RPC7 - A la recherche d'une cohérence

Publié le par liger

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

( Envoi N°7 – juin 2003 )




A LA RECHERCHE D’UNE COHERENCE …



Les envois précédents portaient sur des questions de vocabulaire. Il s’agissait de définir plusieurs mots, essentiellement, « Marché », « Capital », Capitaliste », « Capitalisme », « Mondialisation », …Ce sont des mots simples, apparemment, proches, à propos desquels le monde s’est divisé, pendant plus de soixante années, en blocs antagonistes dont il reste quelques survivances à travers la Chine, la Corée du Nord et Cuba. De violents conflits sont nés à leur propos. Ils ont chargé le vocabulaire courant d’un contenu idéologique fort qui conduit aujourd’hui à des confusions regrettables, pire encore, à une réelle banalisation. Elle explique peut-être le désintérêt pour l’économie d’un grand nombre de personnes qui, pourtant, de part leurs fonctions, participent étroitement à la vie économique, à commencer par les élus de tout niveau, la plupart des chefs d’entreprises et des fonctionnaires.

Si vous ètes pressés, allez directement à l’encadré final.

Faut-il trouver de nouveaux mots pour remplacer ceux que l’histoire récente a trop chargés ? Faut-il revenir aux définitions initiales en invitant nos lecteurs à prendre du recul par rapport à leur contenu idéologique le plus récent ? J’adopte, dans ce qui suit, cette dernière position. Je ne me sens pas, en effet, le droit d’inventer de nouveaux néologismes, qui ne figureront probablement jamais dans un dictionnaire et dont l’introduction rendrait le débat encore plus rebutant pour de non-spécialistes. Nouveau mot, oui, s’il y a nouveau concept seulement.

Le but de l’envoi n°7 est de dégager de ce qui précède quelques conclusions simples formant un ensemble cohérent. Cet ensemble n’a certes pas les prétentions d’une théorie générale. Le lecteur doit y trouver néanmoins quelques repères pour déchiffrer l’actualité économico-politique telle qu’elle se présente. Les différents concepts déjà abordés, et sur lesquels nous reviendrons, sont généralement situés, par ceux qui aujourd’hui s’en servent, soit dans une perspective libérale/néo-libérale, soit dans une perspective marxiste/socialiste, nombre de socialistes eux-mêmes ne sachant se situer autrement que dans une perspective néo-libérale réputée inévitable.

Ce ralliement s’explique en partie sans doute par le poids des Grandes Ecoles, et notamment, de l’Ecole Nationale d’Administration et de l’Ecole Polytechnique qui fournissent des managers dans tous les domaines de la vie de notre pays, qui alimentent les équipes ministérielles, ministres inclus, où l’économie n’existe qu’à travers le « marché », la concurrence, le profit …S’agissant de l’Ecole Nationale d’Administration plus spécialement, les conditions de recrutement accentuent ce ralliement de fait à la théorie dominante, à laquelle on impute le succès des « trente glorieuses » et celui des Etats-Unis, réputés modèle unique. Cette Ecole, on le sait, recrute pour beaucoup dans les milieux aisés d’Ile de France. Dans le même temps les recrues provenant de milieux populaires peuvent adopter les positions les plus traditionnelles pour mieux s’intégrer à leur nouveau milieu, symbole de leur réussite sociale.

Ces quelques notent concernent évidemment la France d’abord. Je n’ai pas les moyens d’élargir énormément mon domaine d’investigations, sauf pour ce qui concerne le poids du mythe américain dans les pays d’Europe Orientale et dans des pays comme l’Iran où les Etats-Unis sont à la fois, Grand Satan et symbole de réussite. On les déteste mais, en même temps, on succomberait facilement à la tentation du mythe.

Le Gouvernement de Jospin et l’essentiel du courant majoritaire du Parti Socialiste issu du congrès de Dijon ( mai 2003) ont accepté, faute de mieux, le néo-libéralisme, comme une fatalité incontournable. Le « gauchissement » du discours n’y change rien. Force est de constater que Martine Aubry et Laurent Fabius avaient accepté depuis un certain temps déjà, le principe de fonds de pension habillés à la Française, …et que le principe même de la régulation de l’économie par l’Etat n’a pas fait au sein des partis de gauche, l’objet de discussions, voire de publications très élaborées. Strauss-Kahn se préoccupe, certes, de ce que devrait être une redéfinition des prérogatives de l’Etat. Mais tout cela reste encore très embryonnaire.

A coté des socialistes, plus ou moins néo-libéraux, existe encore un courant de pensée qui reste marxiste et cherche à interpréter l’histoire récente, économie comprise, dans le cadre et à l’aide de la théorie marxiste traditionnelle, quitte à affirmer que rien n’a changé. On peut penser qu’il est assez marginal. On y argumente encore comme si le communisme, dont ils se réclament, avait eu la possibilité de conduire quelques pays au succès. On sait ce qu’il en est advenu. Ce type de comportement me paraît bien illustré par Gérard Duménil et Dominique Lévy. Voir à ce sujet, « Economie marxiste du capitalisme », collection « repères », La Découverte, 2003.

La position que j’adopterai pour la suite consiste à n’inscrire la réflexion, ni dans une perspective marxiste, ni dans une perspective libérale ou néo-libérale, encore moins dans une perspective de conflit entre les deux. L’Histoire montre suffisamment que ni l’une ni l’autre n’ont apporté, ne fut-ce que le début d’un équilibre conduisant au bien-être généralisé, approche libérale, ou le début d’une société sans Etats ni Classes, à travers une dictature du prolétariat construisant finalement ce même « bien-être », approche marxiste. Je ne parlerai pas d’échec de l’un ou de l’autre mais d’achèvement d’une période. Je poserai, dès lors, la question de savoir quels outils conceptuels sont encore utilisables, et dans quelles situations. On verra qu’entr’ autre hypothèse, je retiens celle d’un développement de la réflexion marxiste, à partir d’un inventaire de ses insuffisances conceptuelles.

LE « MARCHE ».

Le terme, on l’a expliqué, recouvre à la fois une réalité incontournable et un mythe qu’il faut abandonner. Réalité incontournable, le marché est le lieu de la rencontre entre offre et demande. Le demandeur choisit le produit qui lui convient en fonction du prix proposé, du moins dans une perspective théorique que la réalité contredit souvent. L’offreur répond à la demande ou provoque de nouvelles demandes à partir de besoins plus ou moins réels restés inexprimés. Pour gérer cette rencontre, on a depuis longtemps inventé un outillage important dont l’ensemble peut être en gros regroupé sous le terme « Marketing ».

Dans le cas général, on suppose que le marché joue librement. Si une demande se manifeste, une offre se manifestera tôt ou tard. Inversement, si l’offre devance la demande, les techniques du marketing donneront à la nouvelle offre des chances de trouver preneurs. Dans ce contexte, il est clair que les entrepreneurs souhaitent disposer d’un maximum de liberté. Ils voudraient même, pour maximiser leurs profits, bénéficier d’une liberté totale, ce qui implique que les Etats veuillent bien ne pas intervenir. On les comprend, bien entendu.

Mythe qu’il convient d’abandonner, le « Marché » est la réalité première qui va structurer l’organisation économique et sociale, puis la vie politique. Depuis le 18ième siècle au moins, les économistes considèrent que le « Marché », guidé par une « main invisible », c’est leur expression, va déboucher sur une situation d’équilibre général entre offre et demande, au point d’apporter le bien-être à toute l’humanité. Dès lors que le « Marché » apparaît comme le founisseur de « bien-être », il est évident que quiconque s’oppose à son libre fonctionnement devient un adversaire de l’humanité ! Les économistes, souvent mathématiciens, croyaient pouvoir démontrer de façon rigoureuse l’existence de cette situation d’équilibre. Plusieurs prix Nobel ont traité le sujet. On a cru pendant plus d’un siècle qu’ils y parviendraient .

Dans les années 1960-1970, plusieurs d’entr’eux, et plus spécialement DEBREU, sont arrivés à la conclusion inverse. Il n’y aurait aucun moyen de démontrer qu’il existe une situation d’équilibre. Il en existerait plusieurs, imprévisibles, fugitives et incohérentes.L’accès au bien-être généralisé, seule justification éthique de la théorie libérale, disparaît. Dès lors, le libéralisme n’a plus, ni base scientifique, ni finalité éthique. Dans le même temps, la répétition, depuis le 19 ième siècle, des crises, et même leur multiplication depuis que les institutions financières internationales s’efforcent d’imposer le libéralisme dans le monde entier, confirme qu’on est loin d’accèder à l’état d’équilibre escompté et du bien-être qui devait en découler. Au contraire, un économiste comme Joseph Stiglitz, ancien Président du comité des conseillers économiques de Bill Clinton, ancien Vice-Président de la Banque Mondiale puis du Fonds Monétaire International, clame à qui veut l’entendre, que le libéralisme, laissé à lui-même, est incapable de vaincre la pauvreté et de réduire les inégalités sociales.

Que faut-il retenir ? Le « Marché », lieu de rencontre de l’offre et de la demande, est une réalité. Il n’est ni bon, ni mauvais. Il structure avec ses qualités et ses défauts une grande partie de la vie quotidienne. Mais ce n’est plus un absolu. Il peut, laissé à lui-même, produire le meilleur et le pire. La collectivité doit le contrôler pour en maximiser les avantages et en réduire les inconvénients. La collectivité, à travers le Politique, doit prendre le relai de cette « main invisible » qui n’indique plus la bonne direction. Toutefois, si le Politique doit prendre le relai de cette « invisible main », il ne doit pas, pour autant, prétendre remplacer le « Marché », à lui seul . Autrement dit, il ne doit pas prétendre définir, seul, les besoins et les moyens de les satisfaire, comme les soviétiques ont tenté de le faire.

LE PROFIT , MOTEUR DU MARCHE.

Le « Marché » est aux mains d’entrepreneurs (les capitalistes) qui ont investi leur argent ( le capital) et qui se sont investis personnellement. Ils mettent en place des moyens de production et produisent ce que demandent les consommateurs ou ce qu’ils ont décidé de leur vendre. Produisant ce que demandent les consommateurs, ils remplissent une fonction sociale essentielle. Ils le font rarement par devoir ou par simple altruisme. Ils le font par intérêt, pour gagner de l’argent qu’ils réinvéstiront ou dépenseront pour leur propre usage. Le profit est bien le moteur pricipal du marché. On a eu l’occasion de voir comment Max Weber expliquait que la réussite, sur ce plan, était une récompense des Dieux ! on doit admettre que la recherche du profit est une motivation essentielle, parfaitement respectable, même si le profit n’est pas la seule motivation possible, même si des entrepreneurs ont aussi d’autres motivations. Remarquons d’ailleurs que le profit, s’il motive les entrepreneurs, est aussi la condition de la pousuite et du développement de leurs activités. La question de fond reste celle de l’utilisation de ce profit, de la Valeur Ajoutée pour revenir au langage de l’entreprise.

Reste que la recherche du profit doit s’inscrire dans le cadre de l’intérêt général, dont la responsabilité incombe aux Politiques. L’intérêt général commande, en particulier, de répondre aux besoins de ceux qui n’ont pu suffisamment participer à l’activité économique pour satisfaire leurs besoins essentiels. L’article 21 de la Déclaration Montagnarde des Droits de l’Homme, en 1793, stipulait que « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler ». Cette stipulation reste d’actualité et devrait constituer l’un des moteur de toute action gouvernementale. Force est de constater qu’elle ne figure pas dans le credo libéral.

On retiendra donc que la recherche du profit est une valeur positive, dès lors qu’elle s’inscrit dans le cadre défini par le Politique ( respect du Droit) pour assurer une juste répartition des richesses, au nom de l’intérêt général. A contrario, si le Politique a le devoir d’encadrer la recherche du profit pour assurer une juste répartition des richesses, il doit respecter le statut de l’entrepreneur et mettre en place l’environnement qui lui permettra de fabriquer du profit, de la valeur ajoutée pour employer le langage de l’entreprise.


LA CONCURRENCE PARFAITE : PREMIERE CONDITION DE FONCTIONNEMENT DU MARCHE.

Rien, sur le « Marché », ne doit venir perturber la concurrence. Que le meilleur gagne ! Voilà la règle de base. C’est la première revendication des libéraux. Autrement dit, il n’y a pas de fonctionnement convenable du « Marché », et donc pas de bien-être général, si des mesures imposées par l’Etat favorise une entreprise ou un groupe d’entreprises. L’Etat doit s’abstenir de toute intervention dans le champ de l’économique afin de ne fausser en rien le libre jeu de la conccurence. Ce discours, apparemment simple, est, en réalité, très réducteur. Nous allons le montrer.

La concurrence ne se définit pas si facilement. Les hommesde marketing le savent bien. Si le « Marché » exprime une demande, la concurrence peut se manifester sous forme de produits, fabriqués par plusieurs entrepreneurs indépendants, à partir d’un même cahier des charges, mais par des méthodes qui peuvent être différentes et qui conduiront à des prix différents. Ces produits sont en concurrence dans un contexte, social, financier, fiscal, identique pour tous les entrepreneurs. L’éléctro-ménager se situe très bien dans ce créneau. C’est le cas le plus simple, celui auquel tout le monde pense.

L’affaire se complique si l’on considère que plusieurs entrepreneurs peuvent décider de répondre en même temps à une même demande mais avec des produits ou des services différents. Exemple : Le marché demande des lieux où l’on puisse passer, le soir, deux à trois heures, entre amis. La réponse peut-être multiple, un restaurant, un spectacle, une sotie en bateau-mouche, un mélange de ce qui précède…C’est le cas classique que découvrent souvent avec étonnement ceux qui veulent créer un restaurant. La réflexion sur la façon de vendre du temps doit précéder les questions sur la gastronomie. On voit là que la question de la concurrence parfaite devient complexe, même si, en finale, les questions de coût reprennent le dessus.

Reste que, si la concurrence n’est pas assurée, le marché fonctionne mal et toujours au détriment du consommateur. Les législations occidentales cherchent à éviter l’existence de situations de monopoles (lois anti-trust), la pratique de prix qui ne reflètent pas réellement les prix de production ( interdiction de vente à perte),….C’est aussi la raison pour laquelle la législation française et, maintenant, la réglementation européenne imposent aux Etats et aux Collectivités Locales des procédures de mise en concurrence très ouverte mais aussi très strictes. Sur le plan juridique, c’est un vaste domaine, dont l’objet central reste le défense des intérêts des consommateurs. Et chacun sait que la libre conccurence, dans l’intérêt des consommateurs, doit être chaque jour défendue.

Au plan international, la libre concurrence comme condition du bon fonctionnement du marché continuerait de s’imposer. Elle est même présentée par les néo-libéraux comme nécessaire au développement des pays émergents, comme elle l’aurait été au développement des pays maintenant développés. Elle se traduit d’abord par le libre accès des vendeurs à tous les marchés nationaux. C’est la raison d’être de l’Organisation Mondiale du Commerce(O.M.C.) qui ne voit pas de limites géographiques à l’extension du champ de la concurrence, qui ne voit pas non plus de limites aux domaines d’activités à l’intérieur desquels la concurrence devrait pouvoir se développer sans obstacles, y compris des domaines tels ceux de l’éducation et de la santé. On se repportera utilement au « Monde Diplomatique » de juin 2003 qui publie, à ce sujet, un long article de HA-JOON-CHANG, professeur à la faculté d’économie et de politique de Cambridge, intitulé, « Du protectionnisme au libre-échangisme , une conversion opportuniste ». Il montre bien comment les nations actuellement développés, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d’abord, ont « bâti leur puissance sur un protectionnisme qu’ils diabolisent après coup ».

« Entre les années 1830 et la fin dela seconde guerre mondiale, les droits de douane moyens des Etats-Unis sur les importations de produits industriels furent parmi les plus élevés du monde » ….. « le tarif douanier moyen sur les produits industriels en résultant était de 48% ! »… « De nombreux intellectuels et responsables politiques américains avaient compris que le libre-échange n’était pas adapté à leur pays, même si cela allait à l’encontre des avis des grands économistes (libéraux) de l’époque, tels Adam Smith et Jen-Baptiste Say, qui considéraient que les Etats-Unis ne devaient pas protéger leur industrie…. ».

Tant il est vrai que les libéraux ne sont libéraux que lorsque le libéralisme va dans le sens de leur intérêt bien compris ! Notre conclusion : La concurrence est souvent nécessaire. Elle est, en soi, une bonne chose. Il appartient au Pouvoir Politique de déterminer les domaines ouverts à une concurrence « honnête », et ceux où, obligatoire, elle apparaît comme la meilleure garante de l’intérêt général ( cas des marchés publics). Elle est nécessairement l’objet de règlementations souvent complexes qui peuvent être manipulée si l’on n’y prend garde. Ainsi en est-il des lois anti-dumping aux Etats-Unis. Sur le plan international, elle peut être le meilleur ou le pire. Les grands Etats modernes, ceux du G7, se sont souvent bâtis à l’abri d’un protectionnisme solide. On voit mal au nom de quelle éthique l’OMC pourrait contraindre les pays en voie de développement à ouvrir complètement leurs marchés, sans aucune réserve. Le progrès passerait sans doute par la constitution de blocs de pays de développement équivalent au sein desquels la concurrence serait ouverte, le bloc lui-même se protègeant avec l’aide de l’OMC.

Reste à déterminer les produits et services qui entreront ou non dans le champ de la concurrence, et donc du « marché ». Pour les libéraux inspirateurs actuels de l’OMC, il n’y a qu’une seule réponse : Tous les produits et services relèvent, par principe, du « Marché » et donc de la concurrence, tant au plan national qu’international. Tout juste accorderaient-ils quelques délais. D’où les travaux actuels de l’OMC visant à dresser la liste des services qui rentreraient maintenant dans le champ de la concurrence. Elle y incluerait volontiers les services de santé et d’éducation, laissant, le cas échéant, aux Etats, le soin de mettre en place un service minimum pour ceux dont les moyens réduits ne permettent pas d’accéder au « Marché ». Ce dernier, on l’a expliqué plus haut, n’est pas capable de conduire au « bien-être », a fortiori équitablement réparti. C’est maintenant une certitude. Les Etats doivent donc décider de l’avenir de leurs services essentiels. S’ils veulent ménager les chances de tous les citoyens, ils ne peuvent ni ne doivent s’en remettre au seul jeu du « marché » et de la concurrence, spécialement lorsqu’il s’agit de produits ou services qui conditionnent l’existence même de l’humanité, l’air, l’eau, l’éducation,... Nous sommes là en pleine actualité. On devrait attendre des politiques un débat sur les luimites du marché, avec une liste précise des biens et services qui ne peuvent passer par le marché.

L’information parfaite : Seconde condition de fonctionnement du « MARCHE ».

Les théoriciens du « Marché » pensaient que son fonctionnement correct passait nécessairement par une information parfaite des acteurs, informations tant sur la demande que sur l’offre. On sait combien cette question est au cœur d’un grand nombre de débats et de procédures, comment la réglementation s’en est emparée, étiquettage, marquage, traçage, …On peut penser qu’elle ne sera jamais épuisée. Nombre d’économistes ont travaillé et travaillent encore sur le problème de l’information imparfaite, dissymétrique. Certains imputent quelques fois à l’imperfection de l’information celle du « marché ». Leurs efforts nous paraissent utiles. Mais le « marché » n’en deviendra pas pour autant la merveille attendu .

Le Capital, le Capitaliste, le Capitalisme, réalités incontournables.

Le Capital, c’est, à l’origine, l’argent dont dispose l’entrepreneur pour créer puis faire fonctionner son entreprise. On parle de capital social lorsqu’il s’agit du montant des parts sociales représentant l’apport initial des créateurs d’une entreprise. Au delà, l’entrepreneur dispose de l’ensemble des sommes figurant au passif de son bilan, toutes représentatives de dettes de l’entreprise. Il n’y a pas, vu de cette façon, un seul type d’entreprise qui puisse fonctionner sans capital. Même les entreprises associatives ont besoin de capital. La loi prévoit des possibilités d’apports aux associations, lesquelles de toute façon, contractent des dettes vis à vis des organismes bancaires, fiscaux, sociaux …

Toutes les entreprises sont donc, à un moment ou à l’autre, tributaires de leurs capitalistes, qu’il s’agisse de personnes physiques ou morales ( autres entreprises), d’investisseurs institutionnels ( banques, fonds de pensions, institutions diverses ..), de l’Etat et des Collectivités Locales ( cas des Société d’Economie Mixte ). En régime socialiste, le capitalisme d’Etat, émanation théorique des travailleurs, n’est que la forme particulière que prend le capitalisme lorsqu’il y a propriété collective des moyens de production. Les contradictions internes du capitalisme sont, l’histoire l’a montré, inhérentes à toutes les formes de capitalisme, y compris lorsqu’il s’agit, de capitalisme d’Etat. La tendance lourde de tous les capitalisme est d’aliéner les salariés pour maximiser les profits, même s’il les justifie par la recherche du bonheur ou du thriomphe de la classe ouvrière.

Le marxisme retrouverait un intérêt certain si la réflexion contemporaine intègrait ce constat pour élargir son champ et prendre en considération la relation dialectique permanente qui existe entre les salariés considérés comme constituant une entité autonome et les capitalistes de l’entreprise qui , à travers les conseils d’Administration, ont déjà leur personnalité propre. Dans la conception classique de l’entreprise, que les socialistes ont conservée, les salariés sont considérés comme de simple « facteurs de production », finalement extérieurs à l’entreprise. L’idée d’une relation contractuelle permanente entre les salariés de l’entreprise constituant un ensemble doté de la personnalité morale et les capitalistes de l’entreprise déjà organisés mériterait d’être approfondie. Elle sort évidemment du champ de la réflexion classique mais pourrait faire évoluer notre conception de l’entreprise qui a finalement peu évolué depuis quelques décennies.

La Mondialisation/globalisation :

Qu’on se situe dans une perspective libérale, et qu’on l’appelle globalisation, qu’on reste bien français en parlant de mondialisation, ou qu’on se situe du coté d’ATTAC et des organisations qui se disent citoyennes en parlant plutôt d’altemondialisation, la question reste entière ou presque. Quel est le problème ?

La mondialisation dont parlent les libéraux se résume à une extension aux dimensions universelles du marché libéral , du champ de la concurrence et du libre-échange, de l’impérium américain reputé promoteur privilégié, et principal bénéficiaire, de ce marché. L’altermondialisation, c’est, a contrario, la mondialisation citoyenne propagatrice des Droits de l’Homme et de la Démocratie. Dans les deux cas, les protagonistes considèrent que leur conception est la bonne. Bien que me situant résolument du coté de l’altermondialisation, je propose d’aborder la question de façon un peu différente. La grande vague venue de l’Ouest, porteuse du colonialisme, qu’elle soit mondiale ou altermondiale, ne risque-t-elle pas de se heurter à d’autres vagues venues d’ailleurs et porteuse de conceptions différentes de l’histoire ? Peut-on réellement penser que la Chine acceptera de se laisse porter par notre vague ? C’est ce que pensent un certain nombre de politiques en se félicitant de l’ouverture progressive du Marché Chinois. Reste à savoir ce que feront les chinois lorsqu’ils auront assimilé une grande partie de nos savoirs et de nos méhodes. Leur ralliement pur et simple à l’occident libéral relève encore de la fiction. La seule question que l’on puisse utilement se poser est de savoir s’il existe entre chinois et occidentaux un domaine de valeurs que nous puissions partager. La question serait la même pour ce qui concerne les Indes, la Russie et le monde musulman. De quoi se compose le bouquet de valeurs que ces différents mondes pourraient mettre en commun ?

Je n’ai pas la réponse mais je pressens que le monde édifié à partir de ce bouquet ne sera pas une simple projection dans l’espace et le temps du monde « libéral » actuel. L’Occident n’assimilera pas le reste du monde ; il ne l’intègrera pas. Il assimilera, lui, des valeurs qui ne sont pas aujourd’hui les siennes ou, peut-être, disparaitra, … Comme l’écrivait Paul Valéry, nos civilisations sont mortelles.

































L’essentiel en quelques lignes….

Le « Marché », oui, bien sûr,… comme une caisse à outils d’usage éprouvé. Comme un mythe, comme une quasi religion, donnant du sens au Monde, certainement pas. Reste à démasquer l’usage qu’on en fait, encore aujourd’hui, pour dissimuler tous les colonialismes. Qu’on le dise, qu’on le répète, le « Marché » n’a pas aujourd’hui de fondements scientifiques ou éthiques. Les américains eux-mêmes commencent à nous l’expliquer. Lire STIGLITZ.

Le « Capital », les capitalistes et le capitalisme, impossible de s’en passer. Inutile de se lancer dans de nouveaux combats contre les capitalistes. Nous en aurons toujours besoin. Mais nous devons nous poser à leur sujet deux questions, celle des relations futures, dans l’entreprise entre le monde du capital et celui des salariés. Il s’agit vraiment de concevoir différemment l’organisation et le fonctionnement des entreprises. (Comment concevoir une relation contractuelle, contraignante, entre les deux entités constitutives de l’entreprise, le capital et le salariat ?), celle du respect par les porteurs de capitaux, de règles à définir, pour que la circulation des capitaux n’ait pas d’effets négatifs sur les nations concernées . La libre circulation des capitaux ne saurait être considérée comme allant de soi. Elle ne peut pas être considérée comme un objectif, d’autant qu’une partie importante des capitaux circulant ont une origine douteuse.

La « Mondialisation, ou l’altermondialisation », oui, mais pas celle des super-marchés et des Mc Do, …oui à la mise en commun de valeurs entre ensembles aujourd’hui hétérogènes. Pousser les pays en développement à vivre demain, à l’américaine, relèverait d’ailleurs de l’escroquerie car les ressources du monde seraient épuisées bien avant d’y parvenir. A ce stade, Mondialisation et Développement Durable sont deux faces d’une même réalité.

Le « Politique » reprend la direction des affaires. La « main invisible du marché » relevait de l’illusion. Elle n’est plus là pour guider le monde vers l’équilibre et le
Bien-Etre. D’aucuns voudront qu’on entretienne le mythe pour justifier impérialismes et conquêtes. Qu’on les démasque ! Le Politique fixera à nouveau les objectifs que lui inspirera la recherche de l’intérêt général. Les techniques du « Marché » n’en seront que plus efficaces.






Le prochain envoi portera sur un sujet d’actualité, les retraites, afin de vous apporter, là aussi, quelques repères que le débat public n’apporte pas. Il comportera aussi le texte d’un économiste lituanien qui cherche à éviter les risques de la croissance continue en s’interrogeant sur les chances d’une « Déflation » constructive, diminution des prix, stabilisation des taux de croissance mais accroissement de la production, ce qui d’ailleurs rend le terme Déflation quelque peu impropre.

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