RPC8 - Déflation et croissance

Publié le par liger


DEBAT

« REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE »

( Envoi N°8 – juillet 2003 )


DEFLATION ET CROISSANCE, UNE VOIE A EXPLORER.


Comme je l’avais annoncé précédemment, vous trouverez à la suite un texte de Mindaugas DAPKUS, professeur d’économie à Kaunas, seconde ville de Lituanie, de l’ordre de 500 000 habitants, qui a bien voulu se joindre à notre débat. Il travaille sur la question de la Déflation qu’il croit possible, sous certaines conditions, d’associer à la poursuite d’une croissance, sans inflation évidemment. Nous attirons spécialement votre attention sur ce texte, que vous soyez d’accord ou non avec les idées qu’il développe, parce que c’est une première participation d’un économiste d’un pays d’Europe Orientale. La Lituanie vient de voter de façon très positive son entrée dans l’Union Européenne. Il est bon d’ écouter ce que nous disent nos nouveaux partenaires.

Ils ont passé soixante dix ans environ sous le régime soviétique, avec ses persécutions, avec le Goulag, avec tout ce que cela peut entraîner de rejet à l’égard des prétentions de l’Etat en matière économique. Ils ont pu se croire abandonnés de l’Occident, respectueux des accords de Yalta, pendant de longues années. Qui, chez nous, sait qu’ils ont mené pendant plusieurs années une guérilla armée contre l’Armée Rouge, après la seconde guerre mondiale, dans la plus grande indifférence de l’Occident tenu par ces accords de Yalta ? Qui peut peser le poids de l’influence des émigrés lituaniens aux Etats-Unis, près d’un million, de l’ordre de 20% de la population actuelle de la Lituanie, émigrés fortement influencés sans doute par le néo-libéralisme d’outre-atlantique ? Comprenons bien ce que représentait, dans ce contexte, l’accord des français, des allemands et des russes, que personnellement j’approuvais, contre l’intervention des Etats-Unis en Irak. Mais ne perdons pas de vue non plus qu’en matière d’économie, lorsque nous parlons d’intervention de l’Etat, il ne s’agire, bientôt, pour l’essentiel que de L’Union Européenne et plus des Etats membres.

Le texte qui suit sort plus ou moins du champ que nous avions circonscrit initialement. Mais pas complètement. L’une de mes conclusions étaient que le « Marché » n’a jamais conduit à l’équilibre attendu par ses promoteurs, Smith, Say, Ricardo et d’autres. J’insistais, m’appuyant sur les travaux de Debreu ou Stiglitz, sur le fait qu’il était inutile d’attendre que, de crise en crise, cet équilibre finisse néanmoins par se manifester. Les « crises » sont, pour nous, l’une des manifestations permanentes de cet incapacité du « Marché » à conduire vers une situation d’équilibre stable, condition du bien-être général. Ceux qui considèrent, comme moi-même, que l’économie ne trouve pas sa finalité en elle-même, mais, seulement, dans sa capacité à améliorer les conditions de vie de tous, y compris de ceux dont les moyens financiers sont très limités, dans le respect strict d’un environnement dont les ressources ne sont pas inépuisables..

Mindaugas Dapkus adopte une autre position. Il explique, dans ce qui suit, que le libéralisme ne parvient pas à cette situation d’équilibre tant attendue parce qu’il a toujours privilégié les situations de caractère inflationiste, qui toutes se terminent par des situations de crise et de décroissance dont les salariés font les frais. Entre la fin du Premier Empire, début du 19ième siècle, et le début des guerres balkaniques des années 1980, on compte 11 crises qui toutes ont duré environ 8 années, cinq avant la guerre de 1870 et six après. Seule la période 1945-1970, les « trente glorieuses », a été épargnée. Mindaugas DAPKUS n’en conclut pas que le néo-libéralisme est en situation d’échec. Il explique que les situations d’inflation auxquelles nous sommes très habitués et peut-être même culturellement attachés, sont justement les causes premières de ce déséquilibre permanent. Il reste une chance de permetre au libéralisme de jouer sa carte en préconisant des politiques économiques nouvelles cultivant la Déflation, une Déflation qui pourrait être associé à des formes nouvelles de croissance.

Il faut un courage certain pour promouvoir aujourd’hui la Déflation. On la considère souvent comme la source de tous les périls. Ce n’est pas un événement normal. On préfère souvent l’ignorer. Si l’on examine par exemple le « Dictionnaire des Théories et Mécanismes Economiques » de J.Brémond et A. Gélédan ( Hatier, 1984 ), on constate qu’il consacre 12 pages à l’inflation et 31 pages à croissance et crises. Le mot Déflation n’est l’objet d’aucune rubrique, plus, il n’est jamais cité. Que ceux qui auraient d’autres références, qu’elles aillent dans un sens ou dans l’autre, nous les fassent parvenir.

Pour terminer cette courte présentation, j’ajouterai que si je ne partage pas les conclusions de l’auteur, en l’état, mais la discussion reste ouverte, concernant, par exemple, la nécessité d’une flexibilité du travail encore plus grande ou le nécessaire retrait de l’Etat du champ économique, sauf lorsqu’il s’agirait de promouvoir la Déflation, force est de constater qu’il existe une convergence probable entre ce que l’on peut préssentir du Développement Durable et ce que pourrait être, en osant l’expression, un Développement Déflationniste. Ceci renvoie à ce que nous avons évoqué précédemment à propos du Développement Durable.


PROMOTION D’UNE CULTURE ECONOMIQUE DEFLATIONNISTE
Présentation par l’auteur, Mindaugas DAKPUS,
De l’Université de Technologie de Kaunas, Lituanie.


Une large partie de la théorie économique est destinée à l’analyse des processus économique dans un environnement inflationniste. La Déflation est traitée comme un phénomène négatif, qui limite les possibilités de croissance. Dans l‘article présenté, cette vision négative est contestée, les causes de la déflation et la relation entre la déflation et la récession économique sont analysées, ainsi que les conditions de croissance économique en ambiance déflationniste. La déflation est traitée comme un principe stabilisateur de l‘économie. L‘auteur présente les principes de ce mécanisme stabilisateur de l‘économie. Lla base en est la promotion d’une culture économique déflationniste.


Mots clés: déflation, inflation, politique économique, culture déflationniste, culture inflationniste.
Introduction
L’expérience et les données statistiques démontrent qu’une inflation importante et incontrôlée complique les conditions de gestion des entreprises, s’oppose à une planification précise de l‘activité, augmente les risques et, de ce fait, peut provoquer une réduction des investissements et maintenir l’emploi au dessous de son nieau potentiel. Les institutions lituaniennes ont fait beaucoup pour diminuer l’inflation. Actuellement, en Lituanie, on constate une certaine déflation. Sur le longue durée, la déflation, comme l’inflation, inquiète les professionnels et les théoriciens : ils commencent à évoquer l’éventualité d’une récession et d’une crise économique (The Economist, 2002; Engelbrecht, 2001; Goodfriend, 2001).
Les idées dominantes, dans le monde professionnel et dans la Société en général, peuvent être illustrées par une citation d’un théoricien de la croissance économique N.Kaldor sur la politique délationniste : « Chaque politique déflationniste est suicidaire, car par la pression sur le marché interne, elle ralentit la croissance de la production, augmente les coûts de productions, diminue la compétitivité. Ainsi l’économie est tirée dans le cercle vicieux de la désindustrialisation » (Baslé, 1988). D‘un autre coté, comme le démontre les données statistiques des pays développées (de même que ceux de la Lituanie), la croissance de l’économie dans des conditions de déflation est possible. Certains auteurs considèrent que la déflation (Lucas, 1994), (Friedman, 1969) ou l’inflation zéro (Wolman, 1997) peut être une bonne solution pour l’économie. Néanmoins, une attitude négative envers la déflation domine et ceci détermine le choix des moyens de politiques économiques utilisés par les pays développés.
Les contradictions entre théorie dominante et conditions concrètes de la croissance réelle impliquent que la croissance économique sous déflation soit possible et pose la question des moyens de régulation susceptibles de la renforcer.

L’objectif de cet article- Définir des moyens de stabilisation du développement économique adaptés aux conditions de la déflation.
Dans cet article, les processus économiques analysés s’appuient sur le concept de culture économique. Elle est définie comme la mentalité traditionnelle,dominante, chez les acteurs économiques. Elle se manifeste dans des conditions concrètes, notamment, face au changement. La notion de culture économique concrète repose sur ma conviction que les habitudes de la société, les stéréotypes économiques et sociaux, influencent l’évolution des processus macroéconomiques eux-mêmes. La culture déflationniste dans ce contexte est définie comme le comportement d’acteurs économiques bien formés, capables de réagir positivement à la manifestation de la déflation. La notion précédente est confrontée au concept de culture inflationniste, laquelle reflète la mentalité et le comportement des acteurs économiques, réagissant positivement à la manifestation de l’ inflation mais,en même temps, gardant une réaction négative vis-à-vis de la déflation. Les « préjugés » dominants, dans l’économie actuelle, du point de vue de l’auteur de cet article, devraient être corrigés.
L’article est composé de huit parties, dans lesquelles sont introduites les notions d’économie inflationniste et analysées les causes et conséquences de cette économie. On examineensuite les causes de la déflation et sa relation avec la reprise économique. En s’appuyant sur l’analyse logique, on fait l’hypothése que la croissance économique sous déflation est possible. On présente enfin le modèle expliquant une telle possibilité.
L’auteur de cet article reconnait l’effet de ralentissement de la déflation sur l’économie. C’est la conséquence la d’attachement de la société aux valeurs naturelles d’évolution de l’environnement. En même temps on démontre l’effet stabilisateur de ce phénomène sur le développement de l’économie.
Hypothèse de base de l’économie inflationniste
On peut définir l’économie moderne comme une économie inflationniste. Les acteurs économiques estiment qu’une inflation, faible et contrôlée (1–3%), a un effet stimulant pour l’économie (Crozet, 1998; Illarionov, 1997). En même temps, la déflation, sur le long terme (la chute des prix), est comprise comme un risque pour la croissance économique. C’est pour cela que les gouvernements préfèrent des politique carrément inflationnistes. Par des moyens fiscaux et monétaires, ils s’efforcent de maintenir l’inflation dans les limites acceptables, de « stimuler l’ économie » sans provoquer de déflation susceptible d’affaiblir la croissance. Dans cette économie inflationniste, les acteurs économiques créent les règles de réaction à l’inflation (ces règles sont l’expression de la culture inflationniste), qui leur permettent de minimiser les pertes ou de maximiser les profits.
On peut distinguer quelques causes principales, qui puissent expliquer l’influence stimulatrice de l’inflation contrôlée sur l’économie :

Ø Volonté de minimiser les dommages suscités par l’inflation. Les prix en hausse font diminuer les recettes réelles des ménages . C’est pourquoi il est dommageable de garder des liquidités– il est mieux de les placer en banque ou bien de les matérialiser : ainsi sont stimulées consommation et production (emploi).
Ø
· Aspirations à la maximisation des gains. Les prix des marchandises augmentent plus vite que les prix des facteurs de production (surtout les salaires) ce qui, à court terme, augmente les profits des firmes, qui peuvent avoir l’illusion d’une demande accrue.
· Ceux qui disposent de revenus élevés peuvent disposer de leur moyens plus librement et protéger leur patrimoine par différents moyens financièrs ( panier de devises, actions et autres). Pour les plus démunis, ces moyens sont inaccessibles à cause de leurs coûts relativement importants;
· Les entrepreneurs, comme ceci a été dit déjà, reçoivent des gains moyens plus grands à cause de l’indexation post factum des salaires;
· Le gouvernement bénéficie de la politique inflationniste ,impôts et taxes augmentent, ce qui dans les années 1992–1996, dans les pays de l’UE, a provoqué une augmentation de PIB de 0,1–3,3% (Lange, 1998).
Les groupes économiques comprennent les risques et les possibilités de l’inflation. Possèdant les moyens financiers et politiques, ils s’efforcent de maintenir les traditions existantes inchangées.
2. Les salariés souvent ne protestent pas aux manifestation de l’inflation, parce qu’ils ne les trouvent pas nuisibles. Bien que les recettes des salariés soient, en moyenne, plus petites sous l’inflation. L’augmentation des salaires nominaux, indexés post factum, dans une société inflationniste, est considérée à tort comme une augmentation réelle des salaires (lillusion monétaire). D’ un autre coté, une inflation modeste n’est pas perçue aussitôt (certains prix tombent quand d’autres montent) ou bien même est cachée par l’Etat (par élargissement des panier des produit et services à partir lesquels l’inflation est calculée). C’est pourquoi l’inflation est ignorée. La résistance aux moyens inflationnistes est affaiblie par le fait que les salariés y sont moins sensibles, en raison de leur grand nombre, ce qui rend plus difficile les actions collectives de défense ( du pouvoir d’achat)

3. La vitalité de la culture économique inflationniste est soutenue par la prègnance de la doctrine économique contemporaine qui exprime un sentiment positif à l’égard
d’une inflation stimulante, sentiment, a contrario, négatif, à l’égard de la déflation. C’est à partir de ces idées dominantes que la politique économique moderne s’est constituée. Les idées positives sur l’inflation sont transmises à la société en générale (consommateurs, entrepreneurs, gouvernement…) par l’intermédiaire du système scolaire et universitaire, ce qui, , renforce les traditions de la culture inflationniste existante. On se heurte à un cercle vicieux où le système existant, erroné, rend ce système plus fort encore par le moyen d’un apprentissage, lui-même erroné . De plus, on peut dire que l’éducation économique est insuffisante (surtout en Lituanie d’où je suis, et surtout dans les couches sociales aux moyens les plus faibles), ce qui empêche de comprendre et d’évaluer de façon juste un environnement économique de plus en plus dynamique.
En généralisant, on peut dire, que en économie inflationniste, toute la société se sacrifie pour supprimer les conséquences négatives de l’inflation. Seule, la minorité la plus riche et la plus organisée de la société peut profiter d’une telle situation. En s’appuyant sur la logique des consommateurs et des producteurs dans une culture inflationniste, on peut dire que l’effet stimulant de l’inflation pour l’économie est un phénomène admis, mais seulement dans les conditions actuelles d’un comportement stereotypé, caractéristiue des acteurs économiques dans une culture inflationniste. Cet effet , dans le long terme, sera dépassé par les conséquences négatives, sur le plan social et économique, ce que nécessitera de repenser les pratiques de la politique économique moderne.
La relation entre la déflation et la récession
L’analyse de la littérature économique que j’ai effectuée montre qu’il n’existe pas d’ évaluation statistiquement probante démontrant que la déflation puisse être la cause de la récession économique. Ceci est lié au fait que la déflation est relativement rare. On a essayé de démontrer les conséquences négatives de la déflation à partir de rares cas de récession, où la déflation n’a été qu’un des indices de la situation économique . L’exemple le plus connu de telle situation est la crise économique mondiale des années 1929–1933, à partir de laquelle J.M.Keynes a proposé sa fameuse théorie de suppression de la crise, qui est devenue dominante dans le monde économique.
L’opinion qu’on a généralement de la déflation montre qu’elle est mal connue et, pourtant, traitée négativement ; la manifestation de la désinflation (même pas de la déflation) commence à inquiéter les hommes politiques et les scientifiques- theoriticiens (Spiers, 1995). On va donc, maintenant, analyser les causes possibles de la déflation et sa relation avec la récession économique.

On peut distinguer quelques causes principales conditionnant une point de vue négatif envers la déflation :

1. La chute de la demande. En premier lieu, en économie inflationniste, la diminution des prix est associée à la diminution de la demande et la demandeest insuffisante par rapport à la production. Les firmes réagissent à une telle situation par la diminution de la production et donc de l’emploi.
Quand la déflation, causée par la chute de la demande se manifeste, les partisans du rôle actif de l’État dans la régulation économique proposent d’utiliser des moyens fiscaux et monétaires de stimulation de l’économie pour compenser la consommation et les investissements insuffisants.
Les moyens gouvernementaux de régulation économique sont vicieux, tout d’abord parce qu’ils privilégient une gestion quantitative de la demande. Mais, si on se réfère à l’expression ménageriale, sous l’influence de la Qualité Totale,- « le client a toujours raison » - le problème macroéconomique ne peut être dans « l’insuffisance de la demande », mais plutôt dans une offre inadéquate, qualitativement, par rapport aux besoins réels des consommateurs (au sens large de rapport qualité- prix, de la répartition de la valeur ajoutée entre capital et force de travail).
Dans l’économie de marché, les firmes (l’offre) doivent répondre à la demande par des propositions de produits nouveaux, par la modernisation des structures organisationnelles et de leur mode de fonctionnement, ce qui permet de diminuer les coûts et de rétablir la demande. On parle ici des différents types d’ innovations (changements qualitatifs), qui doivent être stimulés par les institutions gouvernementales, laissant de coté les interventions concernant la stimulation quantitative.
2. Si on dépasse le niveau de production potentielle et si les prix tombent, on peut parler de surproduction des moyens de production et donc, aussi, de surproduction des produits de consommation. A cause de la surproduction, une partie des entreprises tombent en faillite (l’offre diminue, ce qui se manifeste par une diminution de la production et une augmentation du chômage. Ici on voit la déflation comme un résultat de l’inertie de l’économie et la première cause de la crise - la réaction inadéquate de l’offre , qui à son tour est la conséquence d’un marché non transparent.
3. En analysant l’équation monétaire
M*v=P*Q,
on comprend qu’une cause de la déflation peut être une variation absolue ou relative de la base monétaire. Le niveau des prix chute (P¯), si la vitesse de circulation monétaire est constante (v- const),) et si la base monétairest, elle-meme, constante (M – const.), ainsi,
a) le niveau de la production augmente (Q­) ou bien b) la base monétaire augmente plus lentement que la production. Dans cette situation la récession économique ne peut être provoquée que si les producteurs comprennent incorrectement les causes de la déflation (par exemple, comprennent mal la diminution de la demande, en cas de concurrence accrue) et réagissent façon trop rigide (par réorganisation interne) aux changements de la demande et de l’offre constatée.
On peut constater, qu’en tout cas, la déflation est un indice de déséquilibre structurel de l’offre par rapport à la demande,sous certaines conditions de nature monétaire. La déflation elle-même ne peut être la cause de la récession : Un point de vue négatif envers la déflation n’est qu’un résultat de l’insuffisance de l’information. C’est un phénomène social, psychologique, qui peut être réformé consciemment par les moyens de la politique économique et sociale, au profit de toute la société.
Les possibilités de croissance économique sous déflation
Le développement économique des pays Européens dans les années 1987-90, et des Etats-Unis, 1995-2001 démontrent qu‘une possibilité de croissance économique sous désinflation ou même de déflation est réelle (Abraham–Frois, 1996). On peut noter quelques causes de désinflation constatées durant la dernière décennie, causes qui, quand même, n’ont pas provoqué de récession (Spiers, 1995):

§ On affirme, que la tendance à l’augmentation du nombre des ménages avec un seul travailleur dans la famille se manifeste. Les revenus de la famille diminuent en même temps que diminuent sa consommation et les prix des produits. Cependant cette hypothèse ne correspond pas avec le constat d’un produit national qui s’accroit durant la même période.

§ « La nouvelle économie » fondée sur le développement des produits et services de nouvelles technologies, télécommunications, internautiques, ont créé des conditions de réduction de tous les coûts. Si ce dernier facteur agit plus activement que les changements structurels des ménages constatés précédemment, ceci explique en même temps le phénomène de la diminution des prix et celui de la croissance du produit national .

§ Les experts disent, que la diminution de l’inflation n’a pas provoqué d’augmentation du chômage (ce qui s’oppose à la théorie de Philips) parce que dans un marché volumineux, les entreprises ont pu réagir vite à la diminution des prix par les allégements de masse salariale(Spiers, 1995).

§ On peut faire l’hypothèse que l’économie déflationniste peut être « productive » si elle est guidée par des changements novateurs et initiée dans un système macroéconomique flexible.
Les avantages de l’économie déflationniste

Pour stabiliser le développement économique, l’auteur propose de construire une politique économique déflationniste de façon consciente et systématique. Elle pourrait résoudre des problèmes qui sont, au fond, des causes de déséquilibre économique et social, en économie inflationniste :

1) La position des salariés dans les négociations sont meilleures en économie déflationniste, parce qu’il revient aux entrepreneurs de proposer et de motiver la nécessité de changements de salaires. Ceci conforte l’influence des salariés dans les relations « capital-force de travail ». Autrement dit, les conditions ( peut-être ?) de stabilité sociale sont meilleures
.
2) Comme les profits des entrepreneurs sont indexés post factum sur les conditions de la déflation, leurs décisions devront être mieux préparées et motivées. Elles tiendront le plus grand compte des perspective de diminution des profits. Cette réaction doit assurer la diminution de l’inertie économique et donc une plus grande stabilité .

3) A son tour la diminution de l’inertie de l’économie conditionne la diminution de la surproduction des moyens de production et des produits de consommation : Au niveau macroéconomique,on peut envisager de mieux utiliser les ressources disponibles.
Aux yeux des producteurs, la déflation peut être vue de façon négative, dans un premier temps, en raison des diminutions de profits qu’elle entraine, parce que le profit, dans notre société, est considéré comme le principal stimulus du progrès. A mon avis, dans le long terme, la diminution de la marge de profit en économie déflationniste ne doit pas devenir un facteur de démotivation pour les entrepreneurs : En économie déflationniste, on devrait transformer les critères d’évaluation des performances de l’activité économique en adoptant un ratio du genre profits /capital investi , ainsi qu’un autre ratio exprimant la profitabilité par rapport au temps. La concurrence accrue et la diminution du profits dans des activités anciennes doivent inciter les entreteneurs à innover .

La consommation, dans le court terme, peut évoluer ( comme la production) mais seulement jusqu’à ce que l’on prenne de nouvelles habitudes en matière de consommation et de production. A long terme, la diminution des prix ne doit pas conduire à diminuer la consommation – la volonté de l’individu de se différencier des autres est la force qui dominera dans la société déflationniste : la différenciation par l’ innovations.
La formation d’une culture économique déflationniste
En disant que l’économie déflationniste répond mieux au besoin de l’Etat pour garantir une croissance plus stable (continue), je propose de changer la politique économique de telle façon que se constituent, dans la société, des stéréotypes de comportement correspondant à une culture déflationniste. Les fondements de la politique économique déflationniste doivent comprendre la suppression des facteurs qui ont déterminé la création de la culture inflationniste, à travers la politique informationnelle, l’instruction-éducation publique, et par le changement des certaines règles de régulation économique. Je voudrais noter quelques aspects de la création d’une culture déflationniste :

1. Les fonction principales des Banques Centrales sont actuellement tournées vers le soutien d’un niveau stable des prix (Meyer, 2000). Mais qu’est-ce que signifie la notion de stabilité des prix ? Est-ce maintenir une inflation zéro ? ou, peut-être, maintenir une inflation contrôlée à 1-3% ? La déflation, à mon avis, est un phénomène naturel plus facile à prévoir que l’inflation, quand le niveau de la production augmente et que la masse monétaire reste constante. C’est pourquoi tous les moyens de la politique économique doivent être orientés de façon systématique vers la déflation.

2. Les méthodes des partisans de l’école monétariste doivent être corrigées. L’offre monétaire doit être liée à l’augmentation de la population. L’ancienne idée qui associe l’offre monétaire aux changements du produit intérieur brut peut expliquer des sauts de l’inflation (et donc de la croissance !), au moment où l’économie nécessiterait d’être ralentie. Par exemple, la comptabilité nationale intègre la croissance des stocks dans le PIB. A la veille des périodes de crise surtout, la quantité de monnaie en est augmentée d’autant, ce qui peut perturber les producteurs et renforcer la crise, en augmentant les pertes futures de l’économie. Ma proposition assure la masse monétaire nécessaire à l’exercice des opérations économiques, à l’équilibre, avec un niveau d’inflation zéro. Quand les innovations feront croître l’économie en augmentant les possibilités de profits, la déflation se manifestera.

3. Les gouvernements doivent abandonner toute politique de stimulation artificielle de l’économie par des moyens fiscaux et monétaires. Leurs fonctions doivent redevenir de simple administration passive, avec des garanties de sécurité, internes et externes. Pour la formation de nouveaux stéréotypes, un environnement institutionnel et des conditions économiques stables sont nécessaires. Il en résulte donc que toute intervention gouvernementale, tout changement de règle déstabilise l’environnement et empêche la formation de l’ordre social et économique, or la formation d’une nouvelle culture économique était la base des mécanismes autorégulateurs de l’économie.

4. Une des plus importantes parties de tout processus administratif est l’information- réunion de statistiques sur la situation économique et la distribution. L’information permet de mieux renseigner sur les règles de l’activité économique et de traiter de la même manière les phénomènes économiques pour tous les acteurs. Pour mieux assurer la transparence informationnelle, les gouvernements devraient obliger les entreprises (surtout les grandes) à donner de l’ information sur les changements survenus dans leur activité (Meyer, 2000). Plus souvent l’information se renouvellera, plus vite on recensera les manifestations de surproduction, ou de situations négatives autres pour économie. Les technologies électroniques et internautiques permettraient d’accélérer ce processus sans augmentation trop grande des coûts administratifs des entreprises. Bien sûr, ceci augmentera le niveau de contrôle, ce qui est tout aussi positif pour l’Etat. L’intégration d’une formation économique dans le système éducatif pré-universitaire (dans la formation secondaire) est aussi une fonction importante du système informationnel . Le développement des nouvelles règles concernant l’activité économique en situation de déflation et la transmission de ces règles par le système éducatif permettrait de mieux fonder une nouvelle culture déflationniste dans la société.

1. L’Etat doit abandonner sa vision paternaliste de la société et appliquer une large déréglementation du marché de travail, afin rendre égales les conditions de négociation entre les salariés et les entrepreneurs (acheteurs de la force de travail), ce qui permettrait finalement de garantir la flexibilité du marché du travail en environnement déflationniste. La déréglementation permettrait d’activer les réaction adéquates au niveau des firmes. Dans les conditions de la déflation, les salariés doivent être préparés à la diminution de leurs salaires, et les entrepreneurs doivent apprendre à motiver la nécessité de la diminution apparente des salaires, sachant que le salaire réel moyen augmentera dans les conditions de la déflation. Une partie de ces changements peut être pris en charge par le système éducatif, qui finalement devient responsable de la formation de nouvelles connaissances sur
l’économie déflationniste.

2. Quand les forces du marché peuvent déstabiliser l‘économie du fait de l‘inertie restante, l‘intervention de l’Etat dans le processus économique devient obligatoire pour éviter des développements catastrophiques. À cette occasion les moyens actuels de la politique monétaire et fiscale gardent leur importance, mais ils doivent être utilisé seulement pour la prévention des crises (pour limiter le développement économique dans les périodes de grande croissance afin d’éviter les manifestations de surproduction), et non pour stimuler l’économie. Dans ce cas, tout les situations d‘intervention doivent être prévues et réglées d‘avance en ce que concerne sa durée et son intensité (émettre d’avance des informations claires pour assurer des anticipations rationnelles). Dans cette situation, les acteurs économiques privés n’auront pas d’influence réelle sur les décisions prises. Pour garantir les conditions nécessaires à la formation de la nouvelle culture déflationniste, il est important de limiter la capacité des différentes partis politiques à utiliser des moyens économiques. On évaluera leur efficacité à administrer le pays à partir de leur capacité à administrer le pays dans les limites du budget disponible. La nécessité de limiter l’ingérence des hommes politiques dans les processus économiques est confirmée par des recherches qui permettent de constater une corrélation négative entre le niveau de l’inflation et celui de l’indépendance de la Banque Centrale (Meyer, 2000). Toutes ces conditions doivent susciter la formation de mécanismes autorégulateurs fondés sur les pricipes d’une culture économique déflationniste.
Le fonctionnement de mécanismes automatiques dans les conditions de l’économie déflationniste
Le mécanisme autorégulateur du marché est basé en générale sur une confrontation où s’équilibrent des forces opposées, dont l’action commune conduit les acteurs économiques à un optimum de Pareto. Dans le contexte d’une culture économique déflationniste, je précise ce que sont ces deux forces antagonistes :
1) Une croissance plus active de l’économie conditionnée par la possibilité de recevoir du profit,
2) Une force freinant la croissance, la diminution des prix, des profits et des salaires nominaux.
On va commenter l’influence de ces forces en tant que mécanismes autorégulateurs, dans les conditions de la déflation. Je commence par le modèle « culturel- psychologique », qui explique le freinage possible de l’activité économique en déflation.

Dans l’évaluation de l’environnement, on s’intéresse très souvent aux ratios physiques et on s’appuie sur eux. Ils caractérisent des phénomènes matériels ou immatériels (valeur des objets, des prix). La civilisation moderne associe la croissance des valeurs physiques avec l’amélioration qualitative de l’objet analysé. Par exemple, l’augmentation nominale des récoltes signifie la croissance du bien-être des individus, l’augmentation de l’âge d’une personne est associée à l’amélioration de son expérience etc. Donc, si les indices nominaux ont tendance à diminuer (ainsi que la diminution des prix), ceci est compris négativement : les entrepreneurs lient la diminution des prix à la perte possible des profits . Les salariés y voient une menace pour leurs salaires nominaux (bien que le salaire réel moyen croisse- l’illusion monétaire se manifeste) ; résultat, diminution de la consommation, des investissements et finalement de la production. S’il n’existe pas une autre force, permettant d’interpréter les choses de façon plus positive, ceci peut provoquer une récession économique.

L’idée motrice de cet article est que, la déflation stabilisante peut se manifester seulement s’il y a croissance suscitée par les innovations, qui sont, en même temps, des forces déstabilisantes de l’économie. Pour expliquer cette thèse et en décrire le fonctionnement en tant que mécanisme stabilisateur en situation de déflation, j’utiliserai l’équation monétaire classique M*v=P*Q, mais je changerai un peut son interprétation. Donc, si la production Q augmente, et la masse monétaire M reste stable, la concurrence vis-à-vis des consommateurs doit obligatoirement mener à la diminution des prix. Même si une première réaction à la diminution des prix est la décroissance de la production (dans les activités non-innovatrices), le choc innovateur doit compenser les pertes possibles en emplois, par la création de nouveaux postes de travail dans les nouveaux secteurs économiques. Donc, simultanément, avec les forces suscitant la déflation (et le freinage de l’économie), les innovations activent les forces qui stimulent l’économie. L’effet commun des forces stimulantes et freinantes sera une croissance équilibrée. Ces circonstances permettent aux novateurs et aux entrepreneurs les plus actifs de s’intégrer, peu à peu, au marché sans provoquer l’apparition d’une masse monétaire excessive.

En généralisant, le résultat de la politique déflationniste de longue durée permettrait de former une nouvelle culture économique dans laquelle les acteurs sont prêts à fonctionner en ambiance déflationniste sans, pour autant, prendre le risque de la récession. Dans une situation d’équilibre (sans des innovations) l’inflation zéro est sous l’influence des innovations- Une déflation active finira par se manifester. L’intensité de la diminution des prix dépend de l’importance des innovations sur les coûts de production des produits « anciens » ainsi que sur la valeur relative des produits « nouveaux », dans la structure du produit nationale. Donc, la définition du niveau de diminution des prix est une des problèmes dans le pronostic des effets de la déflation et du mécanisme d’adaptation de l’économie. Un autre problème important est la définition des tendances au changement de la structure de la demande afin créer des moyens d’intervention gouvernementale dans les branches d’activité touchées par la manifestation excessive de forces déséquilibrant l’offre et la demande.

Literatūra
1. Abraham-Frois, G. Économie politique. 6e édition. Ed. Economica. 1996.
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4. Engelbrecht, H.J. Inflation Crises, Deflation and Growth: Further Evidence (H.J. Engelbrecht, C. Langley)// Applied economics. Jul. 2001.
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En résumé, les avantages de l’Economie déflationniste :

· Garantissent une plus grande stabilité de l’économie, par suppression du principal (à l’avis de l’auteur) facteur de déséquilibre- la stimulation de l’économie par l’illusion inflationniste.
· Plus juste, socialement, parce que, dans la société déflationniste, les « forces d’action » se renversent : les entrepreneurs doivent aller au devant des salariés et proposer des négociations à propos de la diminution des salaires, non l’inverse.
· Parce que l’économie déflationnistes’efforce de supprimer les forces monopolistiques pour créer un système plus juste, socialement et économiquement.
· Parce que, globalement, cette économie peut jeter les bases d’une économie de la concurrence « pure », ce qui, au plan théorique, donnerait plus d’efficacité en matière de consommation et de production.
· Parce que les seuls moyens de concurrence, dans les conditions de la déflation, sont les innovations et non la concurrence par les prix (ce qui se rapproche les idées proposée en matière de Qualité Totale en sciences manageriales).
· Parce que l’Innovations, en situation de déflation, doit jouer le rôle principal, surtout dans le domaine de la minimisation de la consommatione de ressources non recyclables (surtout les combustibles), ce qui s’imposerait du point de vue du développement durable.












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