RPC5 - Question de vocabulaire: Du capitalisme....

Publié le par liger


« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

( Envoi N°5 – avril 2003 )



Le vocabulaire nous interroge :

Capital, Capitaliste, Capitalisme, Mondialisation.


Nous avons diffusé, le 29 janvier2003, une proposition de plan pour servir de guide à notre débat sur les questions économiques, débat que nous intitulions « repères pour comprendre l’économie contemporaine ». Depuis cette diffusion, le contexte général a changé. Les Etats-Unis se sont arrogés le droit d’engager un conflit contre l’Irak, prétextant la nécessité d’abattre un dictateur pour masquer la conquête de nouvelles ressources pétrolières. L’ambiance n’est plus tout à fait à la diffusion calme et tranquille de références et concepts assortis, le cas échéant, d’arguments critiques. La guerre déclenchée par les Etats-Unis contre l’Irak est en effet l’un des produits inévitables d’une hégémonie fondée sur l’idéologie « triomphante » du « Marché ». Lorsque l’économie libérale donne des signes de faiblesse, c’est le cas aux Etats-Unis depuis quelques années, il y a lieu de lui donner les moyens de se survivre en recourant, si nécessaire, à des arguments qui sortent du strict champ de l’économique, tant il est vrai qu’en économie libérale, tous les moyens sont bons pour que le « Marché » ait le dernier mot !

La stratégie globale conçue par l’équipe de G. W. Bush avant l’attaque des tours de New-York, le 11 septembre 2001, et mise en œuvre après cette date, est fondée, pour une large part, sur le constat d’un relatif échec dans le domaine économique, peut-être peut-on même évoquer le début d’une régression. Emmanuel TODD, dans un interview donné à « la Vie » dans la semaine du 20 mars 2003, explique que «pour l’historien et le démographe, l’hyperpuissance américaine cache une profonde fragilité » qui se traduit en particulier par un déficit budgétaire de plus de 500 Mrds de dollars avant le déclenchement de la guerre contre l’Irak. Quel sera son montant lorsque la guerre sera terminée ? Les alliés non-belligérants qui, pour la première guerre du Golf, avaient payé 90% de la facture, seront sans doute moins bien disposés après cette seconde guerre du Golf. On peut donc, à bon droit, se demander si cette agression n’avait pas pour objectif fondamental de consolider l’hégémonie américaine avant que les faiblesses de l’économie ne deviennent patentes. Il faudra que le pétrole Irakien paie la facture, au détriment du peuple Irakien.

Les B 52 ont cinquante ans ! Même bien entretenus, ils devront être bientôt remplacés. Trop coûteux sans doute pour une économie en crise. Les Etats-Unis devaient imposer leur suprématie militaire avant de mettre ces machines à la ferraille, sans être certains de pouvoir rapidement les remplacer. Imposer sa suprématie militaire loin de ses propres frontières, s’emparer de sources de matières premières essentielles, pétrolières en l’occurrence, s’abriter derrière la défense du « bien » contre le « mal »… ne s’agit-il pas de la manifestation du colonialisme le plus traditionnel ? du colonialisme le plus cynique ? lequel fut l’une des composantes du développement de l’économie capitaliste depuis les Croisades.

Mais revenons à notre plan. Les participants ont demandé qu’on précise le vocabulaire. Pas de débat possible, pas de compréhension correcte de la vie économique sans un vocabulaire précis. Nous développerons donc le point trois qui portait sur la définition et les caractéristiques du « Marché » pour traiter du « Capitalisme » et de la « Mondialisation ». Le concept de capitalisme, idéologiquement très chargée, peut poser de multiples questions. Il existe différentes formes de capitalisme, chacune de ces formes déterminant un type de développement particulier. Il existe aussi, sous couvert de chacune de ces formes − trois essentiellement − des variétés marquées. Des questions ont été posées sur l’une de ces variétés, le « capitalisme Rhénan ». En ce qui concerne la »Mondialisation », on constatera d’abord que le terme est typiquement français alors que les anglo-saxons parlent de « Globalisation ». A la suite d’Edwy Plenel («La Découverte du Monde »,édit.Stock, P 32),nous lui préfèrerèrions le terme d’« Occidentalisation » qui traduit mieux la réalité. Parlent de « Mondialisation » ceux qui croient en la supériorité de la civilisation occidentale, qui pensent qu’elle est mondialement diffusable et qu’elle doit, à travers les progrès du « Marché », conquérir tous les domaines de l’activité humaine y compris, bien entendu, ceux qui, chez nous, relèvent du service public. Le « Marché » refuse l’idée de domaine réservé où la collectivité pourrait, à travers les services publics, tenter de répondre à des demandes non solvables.

La lecture des « contributions » provenant des dirigeants et militants du Parti Socialiste, dans la perspective de leur congrès de Dijon, au printemps 2003, illustre la faiblesse des bases théoriques de la plupart des participants. Les concepts que nous venons d’évoquer sont utilisés dans le plus grand désordre, sans références possibles à un corps de doctrine élaboré par ailleurs. On a poussé Marx dans la coulisse. On a quelques fois retenu les cours de l’ENA, les mêmes pour tous les dirigeants actuels, de l’extrême gauche à l’extrême droite.
L’ensemble manifeste une absence de réflexion d’ensemble sur l’économie et ses rapports au politique. Aucune contribution n’est construite sur une analyse critique des thèses préexistantes de sorte qu’il n’y a généralement pas de hiérarchisation des problèmes. Du coup, ni l’économique, ni quelque vision que ce soit des rapports entre le politique et l’économique ne structure un projet de société. Même le choix formulé de façon lapidaire par Lionel Jospin « oui à l’économie de marché, non à la société de marché » disparaît. C’est pourquoi j’ai pensé utile d’introduire, en marge du débat, une analyse systématique des contributions en question.

Le point quatre de notre proposition de plan concernait les « crises ». Il s’agit bien entendu des crises du système capitaliste qui renvoient à un ensemble de réflexions largement développées par les économistes depuis cinquante ans sur les imperfections de l’économie de « Marché ». Nous développerons peu ce domaine dans le cadre de notre débat qui dépasse l’objectif que nous nous étions fixés ; donner, de façon simple, des repères pour comprendre l’économie contemporaine. Chaque crise mériterait un long travail d’historien. Certains ont conduit une telle démarche. A contrario, on évoquera les remèdes « passe-partout » administrés par les organismes internationaux tels que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International qui tendent à traiter toutes les crises de la même façon à travers des ordonnances simplistes dont le « Consensus de Washington » fixe, une fois pour toutes, les grandes lignes. En fait, on soigne les crises en proposant les remèdes qui renforceront la suprématie des économies occidentales, américaines d’abord, fut-ce au détriment des populations concernées.

Quatre termes à définir, Capital, Capitaliste, Capitalisme, Mondialisation :


Quatre termes, quatre concepts paraissent simples, d’usage courant, bien répertoriés. Que peut-on en dire de plus ? Des décennies de conflits, parfois sanglants, entre Capitalisme et Marxisme (ou réputé tel ! ) ont pourtant fortement connoté le vocabulaire, masquant un arrière-plan plus technique qu’il convient de redécouvrir. Fernand Braudel, historien d’abord, dans son livre » La Dynamique du Capitalisme », (paru en 1985), suggére d’utiliser avec précaution le mot « Capitalisme » car il peut recouvrir des activités ou des processus qui ne relèvent pas de l’économie de marché. Voir à ce sujet le protectionisme bien réel que mettent en œuvre, lorsque cela les arrange, des Etats pourtant militants de l’économie de marché, les Etats-Unis par exemple. Ainsi les deux mots, Capital et Capitaliste sont les deux mots qui, par le sens qu’on leur donne, donne un sens au mot Capitalisme.

Le capitalisme est une donnée fondamentale de l’économie, fort ancienne, qui ne peut être confondue avec le libéralisme ou l’économie de marché . Depuis qu’existent des sociétés humaines suffisamment organisées, et de façon beaucoup plus ostensible, depuis la Renaissance, le capitalisme est au cœur des processus de développement. Si les objectifs du développement échappent au contrôle du politique, le capitalisme n’est plus que le moteur du marché libéral. Il voudra définir lui-même les objectifs du Développement. Il peut alors devenir le pire des outils d’asservissement, les marxistes parleraient d’aliénation. La critique marxiste retrouve alors toute sa pertinence. La qualité du développement, et donc l’utilité du capitalisme, dépend fondamentalement du caractère démocratique de la prise de décision, et donc du fonctionnement de la société. Disons, pour simplifier, que le capitalisme est un outil efficace mais dangereux qui ne devrait être manipulé que par de vrais démocrates, ce qui n’est souvent pas le cas. Ce n’est pas le cas, notamment, lorsque des spécialistes, es technocrates, pensent pouvoir inspirer fortement la décision politique. On lira avec intérêt ce qu’écrit Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives Economiques, dans le n°413 des documents produits par ATTAC, le 31 mars 2003, à propos de ces technocrates qui se substituent aux politiques, produisant alors un système de type « libéral-stalinisme ». Les élections d'avril et mai 2002 ont été pour une large part la conséquence d’un tel état de fait.

Je m’attacherai, dans ce qui suit, à définir successivement quatre mots, capital, capitaliste , capitalisme et mondialisation en me référant d’abord, pour faciliter la compréhension, aux définitions données par le dictionnaire Larousse (1997).

LE CAPITAL:

Le mot peut être utilisé comme un substantif ou comme un adjectif. Adjectif, capital est synonyme d’essentiel, ce qui est très important et, du même coup, représente la vie, au point qu’on la perde en subissant la peine capitale. Substantif, le capital représente, d’après le Larousse, « l’ensemble des biens monétaires ou autres, possédés par une personne ou une entreprise, constituant un patrimoine et pouvant rapporter un revenu ». Pour rapporter « un revenu » le capital doit être investi dans une opération, commerciale par nature. Ipso facto, la première partie de la définition fait du capital le moteur du développement, ou mieux le carburant qui permet au moteur de fonctionner. Cette approche, politiquement neutre, concerne ce que peut produire le capital, c’est à dire des revenus. Les marxistes préfèreront parler de « plus-value » et les gestionnaires de « valeur ajoutée ».

La définition, dans sa première partie, ignore les conditions de formation de ce capital. Elle part du constat de l’existence d’un patrimoine. Dans sa quatrième partie, elle ajoute, « pour les marxistes, (le capital)est le produit d’un travail collectif qui n’appartient pas à ceux qui le réalisent mais aux propriétaires des moyens de production, et celui-ci augmente au moyen de la plus-value, extorquée aux travailleurs mêmes, c’est-à-dire aux salariés. » On n’entrera pas ici dans le débat considérable que provoque cette présentation des faits. Elle incrimine le propriétaire exploitant et fait du salarié une victime, de façon systématique. C’est toute la problématique marxiste, dont on peut regretter le systématisme, tout en constatant qu’elle est souvent fondée. Retour à une remarque précédente qui ferait du capitalisme un outil réservé à de vrais démocrates. La définition la plus accessible du capital, celle du dictionnaire, connote déjà fortement le concept en l’associant à la théorie marxiste. Le capital a permis, bien avant Marx, de déclencher des opérations de développement. Il est un élément constitutif de l’activité humaine depuis ses origines. La capitalisation s’est effectuée sous des formes diverses à travers les différentes modalités de l’activité commerciale, avant même l’apparition de la monnaie, au sens où nous la connaissons depuis l’Antiquité Grecque, voire même avant. Les opérations de capitalisation ont porté sur des denrées, des monnaies, des signes monétaires » qui n’étaient pas des monnaies, par exemple des coquillages tels que les « cauris, des métaux précieux, des écritures, etc... En fait, la gestion du capital est toujours passée par la recherche d’étalons monétaires, dont l’étalon–or est le plus connu. Certains auteurs considèrent que le capitalisme a commencé à ne plus produire les résultats attendus du jour où l’on abandonnât l’étalon-or, c’est à dire la convertibilité des billets, en 1931 à londres, en 1935 à Washington, en 1936 à Paris. En 1944, au lendemain de la seconde guerre mondiale, les nations se mettent d’accord, à la conférence de Bretton-woods, pour mettre en place le « Gold Exchange Standard » qui présente toutes les caractéristiques de l’étalon devise or. Les monnaies restent définies par un poids de métal fin mais la libre frappe de l’or et sa circulation interbe ont disparu. Mais le dollar reste indexé sur l’or sachant qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis détenaient 30% au moins des réserves d’or. En fait, à ce stade, le système monétaire international restait un système « dollar or ». Plus tard, la dette extérieure des Etats-Unis devint si importante que les demandes de conversion, de dollars en or, n’auraient plus été envisageables. On remplaça alors, en 1976 (conférence de la Jamaïque), l’étalon-or par les D.T.S., droits de tirages spéciaux, pseudo-étalon dont la valeur dépendait de la valeur pondérée d’un panier de devises parmi lesquelles le dollar tenait une place très importante.

Au-delà des considérations qui précèdent, le terme Capital est aussi le titre de l’œuvre maîtresse de K.Marx, qui, loin d’être démodée par l’usage qu’en ont fait des régimes de type stalinien, mériterait d’être reprise, approfondie et prolongée. Les Partis communistes ou ce qu’il en reste, ont abandonné le concept de « lutte des classes », par exemple. Reste à savoir si les conditions actuelles du fonctionnement du Marché ne conduiront pas à recréer les conditions dans lesquelles la lutte des classes avait une signification très concrète. On peut la considérer comme un élément de compréhension de la société sans en faire pour autant, à nouveau, le moteur de l’histoire.

Le Capitaliste :

Retour au Dictionnaire, « le capitaliste est la personne qui possède des capitaux et les investit dans des entreprises ». Comme investisseur, elle permet la formation de « valeur ajoutée » ou de « Plus-Value », si l’on utilise la phraséologie marxiste. A ce titre, elle est agent de développement et permet le paiement de salaires. Elle joue donc un rôle positif dans l’évolution de la société et de l’économie. Comme bénéficiaire de revenus, au moins potentiels, car il existe aussi de longues périodes, celle que nous vivons par exemple où la réalité dément la théorie, où les revenus sont faibles ou nuls, très négatifs même, elle participe à « l’extorsion » de «plus-value » qui auraient dû revenir aux salariés. Le capitaliste a deux visages ; conjoncture et rapports de forces feront que, selon les périodes, prévaudra le premier ou le second, aimable ou détestable. De ce point de vue, l’histoire justifie une analyse marxiste très généralisée qui ferait de la recherche d’un juste équilibre entre les deux termes de la définition l’un des ressorts essentiels de l’histoire.

Si le marxisme a dérivé, au vingtième siècle, vers des solutions radicales que ne justifiait pas la recherche d’un juste équilibre, d’autres approches ont vu le jour sous le couvert du christianisme social ou de la recherche d’une juste association « capital-travail », association recherchée par les gaullistes de la première heure, dans la ligne des réflexions du Comité National de la Résistance. La question d’une méthode acceptable pour réaliser le bon compromis entre justes intérêts du capitaliste, soucieux de conserver et valoriser son patrimoine, et du salarié, soucieux d’obtenir tout ce qu’il estime être de son droit sur les plus-value réalisées, reste d’actualité. On a expliqué au début de ce débat que l’on ne devait plus compter sur le « Marché » pour conduire à la situation d’équilibre assurant à chacun le bien-être qu’il peut revendiquer. On ne peut donc s’en remettre à une solution de compromis qui permettrait de corriger les incertitudes du « marché » par des mesures de circonstances. Le Politique doit reprendre la main et définir aux investisseurs les objectifs qu’il souhaite privilégier pour une période donnée. Ce qui nous ramène à la question de la Démocratie, dont on a dit qu’elle devait se méfier du « Libéral-Stalinisme » naturellement généré par la Technocratie, en France complètement manipulée par des générations d’énarques et de polytechniciens. Pour mémoire, la suppression de ces grandes écoles figurait au programme de la Gauche en 1981. On sait ce qu’il en est advenu.

La définition sur laquelle nous nous appuyons dit que le capitaliste est la « personne qui possède des capitaux….. ». Chacun verra, à première lecture, l’évocation de personnes physiques, dont on a évoqué le double visage, et qui sont, bien entendu, de gros capitalistes. Il fallait, dans une société dont une partie s’appuyait sur la lutte des classes tandis que l’autre en faisait l’erreur absolue, donner du capitaliste, une description redoutable. Or, pour un juriste, le terme « personne » ne désigne pas nécessairement une personne physique. Il peut s’agir d’une personne morale. La définition du dictionnaire inclut l’une et l’autre des acceptions possibles. Il existe donc une forme de capitalisme dans laquelle les personnes concernées sont des institutions, sociétés commerciales, associations certes, mais aussi l’Etat, les Collectivités Locales. Chacun sait que le capitalisme public, en France, a tenu et tient encore une très grande place. Il est l’un des outils dont dispose le Politique pour faire prévaloir l’intérêt général, au risque de contrarier la recherche d’intérêts privés. Dans les pays socialistes, le capitalisme d’Etat était devenu la règle. Dans ce cas-là, le socialisme, ou le communisme, en donnant à l’Etat la Propriété des moyens de production, n’a pas aboli le capitalisme. Il a seulement fait de l’Etat le principal capitaliste. Le capitalisme public est devenu, de ce fait, depuis la disparition de l’Union Soviétique, la cible principale du capitaliste privé. On reviendra sur cette question au point suivant qui traitera du « capitalisme » lui-même. L’un des objectifs de notre société ne devrait-il pas être précisément de rechercher la meilleure façon d’associer ces deux catégories de capitalistes pour assurer, en même temps, une rémunération correcte du capitaliste, surtout lorsqu’il s’agit de la grande masse des petits capitalistes, et la poursuite des intérêts globaux des salariés qui peut conduire à la réduction des taux de revenu, s’il s’agit, par exemple, de maintenir des emplois ?

Tous ces débats ont été maintes fois évoqués sans doute pour et par chacun des participants. Notre seule ambition est, ici, de les resituer dans un cadre global qui permette de comprendre comment les choses se tiennent, se soutiennent et se complètent. C’est aussi une façon de montrer aux tenants de la « langue de bois » que l’économie n’est pas un domaine mystérieux qui ne serait accessible qu’à une élite. Elle peut être accessible à tous pourvu qu’on en reste à une expression simple. En cela réside, pour les défenseurs du libéralisme mondialisé, la pire des menaces. Pascal Lamy, proche, en son temps, de Lionel Jospin, l’un des plus connus des commissaires français de l’Union Européenne le sait bien lorsqu’il s’efforce d’ouvrir sans limite le marché européen aux OGM venus des Etats-Unis, Monsanto et autres grands trusts. Nous le citons délibérément car il est très représentatif de ces grands fonctionnaires, proches des socialistes, quant aux amitiés personnelles, mais complétement acquis aux thèses les plus libérales. On pourrait attendre d’hommes de ce niveau qu’ils usent de leur pouvoir bien réel pour tempérer la démarche libérale. Ils n’en font rien. On lira avec intérêt, à ce sujet le livre de Susan George, intitulé « Pour ou contre la Mondialisation Libérale » chez Grasset, Paris 2002.

On notera enfin, pour apprécier complètement le comportement du capitaliste, qu’il peut adopter, face à la question du pouvoir auquel le capital investi peut lui permettre d’accéder, des attitudes assez diverses. Le « grand capitaliste » investira, en actions, dans une entreprise qu’il espère contrôler, voir diriger à travers un mandat social, Président, Président-Directeur Général. Il investira dans un domaine de l’économie qu’il veut conquérir parce que ce domaine l’intéresse, pour une raison quelconque (Michelin dans le domaine du pneumatique). Il peut au contraire investir en se désintéressant des questions de pouvoir. C’est le cas des millions de « petits porteurs » qui souhaitent seulement se constituer une rente en complément de leurs revenus, salariaux pour l’essentiel. C’est aussi le cas des grands capitalistes, gros porteurs de parts sociales et d’actions, qui veulent avant tout produire des revenus financiers importants sans se soucier des activités financées. On reviendra sur cette catégorie, dans laquelle se situent les « fonds de pension », car avec ce type de capitalistes, l’économie capitaliste change de visage.

Enfin le capitaliste, quel que soit sa taille peut investir, sans devenir, par l’intermédiaire d’actions, co-propriétaire du patrimoine d’une entreprise. Il se place alors en position de prêteur, à l’Etat (achat d’obligations d’Etat), aux entreprises par l’intermédiaire des banques (achat de bons de caisse, d’investissement...), à des associations (apports en nature avec ou sans conditions de reprise, obligations associatives…).

Si l’on examine les différents types de capitalistes du point de vue du Développement, chaque type de capitaliste génère un type de Développement : Le capitaliste public génère le développement d’Etat, planifié, étroitement contrôlé par le Politique qui lui assigne ses objectifs, ainsi, du temps de Colbert, les arsenaux et autres manufactures, à la suite de Marx, les industries socialistes, mais aussi, en France, dans nos actuelles collectivités locales, le dessin et l’équipement de nos multiples zones d’activités. Le capital public peut alors être ou non associé à du capital privé. C’est le cas dans les sociétés d’économie mixte où la recherche de bons revenus n’est jamais la règle. Le capitaliste privé, s’il veut investir dans l’activité des entreprises privées, génère ce que je nomme le développement « capitalistique », avec des objectifs qui peuvent être comme on l’a indiqué ci-avant très divers. Enfin, si le capitaliste, qu’il soit public ou privé, se limite à soutenir financièrement des entrepreneurs sans capitaux soucieux de répondre aux besoins d’un territoire, on entre dans le champ du Développement Local. Le but du capitaliste est alors de faciliter le développement d’un territoire, ou d’un groupe social, et l’on entre alors, à l’intérieur du champ du développement, dans celui du développement solidaire, avec intervention éventuelle de tout petits capitalistes.


Ici s’arrête l’envoi n°5. L’envoi n°6 traitera spécialement du Capitalisme et de ce que l’on appelle Mondialisation. La phase militaire de la guerre des Etats-Unis contre l’Irak sera complètement terminée. Les Etats occidentaux, divisés, à juste titre, sur la question de la guerre préventive, qui reste une agression délibérée, moralement injustifiable, chercheront à se retrouver pour assurer ensemble le bon fonctionnement du marché et l’hégémonie du système capitaliste.











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