RCP 42 LA CHINE DE 2007 A TRAVERS LE RAPPORT AU PARLEMENT CHINOIS DU PREMIER MINISTRE WEN JIA BAO LE 5 MARS 2008

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LA CHINE DE 2007

A TRAVERS LE RAPPORT AU PARLEMENT CHINOIS

DU PREMIER MINISTRE WEN JIABAO

LE 5 MARS 2008

 

 

 

 

 Depuis le début de l’année 2008, la Chine fait parler d’elle, affaire tibétaine, tremblement de terre, Jeux Olympiques…J’ai cru utile d’apporter des informations

de nature à faciliter la compréhension de l’actualité en échappant aux appréciations diverses, souvent légères et mal fondées, d’un monde médiatique que seul  intéresse le scoop et le service de l’autorité en place. L’opinion, sur de tels sujets, est fortement influencée par des faits souvent marginaux, des souvenirs de tourisme himalayen  ou les déclarations du Dalaï Lama, au demeurant respectable, mais lié au monde occidental, pour interpréter les évènements du Tibet. Je sais, pour ma part, après avoir, par exemple, visité la ville de Xiao, capitale religieuse du tibet chinois que le comportement des moines, au quotidien, n’ont vraiment que peu de raisons de susciter l’admiration.

 

Dans les trois fiches qui vont suie au long de quelques semaines, j’éviterai de prendre parti. A chacun de se forger une opinion. RPC 42 apportera la vision des responsables de la République Populaire de Chine, son appellation officielle, à travers le rapport du Premier Ministre, en date du premier mars dernier au Parlement chinois. RPC 43 apportera des informations permettant de mieux apprécier le évènement du Tibet. RPC 44 apportera une bibliographie pour qui voudrait en savoir davantage car nous savons bien que notre apport est très limité, encore serons-nous fatalement limité, alors qu’une bibliographie complète sur la Chine remplirait une vaste bibliothèque.

 

 

Le 5 mars 2008, Wen Jiabao présentait au Parlement chinois son rapport sur le plan quinquennal 2002-2007.  Il s’agit, on s’en doute, d’un document assez lourd, 40 pages, qui permet cependant de savoir ce que pensent de la situation actuelle du pays ses principaux responsables. J’en ai extrait ou résumé les passages qui permettent de répondre aux questions suivantes :

 

-       Comment le Premier Ministre décrit-il le système « politico-économique » actuel ?

-       Quel bilan pour la période 2002-2007, quels projets pour l’avenir ?     

-       Comment aborde-t-il la question des marges, Tibet, Macao, Hong-Kong, Taïwan, Paracel,…

-       Puis je terminerai, apports complémentaires, par un rapide survol de quelques chapitres de moindre importance.

 

Les extraits du texte, car je m’en suis tenu au plus près, sont repérés par deux chiffres, le premier indiquant le chapitre (Il y en a 21), Le second indiquant le paragraphe dans le chapitre, à partir du document que chacun peut retrouver sur internet à l’adresse suivante,

 

http://french.xinhuanet.com/french/2008-03/19/content_599889.htm

 

1 – Le système politico-économique à travers le rapport : L’Etat et le marché.

 

 Je parle de système « politico-économique » pour bien signifier que dans ce qui suit, le politique gouverne l’économique. Il repose sur le concept   de  « développement scientifique ».

 « Ce concept (8-2) est à la fois une pensée stratégique qui favorise la mise en place d’un socialisme à la chinoise…et oriente le progrès économique et social du pays ». « Nous (le gouvernement) devons prendre en compte le développement pour tâche primordiale, nous appliquer à changer notre mode de développement économique, à réajuster notre structure économique, à améliorer la qualité et la rentabilité de la croissance. Il nous faut, en même temps, veiller à placer l’homme au centre de nos préoccupations et à persévérer dans une planification globale ».

 

« Il est indispensable de poursuivre une politique de réforme (8-3) et d’ouverture sur l’extérieur, améliorer le système d’économie de marché socialiste, libérer les forces productives de façon à promouvoir l’équité, la justice sociale et l’épanouissement de l’homme. L’ouverture est une composante de la réforme car ce n’est qu’en nous ouvrant sur l’extérieur et en assimilant les poins forts ds autres nations que notre pays gagnera en puissance ».

 

« Il est indispensable(8-4) d’assurer le contrôle macro-économique…qui, avec le marché, fait partie intégrante du système d’économie de marché socialiste…en instaurant une combinaison équilibrée entre les mécanismes de marché et le contrôle macro-économique ».

 

  L’Etat décide de ce que doit être le développement, définit les contraintes et contrôle. L’économie socialiste de marché est ainsi clairement définie. Ce n’est pas la primauté du marché. Les socialistes européens ont fait inscrire le concept d’économie sociale de marché dans le préambule du projet de constitution européenne mais ils ne l’avaient pas défini. A propos du contrôle macro-économique, on se reportera utilement à l’article de J.J.Melvet (Le Figaro du 16 septembre 2006): L’Etat chinois contrôle totalement la monnaie qui n’est pas convertible. La Banque Populaire de Chine engrange tous les excédents commerciaux, des dollars essentiellement, l’euro représentant 10 à 15% du total. Les réserves de la Banque Centrale représenteraient, en 2010, 2000 milliards de dollars  environ, une force de frappe quel e gouvernement chinois peut utiser pour orienter le développement internes et se opérations extérieures, en Afrique notamment. L’une des préoccupations essentielles du gouvernement chinois est de diversifier ses avoirs. Mais vendre beaucoup de dollars reviendrait à jouer le dollar à la baisse et donc à s’appauvrir lui-même. Reste la possibilité d’achats massifs de  matières premières.

 

Reste qu’au-delà d’un système global clairement défini, les modalités de fonctionnement de la RPC ne sont pas satisfaisantes :

 

(7-7) « Le gouvernement a continué à accorder une grande importance à sa restructuration interne et à sa propre édification. Il a su se conformer aux principes fondamentaux…prise de décision scientifique dans un esprit démocratique…conduite des affaires administratives dans le respect de la loi ( !)…élaboration et mise en œuvre d’un programme pour l’application des lois dans les administrations publiques…suppression ou réaménagement de 692 formalités d’homologations administratives…Efforts inlassables dans la lutte contre la corruption…succès encourageants dans la lutte contre les trafics d’influence commerciaux…poursuites contre un grand nombre d’infractions et d’actes de prévarication…punition d’individus coupables de vénalité »

(8-7) «  Nous sommes pleinement conscients qu’il existe un écart considérable entre le travail accompli, les exigences de la situation et les attentes de la population…la gestion sociale et les services publics restent le maillon faible…formalisme et bureaucratie demeurent des problèmes patents»

 

2 – Bilan et projets :

 

(1-2)  Le PIB, en 2007, a augmenté de 65% par rapport à 2002, soit un taux de croissance moyen annuel de 10,6%, ce qui place, de ce point de vue la Chine au quatrième rang mondial,

(1-3) Commerce extérieur et réserves de devises.  « les réserves en devises ont dépassé, en 2007, 1520 milliards de dollar US », ce que le gouvernement chinois considère comme une situation dangereuse

(6-1) La création d’emplois : Plus de 50 millions en cinq ans dont 8 pour les ruraux émigrés dans les villes .

(7-2) Les grandes banques publiques ont été transformées en sociétés commerciales pour avoir accès au marché financier.

(2-2) Le système d’attribution des crédits bancaires a été profondément transformé (on en attribuait trop et sans garantie).

(7-2) Un dispositif de réduction de la masse des créances douteuses a été mis en place.

(4-2) Les actifs publics ont été réorganisés. Ils ont augmenté de 61% en cinq ans (ce qui donne du contenu au concept   d’économie de marché socialiste dans une période où les occidentaux pensent plutôt que la Chine s’américanise) 

(4-3) La TVA est réformée. Prélevée sur la production, elle est maintenant, prélevée sur la consommation.

(3)   L’impôt sur les sociétés est  réformé : le même dispositif fiscal s’applique aux entreprises publiques et aux entreprises à participation étrangère.

Sur le plan social,

(6-2) 1950 milliards de Yuan ont été apportés en cinq ans pour l’amélioration de la protection sociale,  +141% par rapport au quinquennat précédent.

         Création de comptes individuels d’assurances vieillesse, pour 200 millions de personnes en 2007, soit +54% par rapport à 2002.

 

Sur le plan des infrastructures,

 

 Mise en service de la voie ferrée « Quinghai-Tibet »

 Vérification du rendement global du barrage des Trois Gorges »

 Mise en service des lignes de transport d’électrécité vers l’Est.

 Mise en chantier de la centrale hydraulique de Xiuodu,

                            de la centrale nucléaire de Honggyahue

        ….               du chemin de fer à grande vitesse de Beijing à Shanghai.

        ….                d’une raffinerie pour 10 millions de tonnes/an

                        d’une usine de production d’éthylène de 1 million de tonnes/an.

                   de la prospection du champ gazéifère de Piguang et du hamp pétrolier de Nanpu.

 

  Au total,

 

-       Puissance installée 350 millions de KWA, autant que de 1950 à 2002.

-       192 000 km de routes nouvelles dont 28000 km autoroutes.

-       6100 km de voies ferrées.

-       5568 nouveaux mouillages pour navire de plus de 10 000 tonnes.

-       494 millions de nouveaux abonnés au téléphone.

 

 

Dans le domaine rural (2-3 et), des mesures fiscales et financières,

 

De 2003 à  2007, l’Etat a donné aux régions 4250 milliards de Yuan pour le développement des zones rurales. 87% sont allés aux régions du Centre et de l’Ouest (Ouest, région des Ouighours musulman travaillés, pendant une période par des intégristes venus du Pakistan, combattus par l’Armée chinoise, avec succè)s.

Suppression de l’impôt sur les céréales (Un impôt vieux de plus de 2000 ans), les cultures et l’élevage, soit un allègement de 133,5 milliards de Yuan,par an.

Création de subventions pour soutenir les cultures de céréales et l’achat de matériels agricoles.

Financement de 300 milliards en 2007 pour construire diverses infrastructures,

Augmentation de l’étendue des terres irrigables (à faible consommation d’eau) de 16,5 millions d’hectares, en cinq ans.

Progression de 16,5 millions du nombre des ruraux utilisant le méthane.

Rénovation/construction de 1,3 millions de route de campagne.

        

 

3 – La Chine et ses territoires marginaux.

 

Il est difficile de définir exactement ce qu’on peut qualifier de territoires marginaux. On a pris le parti, qui est celui du rapport, de considérer comme marginal des territoires pour lesquels la chine considère qu’ils sont placé sous le double titre »Une seule Chine, deux systèmes », c'est-à-dire Hong-Kong, Macao et Taïwan. Concernant Taïwan, on doit rappeler que cette ïle fut chinoise jusqu’à 1895, date à laquelle les japonais  en firent une colonie avant que les américains n’y facilitent l’installation  des troupes défaites du Kuomintang (1949). Pour l’ONU, Taïwan est chinoise depuis que l’Assemblée Générale lui a retiré son siège pour le donner à la Chine Populaire sans que pour autant évoquer la date d’une réunification dont les USA ne veulent pas. Taïwan est aujourd’hui le premier investisseur « étranger » en Chine Populaire, laquelle attend que la réunification s’impose d’elle-même, via l’économie. S’agissant du Tibet, sur lequel nous reviendrons dans RPC43,le rapport du Premier Ministre n’en parle jamais tant il est clair pour toutes les chinois que le Tibet appartient aux régions autonomes, et donc à la Chine, au même titre que les provinces de l’Ouest à forte population musulmane. Elle bénéficie des droits des provinces autonomes échappant, par exemple, à la règle de l’enfant unique amis dans le cadre de la RPC.

Voici quelques extraits du rapport traitant des marges :

 

(7-2 et 3) « L’application de l’autonomie régionale a donné un élan vigoureux à l’union et au progrès de la nation,…des progrès importants pour le perfectionnement des mesures concernant Hong-Kong, Macao et Taïwan »

(7-5) «  Nous avons opposé une attitude ferme à toutes formes d’activités séparatistes visant à favoriser l’indépendance de Taïwan, à mettre en doute notre souveraineté nationale, ainsi qu’à nuire à la paix entre les deux rives du détroit de Taïwan »

(8-9)  « Je tiens à remercier nos ressortissants à l’ étranger et nos concitoyens des régions administratives spéciales de Hong-Kong, Macao et Taï

wan « 

(12-6) « On continuera à renforcer le soutien au développement de nos anciennes bases révolutionnaires (chine centrale), aux régions peuplées de minorités ethniques et frontalières »

 

 

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liger 31/08/2008 19:29

Oui. Quel que soit le nom qu'on donne à l'économie chinoise, je crois qu'elle fait effectivement évoluer la Chine dans le sens d'une amélioration permanente des conditions de vie de ses habitants. Pour moi une économie dans laquelle les objectifs sont fixés par la collectivité en fonction des besoins et des circonstances et dans laquelle les opérateurs privés et publics ont une réelle liberté pour choisir la façon dont ils réaliseront les objectifs, c'est d'abord une économie régulée, même si le marché est l'un des acteurs. Un acteur qui ne répondra pas aux attentes sans régulation. Joseph Styglitz explique longuement que le marché ne sait réduire ni les inégalités, ni la pauvreté.

Jonathan Balsamo 31/08/2008 12:08

Je peux signaler que la dette de la Chine n'est que de l'équivalent de 22,1% de son PIB ( chiffre 2006 ) tout en ayant investi fortement comme vous l'indiquez dans l'article . Donc l'économie socialiste est bonne pour ses habitants !