreprises ou consommateurs.

« homogénéïté du produit » : Le consommateur doit être incapable de différencier les produits en fonction de l’entreprise qui les fabrique. Il est interdit de se distinguer de ses concurrents par des moyens tels que la publicité…

« la fluidité du marché » : Quiconque veut formuler une offre ou une demande sur le marché en a la possibilité, sans coût ni délai . Entrée et sortie libre. Pas de quota, de contingentement, de rationnement, de cartels, d’intrusion de l’Etat….

- Critères de concurrence parfaite (même référence que supra),

« la transparence du marché » : Tous les agents économiques doivent pouvoir accéder à toutes les informations disponibles, en particulier avoir accès à tous les prix…

« mobilité des facteurs de production « les facteurs de production, capital et main d’œuvre, doivent pouvoir se déplacer sans obstacle d’une activité à une autre en fonction des perspectives de salaires et de profits.

On voit bien qu’en dehors du second critère de concurrence parfaite, on n’est pratiquement jamais complètement dans les conditions de fonctionnement optimales du marché.

- Les limites théoriques.

Pendant de nombreuses années, les économistes néoclassiques ont tenté de démontrer mathématiquement l’existence de la situation d’Equilibre Economique Général. Ils ont pu croire le résultat enfin atteint dans les années 1970. Puis ce fut le constat d’échec. On parvint à démontrer qu’il existait, non un état d’équilibre général, mais des situations d’équilibre, ponctuelles, fugitives et non corrélées. On n’avait pas d’ailleurs pas besoin de démonstration mathématique précise pour constater qu’il n’existait pas réellement de situation d’équilibre conduisant spontanément au bien-être général. Mais on sait maintenant qu’il est inutile d’ « attendre le bout du tunnel » et de poursuivre d’inutiles investigations dans cette direction.

Le « Marché », qu’il soit limité ou global, n’a pas de qualités intrinsèques spéciales. La « main invisible » qui devait conduire à l’équilibre n’existe pas. Le « marché » n’a pas de réalité scientifique. C’est un fait d’histoire, utile certes, avec des modalités de mise en œuvre qui ne peuvent s’avérer efficaces que si l’on parvient à en déterminer correctement les conditions de mise en œuvre, dans un contexte donné. Et qui devrait déterminer ces conditions de mise en œuvre, sinon le pouvoir politique ? .

Ils ont cru au « marché… ». :

- B. de Mandeville, 1670( ?)- 1733, » La Fable des Abeilles » où les vices privés peuvent
conduire à un bénéfice public…

- Adam Smith, 1723 – 1790, Hymne au « marché », la « main invisible » déjà .

- Jean-Baptiste Say, 1767 – 1832, L’offre, moteur du « marché », affirmation de
l’impossibilité des crises de surproduction.

- David Ricardo, 1772 - 1823, Analyse de la valeur, loi des « avantages comparatifs
apologie du libre-échange.

- Léon Walras, 1834 - 1910, Né à Evreux, mort en suisse après avoir enseigné
l’Economie à Lausanne. Il établit la courbe de la
demande en fonction des prix, de l’utilité en fonction
des quantités consommées, théorie généralisée de
l’échange et de l’équilibre général. Mais il ne parvient
pas à une démonstration mathématique probante de
l’existence de la situation d’équilibre général.

- Vilfredo Pareto, 1848 - 1923, Succède à Walras à l’Université de Lausanne et
développe la théorie du bien-être collectif « qui peut
être optimal alors même que…. »
Il a eu Mussolini pour étudiant et rompt avec le
Libéralisme en fin de carrière.

- J.Hicks, Prix Nobel 1972, contribution à la théorie de
équilibre général et du bien – être.



Ils ont développé la théorie du marché au mieux de leurs possibilités conceptuelles. Mais leurs convictions personnelles n’étaient pas toujours totales : Léon Walras se déclarait opposé, au plan politique, au capitalisme concurrentiel et favorable aux nationalisations. Il encourage son client, le Canton de Vaud, à ne pas privatiser la propriété foncière. Cf. « De l’impôt dans le canton de Vaud ». Vilfredo Pareto, successeur de Walras, à la chaire d’économie de l’Université de Lausanne, rompt finalement avec le libéralisme intégral et déclare que les systèmes économiques planifiés peuvent être aussi bons que ceux dans lesquels règne la libre concurrence.

Ils n’avaient pas d’enthousiasme pour un marché tout puissant….

- Th. Robert Malthus, 1766 – 1834, Vision pessimiste de l’Economie,. Il faut limiter la
population.
- John Stuart Mill, - 1848, Son analyse de l’économie est de nature libérale, mais
il devine les problèmes sociaux, préconise l’association
«capital-travail « et conseille les coopératives de
production.
- Sismondi, 1773 – 1842, Critique du libéralisme qui entraînerait une sous-
consommation chez les ouvriers, rendant nécessaire,
quoique dangereuses les interventions de l’Etat.

- Karl Marx, 1818 – 1883, Théorie complète de l’Economie, niant le
libéralisme mais mis en œuvre de façon catastrophique
par les régimes socialistes,de type soviétique. Il devrait
probablement susciter un regain d’intérêt.

. - Gérard Debreu, 1921 - Mathématicien et économiste français, naturalisé
américain, prix Nobel d’économie 1983. Enseignant à
Berkeley. Introduction de nouvelles méthodes
Analytiques dans la théorie économique et sa
Reformulation de l’équilibre général.


Gérard Debreu, quelques années après avoir reçu le Nobel, rejoint et confirme les conclusions de l’économiste Sonnenscheim selon lesquelles il n’existe pas d’équilibre de marché, unique et stable.


- John Maynard Keynes,
1883 – 1946, Se situe de façon très critique dans le courant libéral.
Il privilégie la demande, justifie l’intervention publique,
Recommande une politique de croissance et de plein
Emploi, même s’il y a déficit budgétaire.

- Joseph Stiglitz, Américain, Prix Nobel d’Economie 2000. A présidé le
comité des conseillers économiques de B.Clinton,
puis vice-président de la Banque Mondiale, puis
vice-président du FMI. Admet l’échec des politiques
libérales et préconise la recherche d’autres solutions.

Cette énumération n’est évidemment pas exhaustive. Il s’agissait d’abord de fournir des références. Il s’agissait aussi de montrer que tous les économistes non marxistes ne partagent pas le même enthousiasme pour un « marché » qui n’a plus aujourd’hui de support théorique admis et suffisant. Une question centrale est alors posée : Sur quoi peut-on s’appuyer ? La seule réponse actuelle, en l’état de la réflexion, est un retour au collectif. Il appartient aux responsables politiques d’affirmer des objectifs et de se donner les moyens de les atteindre, en intégrant les possibilités techniques qu’offre une longue pratique du « marché ». A ce stade, se pose avec acuité la question des territoires adaptés à la recherche de solutions aux problèmes économiques. On est très loin des pratiques de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), et du Commissaire européen pour le commerce, Pascal Lamy. L’évolution personnelle de Pascal Lamy illustre l’évolution des socialistes français de la période Jospin vers l’acceptation complète de concepts périmés.

On notera que les participants au dernier Forum de Davos ont finalement admis que « chaque pays doit appliquer la politique économique et sociale qui lui convient sans exiger fidélité à l’orthodoxie économique et financière…le consensus de Washington ; (cf. ATTAC, Info 402 du 19 février 2003 ).



Par liger - Publié dans : economie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 19 décembre 2006
« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

RPC3 – février 2003


De l’histoire à l’économie


« Aujourd’hui le système capitaliste est à la croisée
des chemins, exactement comme pendant la
Grande Crise.
A présent, des millions de personnes attendent dans
Le monde de voir s’il est possible de réformer
La Mondialisation
Pour que ses bénéfices soient largement partagés. »

J.Stiglitz, » la Grande désillusion »,P. 319.


1 – Situation de l’observateur et contenu du champ d’observation.

L’envoi n°1, du 5 janvier 2003, annonçait l’ouverture du débat. L’envoi n°2 , reprenant la présentation précédente en tenant compte des premières réactions reçues, proposait un plan de discussion. L’envoi n°3 porte sur la première partie du plan annoncé. Le débat proposé a pour but de proposer des « repères pour comprendre l’économie ». Il n’est pas animé par un ou des économistes »professionnels » et n’est pas destiné non plus à des théoriciens, universitaires, chercheurs…C’est un débat entre personnes , souvent très impliquées professionnellement , élus, agents de développement économique , consultants, responsables d’associations et de PME, militants associatifs et politiques…..qui souhaitent pouvoir interpréter les faits dont ils sont témoins sans être contraints, faute d’une information suffisante, de se rallier aux thèses dominantes, à la « pensée unique «. Reste que la participation d’économistes « professionnels » est souhaitable. Ils veilleront à ce que le débat ne dérive pas trop !

Notre ambition est aussi d’apporter une information synthétique où l’accent sera mis sur des définitions, des références, voire des rappels de l’histoire récente, chacun pouvant ensuite effectuer, seul ou avec notre concours, un pas de plus. Nous renverrons aussi à des textes disponibles sur le web que nous ne reproduirons pas, en tout cas, intégralement.

S’agissant d’un débat entre « observateurs », diversement impliqués dans le champ économique, il est impossible, et nous reviendrons sur cette question, de faire abstraction de la situation des observateurs eux-mêmes, dont on sait qu’elle n’est pas neutre par rapport au contenu des observations. Chaque participant gagne à éclairer sa propre position avant d’apporter, observations, critiques et compléments. C’est pourquoi j’ai consacré une partie de cet envoi à la description de ma propre situation : Quelle était ma position personnelle, comme observateur, position en partie professionnelle évidemment, mais non exclusivement ? A partir de cette position, qu’ai-je retenu du panorama que m’offrait la vie économique, de la fin de la seconde guerre mondiale à maintenant ?


11- Mais, d’abord, qu’est-ce que l’Economie ?

Question apparemment simple mais nécessaire . Voir le dictionnaire Larousse, édit. 1997 : » L’Economie, c’est l’administration de la maison ». Du grec « oikonomia ». C’est simple mais suffisant pour que nous nous sentions tous concernés. Suite de la définition : « ensemble des activités d’une collectivité humaine relative à la production, la distribution et la consommation des richesses ». On devine que le concept de « marché » colle à la définition de l’Economie et que le concept de »collectivité humaine », de la famille au monde entier, couvre tout le champ des collectivités, commune, région, nation….et l’Economie, de l’Economie domestique à l’Economie mondialisée.

On peut ensuite se poser la question de savoir si l’Economie est une science à part entière ou non, surtout si l’on prête attention à la place des mathématiques dans l’outillage des économistes. Qu’ils veuillent bien ne pas se vexer trop de la question. Beaucoup d’économistes ont été, d’abord ou simultanément, des mathématiciens. Le propre d’une science exacte est de permettre la prévision, et de permettre la répétition des phénomènes, ceci autant de fois que l’on voudra bien refaire la même expérience. Or chacun sait que la caractéristique la plus notable de l’Economie est de couvrir un domaine où les prévisions sont souvent erronées. « Un économiste, écrit Bernard Maris ( Lettre ouverte aux gourous de l’économie…P.15, Albin Michel, 1998 ), est celui qui est toujours capable d’expliquer le lendemain pourquoi la veille il disait le contraire de ce qui s’est passé aujourd’hui. ». En fait l’Economie est plus proche des sciences dites humaines , psychologie et sociologie, par exemple. Maurice Allais, prix Nobel d’Economie 1988, « lors de la remise de son prix, dit qu’au fond l’économie, ce n’est que de la psychologie. Hicks, prix Nobel d’Economie en 1972, va même jusqu’à admettre que » la seule Economie possible, c’est l’Histoire et que la notion de loi économique n’a pas de sens » .

Mais ne pas confondre l’ « Economie » et l’« Econométrie », qui, par définition, porte sur la modélisation de faits relevant de l’Economie, et donc de l’administration de la maison ». La question est alors de savoir à quel moment passe-t-on de l’Economie à l’Econométrie. Sur le plan conceptuel, l’introduction, en Economie, de la théorie des jeux est sans doute l’une des réponses possibles. Mais ce n’est sans doute pas la seule.

A l’appui de ces quelques interrogations sur la nature plus ou moins scientifique de l’Economie, on rappellera que l’apparition d’un prix d’économie à la mémoire d’Alfred Nobel ne date que de 1968. Depuis cette date, cinquante deux Economistes ont été récompensés, dont trente-quatre américains ( avec un Franco-Américain, Debreu, en 1983 ) et sept anglais. La France n’apparaît qu’une fois, à part entière, dans la liste des titulaires de ce prix, l’Allemagne, une fois. La Russie n’apparaît que deux fois, représentée par deux russes immigrés aux Etats-Unis, les Indes, une fois. Pas d’autres représentants de l’Asie, aucun d’Afrique, aucun d’Amérique du Sud…Comme si le prix Nobel d’Economie avait été créé pour assurer la meilleure diffusion possible des conceptions américaines, ou que l’Economie soit parente pauvre de la recherche, ailleurs qu’aux Etats-Unis.

Dans la mesure où la théorie économique sert souvent de couverture à des politiques hégémoniques, reprises depuis la seconde guerre mondiale par des organismes internationaux inspirés par le Trésor Américain ( FMI ), on peut se demander si la répartition des prix Nobel, telle que nous venons de l’évoquer, n’est pas une manifestation de cette hégémonie. Mais ne pas aller trop loin, trop vite, dans cette voie : L’Economie fut, au « siècle des lumières », et durant tout le dix-neuvième, un affaire très européenne, française, anglaise, allemande, italienne, suisse.. .On pourrait croire, à lire la liste des Prix Nobel que cela a complètement changé. Est-ce vrai ? Et pourquoi ? Hicks l’avait bien dit, l’économie , c’est de l’histoire. Question intéressante à creuser plus tard, après avoir lu Zinn, historien américain actuel, dont la volumineuse histoire des Etats-Unis n’est pas encore traduite en français, alors qu’elle l’est déjà dans de nombreuses autres langues, dont l’Arabe.
A ce stade, je vois bien que les définitions initiales, pour simples qu’elles soient, conduisent déjà au cœur du débat lui-même. Nous y reviendrons. J’étais, pour ma part, par ma formation comme par mes activités professionnelles et autres, très éloigné des économistes, dont je ne suivais évidemment pas les travaux avec beaucoup d’attention, d’autant , comme on peut le lire dans le récapitulatif des auteurs nobelisés en Economie figurant sur internet, que « en dehors des universités, les Nobel de sciences économique bénéficient d’une notoriété très variable ! « Ce qui paraît une façon simple et non polémique de dire qu’on les lit peu en dehors d’un cercle restreint d’initiés dont je ne faisais pas partie.

1.2 – Mon observatoire…

je ne suis pas économiste de formation ( j’ai été formé à Saint-Cyr !), je n’étais pas économiste du tout, ce qui me permet d’implorer l’indulgence des professionnels . Dix-sept ans plus tard, ayant quitté la Défense Nationale, dont les programmes n’étaient pas plus étranger à l’économie, j’abordais l’Economie au sein du groupe Total où je m’occupais de l’organisation du réseau de distribution et où j’eus à traiter quelques problèmes relevant plutôt de ce certains appellent aujourd’hui « l’économie industrielle », à l’époque on parlait aussi de « recherche opérationnelle ». Le Directeur des études de la Société Total-Distribution dont je dépendais préparait alors activement la conférence d’ Alger qui marqua le début de la première grande crises pétrolière et fut le point de départ de bien des changements, un deuxième grand train de changement au plan mondial, six après le départ, en 1968, du train de l’autogestion . Avant la conférence d’Alger, les pétroliers cherchaient encore à vendre par tous les moyens un maximum de leurs produits : Le service commercial de Total Distribution poussait alors ce qu’on appelait la « vente au capot », le forcing auprès du consommateur. On arrivait à persuader une conductrice de changer d’huile moteur plusieurs fois par semaine ! et l’on distribuait aux acheteurs de carburants des romans pour les inciter à rester chez Total !

Je pris ensuite , au sein des Organismes Nationaux du Régime Général de la Sécurité Sociale, des responsabilités significatives qui m’ont amené à siéger dans leurs Conseils d’Administration comme responsable de certains secteurs importants, organisation, informatique, contrôle de gestion. J’ai ainsi pris part à la recherche de solutions à différents problèmes de nature économique, Centralisation des informations relatives aux revenus des professions de santé , mise au point d’un système de cotisations sociales pour les industries textiles alors en grand difficultés, réalisation d’un système informatisé de centralisation du produit du recouvrement des cotisations sociales (3 à 4 MdsF/jour ),… Je me rendais alors, chaque année, au Centre National d’Etudes Supérieures de Sécurité Sociale ( à Saint-Etienne ), pour présenter les perspectives en matière d’organisation et d’informatique de la branche « maladie » - les Caisses Primaires- puis de celles du « recouvrement » - les URSSAF-. L’un de mes sujets de prédilection était la question du « trou » de la Sécurité Sociale. Je m’attachais à la démystifier sachant que le trou n’existe que si les statisticiens ont fait des erreurs de prévisions, ce qui est fréquent, ou si les politiques ont oublié de faire leur métier, c’est à dire de créer les ressources correspondant aux risques à couvrir. Comment ne pas rappeler, à ce stade, que dans les années 70 à 80, les experts du CNPF ( devenu par la suite MEDEF ) estimaient que le système de retraite par répartition était plus efficace, à tous les points de vue, que le système de retraite par capitalisation. On reviendra sur cette question étroitement liée à la nature même du capitalisme financier et à l’intérêt pour lui de faire transiter l’argent des retraites par des fonds de pension plutôt que de le distribuer directement.

En 1985, je fus amené à me séparer de mon chef, le Directeur de l’Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale, où je terminais la mise au point du système informatique qui allait équiper les URSSAF par la suite. Après avoir vécu la recherche d’emploi pendant vingt-trois mois, par ailleurs très favorables à la réflexion et à diverses activités associatives, je créai mon cabinet de consultants. Je plongeai dans de nouveaux domaines de l’économie, notamment la création et la gestion d’entreprises, domaine privilégié de l’économie de marché vue sous l’angle pratique du marketing, de l’offre qu’on apporte aux acheteurs que l’on cherche. Durant cette période, le cabinet eut l’occasion de travailler dans des pays d’Europe de l’Est, spécialement les pays Baltes ( à partir de 1991 ) et la Roumanie, un peu plus tard. Mon épouse et moi-même fumes parmi les tous premiers, venus de l’Ouest, à débarquer du ferry Estonia, en provenance de Suède, sur le quai du port de Tallin, quelques heures après le départ du dernier char russe. Dans les quelques jours qui suivirent, nous eûmes l’occasion de rencontrer les principaux responsables des villes de Tallin (Estonie), de Riga ( Lettonie ) et de Kaunas ( seconde ville de Lituanie ) et d’apporter un point de vue, d’ailleurs prudent, à l’occasion de plusieurs opérations concernant en particulier la vente de biens appartenant aux villes en question, Riga plus particulièrement dont nous avions accueilli le Maire, à Paris, quelques mois plus tôt.

Nous avons plus tard travaillé avec l’Université lituanienne de Kaunas. Nous avons fêté, sur place, son vingt-cinquième anniversaire et fus, à cette occasion, amené à participer à la remise les diplômes de fin d’année, en compagnie du Recteur !. Nous avons pu constater à quel point nos concepts de base en matière d’économie étaient alors vides. Puis nous y avons observé les premiers pas de la « privatisation », telle qu’elle était initialement prévue, c’est à dire au profit de tous (!!!). On avait alors prévu d’attribuer à chacun des coupons, dits de privatisation, représentant un droit sur une fraction des propriétés collectives. Le système, par la suite, a été « détourné ». Cela m’a donné l’occasion , en 1993, de préparer un numéro de la revue « DEVENIRS », ( n°18) de la Fondation Ailes, sur « le passage à l’économie de marché : les pays baltes », avec la participation d’universitaires lettons et lituaniens, et de Jean Daniel, pour ce qui concerne la Préface. Rien ne s’est passé comme prévu et l’on reviendra plus tard sur l’échec du passage à l’Economie de Marché de la Russie et de la plupart des pays de l’Est européen . Plus tard, nous avons travaillé en Roumanie, pays passionnant mais quelques fois décevant. Nous avons longuement tenté d’y installer, à partir de brevets et procédés français une activité de montage d’unités de potabilisation de l’eau. L’histoire de cet échec mériterait 100 pages de roman.

Pendant la quinzaine d’années d’activité intense du cabinet, nous avons été conduits à nous investir dans des opérations concernant les populations immigrés résidant en France. En 1993, un long travail concernant la question de la » Médiation » en cas de conflits urbains » nous amena à entrer profondément dans l’histoire d’un certain nombre de « grandes cités », les Mureaux, le Val Fourré, les quartiers périphériques d’Angoulême,….Une mission de longue durée auprès des populations turques de la Creuse tournait autour des conséquence de la relance de la « filière bois », opération intéressante mais pour laquelle la Creuse manquait cruellement de bûcherons, au point d’amener le gouvernement français à passer avec la Turquie, en 1965, un accord de main d’œuvre permettant d’importer les bûcherons nécessaires, comme on l’avait fait au Val Fourré et aux Mureaux pour fournir un nombre suffisant d’ouvriers aux usines Renault des Mureaux. .

D’un observatoire pas spécialement bien placé, et je n’étais pas spécialement bien placé, pas mieux que n’importe lequel des lecteurs du « Monde », on ne voit pas tout. .
Les spécialistes en profitent et, souvent, chacun se tait acceptant leurs propos sans trop discuter. Pour ce qui me concerne, je vais essayer de décrire succinctement quelques unes des images de ce dernier demi-siècle, telles qu’elles me sont apparues, illustrant ce qui m’a le plus frappé et permettant de comprendre le sens de la démarche que j’ai ensuite adoptée.

1.3 – Quelques points remarquables ….

En France, plus de cinquante années marquées par la mise en œuvre du programme du Conseil National de la Résistance, d’inspiration sociale sinon socialiste, dès 1944, puis de la « Reconstruction », grâce au plan Marshall, et donc de l’aide américaine. Ce fut ensuite, au plan mondial, « la Guerre Froide », marquée, dès l’origine, par le Blocus de Berlin et des prises de pouvoir par la force dans les Républiques d’Europe Orientale, guerre de Corée, d’Indochine, d’Algérie,… le tout sur fond idéologique marqué, colonisés contre colonialistes, bons contre mauvais, blancs contre rouges, finalement capitalistes contre communistes.

Lorsque j’étais élève-officier, dans les années cinquante, on nous formait pour mener des guerres « contre-révolutionnaires ». « La route de Paris passe par Pékin et Alger » nous répétait-on. Il n’y avait pas de questions à se poser. Les américains, à travers l’OTAN, représentaient la puissance protectrice, même si leur comportement face à nos guerres contre-révolutionnaires était loin de nous être toujours favorable . La politique indépendante
du Général De Gaulle n’y changerait rien. Il allait de soi que, dans ce contexte, on ne remettait pas en cause le capitalisme américain, qui n’était d’ailleurs pas tout à fait le notre. Mais on ne creusait pas la différence.

La période se terminait dans les années quatre vingt-dix par la chute du Rideau de Fer, salué par beaucoup , comme la victoire d’une idéologie sur une autre. Meunier, dans l’introduction de son cours d’économie disponible sur Internet, indique que » l’ère nouvelle( qui commençait avec la chute du mur de Berlin n’est en fait que le triomphe d’une idéologie vieille de plusieurs siècles se dénommant « libéralisme » et de ses produits économiques que sont « la loi du marché » et la rationalité ».

Le Capitalisme manifestait sa supériorité. Le Collectivisme implosait. Tout était clair. On ne se demandait pas si l’implosion de l’un témoignait réellement de la supériorité de l’autre. Il allait de soi que les pays communistes allaient passer à l’économie de marché. Ce serait la prospérité pour tous. Chacun sait maintenant que les choses en allèrent différemment . La transition à l’économie de marché, pour la Russie, fut un échec, le pouvoir politique restant par ailleurs entre les mains des apparatchiks, y compris lorsqu’il s’agit de Poutine. Les républiques satellites n’eurent guère plus de succès. La Chine quant à elle , choisit résolument une autre voie, celle du « gradualisme », que Gorbatchev sans doute aurait souhaité emprunter mais sans y parvenir. A noter que le « gradualisme » n’était pas la solution de transition souhaitée par les «libéraux » car l’encadrement politique du marché y reste essentiel. On constate aujourd’hui que ce choix de principe, qui est celui que la Chine a retenu, semble, en Chine, un choix performant. Le taux actuel de croissance y est de 8% par an depuis des années, sans que personne ne puisse imposer à ce pays quoi que ce soit, au plan politique spécialement.

La « reconstruction » dans le cadre du plan Marshall s’est accompagnée de la mise en place d’institutions internationales largement dominées par les Etats-Unis, l’ONU d’abord, mais aussi, après la conférence de BRETTON WOODS, le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, l’OTAN,…Sur le plan économique, le dispositif a sans doute été largement inspiré par les idées de Keynes, partisan du soutien fort de l’Etat en cas de crise, quelle qu’en soit l’origine… mais son influence n’a cependant été que partielle. Le FMI et la banque Mondiale ont rapidement adopté des comportements très »libéraux » pour se montrer en finale incapables de prévoir et traiter les nombreuses crises survenues dans les années 90, spécialement en Asie, Japon, Corée du sud, Thaïlande, Indonésie,… et en Amérique du Sud, Chili, Argentine, Venezuela, Brésil … et d’autres, sans parler des conflits internes au Pérou ou en Bolivie, Bien entendu, on trouve ceux qui pensent que les crises signifient que l’on n’a pas su donner suffisamment « de temps au temps ». Elles ne condamneraient pas, dès lors, le libéralisme mais devraient nous encourager à attendre…( comme disait monsieur Barre, alors premier ministre, » le bout du tunnel ». Il y a ceux qui, de plus en plus nombreux, pensent que le » Libéralisme » n’est capable ni de prévoir, ni de prévenir, ni même de soigner les crises. C’est la thèse centrale de Stiglitz. La régulation du « libéralisme » devient dès lors nécessaire. On n’attend plus, on doit agir, sans revenir pour autant au collectivisme, mais sans renoncer pour autant à traiter un certain nombre de problèmes hors « Marché ».

1.4 - La Guerre Froide : Affrontement de deux façons de comprendre l’Economie ?

On a évoqué plus haut la façon simpliste de présenter la Guerre Froide, capitalisme contre marxisme. La réalité est plus complexe. Aux Etats-Unis, en matière d’économie, le libéralisme fait la loi. J’emploie ici le terme Libéralisme et non Capitalisme pour éviter toute ambiguïté. Le « capitalisme » peut être, en effet, un capitalisme privé ( les fonds appartiennent à l’entrepreneur ou sont empruntés par lui ), et l’on est alors ramené au cas d’emploi le plus usuel, c’est vrai, ou un capitalisme public, et l’on est alors ramené à la propriété « socialiste », propriété collective des moyens de production ( Marx ), telle qu’on l’entendait dans le monde soviétique, ou à la propriété collective telle qu’on la pratique en occident, industries nationales dont l’Etat détient une part importante du capital ( Air France), SNCF ou compagnie des chemins de fer britanniques avant leur privatisation par madame Tatcher. Aux Etats-Unis, le libéralisme fait la loi lorsque les intérêts des acteurs économiques américains ne sont pas en cause. Ce ‘est pas le cas de l’agriculture américaine qui ne respecte pas les règles du libéralisme. Ce n’est pas le cas non plus lorsque, sur un point particulier, l’industrie américaine se sent trop menacée. Voir, après 1990, la constitution d’un cartel de l’aluminium pour écarter l’aluminium russe moins coûteux. Pour ceux que cela peut intéresser, regarder de façon plus précise la réalité des lois anti-dumping qui permettent à l’Administration Américaine de déterminer elle-même les prix qui devraient être pratiqués pour ne pas être considérés comme des prix de dumping.

La Guerre Froide a finalement opposé, aux Etats Socialistes, des Etats qui avaient des conceptions différentes de ce que pouvait être le capitalisme, capitalisme pur et dur, capitalisme avec entorses en fonction des intérêts en cause, capitalisme avec une part de propriété collective des moyens de production, ( économie mixte ). La France était et reste encore dans le domaine de l’économie mixte, ne fut-ce que du fait de l’existence d’un secteur de l’Economie Sociale où l’on peut, par commodité, ranger aussi bien les organismes de Sécurité Sociale que ceux du secteur hospitalier ou ceux des secteurs associatif, coopératif et mutualiste. Mais il faut reconnaître que le gouvernement de Lionel Jospin a beaucoup fait pour réduire la part de l’Economie relevant directement de l’Etat. Si l’on se place du point de vue des Etats Socialistes , en 1990, il conviendrait aussi, pour être complet, de nuancer le tableau. La Pologne, par exemple, n’avait jamais collectivisé son agriculture, les Russes eux-mêmes ayant découvert depuis longtemps les ressources de l’Economie parallèle.

Ces différences de conceptions se retrouvent lorsque les responsables des pays de l’Est ont dû organiser la sortie du socialisme. En Russie spécialement et dans les républiques satellites, l’aspiration dominante a été celle d’une sortie rapide du régime soviétique. Tendance forte à la rupture avec le « Centre » au point que même les dirigeants communistes des pays baltes par exemple ont tenu, début 1991, à séparer les organisations communistes locales de l’organisation centrale du Parti, installée à Moscou.

En Russie, cette aspiration au passage rapide à l’Economie de Marché était alimentée par les rêves de nombreuses sociétés occidentales qui croyaient possible de réaliser rapidement d’importantes affaires. Cette aspiration n’était pas celle de Gorbatchev. On lira avec intérêt à ce sujet « ses Mémoires » (Edition du Rocher, 1997). P.764 : « Nous souhaitons aller jusqu’à une économie de marché mixte. Mais il ne s’agit pas de brûler les étapes comme ce fut le cas pour la collectivisation ». Mais il ne pensait pas pouvoir « suivre le modèle chinois, c’est à dire mener d’abord à bien les réformes économiques avant de passer aux réformes politiques. »….. » je connaissais trop bien l’esprit routinier de nos structures politiques pour me bercer d’illusions sur leur tolérance à l’égard des réformes économiques » ( P.619). A l’occasion de la réunion du G7, en juillet 1991, à Londres, Fr.Mitterand le renforçait dans la recherche d’une solution adaptée à la Russie, en évitant le »tout libéralisme » : « Je ne vous conseillerai pas de tout privatiser. L’essentiel c’est de trouver une synthèse entre l’entreprise privée, la compétition démocratique, la concurrence et le rôle de l’Etat.. Dans tous nos pays, l’Etat est un acteur, à des degrés divers. .Il faut respecter les traditions de l’Union Soviétique. Dans votre pays la propriété collective domine et vous devez trouver une solution médiane…. »(P.770). Mais Gorbatchev fut contraint par Eltsine de démissionner, à Noël 1991. La Russie plongea dans le » tout libéral « , sans délai. La transition correcte au « Marché » en fut compromise pour longtemps si l’on se place du point de vue du russe « d’en bas ».

1.5 - En France une période d’expansion, « les Trente Glorieuses » puis la crise.

De la « Reconstruction « à la première crise pétrolière, 1973/1974, la France connut une période de croissance économique dont les plus jeunes générations ne peuvent se souvenir avec précision. Un premier ministre considérait, au début des années 70, que si la barre des 500.000 chômeurs était passée, la France connaîtrait des troubles sociaux très importants. Un tel chômage, selon lui, ne serait pas supportable. Dans la même période, je me souviens, intervenant dans des stages de formation pour officiers en recyclage , que la quasi totalité des stagiaires trouvaient des postes bien avant la fin des stages ! Les chefs d’entreprise, en personne, se déplaçaient, pour venir solliciter sur place les stagiaires. Inimaginable, aujourd’hui.

Vint la crise pétrolière déclenchée par les pays producteurs en 1973/74,qui souhaitaient mieux réguler les prix pour mieux profiter de leurs revenus. » Exprimés en dollars constants 1973, les prix du pétrole ont quasiment quadruplé au lendemain de la guerre d’octobre 1973- 2,67 dollars le baril en 1972, 9,82 en 1974 – Ils ont grimpé, à 17,13 en 1982. » ( Le monde diplomatique de mars 2000 ), avec une évolution assez erratique, avec deux chocs et deux contre chocs entre 1973 et 1998.

En fait, dès la fin des années 70, les répercussions du prix de l’énergie ont entraîné, pour une large part, des difficultés économiques répétées dont la croissance continue du chômage a été le signe le plus marquant. Mais ces difficultés n’ont pas entraîné de réduction de la richesse globale. Elles en ont modifié la répartition. D’un point de vue strictement européen et français, l’augmentation du prix du pétrole s’est conjuguée avec l’ouverture des frontières et les contraintes du traité de Maestrich, dictée par des considérations très libérales, pour maintenir une situation grave, caractérisée par un chômage lourd et persistant, l’apparition d’une économie parallèle et l’ accroissement des inégalités.

Le traité de Maestrich, dans cette perspective , est d’inspiration plus que libérale et interdit les interventions de soutien des Etats Membres à leur économie. Il ne correspond d’ailleurs pas à une réalité où depuis des années l’intervention des fonds structurels européens, keynésienne par nature, traduit l’intervention de L’Union Européenne pour compenser les disparités de situation entre régions ou groupes sociaux. La question est de savoir à partir de quand les pouvoirs effectifs de l’Union Européenne permettront à celle-ci d’engager des opérations Keynésiennes pour soutenir ouvertement les économies en crise. Mais nous ne croyons pas non plus que ces interventions soient, à elles-seules, la solution de tous les problèmes.

Voilà, de façon non exhaustive, quelques observations qui ne couvrent pas, et de loin, la totalité du champ économique. Mais elles devraient permettre par les réactions des uns et des autres d’amorcer le débat. D’autant qu’elles résultent d’observations opérées à partir d’observatoires très particuliers. Le prochain envoi sera consacré à la question du » marché ». De quoi s’agit-il ? Peut-on compter sur lui pour assurer les régulations indispensables ? Quelles sont les limites du concept et les concepts alternatifs ou complémentaires ?


Par liger - Publié dans : economie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 19 décembre 2006
Bravo Bernard pour cette initiative. Belle implication et belles perspectives d'animation ..... à défaut du Club qui, si j'en crois certains échos, deviendrait moribond...... que fait donc Jean-Pierre, lâcherait-il la main ???

A un jour où l'on pourrait, un groupe restreint de sympathisants, se faire un resto ....question de garder le contact. Qu'en penses-tu ?

Amicalement
Danielle
Par liger - Publié dans : economie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés