RPC6 - Capital, capitaliste et mondialisation (suite de 5)

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« REPERES POUR COMPRENDRE vocabulaire L’ECONOMIE »

( Envoi N°6 – mai 2003 )



Le vocabulaire nous interroge ( suite) :

Capital, Capitaliste, Capitalisme, Mondialisation ou Globalisation

L’envoi n°5 traitait essentiellement, après une introduction liée à une actualité internationale particulièrement chaude, l’agression de l’Irak par les Etats-Unis, de la définition de deux termes, Capital et Capitaliste. Une référence à Fernand Braudel soulignait combien le concept de Capitalisme dépend étroitement du sens donné aux deux termes précédents. Le lien avec l’actualité s’imposait pour montrer à quel point, chez les tenants inconditionnels du « marché », la mythologie commande tous les comportements, surtout lorsqu’il s’agit de politique internationale, volet militaire compris. Confusion totale entre Le bien et l’intérêt financier du capitaliste. Relire Max Weber démontrant que la recherche du succès en affaires est une obligation morale, pour un bon calviniste, et que le succès n’est que la reconnaissance par Dieu du bien-fondé de cette recherche.

Le Capitalisme :

Il serait très ambitieux d’envisager en quelques pages de traiter à fond du « Capitalisme ». De très nombreux ouvrages ont été rédigés sur le sujet. Nous nous réfèrerons à quelques uns d’entr’eux mais, conformément aux règles initialement posées, nous limiterons notre ambitions à quelques définitions simples, largement compréhensibles, du moins le souhaitons-nous. Ces définitions feront référence à quelques ouvrages notoires. Pour approfondir ces questions, nous conseillons de passer par internet en effectuant, par exemple, une recherche sur le mot « capitalisme ». Les références seront nombreuses. Il y a d’autres entrées possibles, monnaie, étalon-or, FMI,….

Comme dans le cas des termes « Capital » et « Capitaliste », nous repartirons du Dictionnaire Larousse, dans son édition de 1997. Le Capitalisme est « un système économique et social fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange.Selon la théorie marxiste, régime économique et social régi par la recherche de la plus value grace à l’exploitation des travailleurs par ceux qui possèdent les moyens de production et d’échange.Le mobile essentiel est le profit qui trouve sa contre-partie dans le risque. Le capitalisme moderne se caractérise par le fait que, outre la recherche du profit, l’entreprise recherche une certaine sécurité, et, lorsqu’elle atteint une importance suffisante, une certaine puissance… Les pouvoirs publics doivent quelques fois intervenir pour éviter les dérèglements des mécanismes économiques qui constituent les fondements du système. Cette intervention se caractérise par la prise en charge de grandes entreprises par des nationalisations. ».

La définition qui précède est trop ramassée pour être totalement satisfaisante. Le capitalisme est défini comme un système « économique et social ». Economique, certes. Social, on ne voit pas en quoi, sauf à considérer que l’économique gouverne le social. On notera d’ailleurs que ce même dictionnaire ne fait jamais référence au « social » dans ses définitions du capital et du capitaliste. Cette question demeure donc en suspens bien que chacun puisse avoir sa propre idée sur la question. Les patrons chrétiens par exemple ont essayé de promouvoir une approche sociale de l’entreprise. C’est vrai mais cela nous paraît aujourd’hui marginal.

Le texte de la définition lie le concept de capitalisme à la « propriété des moyens de production ». Nous avons eu l’occasion d’attirer l’attention du lecteur sur l’existence du capitaliste public, propriétaire, lui aussi, d’une partie au moins des moyens de production (ex : Air France). Suit, dans la définition, la référence à la théorie marxiste qui associe la recherche de la plus value à l’exploitation des salariés par les propriétaires des moyens de production. La thèse marxiste est très connue. Son application à tous les types de capitalistes, propriétaires des moyens de production, qu’ils soient privés ou publics, rendrait assez bien compte de la réalité. La propriété des moyens de production induit, c’est notre hypothèse, une forte tendance à l’ « exploitation des salariés ». Les marxistes le disait du « grand capital »,sous-entendu privé. L’Histoire montre qu’on peut faire le même constat lorsque le capital est public ( Le Stakhanovisme, comme moyen d’une recherche du rendement maximal, est une forme difficilement discutable d’exploitation du salarié ). L’Etat, fut-il socialiste, se comporte en patron, tyrannique , le cas échéant.

C’est, sans doute, l’une des erreurs de Marx que d’avoir associé l’exploitation des travailleurs salariés à la propriété privée des moyens de production, seulement. L’association de l’exploitation des salariés à la propriété des moyens de production résulte bien de l’observation des faits, mais elle ne se limite pas à la propriété privée des moyens de production. Elle est une tendance lourde de la propriété, quel que soit le type de propriétaire, même si le propriétaire est une émanation de la collectivité des salariés, et, en dernier ressort, de l’Etat. Si la tension permanente, inévitable, entre propriétaires des moyens de production , quels qu’ils soient, et salariés, avait été prise en compte un sciècle plus tôt, les régimes socialistes eussent, peut-être, été très différents. On eut peut-être évité la concentration de la propriété de tous les moyens de production en une seule main, celle de l’Etat, au profit d’autres modes de propriété collective, moins concentrés. Mais on ne refait pas l’histoire. Reste que la prise en compte, maintenant, de cette réalité, peut conduire à imaginer des modes de fonctionnement, dans l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée, assez différents de ce qu’ils sont à ce jour. C’est un point fondamental sur lequel nous reviendrons parce que c’est un point par lequel peut passer un réel progrès.

L’Encyclopédie Hachette, consultable sur internet, éclaire de façon beaucoup plus précise que ne le fait le Larousse la réalité du capitalisme. Elle aborde d’abord la question des fondements du capitalisme et de son histoire, en développant deux thêmes, l’émergence de la pensée capitaliste et l’histoire du capitalisme. L’intérêt du texte est d’associer, d’entrée de jeu, l’entreprise capitaliste, quelle qu’elle soit, au marché. Mais le rédacteur constate rapidement que le capitalisme idéal, où la liberté des échanges est naturellement régulée par la loi de la concurrence, n’existe nulle part au monde. « Les systèmes économiques des pays occidentaux contemporains résultent plutôt d’un compromis entre libéralisme et interventionnisme étatique ». On ne peut que partager le constat ainsi exprimé. Mais il faut se poser immédiatement la question clé : Qui anime l’interventionisme étatique ? S’il s’agit des salariés, à travers leurs organisations syndicales par exemple, on peut penser que cet interventionisme aura des effets positifs sur les conditions de vie et de travail, par exemple. S’il s’agit des capitalistes, on peut craindre que cet interventionisme ne vise à fausser le fonctionnement du marché pour maximiser les gains et les positions de pouvoir.

Pour le rédacteur de la rubrique, le capitalisme est d’abord « incontournable ». La liberté des échanges et la recherche du profit sont de puissants stimulants de l’activité économique. Le capitalisme doit trouver dans l’échange un bénéfice qui justifie son investissement.

Dans le même temps, le capitalisme ne peut être efficace que contrôlé. Laissé à lui-même, il produit, via le marché, de nombreuses inégalités et provoque de ce fait l’apparition de ghettos. Ceci renvoie au jeu du marché, au libéralisme intégral,dans lequel qui ne peut acquérir un produit au prix du marché en est irrémédiablement privé . Le capitaliste ignore la sous-consommation de celui qui ne peut payer le prix de marché. « En face de ces problèmes, l’Etat doit intervenir pour limiter les inégalités, secourir les chômeurs, financer le secteur public, afin de ne pas laisser péricliter les biens collectifs …». Où l’on voit que l’Encyclopédie Hachette apparaît comme très décalée par rapport aux thèses défendues, en 2002 par le MEDEF, le FMI, et la plupart des responsables politiques des partis de droite, voire des partis de gauche, car nombre de socialistes français ou anglais, et d’autres, ont adopté par rapport au secteur public des positions plus restrictives que par le passé. « oui à l’économie de marché », disait Jospin , il ajoutait « non à la société de marché »… mais qui saisit la nuance ?

Dans cette perspective, le capitalisme a évidemment des limites. La création d’une économie « globalisée », pour s’en tenir au terme employé par les anglo-saxons dans ce cas, va provoquer de façon pratiquement inévitable de grandes différences de développement entre nations, les plus riches s’enrichissant davantage et les plus pauvres le restant longtemps encore, avec tous les risques de conflits que cela provoque. Ces écarts seront d’autant plus irréductibles que les pays pauvres ne pourront jamais prélever sur les ressources de la planète ce que plélèvent les pays les plus riches. Ainsi comprendra-t-on mieux le rôle des ONG dont la vocation globale paraît être de réparer, voire de masquer, l’incapacité du capitalisme à satisfaire l’ensemble des besoins des pays en difficultés.

Nous renverrons ici aux travaux développés dans les années 1990 par le professeur William Rees, de l’université de Vancouver, et de son étudiant Mathis Wackernagel , à propos de « l’empreinte écologique ». Ils tentent de mesurer la superficie de sol et d‘espace maritime nécessaire pour subvenir aux besoins d’une population donnée. Ils démontrent que si toute l’humanité adoptait les modes de vie et de développement des Etats-Unis, il faudrait six planètes terre pour que le développement soit durable. On se reportera aussi, à ce sujet , aux travaux de l’association « 4d » (association4d@globenet.org) qui, depuis de nombreuses années, organise des échanges sur le thême du développement durable.

Fernand Braudel auquel nous avons déjà fait référence est historien. Il a beaucoup écrit sur l’économie en général et le capitalisme en particulier. Il justifie de fait les économistes qui considèrent que l’économie n’est pas une science en soi mais relève de la compétence des historiens. Nous avons évoqué cette question à propos du « marché », dont on ne peut pas démontrer mathématiquement qu’il conduit, en laissant jouer « sa main invisible », à un équilibre unique et stable, synonyme, pour l’Humanité d’un bien-être certain. Nous ne donnerons pas ici la liste exhaustive des œuvres de Fernand Braudel mais nous renverrons toutefois à « Civilisation matérielle, économie et capitalisme », trois volumes parus entre 1969 et 1979, et « La dynamique du capitalisme », paru en 1985.

Nous avons déjà noté que F.Braudel distinguait nettement le « capitalisme » du « marché », le capitaliste recherchant plutôt à maximiser ses profits en domestiquant le marché, quitte à s’abstraire des règles de la « concurrence parfaite ». Certains historiens ont mis en évidence le « marché privé » ou « private market » dans lequel la concurrence a peu de place. Il s’agit, pour eux, de marchés inégaux dans lesquels le capitaliste, disposant de fonds abondants, s’interpose entre producteurs et consommateurs, et manipule tant les prix que les approvisionnements. C’est très souvent le cas des marchés de matières premières . L’histoire montre qu’il ne parvient complètement à ses fins que dans des situations où il peut s’appuyer complètement sur l’Etat, ce qui est aujourd’hui, en 2003, le cas des Etats-Unis, mais pas encore celui des Etats d’Europe Occidentale.

L’histoire du cartel de l’aluminium mis en place, en 1994, par l’ALCOA, trust américain de l’aluminium, racontée par Joseph Stiglitz ( « la grande Désillusion »,P.229 et suivantes), illustre bien cette situation. A la demande d’ALCOA, société privée, le gouvernement américain a fini par autoriser la création d’un cartel international de l’aluminium pour s’opposer aux exportations d’aluminium russe qui s’effectuaient pourtant à des prix de marché, sans dumping. Mais les prix russes restaient inférieurs aux prix américains. « Et le cartel a fonctionné au moins pour un temps. Les prix d’ALCOA et autres producteurs se sont redressés. Les consommateurs américains y ont perdu… Alors que j’(Stiglitz) avais réussi à convaincre presque tout le monde des dangers de la solution du cartel, « deux voix » ont dominé ( on aurait aimé savoir lesquelles ). Le Département d’Etat, qui entretenait d’étroites relations avec les ministères, s’est prononcé pour la création … »…. « Nous n’avions pas l’intention de leur apprendre – Aux russes - le capitalisme du copinage en 100 leçons . Ils n’avaient probablement pas besoin de nous -les américains- pour l’apprendre, ils disposaient de toutes les connaissances requises. Mais, sans le vouloir, nous leur avons donné le mauvais exemple ». (« La Grande Désillusion », P. 232 ) .

Les Etats-Unis ont participé de façon déterminante, au lendemain de la seconde guerre mondiale, à la mise en place des institutions qui devaient, avec un peu de temps, permettre à leurs capitalistes, associés à ceux de nos propres Etats, d’agir à l’extérieur de leurs frontières comme ils agissent à l’intérieur. A contrario, la réussite de leur projet devrait, si nul ne s’y oppose, conduire un nombre sans cesse croissant d’Etats à accepter des règles dictées par les Etats-Unis, dans la mesure où des équipes conservatrices comme celle du Président G.W.Bush resteront à le tête de ce pays . Jusqu’à ce jour, les organismes internationaux tels que la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC leur servaient d’intermédiaires. Retrouveront-ils, après réorganisation, comme le suggére Joseph Stiglitz, une indépendance suffisante par rapport aux Etats-Unis pour assumer leur mission dans l’intérêt général, avec le souci de réduire les inégalités et la pauvreté ? Tel est l’un des enjeux majeurs de la prochaine décennie.

Alors, le « Capitalisme », de quoi s’agit-il ? Nous résumerons ce qui précède de la façon suivante : Le Capitalisme caractérise un mode de développement économique dont les acteurs quasi exclusifs sont les apporteurs de capitaux, les capitalistes. Motivés par la rentabilité de leurs investissements, qu’ils soient privés, ceux auxquels on pense toujours, ou publics, ils développent une tendance naturelle à valoriser leurs capitaux sans trop tenir compte des effets de leurs comportements sur les salariés et sur l’environnement. Ces comportements s’appuient sur l’existence d’un marché théorique mis en avant lorsque leur intérêt le commande, mais qui ne sert plus que d’alibi lorsque leur intérêt passe par d’autres voies.

Il est par conséquent nécessaire de bien distinguer le marché, dont la dynamique reste intéressante en tant que lieu de rencontre entre les consommateurs et les producteurs, du capitalisme qui commande les comportements des seuls porteurs de capitaux. La place de l’Etat comme régulateur du marché est d’autant plus importante que les insuffisances du marché sont aujourd’hui notoires, en particulier son incapacité à diminuer la pauvreté et à réduire les inégalités. Il n’y a jamais eu et il n’y aura pas de situation d’équilibre garantissant le bien-être optimal, contrairement à ce que l’on pouvait penser avant les travaux de Debreu en particulier.

L’exposé ne condamne , ni le capitalisme qui reste un fait d’histoire, de toute façon incontournable, ni le marché comme présidant à l’organisation des échanges. Mais ni l’un , ni l’autre n’ont de valeur absolue. Ils sont incapables de définir les objectifs à moyen et long terme de la société, ou des sociétés, définition qui relève du Politique. C’est bien l’idée maîtresse qui doit s’imposer et à laquelle on doit revenir sans honte,…. et sans arrêt.


La Mondialisation :

Dans le langage courant, plusieurs mots sont employés qui paraissent synonymes, mondialisation et globalisation en particulier. Les français parlent généralement de mondialisation, le reste du monde de globalisation. Comme précédemment, nous repartons du ou des dictionnaires.

Le dictionnaire larousse, dans son édition 1997, reste muet : « Mondialisation , action de mondialiser ». Bravo ! le mot « globalisation » n’est pas dans le dictionnaire. L’Encyclopédie Hachette, consultée ( par le web) sur les thêmes de la mondialisation de l’économie et de l’économie mondiale est plus explicite.

« Pour certains observateurs, la mondialisation n’est que l’expression moderne d’un processus d’expansion qui prend ses racines dans les conquêtes commerciales des nations européennes engagées dès les XVI ième et XVII ième sciècles et poursuivies par leur expansion coloniale. Elle ne serait ainsi qu’un développement et un approfondissement du mondialisme. Il semble cependant que la mondialisation observée dans les dernières années du XX ième sciècle constitue une mutation économique sans précédent et que ses acteurs échappent de plus en plus au contrôle d’Etats dont les marges de manœuvre se réduisent. »

« En effet la mondialisation de l’économie ne réduit pas le rôle du marché mondial à celui d’un simple jeu à somme nulle mais lui confère une dimension, des fonctions nouvelles et un pouvoir renforcé, en contournant et en démentelant des frontières physiques et des réglementations qui s’opposaient à l’accumulation du capital. »

« Le marché mondial donne aujourd’hui l’impression d’être devenu l’unique régulateur économique ».

« Le développement de l’économie mondiale est un des phénomènes qui a pris de l’envergure au lendemain de la seconde guerre mondiale. Tout d’abord caractérisée par l’hégémonie américaine et la puissance du dollar, l’économie mondiale est aujourd’hui marquée par la globalisation financière et la croissance du commerce mondiale ».

On voit que le rédacteur fait référence à l’Histoire d’abord. Il croit ensuite observer un changement de nature du phénomène de plus en plus sensible depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis deviennent depuis cette période les principaux instigateurs et les principaux bénéficiaires de cette nouvelle situation. On peut regretter cette hégémonie et en déplorer un certain nombre d’effets. Si les bourgeoisies européennes avaient su prévenir les deux guerres mondiales, il n’est pas certain que les américains, appelés par nous à deux reprises pour éviter le pire, auraient pris la place qu’ils ont aujourd’hui prise. Mais on ne refait pas l’Histoire.

L’Histoire montre effectivement que les grands « systèmes », politiques, économiques, culturels et religieux ont une tendance naturelle à dominer des territoires beaucoup plus vastes que leurs territoires d’origine. A cet égard, l’expansion du capitalisme occidental, utilisant habilement et depuis longtemps l’idéologie du marché illustre bien ce fait d’expérience. Mais il avait été précédé par d’autres systèmes obéissant à une identique dynamique interne.

- L’empire perse, six siècles Avant J.C., étendant sa domination jusqu’aux cataractes du Nil, d’un côté, jusqu’àux Indes et à l’Asie centrale, d’autre part,
- L’empire romain qui domina l’ensemble du bassin méditerranéen, jusqu’à l’Angleterre au nord, loin vers les frontières de Nubie au sud,
- Le monde musulman, prêchant le Djihad, jusqu’à Poitiers, jusqu’à l’Indonésie et auxPhilippines,
- L’occident chrétien médiéval étendant son emprise jusqu’à Jérusalem et massacrant au passage les chrétiens de Constantinople,
- L’occident, depuis le XVI ième siècle, fort de la supériorité de ses armes, entreprenant, mais aussi commerçant et déjà capitaliste, découvrant puis colonisant l’Amérique, les Indes, les iles du Pacifique, à la recherche d’or, de matières précieuses et d’esclaves,
- Les Etats-Unis, revendiquant l’exclusivité du « Nouveau Monde » (Doctrine Monroë), menant à leur tour, et souvent contre la vieille Europe ( le conflit n’est pas nouveau), leurs propres campagnes coloniales, avec annexion d’une grande partie du Mexique, installation à cuba, en Amérique centrale, aux Philippines…

Où l’on voit que l’Occident, depuis les Croisades au moins, n’a cessé de se projeter vers le reste du monde, fort d’une puissance appuyée sur la supériorité de ses armes , la conviction que sa culture, fortement imprégnée de christianisme, était supérieure à toute autre et que sa conception du marché était, seule, capable de l’enrichir durablement. De ce point de vue, mieux vaudrait parler d’occidentalisation plutôt que de mondialisation. Mais cette « occidentalisation » n’est pas le fait d’un occident rassemblé, dont toutes les composantes, toutes les classes, manifesteraient le même enthousiasme pour engager la conquête définitive et complète du monde entier. Certes, la conquête, les armes à la main,est toujours d’actualité ; la mise en œuvre de règles imposées dans le champ de l’économique par des organismes internationaux dont les politiques sont largement inspirées par les Etats-Unis reste néanmoins le moyen fondamental de la conquête. La référence idéologique, voire religieuse demeure le moyen de justifier l’usage de la force, même si l’église catholique ne s’avère plus partie prenante.

Ainsi , la mondialisation n’est pas un fait nouveau, sa brutalité non plus. Nous renvoyons ici, à titre d’illustration, au N°413 de « grain de sable », lettre hebdomadaire diffusée sur le mail par ATTAC, qui diffuse sur le sujet une participation d’un chercheur, Claude Serfati . son objet est de « préciser son point de vue sur quelques relations qui existent entre la mondialisation du capital et le développement du militarisme »… » les guerres sont également une composante de la mondialisation :L’extraction des ressources naturelles par les groupes multinationaux et le recyclage des flux de revenus de l’économie de la prédation sur les marchés internationanux continuent pendant les guerres, ils participent à l’économie mondiale dans sa face qui n’est pas même cachée ».

Face à la réalité de l’occidentalisation, le courant socialiste occidental lui-même, surtout depuis Karl Marx, a, depuis longtemps, réagi en proposant à son tour la mondialisation du combat anti-capitaliste. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » (Manifeste du Parti communiste). A son tour, depuis la révolution russe de 1917, le communisme a entrepris de projeter sa conception de l’économie dans le monde entier, nouvelle forme de mondialisation, « La route de Paris passe par pékin et Alger », avec les suites que chacun connaît. Un échec, certes, qui devrait conduire, à reprendre la réflexion de Marx, maintenant insuffisante, mais dont les points de départ restent largement d’actualité.

Passé les beaux jours du communisme, de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en question la mondialisation(occidentalisation), dite libérale. Voir à ce sujet les manifestations seattle, Porto Allegre, Gênes,…l’action d’ATTAC. Alternative à cette occidentalisation, ou mondialisation dite libérale, le concept d’ « altermondialisation » prend corps qui s’oppose à la fois à la mondialisation libérale et à la « globalisation », terme plus strictement économique et financière , que la plupart des auteurs étrangers préfèrent à celui de mondialisation . On se réfèrera avec profit à ce sujet au livre d’Edwy Plenel, « La découverte du monde », Chapitre 2, chez StOCK, 2002.

Nous terminerons ces quelques développements concernant la question de la mondialisation par un large extrait d’un texte paru dans le numéro 43 la revue de la Fondation AILES, « DEVENIRS » :

« la pensée dominante (libérale) essaie de faire croire à l’opinion que nous serions en présence d’un processus de mondialisation, qui serait de surcroît le seul envisageable d’un point de vue réaliste :cf. le débat français sur la pensée unique ou la prétention bruxelloise à affirmer qu’il n’y aurait qu’un seul processus d’élargissement(del’UE) possible. »
« Mondialisation ou globalisation : d’origine ancienne, l’interdépendance des phénomènes techniques, économiques, sociaux, culturels.. ne selimitent pas aux interdépendances entre etats-nations. Toutefois cette étape qualitativement nouvelle est moins une mondialisation, en ce que la majeure partie du monde n’en bénéficie pas, qu’une globalisation des échanges financiers et commerciaux. Celle-ci s’est accélérée dans les années 80, facilitée par les nouvelles technologies de communication, mais surtout voulue par la suppression de tous les mécanismes de contrôle des transferts de capitaux, y compris spéculatifs ».
« Libérale, financière ou capitaliste :Si la doctrine dominante se qualifie elle-même de libérale, l’expression est manifestement fallacieuse pour caractériser sa forme contemporaine. Elle n’est pas nécessairement libérale dans l’ordre politique alors que les solutions répressives lui paraissent souvent la meilleure façon d’imposer son ordre….En matière économique, il ne s’agit pas non plus de libéralisme à l’ancienne que l’on pouvait assimiler au libre-échange….si cette dimention delmeure, la grande novation des énnées 80 a été la brutale libération des mouvements de capitaux sous toutes leurs formes. Prétenduement libérale, il est préférable de la nommer pour très exactement ce qu’elle est, une globalisation capitaliste à laquelle nous entendons opposer une authentique mondialisation qui trouve sa légitimité dans les aspirations des citoyens. »…

les lecteurs intéréssés par cette approche de l’« ALTERMONDIALISATION CITOYENNE » peuvent s’adresser au Forum de la Gauche Citoyenne, forgc@club.internet.fr, ou à l’animateur du présent débat.


Le prochain envoi « pour comprendre l’économie contemporaine », RPC7 esquissera une série de conclusions découlant logiquequement de ce que nous avons dit du « marché », du capital, du capitaliste, du capitalisme et de la mondialisation/globalisation. On s’efforcera de souligner quelques points qui nous paraissent être de vrais points de rupture à partie desquels la réflexion peut à nouveau se développer. Peut-on envisager de produire une synthèse utile à partir des restes de la théorie libérale classique et de ceux d’un marxisme mal appliqué, mais aussi défaillant, sur quelques points essentiels ? De quoi lancer de nouveaux débats, sans prétendre posséder toutes les réponses. Nous diffuserons aussi, à cette occasion un premier document de nos participants lituaniens.








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