Pour "La Vie", rénovation de l'Islam

Publié le par liger

Confronté à l’intégrisme , l’Islam peut-il se rénover de l’intérieur ?

Je comprends la question que vous posez au regard de l’inquiétude que certains peuvent éprouver en regardant ce qui passe au Moyen- Orient, en Algérie et ailleurs (Islam égale terrorisme), au regard de pratiques qu’on attribue à l’Islam, femmes voilées, adoption de la Charia comme règle de la vie collective… au regard d’un discours sur les problèmes de nos quartiers difficiles derrière lesquels ont a souvent voulu voir les conséquences du discours des Imam . Tout cela existe, c’est vrai. Mais je crois que la question est posée de façon inadéquate. L’Islam, religion du « Livre », héritière, comme pour les chrétiens, de la parole biblique, ne peut évidemment pas être rénovée de l’extérieur. A –t- on déjà vu une religion rénovée de l’extérieur ? L’islam connaît un intégrisme violent, favorisée par la volonté des occidentaux de promouvoir leur propre mode de vie, lequel apparaît souvent aux musulmans comme inacceptable, ou par des comportements politiques, et je pense à l’attitude des occidentaux à propos d’Israël, inacceptables. Les autres religions ont eu et ont toujours leurs propres intégrismes. Nous avons les nôtres. Je renverrais volontiers au numéro 3228 de La Vie, à son article intitulé « Le traditionalisme reprend ses droit », où l’auteur écrit « Deux rites incarnant deux visions opposées du Christianisme se trouvent désormais en concurrence ». Accepterait-on qu’on pose la question suivante : Confronté à ses intégristes, l’église catholique peut-elle se rénover de l’intérieur ? Poser la question, c’est y répondre. Personne ne rénovera l'église catholique de l'extérieur. C'est la même chose pour l'Islam.

Si l’on veut aller plus loin, la question se pose de savoir si, aujourd’hui, l’Islam se rénove, si l’islam évolue. La réponse me semble clairement positive, même si cela ne se voit pas dans la rue, même si la presse parle peu de ces évolutions. J’ai eu l’occasion d’accompagner l’évêque de mon diocèse dans la mosquée d’un quartier difficile. J’ai vu l’imam, après la prière du vendredi, demander à l’évêque de prendre sa place au mirab et de s’adresser aux musulmans venus pour la prière du vendredi. Je ne dirai certainement pas, dans une situation de ce type, que l’évêque a fait évoluer les musulmans. Je pense plutôt que ces musulmans ont suffisamment évolué pour être en mesure aujourd’hui d’accepter la présence d’un évêque dans leur salle de prières.

Reste que nous pouvons, chaque fois que l’occasion se présente, favoriser l’évolution de l’Islam (plutôt que sa rénovation ) en évoluant nous-mêmes car la difficulté éprouvée par les catholiques à accepter, telles qu’elles sont, d’autres religions, me paraît bien réelle, et en saisissant toutes les occasions de dialogue et de réflexion commune, si difficile que ce soit. Vous avez, à ce sujet, publié dans votre numéro 3229, un article  sur le travail mené en Syrie, au monastère de Mar Mousa, par le Père Paolo qui se consacre au dialogue « chrétiens-musulmans ». Puisse-t-il faire des émules.



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