LE TIBET VICTIME DE L'OCCIDENT - RPC 43

Publié le par liger

  

LE TIBET VICTIME DE L’OCCIDENT ?
RPC 43

 On a peut-être déjà oublié le tibet ? Un tremblement de terre, au printemps 2008, a occulté le pseudo-soulèvement de Lhassa, en mars 2008. Le parcours de la flamme olympique, perturbé à Paris, du fait notamment du zèle de "reporters sans frontieres", s'est finalement bien passé car "reporters sans frontieres" ne pouvait pas faire grand chose en Amérique du sud, en Afrique ou en Asie. Au mois d'août 2008, la cérémonie d'ouverture des jeux, un grand moment pour la Chine, s'est déroulée sans incident. Buch et Sarkozy y assistaient, trop heureux de sauvegarder leurs bonnes relations, économiques d'abord , avec le nouveau "grand". Fallait-il donc lancer, à nouveau, des tibétains dans une affaire dangeureuse, qui attirerait nécessairement une vive réaction du gouvernement chinois ? Les occidentaux se sont enflammés pour la cause tibétaine, comme elle le fait périodiquement depuis qurante ans. Pour quoi ? Pour rien, sinon pour se donner bonne conscience alors que le Dalaï lama lui-même se garde bien de réclamer une quelconque indépendance.

 

 

"Depuis des siècles, l'histoire du Tibet est étroitement liée à celle de la Chine, depuis des siècles, tibétains et chinois se sont mesurés sur les champs de bataille, et sur le terrain d'une diplomatie rustique, sans jamais réussir à se séparer complètement".

 (Alexandra David-Neel,"Grand tibet et vaste Chine" P.964, Plon, 1998)

RPC 42 donnait une image de la Chine telle que les autorités gouvernementales veulent la présenter. Le tibet n'y est pas présenté comme sources de difficultés. Il n'est d'ailleurs à peu près jamais cité, ce qui traduit assez bien son importance pour la Chine Populaire, un grain de sable. Rien de plus. D'aucuns trouveront notre titre provocateur. Il l'est. Les occidentaux connaissent peu la Chine mais croient connaitre mieux le Tibet, à travers une imagerie faite de Trecks au Népal, montagnes fantastiques où nos grimpeurs de qualité se sont lancés à l'assaut des plus de 7 et 8000, porteurs légendaires, accueil chaleureux...Un Népal de rève qu'un tourisme de riches a maintenu dans le sous-développement, au point d'y voir les rois laisser place à une nouvelle république populaire. Depuis la prise du pouvoir en Chine par les communistes, la question tibétaine est devenue emblèmatique d'un combat du grand contre le petit, du méchant communiste contre de bons occidentaux. Une sorte de Kosovo de l'Asie.Mais l'OTAN n'a jamais eu l'intention de bombarder Pékin. En clair, nous avons été incités à prendre partie, sans nuance, pour le Tibet contre la Chine.

La réalité est certainement plus complexe et les prises de position trop abruptes ne reflètent pas la réalité. C'est ce que cette note essaie de montrer sans en faire une démonstration rigoureuse. Mieux valait provoquer la réflexion du lecteur que chercher à démontrer. C'est ce qui conduit, sur certains points, à en rester à des références. Certains journaux, et je pense notamment à "La Vie", présentaient la question tibétaine comme celle d'un peuple luttant pour retrouver son indépendance. Qui sait que, si le Tibet, comme toute province frontière, a pu jouir d'une large autonomie, du fait notamment de la distance le séparant de Pékin, il n'a jamais été reconnu comme un état indépendant par qui que ce soit. Pire, les nations occidentales, si promptes, on le verra , à pousser les tibétains à la révolte, n'ont jamais voulu que cette question soit abordée à l'ONU. A contrario, le Tibet avait reconnu depuis longtemps la suzeraineté de la Chine. On se garde de l'évoquer. Le Tibet est une région complexe difficile à définir. Quand on parle des ambitions du Dalaï Lama concernant la reconnaissance d'un certain droit à l'autonomie, de quelle région parle-t-ion ? de la région autonome de Lhassa ou du grand Tibet historique ? le grand Tibet historique, c'est 20% du territoire chinois. Qui peut penser que la Chine populaire ferait d'un territoire aussi vaste et ausi riche (fer, or, uranium,...) une région qui pourrait lui échapper ?

Lorsque les occidentaux évoquent aujourd'hui le Tibet, ils évoquent conjointement le Dalï Lama, or on sait que ce dernier ne réclame pas l'indépendance. Sait-on vraiment que ce Dalaï Lama ne représentait que la partie la moins engagée engagée des populations tibétaines ? Les populations du Kham et celles de l'Amdo ont toujours manifesté la volonté de se battre, contre l'Armée chinoise, comme elles s'étaient battu contre le Népal losqu'il advint que ce dernier l'attaquat. Les nobles et moines de Lhassa, au contraire, suivaient la politique des Dalaï Lama, et notamment du 14ième, l'actuel, qui a constamment recherché une solution négociée avec la Chine, ce qui devait conduire les guerriers du Kham, aidés par la CIA, à l'exfiltrer vers les Indes ? Du point de vue de l'histoire, le Dalaï Lama avait sans doute raison, quelles que fussent ses motivations initiales. En entretenant la guerilla sur le sol tibétain pendant des décennies, les occidentaux ont certainement fait obstacle à la mise en place d'une autonomie souhaitable que le DalaÏ Lama, s'il était resté à Lhassa, aurait peut-être pu négocier. Le Tibet bénéficiait néanmoins depuis de longues années d'un certain nombre de privilèges qui n'ont pas disparu. La loi relative à l'enfant unique, par exemple, ne s'applique pas au Tibet. On peut sans doute avancer avec le recul que nous avons maintenant sur l'évolution de la question tibétaine que les occidentaux ont provoqué la mort d'un grand nombre de tibétains lancés par certains services , la CIa notamment, dans une guerilla interminable dont chacun savait qu'elle serait sans issue. C'est la justification de notre titre.

Enfin, les occidentaux paraissent ne pas avoir très bien compris que le Tibet qui fait recette, celui des moines essentiellement, était jusqu'à l'arrivée de l'Armée populaire une théocratie médiévale où le servage était de règle. L'Armée Populaire a pu réaliser un certin nombre de ses objectifs parce que, si une partie de la population la combattait, une autre, comme en 1789 en France, appréciait que tombe le pouvoir de la noblesse lhasséenne et des monastères.Bien entendu, ceux-là ont été souvent présentés en occident comme traites à la cause tibétaine. Mais la logique chinoise n'est pas la notre et le voyageur peut constater que le régime tolère encore, malgré tout, la survivance de monastères importants et de moines nombreux jusque dans des provinces qui ne font même pas partie du Tibet historique. Le boudhisme tibétain est, à cet égard, bien vivant mais il devra évoluer car le gouvernement chinois a décidé que le 15 ième DalaÏ Lama serait de la Chine intérieure, comme c'est le cas pour les évêques des églises catholiques, officielles ou non, d'ailleurs en voie de fusion.

On n'aborde pas dans ce texte la question de la religion boudhiste qui, comme religion, mérite un respect certain.Chacun peut voir, d'ailleurs quele D.L;parait aujourd'hui plus inrétésé par la diffusion du boudhisme en occident que par la reconquête d'un quelconque territoire.

 1 - Tibet: L"immensité" joue contre l'indépendance.

L'édition 1997 du dictionnaire" larousse-Bordas" fait du Tibet une région autonome de l'ouest de la chine... 1.221.000 km2 pour 2.030.000 habitants" soit moins de 2 habitants/km2. Elle ne concerne que la région autonome du Tibet. En fait un territoire difficile à décrire pour l'observateur éloigné. En septembre 2003, sur internet, Wipikedia définit le tibet comme"l'aire asiatique habitée par les tibétains" ! La zone linguistique du grand Tibet historique, comprend trois régions, le Ü-tang dont l'essentiel constitue l'actuelle région autonome du Tibet centrée autour de Lhassa, l'Amdo qui correspond à la province chinoises du Qinghai et à une partie de celle du Gansu, et le Kham qui comprend une grande partie des provinces chinoises du Sichuan et du Yunan. La province du Gansu inclut, quant à elle, un secteur tibétain notoire avec de nombreux monastères encore en activité, notamment ceux de Xiao et Labrang, seconde capitale religieuse des tibétains, mais en territoire chinois. Lhabrang abrite, aujourd'hui encore, quatre facultés boudhistes que nous avons pu visiter, dont une faculté d'astrologie ! en pleine Chine communiste ! Sous la pression des britanniques, la province Ü-Tang a dû céder à l'Inde ce qui est actuellement l'Etat indien de l'Arunachal Pradesh que la Chine Populaire revendique toujours.

Le gouvernement tibétain, en exil à Daramsala, aux Indes, revendique plutôt l'autonomie du grand Tibet, que l'indépendance, sans toutefois préciser clairement les limites du territoire concerné. On en voit difficilement les limites, mais ,on peut penser qu'il recouvrirait l'essentiel des trois provinces, Ü-Tang, Amdo et Kham, sot une superficie de 2.500.000 km2 avec 5.000.000 habitants , dont 1.470.000 Han et 790.000 autres. Le Dalaï Lamma (D.L.) affirme, depuis son arrivée à Lhassa, chercher une solution négociée mais n'a pas, à notre connaissance, publié, en occident, la carte précise du territoire dont il revendique l'autonomie. On peut penser qu'il s'agit des trois provinces traditionnelles, un territoire qui représenterait 20% de celui de la République Populaire pour les 2/10.000 ièmes de la population, si on se limite à la population d'origine tibétaine. Si l'on apprécie la revendication d'autonomie à la lumière de ces quelques chiffres, on peut raisonnablement douter du succès. Une revendication d'indépendance qui concernerait 20% du territoire pour les 2/1000ième de la population ne peut que relever du mythe surtout lorsque l'on inventorie les ressources naturelles de ce territoire et son importance hydrographique: Cinq des grands fleuves d'Asiey prennent leurs sources. On comprend mieux que les nations occidentales n'aient jamais soutenu une quelconque revendication d'indépendance.

2 - Histoire ancienne.

L'empire tibétain apparait dès le premier millénaire Av.J.C. Il réunissait alors clans et tribus, de l'actuelle Mandchourie, aux frontières de l'Inde. On ne s'étendra pas sur cette période éloignée, trop mal connue pour offrir des clés d'interprétation de l'histoire contemporaine du Tibet au sein de l'ensemble chinois. On retiendra cependant que les populations de l'Asie centrale, pays de cavaliers intrépides, cherchaient périodiquement à étendre leur domaine vers l'Est, d'où la construction et l'adaptation continue par les empereurs de Chine, pendant dix siècles au moins, de la "Grande Muraille". On devrait plutôt dire des "grandes Murailles", tant le réseau des tronçons observables s'avère complexe. Le visiteur s'étonne de la faible élévation de la Grande Muraille. C'est qu'elle a été construite pour arrêter la progression de troupes montées qui, dit-on, ne mettaient jamais pied à terre, dont celles des tribus tibétaines. A partir du VII ième siècle après J.C., le monde de la steppe s'organise de façon plus précise, d'abord avec le roi Songten Gampo, qui entretient avec la Chine de bons rapports. Il y épouse deux princesses ! En 1196, Gengis Khan qui a 42 ans en devient le chef, à Quarante deux ans. C'est le début d'une période d'expansion foudroyante qui le voit portant ses frontières du Danube, à l'ouest, à l'Océan Pacifique à l'Est, de la Sibérie au Nord, aux frontière de l'Inde au Sud. En 1215, il s'empare de Pékin. les empereurs de sa lignée poursuivront, de 1260 à 1279, la conquête de l'ensemble du territoire chinois. Le cinquième crée la dynastie des Yuan. En 1368, les Yuan cèdent la place aux Mings qui vont entrer en conflit avec l'empire mongol. Il faudra attendre 1571 pour que Mongols et Chinois mettent un terme à leurs incessants conflits. Jusqu'à cette date, le Tibet faisait partie intégrante de l'empire mongol.

la situation va évoluer à partir de 1578, date à laquelle l'empereur mongol Altan Khan se convertit au boudhisme tibétain dont il fera la religion de son empire. Il nomme un proche, Sonan Gyatso, Dalaï Lama, le premier. Dès lors l'empereur assumme le pouvoir politique et le Dalaï Lama devient le chef religieux de l'empire. En 1640, l'empereur décide de s'assurer du territoire tibétain et en confie l'administration au D.L. qui reste vassal de l'empereur mongol. Une cinquantaine d'année plus tard, les mongols, et donc les tibétains reconnaissent officiellement l'empereur de Chine (dynastie des Quing) dont deux représentants vont s'installer à Lhassa. Cette situation va perdurer pendant un peu plus de deux siècles. En 1879, l'empire mongol disparait. Les D.L sont alors des vassaux très éloignés de Pékin. Ils tenteront de se tourner vers la Rusie pour se libérer de la Chine.

3 - Quarante ans sous contrôle britannique et suzenaineté chinoise.

Les anglais, installés en Indes depuis fort longtemps, avaient l'ambition de contrôler l'Asie Centrale. On comprend leur intérêt pour le Tibet. Ils considéraient comme une menace les relations esquissées par les tibétains en direction des russes. En 1904, une colonne britannique commandée par Francis Younghusband, pénètre au Tibet, massacre la garnison de Lhassa et impose au D.L une sorte de protectorat britannique dans le domaine diplomatique et commercial. Le D.L. reste chargé de l'administration de la province. En 1908, profitant d'un retrait des forces britanniques, la Chine reprend le contrôle de l'ensemble du Tibet. En 1912, le 13 ième D.L., avec l'appui (et sans doute à l'instigation) des britanniques, expulse les chinois du Tibet et en proclame l'indépendance. Mais la communauté internationale ne la reconnait pas. En 1913, les britanniques organisent alors, à Shimla, une conférence réunissant la Grande-Bretagne, le Tibet et la Chine (il s'agit alors de la nouvelle république de Chine). Les provinces tibétaines y sont réparties entre un Tibet extérieur (à la Chine) administré par le D.L et un Tibet intérieur administré par la Chine. Le D.L. conserve sur l'un et l'autre une autorité religieuse. Le traité de Shimla reconnait la suzeraineté de la Chine sur l'ensemble du tibet. Cet accord ne ramène pas une paix totale. En 1918, les Khambas, tribus du Kham, reprennent la ville chinoise de Kangting, obligeant la Chine à demander aux britanniques une médiation pour la récupérer. En 1928, Tchang-Kai-Chek qui vient de prendre le pouvoir s'en prend aux britanniques. C'est alors au 13 ième D.L. de s'interposer. Tchang-kai--chek crée alors deux nouvelles provinces chinoises intégrant les provinces tibétaines du Kham et de l'Amdo. Le Kham, alors gouverné par un Lhasséen,refuse cette réorganisation et prend les armes, contre la Chine et contre Lhassa. Survient la seconde guerre mondiale. Des agents américains (deux, dit-on) s'installent à Lhassa pour examiner la possibilité de construire, à travers le Tibet, une route stratégique qui permettrait de ravitailler les troupes chinoises, communistes et nationalistes, en guerre contre le japon. Au nom de la neutralité du Tibet,proclmée pour l'occasion, le 13 ième D.L. refuse. En 1948, le D.L. reprend contact avec le Guomintang. Les dispositins du traité de Shimla sont confirmées.

On constate que durant la première partie du XXième sciècle, le Tibet, en dépit de quelques vélléités sporadiques, est toujours resté sous suzenaineté chinoise, même si la présence britannique permanente, à Lhassa, rendait cette suzeraineté assez théorique. La communauté internationale, de son côté, ne reconnaissait jamais l'indépendance du Tibet, d'autant que les alliés de l'après guerre, Guomintang, britanniques et américains, pouvaient en vouloir au D.L.de s'être opposé au projet de ravitaillement des armées Chinoises à travers le Tibet. Par contre, en absence de témoignages crédibles, il parait difficile de considérer que la présence prolongée de l'alpiniste allemand Harrer, nazzi avéré, à Lhassa entre 1948 et 1959 put avoir influr notablement sur la conduite du D.L, en dépit d'une proximité certaine.

5 - Depuis l'arrivée de Mao Tse Toung, la réintégration.

En 1949, Tchang Kai Tchek est définitivement chassé de la Chine continentale par l'Armée Populaire. Mao-Tse-Tung, dans son message de nouvel an, diffusé par la radio de Pékin, déclare que" l'Armée populaire doit libérer le Tibet de l'impérialisme américain et britannique". Le 14 ième D. L ne peut ignorer cette annonce mais il n'a encore que 14 ans. Le pouvoir réel est entre les mains des nobles et moines tibétains au sein du "cabinet". En 1950, l'Armée Populaire pénètre au Tibet par le Kham. le D.L envoie aux Indes des émissaires pour demander l'aide des gouvernements indiens, britannique et américain. cette aide lui est refusée par des interlocuteiurs qui, finalement, lui recommandent de chercher une solution négociée.

Le Tibet se partage alors en deux blocs: les populations de l'Amdo, et surtout du Kham, traditionnellement opposées à tous leurs voisins, Lhasséens compris, décident de de s'opposer à l'Armée Populaire en espèrant que le D.L les soutiendra. Le D.L a en effet installé à Chamdo un gouverneur Lhasséen, N'gabo, et lui a envoyé une petite troupe, 400 soldats Lhasséens. Poussé par les Khambas, N'gabo envoie ses Lahasséens renforcés de 200 khambas reprendre la ville de Denko, à la frontière de l'Amdo. Ce premier succès est suivi de quelques autres mais N'gabo ne veut pas se battre. Dix ans plus tard, Il déclarera au journal britannique STUART GELDER "à mon arrivée à Chamdo, je n'avais pas le moindre désir de poursuivre une guerre visant à séparer le Tibet de sa mère-patie, la Chine".

Le comportement de N'Gabo n'est pas isolé. A Lhassa, le "cabinet" est persuadé que l'Amée Populaire l'emportera et qu'il devra s'exiler. Le D.L. temporise et, plutôt que de laisser le pouvoir aux Khambas, signe avec les chinois un accord en 17 points qu'il va essayer de faire appliquer. Dans le même temps, il prépare, dès 1950, son départ en transférant secrétement aux Indes l'or et l'argent dont il dispose. En 1956, le D.L, alors agé de 21 ans, veut effectivement s'exiler. Il se rend aux Indes mais Nehru ne veut pas mécontenter la Chine avec laquelle il est parvenu à s'entendre. Il va donc inviter Chou En Laï aux Indes. Les deux hommes recevront le jeune D.L et le persuaderont de rentrer à Lhassa, Chou En laï promettant d'attendre six ans avant de mettre en place les réformes envisagées, notamment la suppression du servage, qui est encore la règle, et une réforme agraire. On peut alors penser qu'en accordant ce délai de six années, le gouvernement chinois espèrait non sans raison que les nobles lhasséen s'exileraient d'eux-mêmes, ce qui permettrait de mettre en place les réformes attendues dans les meilleures conditions.

Les Khambas n'acceptent pas les tergiversations du D.L et décident, avec l'appui de la CIA, on reviendra sur cet aspect du problème, de l'obliger à combattre l'Armée Populaire. Il décident de porter les combats dans la région autonome de Lhassa, alors occupée par l'Armée populaire. Ils vont s'infiltrer, nombreux et armés, dans Lhassa. En mars 1959, ils engagent une opération arméel visant, abord à prendre le pouvoir à Lhassa. Ils s'emparent du "cabinet" du D.L. par la force et le remplacent par un "comité de guerre" qui va déclarer la guerre à la Chine (!) déclenchant un soulèvement général dans Lhassa. L'Armée populaire parait ne pas comprendre tout de suite la nature des évènements Elle mettra plusieurs jours pour comprendre l'enjeu de l'opération. Les Khambas vont profiter de ce répit pour exfiltrer le D.L aux Indes après un bref séjour dans la province de Loka, à proximité d royaume du Sikkim. La bataille pour Lhassa est intense. Les pertes seront très élevées de part et d'autre mais les khambas ont remarquablement exécuté leur projet. B.Raman, ex-chef des services secrets indiens, dira, plus tard, "sur la base des preuves disponibles, il est raisonnablement possible d'affirmer que le soulèvement initial, à Lhassa, a été pré-planifié et bien orchestré". Plusieurs parachutages, au départ de Formose, auront, entre temps, permis d'acheminer les armes et fournitures diverses dont avaient besoin les khamba et les autres tibétains qui s'y étaient raliés (voir à ce sujet "les cavaliers du Kham" de Michel Peyssel, Laffont, 1972). C'est le début d'une longue période de combats qui, officiellement, ne se calmeront que le jour où le Présient Nixon, en 1972, décidera de se rapprocher de la Chine.

Le D.L arrive donc aux Indes, sous escorte de guerriers Khambas. Nerhu, d'abord méfiant, limite les déplacements et les visites au D.L mais celui-ci se rapproche des Khambas. En 1960, avec l'accord, ou à la demande, des USA, Nehru installe les tibétains à Daramsala qui devient une sorte de capitale, moines et nobles pour l'essentiel. Certains observateurs indiquent que la C.I.A. installera un camp d'entrainement à proximité de la ville pour accueillir et entraîner l'équivalent d'un bataillon de guerilleros. Les Khambas, soutenus par Tchang Kaî chek et la CIA poursuivent une guerilla incessante. En 1974, le gouvernement népalais , à son tour, ferme les camps installés par la CIA sur son territoire pour soutenir la guerilla khamba. Une nouvelle tentative de soulèvement organisé aura lieu en 1987, sans suite. Il faudra attendre 2008, au jour anniversaire du soulèvement de 1959, pour qu'une colonne de guerilleros venus du sud, à travers la province du Loka, entre dans Lhassa et provoque, en s'en prenant d'abord aux commerçants Hui (musulmans) installés depuis très longtemps au Tibet, un nouveau mouvement violent, noamment à l'égard des commerçants han, qui provoquera évidemment une vive réaction de l'Armée chinoise. Ce mouvement, largement médiatisé par les occidentaux, et notamment par Robert Ménard, président de "Reporter sans Frontières", ne pouvait avoir d'autres objectifs que d'embarasser la Chine à la veille des jeux Olympiques d'août 2008, d'autant que le D.L lui-même, dans la ligne de son comportement habituel, ne demandait toujours pas l'indépendance du Tibet , s'efforçant plutôt d'obtenir une médiation des puissances occidentales pour que le gouvernement chinois redonne à la province autonome du Tibet un minimum d'autonomie. Nouvel échec, en partie parce que depuis 1950 la situation intérieure du Tibet avait beaucoup changé, par la réforme agraire et la suppression du servage, par l'ouverture d'un chemin de fer "Pékin-Lhassa", facilitant l'arrivée de nombreux migrants Han et l'exploitation des ressources naturelles. En parallèle , les spécialistes notent les premiers effets sensibles du réchauffement climatique, qui, désertifiant davantage les hauts plateaux, inciterait déjà les populations de pasteurs nomades à rejoindre les villes.

Voilà maintenant près de 60 ans que la République Populaire de Chine a décidé d'intégrer les trois provinces tibétaines qui vivaient depuis des siècles, sous la suzeraineté mongole d'abord, chinoise ensuite. Les vassaux de l'Empire du Milieu avaient des obligations vis-à-vis de l'empereur, notamment l'hommage périodique qu'ils lui rendaient dans sa capitale. Beaucoup de dirigeants occidentaux, se rendant à Pékin, avec leurs cadeaux, se sont comportés comme des vassaux traditionnels.Exemple du voyage à Pékin de Monsiieur Raffarin, au printemps 2008. Mais cette suzeraineté n'impliquait pas une gestion directe par le gouvernement de Pékin , bien que l'empereur nommat à Lhassa deux de ses représentants jusqu'au début du XXième siècle. Il est clair que, même sans indépendance déclarée, les tribus de l'Amdo et du Kham, comme les nobles et moines Lhasséens, ne devaient pas avoir le sentiment d'être réellement dominés par un gouvernement central très éloigné. Les rapports de domination devaient être beaucoup plus sensibles au sein de la société tibétaine,elle-même, féodale et théocratique. On comprend dès lors qu'une partie des tibétains ait pu ressentir l'arrivée de l'Armée Populaire comme une invasion alors que l'autre partie pouvait la ressentir comme une libération: Elle ne pouvait qu'imposer une transformation profonde de la société. C'est le ressentiment des nobles et des moines que les occidentaux ont exploité, aux frais des tibétains, pour garder une porte ouverte sur le Chine, au sens propre d'ailleurs, puisque les guerillas ont, dès 1959, amélioré et défendu la route du Loka qui conduisait en Inde, à proximité de ville tibétaine de Lhuntsé.

 On doit se demander, dès lors , pourquoi les USA, et à un degré moindre Taïwan, qui conseillaient la recherche de solutions négociées, excluant toute reconnaissance officielle de l'indépendance tibétaine, ont entretenu, une guérilla meurtrière, pendant plusieurs décennies. Ils appuiyaient alors la fraction des tibétains qui voulaient d'abord se battre, puis les laissaient (ou les poussaient), finalement, déclencher divers mouvements, en 1965, plus tard, en mars 2008, dont ils savaient, d'entrée de jeu, qu'ils ne les soutiendraient pas. On peut aussi se demander, mais cette page d'histoire reste à écrire, pourquoi l'URSS, après que ses relations avec la Chine se fussenr dégradées, ont , dans une certaine mesure, aussi longtemps qu'ils l'ont pu, pris la suite de la CIA dans le soutien des khambas, parachutages compris. Après quelques discours ambigus, Bush et Sarkozy, assistaient finalement à la cérémonie d'ouverture des jeux de Pékin, en dépit des imprécations de Robert Ménard (Reporter sans Frontières). Puis la question du Tibet disparut des média jusqu'à ce que Robert Ménard lui-même  quitta Reporter sans frontières. La seule explication vraisemblable serait l'intégration par les USA duTibet dans leur dispositif de "containment" de la Chine, comme ils avaient entretenu une guérilla Ouighour, de faible intensité, depuis le Pakistan, comme ils soutiennent, apparemment, l'indépendance de Taïwan, sans aller, pour autant, au conflit . Chacun devra se faire une opinion, en remontant aux sources, s'il le souhaite. Reste finalement que la question de l'indépendance du Tibet est un mythe à l'usage des occidentaux. C'est une affaire d'idéologie: II n'y aura probablement pas d'indépendance tibétaine. Pire, la guérilla et mouvements divers entretenus par la CIA ont probablement diminué les chances d'une plus grande autonomie qui, au demeurant, ne concernerait qu'un très faible pourcentage du peuple chinois.On avait bien noté (cf. RPC42), que le rapport du premier ministre chinois à son parlement, le 5 mars 2008, ne faisait jamais référence au problème tibétain, un faux problème probablement pour le gouvernement de Pékin.

6 - Le rôle de la CIA.

Le fait de souligner l'importance de la CIA dans le soutien aux guerriers du Kham ou de l'Amdo ne peut que susciter deux attitudes: ceux qui n'apprécient pas l'impérialisme des USA diront qu'il ne pouvait en être autrement, les autres diront qu'il est trop facile de voir la CIA derrière chaque revendication d' indépendance ou chaque victime d'une quelconque répression. Difficile de trancher de façon péremptoire entre l'une ou l'autre thèse. On se limitera à citer un ensemble de sources auxquelles chacun peut accéder, via internet, notamment. Elles paraissent accréditer la thèse d'une intevention continue des services spéciaux américains, taïwanais, et même russes, dans les affaires tibétaines. Les américains n'ont fait que suivre la voie ouverte par les britanniques à partir de 1911. En  1942, les USA avaient envoyé à Lhassa des agents (deux?) chargés d'étudier la possibilité de construire à travers le Tibet une route stratégique pour ravitailler les troupes de Tchang Kaï Chek et de Mao-Tse-Toung en campagne contre l'Armée japonaise. Le"cabinet" du Dalaï lama, qui n'a alors que sept ans, refuse au nom de la neutralité tibétaine. Difficile de savoir sil s'agit d'une conviction profonde dans la mesure où le Dalaï Lama se révêlerait , plus tard, comme un pacifiste convaincu, ou d'un refus d'apporter une aide quelconque à la Chine, ou d'une autre cause...

- Pour la période 1950-1960, voir l'ouvrage de Michel Peissel, intitulé "Les cavaliers du Kham - guerre secrète au Tibet", de Michel Peissel,collection Robert Laffont, 1972.

.P.104, comment" l'Association Américaine pour l'Asie libre" prit en charge, dès 1950, l'un des frères du D.L., comprenant bien que le "Saint Pontificat" pouvait contribuer à "barrer la route au communisme en Asie". A la même page, référence à l'installation à Taïwan, d'un autre de ses frère , qui  épousera la fille de l'un des conseillers de Tchang Kaï Check.

- P.105, première référence à des parachutages provenant de Taïwan.

- P.106, référence à l'envoi de groupes de guerriers khambas , dans un centre de formation où l'on ne parlait qu'anglais. Voyage en avion de 36 heures pour s'y rendre. Il s'agirait d'un camp situé à Camp Hale, près de Leadville, au Colorado.

- P.235, référence simultanée à l'intervention de la CIA, du Népal et de Taïwan, et même des russes:" Avec l'hiver(1962), c'était aussi un ciel limpide qui revenait favoriser les parachutages. Ceux-ci reprirent en effet après la remise en activité, à Taïwan, de l'Association en Faveur du Tibet, qui servir de couverture à l'immixion plus directe des nationalistes chinois dans les affaires tibétaines.

" De leur nouveau quartier général, au Népal, il était possible aux khambas de tirer des plans de résistance plus efficaces et de coordonner l'action de la rébellion dans l'ensemble du pays. On rencontrait de plus en plus de khambas à Katmandou, venus jusque là pour entrer en rapport avec les agents de la Chine nationaliste et de la CIA "
(depuis la rupture sino-russe,  la CIA avait recommencé à s'occuper des affaires tibétaines).

- P.249, référence aux agents extérieurs qui aident les khambas.

- P.256, description du dispositif mis en place, au Népal, par la CIA, au profit des Khambas.

- P.285, référence à une aide extérieure fournie par les russes.

- Voir aussi l'ouvrage de Kenneth Conbay, intitulé "The CIA's secret war in Tibet", édité par "University Press of Kansas", en 2002. William Leavy, spécialiste de la CIA a écrit au sujet de cet ouvrage "une étude excellente et impressionnante sur une importante opération de la CIA durant la guerre froide".

- Voir l'ouvrage de Mikel Dunham, publié en 2004 dans la collection "Pinguin" et intitulé " The story of CIA backed tibetan freedom fighters". L'auteur décrit la façon dont la CIA a transféré des centaines de tibétains aux USA pour les former aux techniques de guerilla.

- Voir le film hollandais, intitulé "le cirque de l'ombre: La CIA au Tibet" ( 2008).

 Sur les fréquentations discutables de "reporters sans frontières"

- Voir, accessoirement, le rôle joué par Robert Ménard, Secrétaire Général de "Reporters sans frontières", en 2008, dans l'organisation des manifestations anti-chinoises organisées à l'occasion du parcours de la "Flamme Olympique" dans le trimestre précédant l'ouverture des jeux de Pékin. Robert Ménard avait, à l'occasion d'un Forum du Nouvel Observateur, le 18 avril 2005,reconnu que l'article du "Northern Calfornia Media", de Diana Baharona, qui indiquait que "Reporters sans Frontières" recevait des fonds de la NED, était exact. La NED, National endowment for Democracy, est un organisme privé financé très largement par de Département d'Etat américain. Son objet est de soutenir la politique de démocratisation voulue, à l'extérieur, par le gouvernement américain. "Reporter sans Frontières" a notamment soutenu les anti-castristes et ceux qui, au Vénézuela, ont tenté de combattre Chavez. Au mois de septembre 2008, Robert Ménard est amené (ou poussé) à quitter "Reporter sans Frontière", l'une des raisons possibles étant la réponse favorable du gouvernement français à un requête du gouvernement chinois. Voir à ce sujet http://Comité-Valmy.org/spip.php?article 90 , texte de Maxime Vivas.

L'exposé de ces quelques références, mais il y en a beaucoup d'autres, pourrait déboucher sur de plus larges développements qui ne trouvent pas leur place ici. Elles illustrent la façon dont les occidentaux, et plus particulièrement les USA ont utilisé la question tibétaine dans le cadre de leur lutte contre le communisme chinois. Un examen de la situation actuelle du Tibet et des tibétains complèterait utilement la fresque que l'on vient de tracer. Les tibétains ont payé cette politique d'un prix élevé, persuadés qu'ils se battaient pour se débarasser du pouvoir chinois, comme les Khambas l'ont toujours fait. Ils ont été utilisés, selon nous, pour maintenir une pression sur le gouvernement chinois, voire une porte ouverte vers la province du Loka. Dans le même temps, les  occidentaux, et notamment  les français, prenaient souvent  fait et cause pour les "résistants" tibétains alors que leurs gouvernements savaient qu'il ne s'agissait pas de cela.  Le Dalaï Lama le savait aussi, ce qui  explique peut-être qu'il ait pris, de fait , des distances vis à vis du Tibet . Il sait qu'il ne retournera probablement pas au Tibet, à titre permanent. Il sait aussi, puisque telle est la décision du gouvernement chinois, que son successeur sera un tibétain, né et séjournant au Tibet. On évoque rarement cet aspect du problème, d'autant que nous sommes peu experts pour juger de la validité de la prochaine ré-incarnation  du futur XV ième Dalaï Lama (! ), réincarnationd dont le gouvernement de la Chine Populaire ne conteste pas le bien-fondé!

 La question du Tibet ne peut pas facilement se réduire à la question de la recherche d'indépendance ou d'autonomie d'un petit peuple, très minoritaire,  au sein de la Chine  actuelle. Un petit peuple qui a beaucoup souffert du fait d'une guerrilla insensée, d'où notre titre ,"Le Tibet victime de l'occident".

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