Les Moteurs du Sarkozysme

Publié le par liger

DEBAT
 
REPERES POUR COMPRENDRE L’ECONOMIE CONTEMPORAINE
 
RPC 40 – février 2008
 
 
 TOUS NOS TEXTES SONT ACCESSIBLES SUR     http://economie-liger.over-blog.com
 
  
 LES MOTEURS DU SARKOZYSME 
 
 
 
 
   Difficile de traiter du Sarkozysme. Une philosophie ? Non. Une approche globale de la Société ? Non. Nous allons rassembler des éléments épars dessinant une image globale, sans doute discutable et incomplète, de ce que nous paraît être le Sarkozysme :   Continuité remarquable dans le domaine de l’économie, néo-libéralisme, à l’américaine, à la Bush. Une ambition sans limite. Capacité extraordinaire d’abriter ses objectifs derrière une pseudo-ouverture, dans toutes les directions à la fois, du Front National aux transfuges du Parti Socialiste, du Recteur de la Grande Mosquée de Paris aux autorités vaticanes … à la Scientologie et sectes diverses, sous couvert d’une « laïcité active ». Le Président est conscient du rôle joué par les évangélistes dans le soutien de son ami Bush. Il sait qu’elles sont puissantes, qu’elles se développent en Europe et que leur soutien serait pour lui une garantie de durée.
 
Le Président est un excellent général en chef. Ses objectifs sont précis mais dissimulés car il n’a jamais dit qu’il voulait mettre en place un néo-libéralisme à l’américaine avec l’aide éventuelle des scientologues. Il conduit son offensive de façon rigoureuse et continue (« allègement » du code du travail, réduction du service public, minage de la Sécurité Sociale…) et mène simultanément des opérations de diversion bien construites, chaque jour renouvelées, spécialement à l’approche des élections municipales, avec la complicité   de média et beaucoup de virtuosité. A noter que l’attitude des média évolue avec les sondages, à moins que les propriétaires de média ne s’inquiètent d’une inquiétante politique d’ouverture. Les média annonçaient, le 2 février 2008, simultanément, son mariage et la création d’une confédération de partis le soutenant, dont celui des transfuges de la Gauche !. On notera qu’à la même date, 41% de français seulement étaient satisfaits du Président. On pourrait comprendre l’inquiétude des patrons de presse comme Dassault, reste que mieux vaut sans doute, trois partis confédérés pour 41% de Français satisfaits, plutôt qu’un seul Parti lui accordant, aux présidentielles, prés de 57% des suffrages ! Mais   l’opinion peut se retourner. Les Français sont mécontents mais ni le Parti Socialiste, ni le Parti d’Olivier Besançenot ne sont actuellement en mesure de proposer un projet alternatif crédible.   
 
 
 
 
Depuis plus de trois ans déjà nous diffusons, au rythme d’une dizaine par an, des notes dites RCP numérotées de 1 à 40 à ce jour. Elles sont accessibles sur le blog dont l’adresse figure en tête de cette fiche. Elles étaient primitivement destinées aux étudiant d’un DESS, « Aménagement, Animation et Développement Local », de l’Université Paris 7 où nous intervenions. Il s’agissait de reprendre des concepts de base,   dans un langage aussi simple que possible. Celui des économistes est souvent difficile, avec des exceptions d’autant plus remarquables, Bernard Maris, Joseph Stiglitz….Beaucoup de personnes pensent que l’économie est réservée à une élite dont ils ne font pas partie. Nous pensons, au contraire, que les concepts de base sont compréhensibles du plus grand nombre pourvu qu’on veuille bien les présenter de façon compréhensible. Mais le veut-on ? C’est si commode de s’adresser à un électorat qui croit devoir faire confiance puisque incapable de comprendre. Que se serait-il passer si les français avaient pu comprendre que l’argument de campagne « travailler plus pour gagner plus » ne reposait sur aucune certitude scientifique ? C’est pourtant la cas. Il n’y a pas de relations simples entre le nombre d’heures travaillées dans l’année et les revenus. Nous y reviendrons Mais l’argument fut efficace auprès de ceux, notamment dans le monde des personnes âgées, qui pensent souvent que, jeunes, chômeurs et Rmistes, sont d’abord des paresseux (Voir dans notre RPC36 le pourcentage des français, par tranche d’âge, qui ont apporté leurs suffrages à l’actuel président).
 
 Nous n’avons pas voulu traiter trop tôt du Sarkozysme. On aurait pu nous reprocher, à juste titre, un procès d’intention. Huit mois après l’arrivée au pouvoir du nouveau président, on doit pouvoir tenter une interprétation. De toutes façons, il fallait que nous nous exprimions, sauf à paraître, plus ou moins complice d’un système aux antipodes de notre conception de la démocratie.
 
 
 Notre interprétation du Sarkozysme sera évidemment incomplète et critiquable. Elle peut néanmoins redonner de la cohérence à un ensemble de faits et de comportements dont les orientations fondamentales sont souvent peu lisibles, lorsqu’il promet , par exemple, de soutenir financièrement des groupes étrangers, par ailleurs bénéficiaires, alors que ses convictions libérales devraient l’inciter à ne pas intervenir. Le désordre apparent du Sarkozysme recèle néanmoins une orientation rigoureuse, la mise en place définitive d’un néo-libéralisme à l’américaine et la satisfaction d’une volonté de puissance qui fasse de lui, au pire l’égal de De Gaulle, au mieux, une bonne copie du Premier Consul ( voir la question du « Bonapartisme » dans Alternatives Economiques n° 265 .Incohérence encore :« J’irai chercher, disait-il à l’automne, le point de croissance qui manque ». On sait ce qu’il en advint. « Je serai le Président du pouvoir d’achat ». On sait, depuis sa conférence de presse du 8 janvier 2008 qu’il ne peut rien pouvoir faire et que la question du pouvoir d’achat n’est pas de son ressort. Notre déficit commercial atteindra, en 2007, 39 milliards d’euros, le plus haut niveau jamais atteint. Ce n’est plus son problème. La presse (cf. Le Monde du 29 janvier 2008) évoque de plus en plus souvent les contradictions internes au Sarkozysme et celles que l’on constate entre les promesses électorales et la situation réelle. Ce n’est pas la préparation des élections municipales à Neuilly qui masquera ces contradictions.
 
1 – Le Sarkozysme : Version française d’un néo-libéralisme à la Bush.
 
 On ne pouvait être à la fois maire de Neuilly-sur-Seine, l’une des communes qui refuse de construire les 20% de logements sociaux prévus par la loi, et s’afficher socialiste, écologiste ou même démocrates-chrétien. Il fallait bien qu’il fut libéral : Mais diversion : l’embauche d’un homme de l’Abbé Pierre, Monsieur Hirsch, pour mettre en place, plus tard, un revenu minimum d’activité, pour l’instant simple sujet d’expérimentation ! Il va chercher les électeurs de Le Pen en promettant d’agir efficacement contre l’immigration. Diversion, l’embauche de deux ou trois socialistes à la recherche d’une nouvelle carrière, et maintenant complices d’une politique conforme aux désirs de l’extrême-droite. Voir ce ministère de l’identité nationale ! Faut-il revenir sur ses relations, y compris familiales, avec ce que l’on nommait naguère le « grand patronat » et sur l’usage qu’il en fait (Yacht, avions, villégiature…). Se souvenir qu’on faillit avoir un Sarkozy à la présidence du MEDEF. Rien d’étonnant par conséquent que ses premières mesures, au cours de l’été 2007, aient porté sur des réductions d’impôts au profit des plus riches (bouclier fiscal, réduction de l’ISF..) et, dans un avenir proche, sur la suppression du recours au Droit Pénal lorsque des chefs d’entreprises commettront des fautes relevant aujourd’hui du Droit Pénal dans le cadre de leurs fonctions !
 
Le Sarkozysme incarne ouvertement les intérêts de ce qu’il faut bien appeler, faute de mieux, la classe dominante, celle qui détient le pouvoir économique et politique. L’histoire retiendra qu’il a redonné du sens à la lutte des classes, en s’efforçant, pour ce qui le concerne, d’opposer, non les riches aux pauvres, ce qui serait dangereux pour lui, mais ce qui lui laisse la plus grande liberté d’action, les salariés entre eux, les jeunes aux vieux, les fonctionnaires aux salariés du privé, les producteurs aux consommateurs… Comment donna-t-il satisfaction (provisoire) aux marins-pêcheurs ? En leur accordant une subvention payée par le consommateur, au risque d’opposer pêcheurs et consommateurs. Aux pêcheurs encore ? En promettant d’augmenter les quota de pêche au thon rouge, au mépris des conclusions des rencontres de Grenelle sur l’environnement, opposant ainsi pêcheurs et écologistes…et à la commission de Bruxelles. Aux salariés qui demandaient du pouvoir d’achat ? En promettant des heures supplémentaires, ce qui ne lui coûtait rien, mais allait opposer les salariés à leurs employeurs, seuls en droit de fournir ces heures. Voilà la façon dont fonctionne le Sarkozysme, tout promettre, donner quelques fois, mais avec l’argent des autres…le notre, au détriment, in fine, du pouvoir d’achat. Mais cela permet de garder le pouvoir sans remettre en cause le fonctionnement de l’économie, la mondialisation et la répartition des richesses.
 
Pourquoi s’en étonner ? le Sarkozysme est au service du néo-libéralisme tel que le pratique le complexe militaro-industriel aux USA. A titre de preuve : le « président », alors ministre des finances, avait confié à Michel Candessus( cf. nos fiches RPC20 et 21) ex-directeur général du FMI pendant 13 ans, contraint de démissionner en 2000, le soin de lui préparer un ensemble de recommandations. L’ordre de mission précisait:  « Eclairer pour les Français et leur représentation nationale les choix économiques et budgétaires à venir », c’est à dire ? lorsqu’il serait président. Elles furent rassemblées dans un rapport « Le Sursaut », publié en 2004 par la Documentation Française. Candessus ne faisait qu’adapter à la France les recommandations du Consensus de Washington, mises au point par la FED (la banque centrale américaine) et appliquées sans réserve par le FMI. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie et économiste en chef de Bill Clinton, dans son livre « La Grande Désillusion », montre comment la mise en œuvre de ces recommandations produisit désastres sur désastres en Amérique du Sud et en Asie, au point d’amener Candessus à démissionner. Toutes les mesures concernant le code du travail, l’amoindrissement de la couverture sociale, …figurent dans le rapport de Candessus au futur président ce qui illustre la filiation directe entre les intérêts de l’économie américaine, le développement du néo-libéralisme et la politique de notre actuel président. Une filiation solide, sans la moindre rupture.
 
 La façon dont le Sarkozysme envisage la question du travail et de la croissance renforce le sentiment de son alignement sur le néo-libéralisme mais aussi la contradiction évidente entre son discours à l’usage des média et la logique profonde de son action politique. « J’irai chercher, disait-il à l’automne, le point de croissance qui manque ». Ce fut sans doute un lapsus ! La croissance, mesurée par le PIB, est fonction de l’augmentation des revenus de toutes catégories. D’un point de vue néo-libéral, la croissance des revenus est affaire privée. On sait ce qu’il en advint. Après avoir affirmé « Je serai le Président du pouvoir d’achat », il devait à l’occasion de sa conférence de presse du janvier 2008, revenir à une position plus orthodoxe, d’un point de vue néo-libéral. Il affirmait alors que la question du pouvoir d’achat n’était pas de son ressort, ce qui ne l’empêchait pas d’ailleurs de mettre en place la commission Attali pour réfléchir à la façon de relancer la croissance, quitte, in fine, à refuser la mise en œuvre des recommandations susceptibles de déplaire, à la veille des élections municipales. Dans le même temps, notre déficit commercial pour 2007 atteint 39 milliards d’euros, le plus haut niveau jamais atteint ! …et la presse (cf. Le Monde du 29 janvier 2008) évoque de plus en plus souvent les contradictions internes du Sarkozysme, et celles que l’on constate entre les promesses électorales et la situation réelle.
 
 « Travailler plus pour gagner plus » affirmait-t-il. L’amélioration des conditions, de vie, l’augmentation du pouvoir d’achat sont, dit-il maintenant, affaires privées. Si vous ne travaillez pas davantage, vous ne pourrez pas vous plaindre, en particulier auprès du Président, propos repris dans des termes légèrement différents lors de la présentation de son plan pour les banlieues, le 8 février 2008. La question du pouvoir d’achat n’est donc plus l’affaire du Président, dès lors qu’il a montré le bon chemin . D’où ses injonctions aux salariés : Faites des heures supplémentaires, vendez vos jours de RTT, utilisez l’argent thésaurisé au titre de l’intéressement aux résultats de vos entreprise, éventuellement, différez l’âge de votre retraite . Ce n’est certainement pas ce que les salariés attendaient .
 
   On notera que le discours du Sarkozysme imprégné de cet individualisme si caractéristique du libéralisme, s’appuie sur des erreurs grossière. Il est faux de dire que l’on n’a qu’à « travailler plus pour gagner plus ». Les chefs d’entreprises savent bien qu’on ne travaille davantage que si les commandes croissent. Et sans commandes supplémentaires, pas d’heures supplémentaires ni d’embauches. Les salariés ne peuvent que subir. 
 
 Seconde erreur, il est faux de dire que les revenus et, notamment les revenus salariaux, sont proportionnels au nombre d’heures travaillées. Le tableau ci-dessous, dont on peut retrouver tous les chiffres sur internet (wipikedia) illustre cette erreur.
 
        Pays          Heures travaillés/an       PIB au sens du FMI(2003)              PIB en Parité Pouvoir
                                 Par salarié                            par habitant                            d’achat (2006)  
                                                                                  En dollar                                  En dollar
 
                                                                    
    Roumanie             1832                                           5633                                            9869
    Bulgarie                1816                                           3995                                            9799
    Estonie                 1840                                         12203                                          28216
    Pologne                1840                                           8890                                          14820
    Slovénie               1816                                          18610                                          23843
    Italie                     1672                                          31791                                          30732
   France                   1528                                          35404                                         30693
   Allemagne             1661                                          35204                                         31095
   Suède                    1676                                          43483                                         34409                                           
 
Le nombre d’heures par salariés tient compte des travailleurs à temps partiel et des heures supplémentaires, ce qui explique que, pour la France, le nombre d’heures travaillées par salarié soit inférieur à 1607- la durée légale, sans heures supplémentaires-.cat il y a beaucoup de temps partiel). En Suède, les travailleurs à temps partiel sont peu nombreux, ce qui explique le nombre d’heures annuelles. Rappelons que le PIB est le total des valeurs ajoutées et que la valeur ajoutée est le somme des revenus payés aux salariés, aux actionnaires, aux banques…
 
 On voit que le PIB, expression de la richesse nationale, quelle que soit la définition qu’on en donne, est sans rapport avec le nombre d’heures travaillées, même si les comparaisons internationales sont délicates. En Europe, ceux qui travaillent le plus sont souvent les plus pauvres. Le tableau pourrait être différent si l’on s’intéressait aux salaires car il ne rend pas compte du partage de la valeur ajoutée. A partir de ces données, on voit   que le discours du Sarkozysme, à usage médiatique, est très approximatif, et s’effondre lorsque l’on cherche à en vérifier les fondements.
 
 2 - Le Sarkozysme au service d’une ambition sans limite.
 
 Il est à peine nécessaire de développer ce point tant il est patent : Prise de partie pour Baladur contre Chirac, ministre de Chirac, quitte à renier l’héritage, prise de pouvoir à l’UMP, alliance de fait avec le FN,..Pour le Sarkozysme, le thème de la « rupture » illustre la façon dont il sert ses ambitions. Pour être le premier, impossible d’être seulement le continuateur de ses prédécesseurs. Le peuple doit être persuadé qu’avant lui rien ne fonctionnait plus. D’où le thème du déclin largement développé avant son accession au pouvoir par ceux qu’on a appelés les « déclinologues » dont le plus connu est sans doute Nicolas Baverez (cf. « La France qui tombe : Un constat clinique du déclin français »     Perrin, 2002) . Avec le Sarkozysme, la France va se redresser grâce à la rupture, rupture à multiples facettes, la rupture au service d’une ambition.
 
-         Rupture avec Chirac, dès la candidature de Baladur à présidentielle de 1995,
 
-         Rupture avec De Villepin dont il restait néanmoins ministre (il se prononce contre le CPE décidé par De Villepin), rupture qui a généré, sans doute, l’affaire « Clear Stream », dont on ne parle plus beaucoup !
 
-         Rupture avec la politique étrangère de Chirac. Il se rend pendant sa campagne électorale aux USA et assure Bush de sa collaboration. Il s’engage contre l’Iran, avec Israël, et décide de créer, à l’occasion de son visite de janvier 2008 au roi d’Arabie, une base militaire française en Arabie Saoudite, face à l’Iran, prenant sans doute pour la France, que les iraniens aimaient bien, des risques considérables.
 
-         Rupture avec la laïcité à la française, à l’occasion de sa réception par les autorités vaticanes à Saint Jean de Latran. Sarkozy, rompant avec les politiques de ses prédécesseurs, » allège  le suivi des activités de la scientologie. Plus tard, il reçoit à Bercy Tom Cruise, scientologue de premier rang. Dans son livre sur les religions, Sarkozy explique qu’il faut différencier les sectes des « nouveaux mouvements spirituels », étiquette précisément revendiquée par la scientologie. En fait, une double rupture : Première rupture, rompre avec la laïcité « passive » au profit d’une laïcité « active ». Seconde rupture, réhabiliter une partie au moins des sectes. Devant le Pape, il a , bien entendu, expliqué comment il préférait, en matière de morale, le prêtre à l’instituteur, en omettant de dire comment sa nouvelle conception de la Laïcité préparait la réhabilitation de sectes dont la scientologie qui ont fortement soutenu Bush.Noter qu’il « précise qu’à ses yeux, l’utilité sociale de la religion correspond à un besoin de consolation, rejoignant ici Marx pour lequel la religion était « l’opium du peuple » (Joël Roman, rédacteur de la revue « Esprit » dans « La Croix » du 18 janvier).
 
-         Rupture entre un système de Protection Sociale fondé sur la solidarité entre Français et le système libéral et individualiste vers lequel il nous conduit par touches successives, complément d’honoraires non remboursables( 1 euro par consultation), taxe sur les boîtes de médicaments, tolérance forte pour les honoraires non autorisés, notamment par les chirurgiens des cliniques privées, annonces discrètes mais répétées de l’intérêt de retraites par capitalisation, hypothèse faite par la Commission Attali de prestations sociales modulées, mise en place d’une gestion hospitalière favorable aux cliniques privées avec une facturation à l’acte qui, par construction, met les hôpitaux publics en difficulté…
 
-         Rupture avec la tradition républicaine d’un président, président de tous les français, remplacé par un président partisan, gouvernant directement au profit de ses amis et notamment ceux du monde économico-financier.
 
 On pourrait continuer. C’est inutile : Toutes ces ruptures masquent ou résument la grande « rupture » qu’il veut promouvoir, entre une France solidaire et laïque, issue de la Révolution française, de la loi de 1905 et du Programme Nationale de la Résistance, et la France qu’il veut construire, un grand marché et le triomphe qu’il voudrait définitif d’un néo-libéralisme à l’américaine. S’il réussit, et il en a la volonté, son triomphe ferait, pense-t-il, de son règne l’équivalent, au pire, du Second Empire, au mieux du Consulat ! Son ambition personnelle le place au centre d’une contradiction permanente car sa volonté de puissance le pousse sans cesse à prendre des décisions qui ne sont pas d’essence néo-libérale. Elle pourrait laisser la porte ouverte à un « consulat » de gauche, à moins que la pression du patronat et de la Commission européenne ne le pousse à promettre sans pouvoir respecter ses promesses. Voir ses promesses aux salariés d’Arcelor-Mittal, en février 2008. La France doit garder ses usines ! L’Etat s’engagera financièrement si Arcelor-Mittal, pourtant largement bénéficiaire, décide de maintenir le site de Hagange, proximité, sans doute, des élections municipales !
 
 A l’appui de notre thèse, lire le document du Parti socialiste, dont la rédaction a été coordonnée par Eric Besson, avec pour titre « L’inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy » , avec le commentaire suivant « Les français sont-ils prêts à voter en 2007 pour un néo-conservateur américain à passeport français ? » Chacun sait ce qu’est devenu Eric Besson, passé au service du néo-conservateur américain !
 
 
   3 – Le Sarkozysme : Des diversions permanentes.
 
   Le président est un bon stratège. Il sait bien que les Français ne sont pas les plus fidèles partisans du libéralisme à l’américaine. S’ils l’avaient été, ils auraient massivement voté le traité de Constitution Européenne, en 2005. Ils auraient désapprouvé les prises de position de Chirac sur l’Irak…Il mène par conséquent bon train son offensive néo-libérale tout en organisant, via les média, un ensemble de diversions sans rapport évident avec ses objectifs. Ce fut d’abord l’ouverture, en exploitant les ambitions (Besson, Kouchner, Fadela Amara, Attali) ou la naïveté (Hirsch) de quelques femmes et hommes de gauche, quitte à les laisser s’enferrer dans d’impossibles missions où leur liberté d’action n’est qu’apparente et soigneusement contrôlée. Voir Kouchner au Liban et ses multiples interventions. Voir l’envoi de nos troupes constituant l’essentiel d’un corps européen, si cet envoi se réalise, sur la frontière soudanaise. Voir Ingrid Betancourt qu’il disait ramener dans ses foyers pour Noël 2007!  Ces diversions s’avèreront sans doute de plus en plus difficiles à gérer pour l’UMP dont les élus semblent incommodés, et le terme est faible, par le poids de pièces rapportées mal ressenties par leurs électeurs.
 
 Diversion ses positions affichées à propos de la Banque Centrale Européenne qu’il faudrait contrôler. C’est effectivement l’une des questions posées par beaucoup d’adversaires du Traité de Constitution Européenne. Mais dans le même temps, il fait approuver sans référendum le traité de Lisbonne qui consacre la place et les missions de la banque centrale Européenne.
 
 Diversion ses visites et discours aux personnels d’entreprises en voie de fermeture et/ou de délocalisation. Il sait que la Commission européenne s’opposera à l’intervention de l’Etat français mais conditionnera sans doute l’intervention proposée à l’acceptation par le personnel des concessions importantes en terme de salaires, de temps de travail …
 
 Diversion ses prises de position d’ailleurs anciennes sur les questions religieuses. Pendant qu’une partie de l’électorat conservateur, de tradition catholique, se réjouit, La ministre de l’Intérieur revient sur la politique prudente menée par les gouvernements précédents et esquisse une ouverture en direction du monde des sectes , comme chez Bush.
 
   Enfin diversion toujours, l’exposition de sa vie privée dans les média. 
 
Notre conclusion : Le Sarkozysme a deux moteurs, le néo-libéralisme à la Bush et une ambition personnelle démesurée. Il connaît bien le pays et sait manœuvrer les média dont la mission paraît être, non d’informer, mais de dissimuler ses manœuvres en vue d’assurer le triomphe du néo-libéralisme. Le risque d’une contradiction profonde entre l’inspiration néo-libérale et l’ambition du pilote qui pourrait faire de lui un interventionniste inconséquent fera problème. Une question : Pourquoi dit-il qu’il fera appel à deux prix Nobel, Joseph Stiglitz, américain, et Amartya Sen (indien), tous deux plus proches des alter-mondialistes que des néo-libéraux, pour lui proposer de nouveaux indicateurs de croissance, qui existent déjà ? Pourquoi ne pas recourir à des économistes français ? C’est l’ultime diversion. Mais c’est aussi, peut-être, la préparation d’un rapprochement avec une Présidente Clinton. Stiglitz fut l’économiste en chef du Président Clinton. C’est peut-être aussi, misant sur la grande faiblesse du Parti Socialiste, l’amorce d’un vaste projet en direction de la Gauche Française,…au cas où les grands patrons ne supporteraient plus ses mauvaises fréquentations !
 
Conclusion de la conclusion, le dernier paragraphe du rapport préparé par Eric Besson, encore élu socialiste, aujourd’hui passé au Sarkozysme : « Il (Sarkozy) se prétend porteur d’une ambition pour la France mais ne vise qu’à satisfaire sa boulimie de pouvoir et sa volonté de puissance. Il se dit déterminé mais se révèle pur opportuniste. Il se prétend franc et direct, il est cynique et calculateur…..Voilà cinq ans que Nicolas Sarkozy trompe et abuse les français ».

Publié dans sarkozysme

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