RPC14 - Le développement Local....

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« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

( Envoi N°14 – mars 2004 )





LE DEVELOPPEMENT LOCAL :
UN DES TROIS PRINCIPAUX MODES DE DEVELOPPEMENT



Débattre des différents modes de développement quelques jours après l’offensive terroriste contre l’Espagne peut apparaître comme insolite, voire déplacé. On aurait bien autre chose à faire que se perdre en disgressions plus ou poins théoriques alors que le monde entier est invité a privilégier la guerre au terrorisme. On lui fait la guerre. Il nous fait la guerre. Pourquoi au juste nous fait-il la guerre ? Il paraît que la question est une mauvaise question, une question en soi condamnable parce que démoralisatrice. Comme s’il y avait les bonnes et les mauvaises questions, alors même qu’il y a, chaque jour, de mauvaises réponses à de bonnes questions. Le terrorisme ne cessera que le jour où nous apporterons de bonnes réponses à toutes les questions. Et si je soutenais que la décolonisation inachevée de nombre de territoires, que la mondialisation libérale imposée au profit des Etats les plus riches, que l’abandon dans lequel vivent chez nous de nombreux « sans papiers », constituent en eux-mêmes quelques unes des explications qu’il faudra bien, le jour venu, prendre en compte, deviendrais-je moi-même un complice du terrorisme ? Et si je soutiens que toutes les époques ont eu leur terrorisme, à commencer par la seconde guerre mondiale, où nos résistants étaient présentés comme des terroristes, en continuant par la guerre d’Algérie qui ne connaissait que des terroristes, jusqu’au jour où nous avons dû discuter avec ces terroristes pour arrêter le conflit, va-t-on toujours me considérer comme complice du terrorisme ?

Le texte qui suit ne traite pas directement du terrorisme. Mais l’analyse des modes de développement conduit à se poser des questions qui, sans doute, facilitent la compréhension globale des événements que nous vivons. Le totalitarisme du « marché », comme tous les totalitarismes, pousse à la révolte. Les pauvres n’ont pas d’armée susceptible de défaire celle des USA. Le terrorisme est leur seule arme. La menace est bien réelle. La menace d’une guerre totale contre les terrorismes n’est pas une réponse suffisante. Elle pourrait même, si cela n’est déjà fait, provoquer l’intégration de tous les terrorismes. Les réponses ne sont-elles pas d’un autre ordre ?




Les étudiants qui, chaque année, demandent à préparer un DESS dont l’intitulé inclut l’ expression « Développement local » en ignorent généralement le sens précis. Leurs choix de cursus universitaires sont généralement fondés sur des considérations qui ne concernent pas directement les phénomènes de développement, qu’il soit local ou non. Ils n’ont généralement que des connaissances assez limitées en économie. Les étudiants en économie, eux, ne rejoignent que très rarement des cycles universitaires dont l’un des buts est de fournir, aux collectivités locales, des cadres susceptibles de prendre en mains les questions relatives au développement, qu’on le qualifie d’urbain, de rural, de social, culturel ou économique. Je m’adresse donc, dans ce qui suit aux étudiants du DESS « aménagement, animation et développement local » de l’université de Paris 7, a priori tournés vers le service des collectivités locales, à un degré moindre, des associations et des ONG. Ils ont besoin de se positionner dans le domaine économique, à une époque où le libéralisme ambiant, survivance d’une tradition vieille de plus de deux siècles, reste la référence sous-jacente du discours politique, toutes tendances politiques réunies, à l’exception d’une extrême gauche qui reviendrait facilement à des pratiques de type soviétique, dans l’hypothèse d’une prise de pouvoir qui ne figure d’ailleurs pas à son programme.

Ce texte concerne aussi ceux qui s’intéressent à la mondialisation libérale, telle que la comprennent des gens comme Bush,.Blair, Aznar, Raffarin, Berlusconi, Lamy, Juppé, Fabius et beaucoup d’autres…et avec eux, les tenants des fonds de pension, de la privatisation des services publics, de l’allègement du code du travail, de la réduction continue des impôts, etc. Il concerne aussi ceux qui considèrent que l’affaiblissement de la croissance conduit au désastre , « La France qui tombe »,… que l’Europe ne doit être qu’un vaste « marché » où le poids des USA sera d’autant plus lourd que nos gouvernements auront maintes fois renoncé Il s’efforcera d’éclairer des mécanismes finalement assez simples, en espérant que leur compréhension facilitera les réactions nécessaires. La période est difficile parce que l’échec du socialisme « à la soviétique » comme celui du libéralisme, on parle de néo-libéralisme, est patent, constat qui ouvre maintenant de larges perspectives en permettant de mieux comprendre les combats d’arrière-garde menés par les responsables plus haut cités. Joseph Stiglitz a tourné la page en ce début de troisième millénaire. Prix Nobel d’économie, Président du Comité des Conseils Economiques de Bill Clinton, puis Vice-Président de la Banque Mondiale puis du FMI, il sait, dit, explique, que le libéralisme ne sait pas lutter contre la pauvreté et les inégalités, qu’il n’est plus l’avenir, que le »marché » ne fera jamais le bonheur. C’est éclairage global, plus politique que technique permet de mieux appréhender notre approche du développement, en général, et du développement local, en particulier.

Je voudrais montrer que le développement local est l’un des trois principaux modes de développement possibles, qu’il se présente rarement à l’état pur et que le « développeur », conscient, et des enjeux du développement, et des outils dont il dispose, doit le plus souvent, combiner les moyens et méthode relevant des trois principaux modes de développement. Je voudrais aussi insister sur le lien qui existe entre le développement, qu’il soit local ou non, d’une part, la valeur ajoutée et le territoire, d’autre part. Dans certain cas en effet, la répartition de la valeur ajoutée peut rendre tout développement impossible, la financiarisation de l’économie privilégiant la rentabilisation immédiate des investissements au profit plus ou moins exclusif des financeurs, lesquels à leur tour, n’ont pas intérêt à ce que les profits réalisés financent de façon plus ou moins directe, l’apparition de futurs concurrents. La croissance, de ce point de vue, n’entraîne pas nécessairement le développement. A contrario, on verra que le développement des pays les plus pauvres ou des régions les plus pauvres dans les pays les plus riches devrait passer par des procédures de développement local pour qu’ils soient en mesure, ultérieurement, d’apporter une contribution équilibrée au développement global. Ce n’est généralement pas le cas.

Paul Houée, sociologue au CNRS puis à l‘INRA, a brossé du Développement Local, dans son ouvrage « Le développement local au défi de la mondialisation » , L’Harmattan, 2001,l’une des meilleures synthèse que je connaisse. Son approche est celle d’un sociologue. Mon approche sera différente et, je l’espère, plus complémentaire que conflictuelle. Je propose de considérer le développement local l’un des trois grands modes de développement, à coté du développement administré par la puissance publique et du développement capitaliste, que ce capitalisme soit privé ou d’Etat.






1 – Typologie des modes de développement.

Toute action de développement peut être assimilé à un projet (référence à la gestion de projet), lui-même, souvent assimilable à une création d’entreprise, quelle qu’en soit la forme juridique. Les étapes jalonnant le projet, ou la création d’entreprise, s’inscrivent toujours dans la même logique, quel que soit le vocabulaire utilisé:

- Constat d’un besoin, quelle qu’en soit la nature, concernant la ,population d’un territoire, quelle qu’en soit la taille,
- Rassemblement des personnes qui veulent participer à la recherche d’une réponse à la question posée par le constat du besoin ( constitution du groupe de projet, qui peut être un groupe informel d’usagers, d’habitants, de consommateurs, plus généralement de citoyens, ou une association, ou l’assemblée constitutive de la société à créer pour répondre au besoin détecté),
- Rédaction par le groupe qui peut, dans certains cas, se réduire à une seule personne, l’entrepreneur, actionnaire unique d’une EURL par exemple, des spécifications du produit ou du service répondant à la question posée,
- Choix d’une stratégie de réponse, réponse locale, réponse par des tiers, réponse pilotée par le groupe pour des produits ou services produits hors du territoire,....
- Préparation de la production à partir des spécifications,
- Etude du marché auquel pourra s’adapter la réponse en tenant compte du prix de production et des prix de vente supposés.
- Mise en place de l’outil de production du produit ou du service,
- Mise en place de l’outil de vente(distribution),
- Mise en place de l’outil de gestion des outils de marketing, de production, de vente,
- Mise en place des moyens d’évaluation (adaptation du produit ou du service au marché),
- Répartition des résultats de l’opération, c’est à dire du résultat et de la valeur ajoutée,
- Examen de l’effet de l’opération sur l’environnement,
- Relance éventuelle d’une opération suivante, développant ou remplaçant la première.

Cette liste n’est pas exhaustive. Il y a toujours plusieurs itinéraires pour passer du constat initial à la satisfaction du besoin. Elle n’est pas non plus rigoureusement ordonnée. Le chef de projet dressera, cas par cas, la meilleure liste de tâches à effectuer et les organisera au sein d’une structure logique qui peut être complexe. Il existe un important arsenal méthodologique pour traiter ces questions, PERT,... Pour ce qui nous concerne, ces considérations, certes importantes du point de vue méthodologiques, sont hors sujet.

L’établissement d’une typologie des modes de développement va reposer sur un questionnement simple concernant les intervenants et les bénéficiaires, tout au long du processus, ramené à quatre étapes essentielles, diagnostic et prise en compte d’un besoin insatisfait, réponse au besoin, répartition de la valeur ajoutée en fin de processus, capacité du territoire à réutiliser une partie de la valeur ajoutée produite pour entrer dans une nouvelle phase de développement. Si les quatre étapes sont pilotées par un entrepreneur privé, on se trouvera certainement en situation de développement capitaliste. Si ces quatre étapes sont pilotées par un agent publique, on se trouvera certainement en situation de développement administré. Si ces quatre étape sont pilotées par un collectif local, qui n’est pas, a priori, un collectif d’investisseurs, alors on a beaucoup de chance de se trouver en situation de développement local.

Chaque mode de développement a généré ses outils, ses méthodes, ses réseaux: Le choix des outils les mieux adaptés à telle ou telle situation est souvent une question centrale, la justification même de l’existence d’un agent de développement. Ce choix ne conduit pas fatalement à celui d’un mode unique de développement. Des dispositifs publics ont été mis en place par l’Etat qui relèvent plus du développement administré que du développement local. Un entrepreneur de type capitaliste peut, le cas échéant y recourir, aussi bien qu’un collectif quelconque. Il suffit que d’examiner la façon dont fonctionnent les dispositifs d’aide à la création d’entreprises pour comprendre combien les méthodes et dispositifs relevant des trois modes de développement peuvent être quelques fois imbriqués. Le créateur travaille dans le cadre d’un développement capitaliste très conventionnel. Le dispositif qui le soutient relève souvent du développement local, une plate-forme d’initiatives locales par exemple, ou un centre local d’aide à la création...Les configurations sont très diverses.

En résumé, les catégories d’intervenants susceptibles de prendre en compte une, plusieurs, ou la totalité des étapes du processus qui vient d’être sommairement décrit sont finalement peu nombreuses: Personnes physiques ou morales, agissant pour leur compte, avec les moyens qui leur sont propres, en fonction d’un profit escompté. Ce sont les capitalistes traditionnels.On leur doit beaucoup. Le libéralisme est à bout de souffle mais il a contribué à faire de notre société ce qu’elle est. Collectivités, de l’Etat à la Commune, agissant dans un cadre légal précis, pour satisfaire des besoins estimés par elle essentiels, en particulier lorsque l’initiative privée est défaillante. On pense généralement à l’intervention de l’Etat dans l’économie, mais il s’agit aussi des collectivités locales, de la Région qui a des responsabilités importantes en matière économique, à la Commune, interventions fréquentes, sous des formes diverses(GIP, SEM,OPHLM,..) jurisprudence abondante, surtout depuis les lois de décentralisation de 1982. Groupes plus ou moins organisés, d’importance très variable qui, sur leur territoire, constatent des besoins et décident de les prendre en charge avec l’appui espéré de la collectivité, ni le marché, ni la puissance publique seule n’étant en mesure ou n’ayant la volonté, ou la possibilité de le faire.

Dans le premier cas, le mode d’intervention est capitaliste libéral. Référence à Adam Smith, Jean-Baptiste Say, Hayek, à tous les théoriciens d’un marché tout puissant. Le partage de la valeur ajoutée privilégie la valorisation et la rémunération du capital, au détriment de l’impôt et de la masse salariale. L’attribution inévitable à l’Etat d’une part importante de la valeur ajoutée, via l’impôt, apparait alors comme un véritable détournement de fonds, dont les fonctionnaires sont les agents. Lorsque l’Etat lui-même ne cesse de prétendre réduire les”charges” pesant sur les entreprises, il est clair qu’il devient, dans l’opinion, difficile de s’y opposer. On se trouve, là, dans une situation de développement capitaliste libéral, bien connu, parfaitement incarnée par Monsieur Raffarin, actuel Premier Ministre. Qui sait, a contrario, que l’actuel Premier Ministre Suédois a fait sa campagne électorale sur un thême, il faut le croire, bien reçu: La nécessaire augmentation des prélèvements fiscaux et sociaux !Dans le second cas, le mode d’intervention est de type étatique, avec une variante de type capitaliste étatique lorsque l’Etat ou les collectivités créent leurs propres entreprises. La rémunération du capital n’est alors pas considérée comme une contrainte essentielle. Les sociétés d’économie mixte qui associent des capitaux publics et des capitaux privés constituent un type particulier de sociétés anonymes qui ne versent pratiquement jamais de dividendes. On pourrait penser que ce capitalisme étatique devrait privilégier les salariés en optimisant la part de la valeur ajoutée affectée à la masse salariale. Ce n’est pas toujours le cas. La propriété collective des moyens de production devait consacrer le thriomphe du prolétariat.

On a évoqué dans de précédents envois la façon dont Marx avait, en fait, sous-estimé la persistance de reflexes capitalistes, chez tous les capitalistes, même si ces capitalistes ne sont qu’émanation du prolétariat à travers des gouvernements socialistes mis en place pour gèrer la propriété collective. Force est de constater que les régimes socialistes ont procédé à un partage de la valeur ajoutée souvent défavorable aux salariés, l’Etat bénéficiant au contraire d’un partage favorable échappant à tous contrôles. On se trouve en présence d’un mode de développement que l’on peut qualifier d’étatique, dans certains cas de développement planifié, bien que tous les régimes socialistes étatiques n’aient pas su correctement planifier leur développement. On peut aussi parler, de façon assez générale, de développement administré. Ce type de développement, malheureusement illustré par l’ex-URSS, est, de ce fait, aujourd’hui, fortement dévalorisé, aux yeux de l’opinion.Mais il perdure d’heureuse façon en Chine. Dans le passé, il fit en partie la gloire des rois de France, avec la création des manufactures royales par exemple.


Lorsque l’initiative de développement n’est le fait ni du capitaliste, privé ou publique, ni de la puissance publique, on se trouve dans un troisième cas, celui du développement local: La prise en charge du besoin relève alors d’un “collectif” qui décide de prendre en charge un ou des besoins ressentis sur un territoire en s’efforçant de rassembler les moyens disponibles, ceux dont disposent les membres du collectif ou ceux mêmes dont disposent les entrepreneurs capitalistes, privés ou étatiques. Ces besoins peuvent être très généraux, du type ”créer quelques emplois au village” ou “mettre à disposition des personnes agées des aides de qualité”, ou “valoriser un site”, ou “fournir une formation”... Les possibilités sont nombreuses. Ces opérations de développement local peuvent conduire à la création d’organismes de l’Economie Sociale, coopératives, associations,.... Mais ce n’est pas nécessaire pour qu’il y ait développement local.

Ces différents modes de développement co-existent et, se complètent. Il parait dangeureux de les considérer séparément. Ce qui est important, c’est la question du développement humain, de l’épanouissement de l’homme, de la place de l’homme, de tous les hommes, dans la société. Ce n’est pas le mode de développement lui-même. Reste qu’en insistant sur l’importance de la Démocratie dans la gestion des problèmes locaux, le développement local apparait comme bénéficiant d’un avantage qualitatif non négligeable qui justifierait qu’on en développe la pratique. A l’inverse, la logique libérale et la financiarisation de l’économie peuvent conduire à rendre tout développement impossible, dès lors que les investisseurs n’y trouvent pas leur compte.Lire à ce sujet le livre de Diana Hochraich,”Mondialisation contre développement”, Edit.Syllepse, 2002. Le “marché”, libéré d’un maximum de contraintes étatiques, ignore l’homme. La question des “hors marché”, autrement dit des pauvres, ceux qui, pour un produit donné, ne peuvent pas payer le “prix d’équilibre”, celle des inégalités, n’est pas une question pour les libéraux. Le jour où le “marché”triomphera, ces questions disparaîtront. Quand ? Si c’est le jour du jugement dernier, cela ‘a plus beaucoup d’intérêt.

1 – Développement et Valeur Ajoutée.

Notre envoi RPC11 présentait les concepts de croissance et de développement. La croissance, nous l’expliquions, est un concept strictement comptable qui s’appuie sur un autre concept, celui de valeur ajoutée: A toute entreprise correspond une production de valeur ajoutée. L’entreprise apporte au “marché” des produits et des services, généralement vendus.La production de ces produits et services exige, à l’origine du processus, l’achat par l’entreprise de matières premières, de machines, d’objets semi-manufacturés,....La valeur ajoutée est la différence, en valeur, c’est à dire en euros, entre le chiffre d’affaire réalisé par l’entreprise et la valeur des achats qui lui sont nécessaires pour produire les objets ou services vendus, pour une période donnée(l’exercice comptable). Dans les services, la valeur des achats initiaux peut être très limitée. La définition reste valable. Les amateurs de franglais définissent la valeur ajoutée comme la différence entre “output”, ce qui sort de l’entreprise, et “input”, ce qui entre dans l’entreprise.

De quoi est constituée cette différence entre entrées et sorties, la valeur ajoutée ? Elle est d’abord constituée de la masse salariale, salaires et cotisations sociales, apports aux salariés en contre-partie de leur travail; elle est ensuite constituée des masses fiscales, impôts payés par l’entreprise à l’Etat, en contre-partie des services que l’Etat apporte à l’entreprise, transports, formation, santé, recherche, sécurité, aides variées, ... .et à l’ensemble de la collectivité dont l’entreprise fait partie; elle est enfin constituée des revenus financiers, apport aux actionnaires, aux banques, à l’entreprise elle-même,.à l’ensemble des fournisseurs de capitaux, en contre-partie du prêt des fonds indispensables à la création puis au développement de l’activités. La valeur ajoutée produite, on le devine, n’est pas un indicateur de satisfaction de l’un ou l’autre des partenaires de l’entreprise. La satisfaction de l’un ou l’autre des partenaires va résulter de la répartition de la valeur ajoutée, et non de sa valeur globale. Plus les financeurs sont forts, plus le partage se fera au profit des apporteurs de capitaux; plus l’Etat sera fort, plus le partage se fera à son profit; plus les salariés seront forts, plus le partage se fera à leur profit, salaires et protection sociale. Le résultat est toujours un équilibre de compromis qu’il appartient à l’Etat de maintenir. En régime socialiste de type soviétique, le partage jouait en faveur de l’Etat, au détriment des salariés; En régime libéral, le “moins d’Etat” qui constitue la revendication fondamentale des apporteurs de capitaux, jouent évidemment en leur faveur, au détriment de l’Etat et des salariés. Les libéraux croient que la minimisation permanente des sommes “détournées” en faveur de l’Etat et des salariés permettra de dépasser les difficultés du”marché” et d’aboutir, sous la conduite de”l’invisible main” qui le pilote, à une situation d’équilibre qui fera le bonheur de tous. On sait ce qu’il en est. Lire à ce sujet les travaux de Joseph Stiglitz. On sait maintenant que cet objectif d’équilibre n’est qu’une utopie commode. Le “marché” est incapable de faire le bonheur de l’humanité.

Si le partage de la valeur ajoutée permet aux salariés de mieux vivre et de se former, si les impôts sont suffisamment importants pour que les services publics soient nombreux et efficaces, si le partage des profits permet de constituer des fonds d’investissement..., alors le développement devient possible. Ici le politique doit assumer la plénitude de ses fonctions. C’est à lui de décider, le plus démocratiquement possible, ce que les citoyens veulent devenir, de définir des priorités, et donc, de déterminer la répartition de la valeur ajoutée qui correspond le mieux à ses choix et priorités, puis d’imposer sa loi à l’économique, c’est à dire au ”marché”. Le politique, pour autant, ne doit pas méconnaître la façon dont fonctionnent les mécanismes économiques.Beaucoup d’économistes considèrent que la grande erreur de l’économie soviétique est d’avoir voulu ignorer toute référence de prix. La recherche de l’épanouissement de l’homme, individuellement et collectivement, doit rester au coeur des préoccupations de l’Etat et conditionner les choix de répartition. Cet épanouissement est, pour nous, l’objectif même du développement. Le libéralisme a d’autres objectifs. Dès lors, le “marché” doit être contraint par le politique pour que le développement humain reste l’objectif de la société.

Si l’Etat renonce, s’il se démet, une minorité bénéficiera le plus souvent de revenus importants provenant, pour l’essentiel, des revenus du capital: investisseurs de toutes catégories, managers, à travers des mécanismes tels que celui des stocks-options. Dans ce cas là, il peut y avoir croissance, même forte, sans développement. On sait bien d‘ailleurs qu’une entreprise peut annoncer des profits élevés, annonce nécessaire à la maximisation de sa valeur boursière, dans l’intérêt des apporteurs de capitaux, sans produire localement ni améliorations salariales, ni améliorations de l’emploi. Il y aurait, là, la matière d’un nouveau chapître.

3 - Développement et Territoire: amorce d’une reflexion sur l’espace économique.

Il est d’usage d’associer la question du territoire à celle du développement local au point que l’Union Nationale des Associations de Développement Local(UNADEL) a baptisé sa revue”Territoires”. Il s’agit alors de territoires géographiques. Le concept de territoire est en fait plus général. Chaque mode de développement implique une dimension spatiale, même si le concept s’avère spécialement pertinent dans le cas du développement local, sous réserve, d’ailleurs, d’un certain élargissement. Il peut, en effet, s’appliquer à des groupes sociaux. Il est alors dématérialisé. On pourrait parles d’espace “ethnographique , voire “ethniques”. Un groupe, maghrebin, turc - et j’en ai une longue expérience personnelle- peut constituer un “territoire”, au sens le plus général, susceptible, à ce titre, de porter des actions de développement local. Le communautarisme n’est, certes, pas très éloigné. Au risque de choquer, je dirai que cette étape dans le développement de communautés d’origine étrangère, par exemple, est une étape, utile pour préparer une bonne intégration, dans la mesure où une intégration vraie est d’abord échange de cultures entre communautés majeures. Un débat mériterait d’être ouvert sur cet aspect particulier du développement local car le communautarisme n’a pas bonne presse. Mais il existe. Il peut s’avérer porteur de développement. Au politique d’en poser les limites.

La réflexion peut être élargie au cas des territoires en retard de développement, quelle qu’en soit la dimension, qu’il s’agisse de territoires africains ou de territoires d’Europe de l’Est par exemple. Le développement local y apparait souvent, me semble-t-il, comme le premier stade du développement, celui qui va permettre d’émerger et d’obtenir la reconnaissance des plus évolués, celui qui va p

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