LE GRAND MARCHE NORD-ATLANTIQUE CONTRE LES SERVICES PUBLICS RPC 60

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LE GRAND MARCHE NORD-ATLANTIQUE

CONTRE LES SERVICES PUBLICS

 

RPC 60

 

Première Partie :

 

L'affirmation de l'hégémonie américaine

 

 

La crise, on ne parle que d'elle mais de quoi s'agit-il ? D'où vient-elle ? Où va-t-elle ? Chacun y va de son explication et la défend souvent avec acharnement, quitte à ne prendre en considération que les événements les plus récents d'un processus que l'on peut qualifier d'historique puisqu'il date de près d'un siècle . Dans l'immédiat, « on » associe la crise à la « dette », comme si cette crise avait comme cause principale nos dettes, ou plutôt celles des Etats européens, dettes considérées comme le mal absolu. Il conviendrait donc de les désendetter, ces Etats, en les contraignant à de massives économies qui ne peuvent les conduire qu'à supprimer services et dépenses sociales de toutes nature. Il n'existerait qu'un remède, l'austérité, avec son cortèges d'institutions répressives, dont la « règle d'or », des sanctions financières et, finalement, la réduction de l'autonomie des Nations. Et toujours sans passer par aucun processus démocratique.

 

On oublie de nous expliquer comment les banques s'enrichissent aux dépends des peuples, comment l'oligarchie financière s'empare des pouvoirs bien que les média aient évoqué les pratiques douteuses de Goldman Sachs, par exemple, qui place ses cadres à la tête de la Banque Centrale Européenne ou des gouvernements grec et italien. On n'explique pas non plus pourquoi la réduction de la dette ne serait pas aussi le remède nécessaire à l'énorme déficit américain, lequel sert aussi à financer de multiples guerres, du Kossovo à la Syrie, par exemple. Ce sont ces faits, crise, dette, austérité, règle d'or, que je veux resituer dans une perspective historique longue en m'appuyant sur une hypothèse, discutable, comme toute hypothèse, mais qui constitue, me semble-t-il, un point de départ solide pour mieux comprendre la « crise » et en démasquer, peut-être, l'arrière-plan.

 

J'ai donné pour titre à cette première partie « L'affirmation de l'hégémonie américaine », non pas en en démontant, un à un, les mécanismes, mais en l'illustrant par l'évocation de quatre personnages ou groupes de personnages, dont cinq au moins sont ministres de notre actuel Président, François Hollande. Cette quadruple évocation illustre, au niveau des hommes, la continuité d'un projet né aux USA entre les deux guerres mondiales et dont les institutions européennes actuelles assure la mise en place sans jamais ou presque le dire. Il ne s'agit pas d'un complot, au sens habituel du terme mais d'un gigantesque déni de démocratie, accepté par une grande partie de nos élites.

 

1 - Mon hypothèse : Les européens, depuis la première guerre mondiale, n'ont jamais pu traiter seuls les problèmes de leur continent. Ils ont constamment demandé aide et assistance à leurs cousins d'Amérique qui ne se sont décidés que très difficilement à répondre positivement. Les alliés, français et anglais, ont appelé à l'aide en 1916, puis en 1940, puis, après la seconde guerre mondiale, pour leur permettre de reconstruire – le Plan Marshall - puis, dès le début de la guerre froide, pour les protéger contre une éventuelle agression de l'URSS – l'OTAN -,puis après la chute du « mur de Berlin », pour les aider à déconstruire une Yougoslavie à propos de laquelle ils étaient en complet désaccord, puis contre un « terrorisme » qui ne les concernait que de loin...A travers les plans successifs de l'OTAN, ils sont progressivement devenus, et nous français, les valets d'armes de l'Amérique.

 

Les industriels et financiers américains, dans le rôle du Suzerain, on rapidement compris les avantages qu'ils pouvaient tirer d'une telle situation. Initialement « isolationnistes », les USA ont développé, de façon de plus en plus consciente et résolue, une hégémonie qui leur paraissait, sans doute, la contre-partie obligatoire de nos faiblesses. A partir de 1945, les « alliés » européens, France, Angleterre, Belgique, Hollande et Luxembourg, épuisés, demandaient aux USA, à nouveau, une aide financière pour se reconstruire et de nouvelles garanties de sécurité. Ils redoutaient, en effet, une trop rapide renaissance allemande, puis, sous la pression des événements, la menace soviétique. L'aide financière est venue la première sous la forme du Plan Marshall qui nous donnait, certes, les moyens financiers de notre reconstruction mais nous liait économiquement aux USA en leur garantissant un plan de charge pour leur industrie. L'aide militaire a suivi. Mais Il faudra « le coup de Prague » et le blocus de Berlin pour les amener à répondre, positivement et massivement, par création de l'OTAN, en 1949. Elle leur fournit l'occasion d'institutionnaliser, sous le couvert de leur hégémonie militaire indiscutable, une hégémonie économique et politique qui tendra à faire des Etats de la vieille Europe, des vassaux au sens le plus médiéval du terme.

 

C'est dans ce même contexte qu'est apparue aux USA, formalisée en 1939 par Clarence K. Streit, l'idée d'un vaste regroupement nord-atlantique, un grand marché devenant progressivement nouvelle fédération sur le modèle de la Fédération Américaine. Ce qui n'était à l'origine, peut-être, qu'une utopie allait survivre aux grands événements du siècle et conduire au projet de Grand Marché Nord-Atlantique dont le Parlement Européen a dit, en 2008, souhaiter la mise en place en 2015. Nous y sommes ou presque sans qu'on ne nous en ait parlé, notamment,à l'occasion de la récente campagne présidentielle, ce qui n'étonnera pas lorsque l'on constatera, et j'y reviendrai, qu'une partie des équipe de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ont été formées au sein des mêmes institutions et dans la même perspective néo-libérale, celle du Grand Marché Nord-Atlantique.

 

Dans ce qui suit, j'évoquerai la façon dont s'est développée aux USA une telle perspective à laquelle se sont très tôt ralliés nombre de personnalités françaises. Elle a, sans doute, correspondu à un moment de l'histoire, mais un moment maintenant dépassé. Cependant, le projet survit aux circonstances qui l'ont vu naître. Beaucoup de ses partisans en ont oublié l'origine mais pensent, enfin, pouvoir le réaliser au prix du renoncement à cette Europe des Nations que décriait tant Clarence K. Streit et à cette Europe Sociale patiemment construite depuis la seconde guerre mondiale. L'Europe Sociale était fondée sur le concept de solidarité, clairement revendiqué par le Conseil National de la Résistance mais devenu obstacle majeur dans un monde la recherche du profit maximum serait devenu, dans le cadre d'une économie mondialisée, la seul règle des gens de pouvoir.

 

Pour illustrer ce courant d'idées qui se développe depuis près d'un siècle, j'évoquerai quatre personnalités dont les propos ou les parcours illustrent mon hypothèse initiale  : Henri Kissinger, Clarence K. Streit, Jean Monnet et François Hollande. Le premier affirme et justifie, d'entrée de jeu, l'hégémonie américaine en question. Les thèses ou parcours des trois su ivants jalonnent la trajectoire du projet, de 1939 à nos jours.

 

2 – Quatre évocations

 

21 - Henri Kissinger fut conseiller du président des USA pour la Sécurité Nationale de 1969 à 1975, puis Secrétaire d'Etat – Ministre des Affaires Etrangères – de 1973 à 1977. On lui décerna un prix Nobel de la Paix. Pourquoi l'évoquer ? Parce que, dès les premiers paragraphes de son livre intitulé « Diplomatie », publié en 1994, à New-York et sa traduction, en 1996, à Paris, il fixe le cadre sans aucune ambiguïté, « si vous voulez la paix et la sécurité, appliquez les prescriptions morales de l'Amérique ».

 

Sous le titre «  le Nouvel Ordre Mondial », il introduit son travail de la façon suivante :

 

Page 9, la première du livre, « Il semble qu'à chaque siècle surgisse, avec une régularité qui ferait croire à une loi de la nature, un pays ayant la puissance, la volonté et l'élan intellectuel et moral pour modeler le système international conformément à ses propres valeurs. »

 

«  Au XXième siècle, aucun pays n'a exercé d'influence aussi décisive et, en même temps, aussi ambivalente que les Etats-Unis. Aucune société n'a dénoncé avec plus de vigueur le caractère inadmissible de l'ingérence dans les affaires intérieures des Etats, ni affirmé avec plus de passion la nature universelle de ses valeurs. »

 

« les particularismes que l'Amérique s'était assignés tout au long de son histoire ont déterminé chez elle deux attitudes contradictoires en matière de politique étrangère. Elle sert au mieux ses valeurs en perfectionnant la démocratie sur son territoire, se posant ainsi en phare pour le reste de l'humanité ; mais ses valeurs lui imposent l'obligation de mener des croisades dans le monde entier. »

«  Les deux écoles de pensée – l'Amérique phare du monde et l'Amérique menant croisade – aspirent à un ordre international fondé sur la démocratie, la liberté du commerce et le droit international. Comme aucun système de cette nature n'a encore existé, les autres sociétés voient dans cette aspiration, sinon de la naïveté, du moins une utopie. Pourtant, le scepticisme de l'étranger n'a jamais terni l'idéalisme de Woodrov Wilson, de Franklin Roosvelt ou de Ronald Reagan, ni, à dire vrai, d'aucun président américain du XX ième siècle. Il aura, tout au plus, renforcé le credo américain : On peut triompher de l'histoire, et le monde, s'il veut vraiment la paix, doit appliquer les prescriptions morales de l'Amérique. ».

 

On ne peut être plus clair. Les vassaux que nous sommes devenus sauront à quoi s'en tenir. Il n'y a qu'une voie possible, la démocratie américaine et la liberté du commerce, autrement dit, le libre-échange. Qui n'adopte pas les valeurs de l'Amérique, s'expose à une croisade ! La création d'un vaste espace vivant des valeurs américaine va donc s'imposer. Ce sera le projet du Grand Marché Nord-Atlantique que certains auraient bien vu s'étendre jusqu'au Kamtchaka, au lendemain de la chute du « rideau de fer ». Bien entendu, les valeurs de l'Amérique imposeront les normes du néo-libéralisme américain, pas d'Etats régulateurs de l'économie, pas d'Etats entrepreneurs, pas d'Etats producteurs de services...Il ne faudra donc pas s'étonner si l'UE, dès le Traite de Rome, élimine pratiquement le concept de services publics. Le terme lui-même n'apparaît qu'une seule fois, à propos de transport, sous réserve que le service ne perturbe pas la concurrence. En évoquant Jean Monnet, nous éclairerons le lien étroit existant entre le Traité de Rome et le libre-échange, tel que les néolibéraux américain le comprennent.

 

 

21 - Clarence K. Streit : En 1939, un américain inconnu en France, Clarence K.Streit, publie, aux USA, un essai intitulé « Union Now » que l'on peut lire, en anglais, sur internet. L'auteur, né en 1896, avait combattu en France comme volontaire, pendant le première guerre mondiale. On le retrouve ensuite comme membre de la délégation américaine à la conférence de Paris, 1918, qui devait conduire à la signature, le 28 juin 1919, du Traité de Versailles, lequel imposera à l'Allemagne des conditions de paix particulièrement dures. Puis, grand reporter, il parcourt le monde et devient, en 1929, correspondant du New York Times auprès de la Société des Nations. Il couvre alors les grands événements de l'entre-deux guerres, la guerre sino-japonaise, la Grande Dépression, la montée du nazisme, la marche sur Rome des fascistes italiens... Il constate l'inefficacité de la Société des Nations.

 

Dans son livre qui fut un grand succès de librairie, Clarence K . Streit exprime, en 1939, un courant de pensée sans doute assez développé, aux USA : Les européens ne sont pas capables de régler leurs problèmes entr'eux, au point de provoquer une seconde guerre qui vient d'éclater et dont on pouvait déjà prévoir la violence. La Société des Nations s'était avérée incapable d'intervenir utilement. Il conviendrait donc d'envisager la création d'une vaste fédération initialement composée d'une quinzaine d'Etats, d'Europe et de l'Empire Britannique, regroupés autour des USA qui leur apporteraient son modèle de Fédération. Les succès rapides de l'invasion allemande rendent le projet provisoirement inaudible. Streit rédige donc une seconde version de son essai qui sera publié en 1941, à New York, et qui réduit le projet initial à celui d'une « Union Now With Britain » qui restera lettre morte mais suscitera cependant l'intérêt de nombreux responsables politiques et économiques.

 

En 1939, les européens et plus spécialement les français, pouvaient difficilement contredire les thèses de Clarence K. Streit tant on avait eu besoin des américains pendant la première guerre mondiale et tant il était alors évident que leur intervention allait être à nouveau nécessaire. On dit que, si les thèses de Streit avaient peu de chance d'être reprises de façon concrète dans la période de guerre, dans laquelle on aurait besoin de l'Union Soviétique, elles ne bénéficiaient pas moins d'un large courant de sympathie ,de la part du Président Roosvelt, par exemple. La question mériterait d'être approfondie.

 

En 1949, en marge de la création de l'OTAN dont le traité reprendra, notamment dans son article 2, certaines propositions reviennent sur la question du Grand Marché en stipulant que la coopération militaire doit se doubler d'une coopération économique et politique. Streit crée alors « Federal Union Inc » qui deviendra « Association for Unite Democracies » lesquelles reprendront les objectifs déjà décrits dans ses précédents ouvrages. Ses amis et son association marquèrent ensuite toutes les étapes conduisant au Grand Marché Nord-Atlantique, comme on le verra dans la troisième partie de ce travail. Clarence K. Streit meurt à Washington le 6 juillet 1986. En 1985, Ira Straus, universitaire américain, spécialiste de la Russie, devient « executive director » de « l'Association for Unite Démocracies » et poursuit le projet initial.

 

En 1939, les européens et plus spécialement les français, pouvaient difficilement contredire les thèses de Clarence K. Streit tant on avait eu besoin des américains pendant la première guerre mondiale et tant il était évident que leur intervention allait être à nouveau nécessaire. On dit que, si les thèses de Streit n'avaient pas eu beaucoup de chances d'être reprises pendant la période guerre, on avait besoin de l'Union Soviétique, elles ne bénéficiaient pas moins d'un large courant de sympathie, de la part du Président Roosvelt, et d'autres comme Jean Monnet.

 

2 – Jean Monnet.

 

Jean Monnet passe, à juste titre, pour le principal architecte de la construction européenne. Qui était-il ? Il était né en 1888, à Cognac, dans une famille de négociant en cognac. Il détestait l'école et ne fit pas d'études. Il se construisit cependant une brillante carrière internationale, assez aventureuse, hors d'une France dont il s'enfuit dès l'âge de dix-huit ans. Il fera une carrière anglo-saxonne jusqu'à la seconde guerre mondiale. Wipikedia le définit comme un « agent d'influence », fonctionnaire international pendant les deux guerres mondiales, au service des gouvernements anglais et américain. Il fut un atlantiste militant, défenseur du libre-échange et partisan d'une Europe fédérale construite à l'image de la Fédération des USA. Je n'ai pas trouvé, après des recherches très succinctes, les traces de quelques relations que ce soit entre lui et Clarence K.Streit dont il était le cadet de deux ans, mais il est clair qu'ils avaient des conceptions voisines quant à l'avenir des relations transatlantiques.

 

A 18 ans, il quitte la France et s'installe à Londres pour y vendre le cognac de son père. Il parle vite et couramment la langue anglaise et se déplace fréquemment entre l'Angleterre et les USA. Vient la première guerre mondiale. Il est mobilisé mais rapidement réformé, après la première bataille de la Marne. De retour au pays du cognac, il trouve le moyen de se faire introduire auprès

du Président du Conseil, Viviani, alors replié à Bordeaux. Il le rencontre dans des conditions que je n'ai pas élucidées et le convainc très vite de mieux utiliser les flottes marchandes françaises et britanniques pour assurer les approvisionnements nécessaires. Il est immédiatement nommé responsable de la coordination des ressources alliées avec le statut de fonctionnaire interallié. Il conserve ce poste et ce statut statut pendant toute la guerre. Keynes dira de lui qu'il avait par son action raccourci la guerre d'un an. Dès 1919, il devient l'un des artisans de la mise sur pieds de la Société des Nations dont il est nommé Secrétaire Général Adjoint en 1920. Il a alors 32 ans. A ce poste il organise la Conférence Financière de Londres qui reconnaîtra que la déflation consécutive à la guerre pourrait avoir des effets désastreux. En 1923, il démissionne de son poste à la S.D.N et revient au commerce du cognac, avec l'intention de développer des activités financières.

 

Il s'installe aux USA et s'enrichit dans le commerce des alcools pendant la « prohibition ». Fidèle à l'orientation qu'il s'était fixée, il fonde, en 1929, à San Francisco, la « Bancamericana » dont il est co-président. Les affaires ont-elles mal marché ? Il quitte les USA pour la Chine où il devient conseiller de Tchang-Kai-Tchek. A la veille de la seconde guerre mondiale, il rentre en France où Léon Blum lui confie presque immédiatement la présidence d'un comité chargé de coordonner les capacités de production de la France et de l'Angleterre. Plus tard replié à Londres, il accueillera chez lui, le 17 juin 1940, le Général de Gaulle mais refusera de participer à la création de la France Libre. En août 1940, le gouvernement britannique le « récupère » et l'envoie aux USA pour négocier des achats de matériels.

 

A cette date, les USA ne sont pas encore entrés en guerre. Il accède au Président Roosvelt – comment ?- et le persuade de relancer son industrie de guerre, ce qui lui vaudra de participer jusqu'en 1945 à la coordination des efforts de guerre des USA et de l'Angleterre.

 

Agent des USA, il prend le parti du Général Giraud contre le Général De Gaulle qui dira de lui « qu'il n'était qu'un petit financier à la solde des USA ». Cela ne l'empêchera pas d'entrer au Comité Français de Libération Nationale où il sera chargé d'évaluer les moyens nécessaires à la « reconstruction ». Dès que le premier gouvernement du Général De Gaulle se me en place, Il prend le poste de Commissaire au Plan qu'il conservera de 1945 à 1952. Il y préparera discrètement la Communauté Européenne Charbon-Acier » dont il soumettra le projet au Président du Conseil, Robert Schuman, en 1950. En 1951, le Traité de Paris entérine la création du Pool Charbon-Acier, crée la Haute Autorité du Charbon et de l'Acier. Il en devient président. A ce poste, il sera associé de très près à la préparation du Traité de Rome, signé le 25 mars 1957. En 1954 cependant, les français avaient rejeté la Communauté Européenne de Défense. Déçu,il avait démissionné de la présidence de la Haute Autorité et fondé le « Comité d'Action pour les Etats-Unis d'Europe » qui voudrait voir disparaître la souveraineté des Etats. Son projet reprend là les idées de Clarence K. Streit. En 1956, il abandonne la vie politique et crée, à Lausanne, un institut de recherches européennes.

 

Ces quelques indications éclairent de façon particulière la personnalité de Jean Monnet, personnage entreprenant, affairiste sans trop de scrupules pour s'être enrichi par le commerce de l'alcool pendant la période de la « prohibition », ambitieux particulièrement doué, qui, jusqu'à la seconde guerre mondiale, était plus américain que français. Son rôle dans la construction européenne aura été considérable mais une Europe selon Clarence K.Streit n'étaitpas celle que pensions construire. Le Président Mitterand fera pourtant transférer ses cendres au Panthéon. Initiative que l'on pouvait alors comprendre mais qui illustre aujourd'hui le poids de la mainmise américaine sur l'avenir de l'Europe. On verra, dans ce qui suit, que, en 2013, le président Hollande poursuit dans la même direction, celle d'une Europe très proche des USA, libérale, où l'Etat renonce à « entreprendre », à l'inverse d'une politique Keynésienne.

 

3 – François Hollande.

Les socialistes et l’ "American connection", par Benjamin Dormann, le 23 décembre 2012

Comme son nom l’indique, le site Atlantico est atlantiste, pro américain. Il est également libéral sans tabous et sarkozyste sans retenue. Il est généralement bien informé. Je reprends ici un article qu’il a publié le 22 mai 2012 sous la plume de Benjamin Dormann, un de ces hommes qui s’ébrouent dans plusieurs milieux à la fois : journalisme, politique, affaires.

Jean-Pierre Chevènement n’a pas toujours frayé avec François Bayrou. Au temps où il se cherchait un destin national et où il faisait l’éloge du comte de Paris, il avait forgé l’expression « la gauche américaine ». Il désignait sous ce qualificatif la « Deuxième gauche », les rocardiens, la Cfdt, les socialistes quai avaient accepté l’inéluctabilité de la mondialisation financière. Avec l’article qui suit, nous sommes en plein dans ce schéma.

Bernard Gensane

Washington sur Seine ? Ces ministres de François Hollande qui ont été formés par les Américains

La French American Fondation est connue pour sa formation, les "Young Leaders", réservée à une dizaine de jeunes surdiplômés chaque année. Sur les huit socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, six rentrent dans son gouvernement cette semaine. Le plus "atlantiste" n’est pas toujours celui qu’on croit...

Exit Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab... Place à François Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Aquilino Morelle (plume du Président), etc.

« Enfin des têtes nouvelles ! » entend-t-on ici ou là. Nouvelles ? Tout est relatif, quand on sait décrypter la liste ci-dessus : en fait, tous ces « Young Leaders » de l’UMP ont laissé la place à des « Young Leaders » du Parti socialiste. Car François Hollande et Pierre Moscovici depuis 1996, Marisol Touraine et Aquilino Morelle depuis 1998, Arnaud Montebourg depuis 2000 et Najat Vallaud-Belkacem depuis 2006, sont tous des « Young Leaders ». Tous ont été minutieusement sélectionnés et « formés » par ce très élitiste réseau Franco-Américain (French American Foundation), inconnu du grand public, sponsorisé entre autres par la banque Lazard. Le programme se présente en ces termes :

Programme phare de la French-American Foundation, le programme Young Leaders a été créé en 1981 et sélectionne chaque année pour leurs réalisations et leur leadership, 10 Français et 10 Américains âgés de 30 à 40 ans, appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines. Les candidats retenus participent à deux séminaires de cinq jours chacun sur deux années consécutives – alternativement en France et aux Etats-Unis – afin d’échanger sur des thèmes majeurs communs aux deux pays et d’approfondir leur compréhension mutuelle (http://www.french-american.org/leadership/young-leaders/inde...).

Autrement dit, ils ont tous postulé et se sont fait parrainer pour être admis à suivre ce programme phare mis en place par la FAF, la French American Fondation. La FAF est elle-même un organisme à cheval sur Paris et New-York, créée en 1976 conjointement par les présidents Ford et Giscard d’Estaing. A noter qu’entre 1997 et 2001, John Negroponte présida la FAF, avant de devenir entre 2005 et 2007, sous Georges Bush, le premier directeur coordonnant tous les services secrets américains (DNI), dirigeant l’US States Intelligence Community (qui regroupe une quinzaine de membres, dont le FBI et la CIA).

Crée en 1981, ce programme Young Leaders permet de développer « des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays ». Pressentis par qui ? Par un très strict comité de sélection, composé majoritairement d’anciens Young Leaders, qui ne retient qu’une dizaine d’admis par an. Seuls 13 hommes ou femmes politiques ont été admis depuis 1995, soit moins d’un politique par an en moyenne. Ces heureux « élus » sont choisis comme d’habitude parmi l’élite française : seuls 4% des Young Leaders français ne sont pas diplômés de l’ENA ou pas titulaires d’au moins un diplôme Bac+5, les trois quarts sont des hommes, à 80 % Parisiens... Autant dire qu’on reste en famille avec ce gratin issu de nos grandes écoles. Une spécificité française, qui, comme le souligne un rapport de la FAF, assure « une fonction de "reproduction sociale" de la "classe dominante " […] dans un pays où la simple notion de leadership renvoie aux "diplômes" et non aux qualités intrinsèques de la personne comme c’est souvent le cas outre-Atlantique ». Bref, notre nouveau président et ses nouveaux ministres cités ici sont de purs produits de nos grandes écoles, « ces acteurs influents (qui) personnifient la "pensée dominante" depuis de nombreuses décennies » selon la FAF.

Dès que l’on parle de réseaux d’influence, certains de leurs membres crient aux « obsédés du complot » et s’empressent généralement de préciser que le rôle de telles organisations est marginal et informel. Pour ce qui est de l’efficacité des « Young Leaders », les chiffres parlent plus que tous les longs discours : sur les 8 socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, 6 rentrent dans son gouvernement cette semaine. (Ne restent sur la touche, pour le moment, que Bruno Le Roux, qualifié par beaucoup de « ministrable », et Olivier Ferrand [décédé en juin 2012], l’ambitieux président du think-tank Terra Nova ayant permis l’élection de François Hollande aux élections primaires ; deux candidats impatients de rejoindre leurs camarades Young Leaders au gouvernement). Beau tir groupé, comme s’en enorgueillit à juste titre le site américain (« The French-American Foundation is proud to have five Young Leader in the cabinet of President François Hollande, himself a Young Leader in 1996”), tandis que le site français […].

En septembre 2006, lors de sa visite aux États-Unis, Nicolas Sarkozy avait prononcé un discours à la French American Foundation (FAF), rappelant la nécessité de « rebâtir la relation transatlantique », paraphrasant ainsi les statuts de la fondation dont l’objectif est de « renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique ». À ceux nombreux qui me demandent, à l’occasion de la visite de François Hollande à Barack Obama, « pourquoi est-ce que les journalistes ne nous parlent pas de ça, à propos de François Hollande, au lieu de nous parler de son séjour d’étudiant et de goût pour les cheeseburgers (http://www.atlantico.fr/pepites/francois-hollande-et-nostalg...) dont on n’a rien à faire ? ». Qu’ils demandent donc la réponse aux journalistes qui ont l’art de nous servir ces hamburgers, préparés par les communicants, en prenant leurs lecteurs pour des cornichons ! Qu’ils la demandent en particulier aux Young Leaders des médias, aujourd’hui actionnaires ou directeurs des principales rédactions, ces copains de promo de certains de nos nouveaux ministres pour certains d’entre eux : de Laurent Joffrin (Nouvel Observateur) à Denis Olivennes (Europe 1, Paris Match et du JDD), en passant par Matthieu Pigasse, Louis Dreyfus et Erik Izraelewicz [décédé récemment] (Le Monde)… Et la liste hommes de médias Young Leaders est longue, comme on peut la lire plus intégralement dans l’enquête « Ils ont acheté la presse ».

A New-York, la venue de François Hollande et de sa nouvelle équipe était attendue sereinement. Vu de la FAF, « Welcome à la Hollande team » ; on reste en terrain connu, tout est sous contrôle, on est même fier d’avoir autant de ses poulains dans la place, nous l’avons vu. Que les angoissés se rassurent : « le changement, ce n’est pas pour maintenant », n’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, l’allié peu atlantiste du Président !

Benjamin Dormann

http://www.atlantico.fr/decryptage/gouvernement-hollande-for...



Cette galerie de portraits ne remplace pas une étude plus rigoureuse de l'évolution des idées dans les milieux politiques et économiques américains pendant le XX ième siècle mais permet cependant d'entrevoir la façon dont le projet de Grand Marché Nord-Atlantique avait pris corps aux USA entre les deux guerres mondiales puis s'était développé au cours du XX ième siècle, sans que l'ensemble du projet n'ait jamais été présenté,dans sa globalité aux français.

Dans une seconde partie, je décrirai rapidement les institutions mises en place par les américains, entre 1941 et 1949, pour assurer leur hégémonie, Bretton Woods, FMI, Plan Marshall puis OTAN. Dans une troisième partie, je retracerai la chronologie de la mise en place progressive et discrète du Grand Marché Nord-Atlantique dont, je le rappelle, le Parlement Européen souhaitait que la mise en place soit réalisée en 2015. La chronologie de la mise en place des institutions européennes, qui, à partir du Traité de Rome, reprennent les contraintes imposées dès l'origine par les USA, s'intègre dans le planning du grand marché nord-atlantique, y compris pour ce qui concerne la « règle d'or », à l'occasion du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, TSCG, et du Mécanisme Européen de Stabilité, MES, où l'on voit réapparaître le FMI, avec ses exigences traditionnelles.

Faut-il désespérer ? Non. Pourquoi ? La mise en place du Grand Marché Nord-Atlantique dans une perspective néo-libérale, quand on se réclame de la « Droite » ou « socio-libérale » quand on se réclame d'une forme très atténuée de socialisme, est présentée par ses partisans comme une fatalité à laquelle nous ne devrions pas échapper. En réalité, sa mise en place a été freinée par la Guerre Froide ; elle pourrait maintenant se heurter à la montée des « émergents » dont la Chine, l'Inde et la Russie. Les tenants du Grand Marché n'en n'ont jamais vraiment tenu compte, persuadés que les différences se dissoudraient dans le grand bain de la mondialisation. Ce n'a pas été le cas. Nous avons décrit dans de précédentes fiches les débuts de l'Organisation de Coopération de Shanghaï, autour de la Chine et de la Russie. Elle nous obligera sans doute à abandonner l'image d'un monde futur construit sur le modèle américain. Reste à espérer que la grande mutation qui s'opère sous nos yeux ne passe pas par une troisième guerre mondiale dans la perspective de laquelle nous n'aurions aucun intérêt à nous aligner sur les positions actuellement affichées par les responsables américains, dans le cadre d'un néo-libéralisme vieillissant.

 

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Première Partie :

 

L'affirmation de l'hégémonie américaine

 

 

La crise, on ne parle que d'elle mais de quoi s'agit-il ? D'où vient-elle ? Où va-t-elle ? Chacun y va de son explication et la défend souvent avec acharnement, quitte à ne prendre en considération que les événements les plus récents d'un processus que l'on peut qualifier d'historique puisqu'il date de près d'un siècle . Dans l'immédiat, « on » associe la crise à la « dette », comme si cette crise avait comme cause principale nos dettes, ou plutôt celles des Etats européens, dettes considérées comme le mal absolu. Il conviendrait donc de les désendetter, ces Etats, en les contraignant à de massives économies qui ne peuvent les conduire qu'à supprimer services et dépenses sociales de toutes nature. Il n'existerait qu'un remède, l'austérité, avec son cortèges d'institutions répressives, dont la « règle d'or », des sanctions financières et, finalement, la réduction de l'autonomie des Nations. Et toujours sans passer par aucun processus démocratique.

 

On oublie de nous expliquer comment les banques s'enrichissent aux dépends des peuples, comment l'oligarchie financière s'empare des pouvoirs bien que les média aient évoqué les pratiques douteuses de Goldman Sachs, par exemple, qui place ses cadres à la tête de la Banque Centrale Européenne ou des gouvernements grec et italien. On n'explique pas non plus pourquoi la réduction de la dette ne serait pas aussi le remède nécessaire à l'énorme déficit américain, lequel sert aussi à financer de multiples guerres, du Kossovo à la Syrie, par exemple. Ce sont ces faits, crise, dette, austérité, règle d'or, que je veux resituer dans une perspective historique longue en m'appuyant sur une hypothèse, discutable, comme toute hypothèse, mais qui constitue, me semble-t-il, un point de départ solide pour mieux comprendre la « crise » et en démasquer, peut-être, l'arrière-plan.

 

J'ai donné pour titre à cette première partie « L'affirmation de l'hégémonie américaine », non pas en en démontant, un à un, les mécanismes, mais en l'illustrant par l'évocation de quatre personnages ou groupes de personnages, dont cinq au moins sont ministres de notre actuel Président, François Hollande. Cette quadruple évocation illustre, au niveau des hommes, la continuité d'un projet né aux USA entre les deux guerres mondiales et dont les institutions européennes actuelles assure la mise en place sans jamais ou presque le dire. Il ne s'agit pas d'un complot, au sens habituel du terme mais d'un gigantesque déni de démocratie, accepté par une grande partie de nos élites.

 

1 - Mon hypothèse : Les européens, depuis la première guerre mondiale, n'ont jamais pu traiter seuls les problèmes de leur continent. Ils ont constamment demandé aide et assistance à leurs cousins d'Amérique qui ne se sont décidés que très difficilement à répondre positivement. Les alliés, français et anglais, ont appelé à l'aide en 1916, puis en 1940, puis, après la seconde guerre mondiale, pour leur permettre de reconstruire – le Plan Marshall - puis, dès le début de la guerre froide, pour les protéger contre une éventuelle agression de l'URSS – l'OTAN -,puis après la chute du « mur de Berlin », pour les aider à déconstruire une Yougoslavie à propos de laquelle ils étaient en complet désaccord, puis contre un « terrorisme » qui ne les concernait que de loin...A travers les plans successifs de l'OTAN, ils sont progressivement devenus, et nous français, les valets d'armes de l'Amérique.

 

Les industriels et financiers américains, dans le rôle du Suzerain, on rapidement compris les avantages qu'ils pouvaient tirer d'une telle situation. Initialement « isolationnistes », les USA ont développé, de façon de plus en plus consciente et résolue, une hégémonie qui leur paraissait, sans doute, la contre-partie obligatoire de nos faiblesses. A partir de 1945, les « alliés » européens, France, Angleterre, Belgique, Hollande et Luxembourg, épuisés, demandaient aux USA, à nouveau, une aide financière pour se reconstruire et de nouvelles garanties de sécurité. Ils redoutaient, en effet, une trop rapide renaissance allemande, puis, sous la pression des événements, la menace soviétique. L'aide financière est venue la première sous la forme du Plan Marshall qui nous donnait, certes, les moyens financiers de notre reconstruction mais nous liait économiquement aux USA en leur garantissant un plan de charge pour leur industrie. L'aide militaire a suivi. Mais Il faudra « le coup de Prague » et le blocus de Berlin pour les amener à répondre, positivement et massivement, par création de l'OTAN, en 1949. Elle leur fournit l'occasion d'institutionnaliser, sous le couvert de leur hégémonie militaire indiscutable, une hégémonie économique et politique qui tendra à faire des Etats de la vieille Europe, des vassaux au sens le plus médiéval du terme.

 

C'est dans ce même contexte qu'est apparue aux USA, formalisée en 1939 par Clarence K. Streit, l'idée d'un vaste regroupement nord-atlantique, un grand marché devenant progressivement nouvelle fédération sur le modèle de la Fédération Américaine. Ce qui n'était à l'origine, peut-être, qu'une utopie allait survivre aux grands événements du siècle et conduire au projet de Grand Marché Nord-Atlantique dont le Parlement Européen a dit, en 2008, souhaiter la mise en place en 2015. Nous y sommes ou presque sans qu'on ne nous en ait parlé, notamment,à l'occasion de la récente campagne présidentielle, ce qui n'étonnera pas lorsque l'on constatera, et j'y reviendrai, qu'une partie des équipe de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ont été formées au sein des mêmes institutions et dans la même perspective néo-libérale, celle du Grand Marché Nord-Atlantique.

 

Dans ce qui suit, j'évoquerai la façon dont s'est développée aux USA une telle perspective à laquelle se sont très tôt ralliés nombre de personnalités françaises. Elle a, sans doute, correspondu à un moment de l'histoire, mais un moment maintenant dépassé. Cependant, le projet survit aux circonstances qui l'ont vu naître. Beaucoup de ses partisans en ont oublié l'origine mais pensent, enfin, pouvoir le réaliser au prix du renoncement à cette Europe des Nations que décriait tant Clarence K. Streit et à cette Europe Sociale patiemment construite depuis la seconde guerre mondiale. L'Europe Sociale était fondée sur le concept de solidarité, clairement revendiqué par le Conseil National de la Résistance mais devenu obstacle majeur dans un monde la recherche du profit maximum serait devenu, dans le cadre d'une économie mondialisée, la seul règle des gens de pouvoir.

 

Pour illustrer ce courant d'idées qui se développe depuis près d'un siècle, j'évoquerai quatre personnalités dont les propos ou les parcours illustrent mon hypothèse initiale  : Henri Kissinger, Clarence K. Streit, Jean Monnet et François Hollande. Le premier affirme et justifie, d'entrée de jeu, l'hégémonie américaine en question. Les thèses ou parcours des trois su ivants jalonnent la trajectoire du projet, de 1939 à nos jours.

 

2 – Quatre évocations

 

21 - Henri Kissinger fut conseiller du président des USA pour la Sécurité Nationale de 1969 à 1975, puis Secrétaire d'Etat – Ministre des Affaires Etrangères – de 1973 à 1977. On lui décerna un prix Nobel de la Paix. Pourquoi l'évoquer ? Parce que, dès les premiers paragraphes de son livre intitulé « Diplomatie », publié en 1994, à New-York et sa traduction, en 1996, à Paris, il fixe le cadre sans aucune ambiguïté, « si vous voulez la paix et la sécurité, appliquez les prescriptions morales de l'Amérique ».

 

Sous le titre «  le Nouvel Ordre Mondial », il introduit son travail de la façon suivante :

 

Page 9, la première du livre, « Il semble qu'à chaque siècle surgisse, avec une régularité qui ferait croire à une loi de la nature, un pays ayant la puissance, la volonté et l'élan intellectuel et moral pour modeler le système international conformément à ses propres valeurs. »

 

«  Au XXième siècle, aucun pays n'a exercé d'influence aussi décisive et, en même temps, aussi ambivalente que les Etats-Unis. Aucune société n'a dénoncé avec plus de vigueur le caractère inadmissible de l'ingérence dans les affaires intérieures des Etats, ni affirmé avec plus de passion la nature universelle de ses valeurs. »

 

« les particularismes que l'Amérique s'était assignés tout au long de son histoire ont déterminé chez elle deux attitudes contradictoires en matière de politique étrangère. Elle sert au mieux ses valeurs en perfectionnant la démocratie sur son territoire, se posant ainsi en phare pour le reste de l'humanité ; mais ses valeurs lui imposent l'obligation de mener des croisades dans le monde entier. »

«  Les deux écoles de pensée – l'Amérique phare du monde et l'Amérique menant croisade – aspirent à un ordre international fondé sur la démocratie, la liberté du commerce et le droit international. Comme aucun système de cette nature n'a encore existé, les autres sociétés voient dans cette aspiration, sinon de la naïveté, du moins une utopie. Pourtant, le scepticisme de l'étranger n'a jamais terni l'idéalisme de Woodrov Wilson, de Franklin Roosvelt ou de Ronald Reagan, ni, à dire vrai, d'aucun président américain du XX ième siècle. Il aura, tout au plus, renforcé le credo américain : On peut triompher de l'histoire, et le monde, s'il veut vraiment la paix, doit appliquer les prescriptions morales de l'Amérique. ».

 

On ne peut être plus clair. Les vassaux que nous sommes devenus sauront à quoi s'en tenir. Il n'y a qu'une voie possible, la démocratie américaine et la liberté du commerce, autrement dit, le libre-échange. Qui n'adopte pas les valeurs de l'Amérique, s'expose à une croisade ! La création d'un vaste espace vivant des valeurs américaine va donc s'imposer. Ce sera le projet du Grand Marché Nord-Atlantique que certains auraient bien vu s'étendre jusqu'au Kamtchaka, au lendemain de la chute du « rideau de fer ». Bien entendu, les valeurs de l'Amérique imposeront les normes du néo-libéralisme américain, pas d'Etats régulateurs de l'économie, pas d'Etats entrepreneurs, pas d'Etats producteurs de services...Il ne faudra donc pas s'étonner si l'UE, dès le Traite de Rome, élimine pratiquement le concept de services publics. Le terme lui-même n'apparaît qu'une seule fois, à propos de transport, sous réserve que le service ne perturbe pas la concurrence. En évoquant Jean Monnet, nous éclairerons le lien étroit existant entre le Traité de Rome et le libre-échange, tel que les néolibéraux américain le comprennent.

 

 

21 - Clarence K. Streit : En 1939, un américain inconnu en France, Clarence K.Streit, publie, aux USA, un essai intitulé « Union Now » que l'on peut lire, en anglais, sur internet. L'auteur, né en 1896, avait combattu en France comme volontaire, pendant le première guerre mondiale. On le retrouve ensuite comme membre de la délégation américaine à la conférence de Paris, 1918, qui devait conduire à la signature, le 28 juin 1919, du Traité de Versailles, lequel imposera à l'Allemagne des conditions de paix particulièrement dures. Puis, grand reporter, il parcourt le monde et devient, en 1929, correspondant du New York Times auprès de la Société des Nations. Il couvre alors les grands événements de l'entre-deux guerres, la guerre sino-japonaise, la Grande Dépression, la montée du nazisme, la marche sur Rome des fascistes italiens... Il constate l'inefficacité de la Société des Nations.

 

Dans son livre qui fut un grand succès de librairie, Clarence K . Streit exprime, en 1939, un courant de pensée sans doute assez développé, aux USA : Les européens ne sont pas capables de régler leurs problèmes entr'eux, au point de provoquer une seconde guerre qui vient d'éclater et dont on pouvait déjà prévoir la violence. La Société des Nations s'était avérée incapable d'intervenir utilement. Il conviendrait donc d'envisager la création d'une vaste fédération initialement composée d'une quinzaine d'Etats, d'Europe et de l'Empire Britannique, regroupés autour des USA qui leur apporteraient son modèle de Fédération. Les succès rapides de l'invasion allemande rendent le projet provisoirement inaudible. Streit rédige donc une seconde version de son essai qui sera publié en 1941, à New York, et qui réduit le projet initial à celui d'une « Union Now With Britain » qui restera lettre morte mais suscitera cependant l'intérêt de nombreux responsables politiques et économiques.

 

En 1939, les européens et plus spécialement les français, pouvaient difficilement contredire les thèses de Clarence K. Streit tant on avait eu besoin des américains pendant la première guerre mondiale et tant il était alors évident que leur intervention allait être à nouveau nécessaire. On dit que, si les thèses de Streit avaient peu de chance d'être reprises de façon concrète dans la période de guerre, dans laquelle on aurait besoin de l'Union Soviétique, elles ne bénéficiaient pas moins d'un large courant de sympathie ,de la part du Président Roosvelt, par exemple. La question mériterait d'être approfondie.

 

En 1949, en marge de la création de l'OTAN dont le traité reprendra, notamment dans son article 2, certaines propositions reviennent sur la question du Grand Marché en stipulant que la coopération militaire doit se doubler d'une coopération économique et politique. Streit crée alors « Federal Union Inc » qui deviendra « Association for Unite Democracies » lesquelles reprendront les objectifs déjà décrits dans ses précédents ouvrages. Ses amis et son association marquèrent ensuite toutes les étapes conduisant au Grand Marché Nord-Atlantique, comme on le verra dans la troisième partie de ce travail. Clarence K. Streit meurt à Washington le 6 juillet 1986. En 1985, Ira Straus, universitaire américain, spécialiste de la Russie, devient « executive director » de « l'Association for Unite Démocracies » et poursuit le projet initial.

 

En 1939, les européens et plus spécialement les français, pouvaient difficilement contredire les thèses de Clarence K. Streit tant on avait eu besoin des américains pendant la première guerre mondiale et tant il était évident que leur intervention allait être à nouveau nécessaire. On dit que, si les thèses de Streit n'avaient pas eu beaucoup de chances d'être reprises pendant la période guerre, on avait besoin de l'Union Soviétique, elles ne bénéficiaient pas moins d'un large courant de sympathie, de la part du Président Roosvelt, et d'autres comme Jean Monnet.

 

2 – Jean Monnet.

 

Jean Monnet passe, à juste titre, pour le principal architecte de la construction européenne. Qui était-il ? Il était né en 1888, à Cognac, dans une famille de négociant en cognac. Il détestait l'école et ne fit pas d'études. Il se construisit cependant une brillante carrière internationale, assez aventureuse, hors d'une France dont il s'enfuit dès l'âge de dix-huit ans. Il fera une carrière anglo-saxonne jusqu'à la seconde guerre mondiale. Wipikedia le définit comme un « agent d'influence », fonctionnaire international pendant les deux guerres mondiales, au service des gouvernements anglais et américain. Il fut un atlantiste militant, défenseur du libre-échange et partisan d'une Europe fédérale construite à l'image de la Fédération des USA. Je n'ai pas trouvé, après des recherches très succinctes, les traces de quelques relations que ce soit entre lui et Clarence K.Streit dont il était le cadet de deux ans, mais il est clair qu'ils avaient des conceptions voisines quant à l'avenir des relations transatlantiques.

 

A 18 ans, il quitte la France et s'installe à Londres pour y vendre le cognac de son père. Il parle vite et couramment la langue anglaise et se déplace fréquemment entre l'Angleterre et les USA. Vient la première guerre mondiale. Il est mobilisé mais rapidement réformé, après la première bataille de la Marne. De retour au pays du cognac, il trouve le moyen de se faire introduire auprès

du Président du Conseil, Viviani, alors replié à Bordeaux. Il le rencontre dans des conditions que je n'ai pas élucidées et le convainc très vite de mieux utiliser les flottes marchandes françaises et britanniques pour assurer les approvisionnements nécessaires. Il est immédiatement nommé responsable de la coordination des ressources alliées avec le statut de fonctionnaire interallié. Il conserve ce poste et ce statut statut pendant toute la guerre. Keynes dira de lui qu'il avait par son action raccourci la guerre d'un an. Dès 1919, il devient l'un des artisans de la mise sur pieds de la Société des Nations dont il est nommé Secrétaire Général Adjoint en 1920. Il a alors 32 ans. A ce poste il organise la Conférence Financière de Londres qui reconnaîtra que la déflation consécutive à la guerre pourrait avoir des effets désastreux. En 1923, il démissionne de son poste à la S.D.N et revient au commerce du cognac, avec l'intention de développer des activités financières.

 

Il s'installe aux USA et s'enrichit dans le commerce des alcools pendant la « prohibition ». Fidèle à l'orientation qu'il s'était fixée, il fonde, en 1929, à San Francisco, la « Bancamericana » dont il est co-président. Les affaires ont-elles mal marché ? Il quitte les USA pour la Chine où il devient conseiller de Tchang-Kai-Tchek. A la veille de la seconde guerre mondiale, il rentre en France où Léon Blum lui confie presque immédiatement la présidence d'un comité chargé de coordonner les capacités de production de la France et de l'Angleterre. Plus tard replié à Londres, il accueillera chez lui, le 17 juin 1940, le Général de Gaulle mais refusera de participer à la création de la France Libre. En août 1940, le gouvernement britannique le « récupère » et l'envoie aux USA pour négocier des achats de matériels.

 

A cette date, les USA ne sont pas encore entrés en guerre. Il accède au Président Roosvelt – comment ?- et le persuade de relancer son industrie de guerre, ce qui lui vaudra de participer jusqu'en 1945 à la coordination des efforts de guerre des USA et de l'Angleterre.

 

Agent des USA, il prend le parti du Général Giraud contre le Général De Gaulle qui dira de lui « qu'il n'était qu'un petit financier à la solde des USA ». Cela ne l'empêchera pas d'entrer au Comité Français de Libération Nationale où il sera chargé d'évaluer les moyens nécessaires à la « reconstruction ». Dès que le premier gouvernement du Général De Gaulle se me en place, Il prend le poste de Commissaire au Plan qu'il conservera de 1945 à 1952. Il y préparera discrètement la Communauté Européenne Charbon-Acier » dont il soumettra le projet au Président du Conseil, Robert Schuman, en 1950. En 1951, le Traité de Paris entérine la création du Pool Charbon-Acier, crée la Haute Autorité du Charbon et de l'Acier. Il en devient président. A ce poste, il sera associé de très près à la préparation du Traité de Rome, signé le 25 mars 1957. En 1954 cependant, les français avaient rejeté la Communauté Européenne de Défense. Déçu,il avait démissionné de la présidence de la Haute Autorité et fondé le « Comité d'Action pour les Etats-Unis d'Europe » qui voudrait voir disparaître la souveraineté des Etats. Son projet reprend là les idées de Clarence K. Streit. En 1956, il abandonne la vie politique et crée, à Lausanne, un institut de recherches européennes.

 

Ces quelques indications éclairent de façon particulière la personnalité de Jean Monnet, personnage entreprenant, affairiste sans trop de scrupules pour s'être enrichi par le commerce de l'alcool pendant la période de la « prohibition », ambitieux particulièrement doué, qui, jusqu'à la seconde guerre mondiale, était plus américain que français. Son rôle dans la construction européenne aura été considérable mais une Europe selon Clarence K.Streit n'étaitpas celle que pensions construire. Le Président Mitterand fera pourtant transférer ses cendres au Panthéon. Initiative que l'on pouvait alors comprendre mais qui illustre aujourd'hui le poids de la mainmise américaine sur l'avenir de l'Europe. On verra, dans ce qui suit, que, en 2013, le président Hollande poursuit dans la même direction, celle d'une Europe très proche des USA, libérale, où l'Etat renonce à « entreprendre », à l'inverse d'une politique Keynésienne.

 

3 – François Hollande.

Les socialistes et l’ "American connection", par Benjamin Dormann, le 23 décembre 2012

Comme son nom l’indique, le site Atlantico est atlantiste, pro américain. Il est également libéral sans tabous et sarkozyste sans retenue. Il est généralement bien informé. Je reprends ici un article qu’il a publié le 22 mai 2012 sous la plume de Benjamin Dormann, un de ces hommes qui s’ébrouent dans plusieurs milieux à la fois : journalisme, politique, affaires.

Jean-Pierre Chevènement n’a pas toujours frayé avec François Bayrou. Au temps où il se cherchait un destin national et où il faisait l’éloge du comte de Paris, il avait forgé l’expression « la gauche américaine ». Il désignait sous ce qualificatif la « Deuxième gauche », les rocardiens, la Cfdt, les socialistes quai avaient accepté l’inéluctabilité de la mondialisation financière. Avec l’article qui suit, nous sommes en plein dans ce schéma.

Bernard Gensane

Washington sur Seine ? Ces ministres de François Hollande qui ont été formés par les Américains

La French American Fondation est connue pour sa formation, les "Young Leaders", réservée à une dizaine de jeunes surdiplômés chaque année. Sur les huit socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, six rentrent dans son gouvernement cette semaine. Le plus "atlantiste" n’est pas toujours celui qu’on croit...

Exit Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab... Place à François Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Aquilino Morelle (plume du Président), etc.

« Enfin des têtes nouvelles ! » entend-t-on ici ou là. Nouvelles ? Tout est relatif, quand on sait décrypter la liste ci-dessus : en fait, tous ces « Young Leaders » de l’UMP ont laissé la place à des « Young Leaders » du Parti socialiste. Car François Hollande et Pierre Moscovici dep

uis 1996, Marisol Touraine et Aquilino Morelle depuis 1998, Arnaud Montebourg depuis 2000 et Najat Vallaud-Belkacem depuis 2006, sont tous des « Young Leaders ». Tous ont été minutieusement sélectionnés et « formés » par ce très élitiste réseau Franco-Américain (French American Foundation), inconnu du grand public, sponsorisé entre autres par la banque Lazard. Le programme se présente en ces termes :

Programme phare de la French-American Foundation, le programme Young Leaders a été créé en 1981 et sélectionne chaque année pour leurs réalisations et leur leadership, 10 Français et 10 Américains âgés de 30 à 40 ans, appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines. Les candidats retenus participent à deux séminaires de cinq jours chacun sur deux années consécutives – alternativement en France et aux Etats-Unis – afin d’échanger sur des thèmes majeurs communs aux deux pays et d’approfondir leur compréhension mutuelle (http://www.french-american.org/leadership/young-leaders/inde...).

Autrement dit, ils ont tous postulé et se sont fait parrainer pour être admis à suivre ce programme phare mis en place par la FAF, la French American Fondation. La FAF est elle-même un organisme à cheval sur Paris et New-York, créée en 1976 conjointement par les présidents Ford et Giscard d’Estaing. A noter qu’entre 1997 et 2001, John Negroponte présida la FAF, avant de devenir entre 2005 et 2007, sous Georges Bush, le premier directeur coordonnant tous les services secrets américains (DNI), dirigeant l’US States Intelligence Community (qui regroupe une quinzaine de membres, dont le FBI et la CIA).

Crée en 1981, ce programme Young Leaders permet de développer « des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays ». Pressentis par qui ? Par un très strict comité de sélection, composé majoritairement d’anciens Young Leaders, qui ne retient qu’une dizaine d’admis par an. Seuls 13 hommes ou femmes politiques ont été admis depuis 1995, soit moins d’un politique par an en moyenne. Ces heureux « élus » sont choisis comme d’habitude parmi l’élite française : seuls 4% des Young Leaders français ne sont pas diplômés de l’ENA ou pas titulaires d’au moins un diplôme Bac+5, les trois quarts sont des hommes, à 80 % Parisiens... Autant dire qu’on reste en famille avec ce gratin issu de nos grandes écoles. Une spécificité française, qui, comme le souligne un rapport de la FAF, assure « une fonction de "reproduction sociale" de la "classe dominante " […] dans un pays où la simple notion de leadership renvoie aux "diplômes" et non aux qualités intrinsèques de la personne comme c’est souvent le cas outre-Atlantique ». Bref, notre nouveau président et ses nouveaux ministres cités ici sont de purs produits de nos grandes écoles, « ces acteurs influents (qui) personnifient la "pensée dominante" depuis de nombreuses décennies » selon la FAF.

Dès que l’on parle de réseaux d’influence, certains de leurs membres crient aux « obsédés du complot » et s’empressent généralement de préciser que le rôle de telles organisations est marginal et informel. Pour ce qui est de l’efficacité des « Young Leaders », les chiffres parlent plus que tous les longs discours : sur les 8 socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, 6 rentrent dans son gouvernement cette semaine. (Ne restent sur la touche, pour le moment, que Bruno Le Roux, qualifié par beaucoup de « ministrable », et Olivier Ferrand [décédé en juin 2012], l’ambitieux président du think-tank Terra Nova ayant permis l’élection de François Hollande aux élections primaires ; deux candidats impatients de rejoindre leurs camarades Young Leaders au gouvernement). Beau tir groupé, comme s’en enorgueillit à juste titre le site américain (« The French-American Foundation is proud to have five Young Leader in the cabinet of President François Hollande, himself a Young Leader in 1996”), tandis que le site français […].

En septembre 2006, lors de sa visite aux États-Unis, Nicolas Sarkozy avait prononcé un discours à la French American Foundation (FAF), rappelant la nécessité de « rebâtir la relation transatlantique », paraphrasant ainsi les statuts de la fondation dont l’objectif est de « renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique ». À ceux nombreux qui me demandent, à l’occasion de la visite de François Hollande à Barack Obama, « pourquoi est-ce que les journalistes ne nous parlent pas de ça, à propos de François Hollande, au lieu de nous parler de son séjour d’étudiant et de goût pour les cheeseburgers (http://www.atlantico.fr/pepites/francois-hollande-et-nostalg...) dont on n’a rien à faire ? ». Qu’ils demandent donc la réponse aux journalistes qui ont l’art de nous servir ces hamburgers, préparés par les communicants, en prenant leurs lecteurs pour des cornichons ! Qu’ils la demandent en particulier aux Young Leaders des médias, aujourd’hui actionnaires ou directeurs des principales rédactions, ces copains de promo de certains de nos nouveaux ministres pour certains d’entre eux : de Laurent Joffrin (Nouvel Observateur) à Denis Olivennes (Europe 1, Paris Match et du JDD), en passant par Matthieu Pigasse, Louis Dreyfus et Erik Izraelewicz [décédé récemment] (Le Monde)… Et la liste hommes de médias Young Leaders est longue, comme on peut la lire plus intégralement dans l’enquête « Ils ont acheté la presse ».

A New-York, la venue de François Hollande et de sa nouvelle équipe était attendue sereinement. Vu de la FAF, « Welcome à la Hollande team » ; on reste en terrain connu, tout est sous contrôle, on est même fier d’avoir autant de ses poulains dans la place, nous l’avons vu. Que les angoissés se rassurent : « le changement, ce n’est pas pour maintenant », n’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, l’allié peu atlantiste du Président !

Benjamin Dormann

http://www.atlantico.fr/decryptage/gouvernement-hollande-for...



Cette galerie de portraits ne remplace pas une étude plus rigoureuse de l'évolution des idées dans les milieux politiques et économiques américains pendant le XX ième siècle mais permet cependant d'entrevoir la façon dont le projet de Grand Marché Nord-Atlantique avait pris corps aux USA entre les deux guerres mondiales puis s'était développé au cours du XX ième siècle, sans que l'ensemble du projet n'ait jamais été présenté,dans sa globalité aux français.

Dans une seconde partie, je décrirai rapidement les institutions mises en place par les américains, entre 1941 et 1949, pour assurer leur hégémonie, Bretton Woods, FMI, Plan Marshall puis OTAN. Dans une troisième partie, je retracerai la chronologie de la mise en place progressive et discrète du Grand Marché Nord-Atlantique dont, je le rappelle, le Parlement Européen souhaitait que la mise en place soit réalisée en 2015. La chronologie de la mise en place des institutions européennes, qui, à partir du Traité de Rome, reprennent les contraintes imposées dès l'origine par les USA, s'intègre dans le planning du grand marché nord-atlantique, y compris pour ce qui concerne la « règle d'or », à l'occasion du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, TSCG, et du Mécanisme Européen de Stabilité, MES, où l'on voit réapparaître le FMI, avec ses exigences traditionnelles.

Faut-il désespérer ? Non. Pourquoi ? La mise en place du Grand Marché Nord-Atlantique dans une perspective néo-libérale, quand on se réclame de la « Droite » ou « socio-libérale » quand on se réclame d'une forme très atténuée de socialisme, est présentée par ses partisans comme une fatalité à laquelle nous ne devrions pas échapper. En réalité, sa mise en place a été freinée par la Guerre Froide ; elle pourrait maintenant se heurter à la montée des « émergents » dont la Chine, l'Inde et la Russie. Les tenants du Grand Marché n'en n'ont jamais vraiment tenu compte, persuadés que les différences se dissoudraient dans le grand bain de la mondialisation. Ce n'a pas été le cas. Nous avons décrit dans de précédentes fiches les débuts de l'Organisation de Coopération de Shanghaï, autour de la Chine et de la Russie. Elle nous obligera sans doute à abandonner l'image d'un monde futur construit sur le modèle américain. Reste à espérer que la grande mutation qui s'opère sous nos yeux ne passe pas par une troisième guerre mondiale dans la perspective de laquelle nous n'aurions aucun intérêt à nous aligner sur les positions actuellement affichées par les responsables américains, dans le cadre d'un néo-libéralisme vieillissant.



 

 

Publié dans economie

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